‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 100 sur 453 · CO-N · texte numérisé non relu

CO-N

près le verbe. On ne dit pas je lui ai confidem- ■laent écrit, niaise» lui ai écrit confidcmment. Confident, Confidente. Subst. Racine a dit :

Prêt à faire sur tous éclater la vengeance D'un geste confident de notre intelligence.

(JBritan., act. III, se. Tll, 3S.)

Confident est mis ici pour interprète.

Confidentiel, CoNFlDF,^TIELLE. A<lj. Il suit toujours son subst. : Lettre confidentielle, note confidentielle. Il est oppi-sé à officiel

Confidentiellement. Adv. Il se met toujours après le verbe : Il m'a dit, il m'a écrit confidentiellement, et non [las il m'a confidentiellement dit, ou U m'a confidentiellement écrit.

Confier. V. a. de la 1" conj. L'Académie du se confier en la providence de Dieu, se confier en ses amis ; mais clic ne dit |)as se confier sur la probité, sur l'équité de quelqu'un:

Sur l'équité des dieux nous osons nous confier.

(Rac, Phèd., ad. V, se. i, 25.)'

On a critiqué avec raison ces vers de Racine [Mithrid., act. I, se. i, 65) :

Elle trahit mon père et rendit aux Romainf La place et les trésors confiés en ses mains.

On dit se confier en quelqu'un, et confier quelque chose à quelqu'un.

Confiner. V. a. delà 1" conj. L'Académie ne lui donne pas un sens figuré, ^'oltai^e a dit dans sa cinquantième épltrc (vers 13) :

Je plains tout être faible, .iveugle en sa manie, Qui dans un seul objet con/î;io son génie.

On dit aussi se confiner : Se confiner dans une province.

Confire. V. a. et irrégulier de la 4' conj. Voici comment il se conjugue:

Indicatif. — Présent. Je confis, tu confis, il conlîi; nous confisons, vous confisez, ils confisent.— Imparfait. Je confisais, tti confisais, il confisait; nous confisions, vous confisiez, ils confisaient.—/'as^e Jimp^c. Je confis, tu confis, il confit; nous confimcs, vous confites, ils confirent.—F^/^/r. Je confirai, tu confiras, il confira; nous confirons, vous confirez, ils confiront.

Conditionnel. — Présent. Je confirais, lu confirais, il confirait; nous confirions, vous confiriez, ils confiraient.

Impératif. — Présent. Confis, qu'il confise; confisons, confisez, qu'ils confisent.

Subjonctif.— /'/v.çc/i/. Que je confise, que tu confises, qu'il confise; que nous confisions, que vous confisiez, qu'ils confisent. — L'imparfait n'est pas usité.

Participe. — Présent. Confisant. — Passé. Confit, confite.

Les temps composés se forment avec l'auxiliaire avoir.

CONFIRMATIF, CoNFIBMATIVE. Adj. 11 SUit tOU-

jours son subst. : yJrrét confirmatif, sentence confirmalive.

CoNFir.jiATiON. Subst. f. Suivant l'Académie, c'est ce qui rend une chose ferme et stable, Ainsi, fors(iu'on met un éiai à une muraille, un appui à un mur, un tuteur à un arbre, on y met une confirmation. Il n'y a [jcrsonnc qui ne sente le ridicule de cette définition.

CoNFiscABLE. Adj. dcs dcux gcurcs, qui secMt toujours après son subst. : Des marchandise* confiscubles

CON

CospiTEOR. Subst. m. 11 ne prend point de s 2U pluriel : Des confileor. On prononce l'e l'ermé, quoiqu'il ne prenne i);is raccenl ai^'u. L'Académie ne mel poiiil ccl accent. Pcul-èlro serait-il mieux de le mettre.

Co^FITUP,lF.a. Subst. m. CoNFiToniÈrE. Subst. f. C'est, selon l'Académie, celui ou celle qui vend des rondlures. Ou n'ai)i)clle point confiturier celui qui vend des conlilures, mais confiseur, marchand confiseur.

Conflit. Subsl. m. On ne prononce point le t final.

Co?ifo:hdre. Y. a. delà -i'conj. Confondre n'est pas précisément convaincre en causant de la honte. Confondre -un adomniateur, ce n'est pas le convaincre, c'est le démasquer, c'est montrer qu'il en a imposé :

Près d'imposer silence à ce bruit imposteur, Achille en veut coiinaitrc et confondre l'auteur.

(Uac, Iphi(j., act. III, se. I, 9.)

Se confondre signille bien se troubler, comme le dit l'Académie :

Dès Tos premiers regards je Tai vu se confondre. (Rac, Vhéd., act. II, se. I, 4i.)

Conforme. Adj. dos deux genres. Use met après son subst., et a un régime exprimé ou sous-cntendu avec Ie(]ucl il est joint par la préposition o.- La copie est conforme à l'original.

CoKFor.MÉjiENT. Adv. Cet adverbe étant toujours suivi de la jjrcposition à, ne peut se placer entre l'auxiliaire et le participe; on peut le mettre avant ou ajirés le verbe : J'ai agi conformément à vos intentions, ou conformément à vos inten- 'ions, je me suis transporté, etc.

CoNFOUMER. V. a. de lal"^ conj. Il s'emploie avec le pronom personnel : Se conformer à la volonté, se cou furmer aus inclinations, a ua; façons de vivre de quelqu'un, se conformer aux temps, se conformer aux lieux, se conforvier aux circonstances.

* Confortable. Subst. m. Anglicisme très-intelligible et très-nécessaire en français, où il n'a pas d'équivalent. Ce mot exprime un état de commodité et de bien-clrc qui approche du plaisir, et auquel tous les hommes aspirent naturellcmcnl sans que cette tendance puisse leur être imputée à mollesse et à rclàclieracnt de mœurs. C'est le but de l'épicurisine bien entendu, dans sa juste acception, c'est-à-dire, de la véritable sagesse. (Ch. Nodier, Examen crit. des Dicl.)

CoNFDS, CcNFusE. Adj. Eu prose, il se met après son subst. : Un bruit confus, des cris confus. Les poètes le font quclquelois précéder:

Au lieu de cet amas, de ce confus mélange. . .

(Del., Jardins, 1, 19o.)

Confus appliqué aux personnes récit quelquefois la piC[>osili>)ïi de : Il se retira confus de su méprise.

Conflsément. Adv. lise met après le verbe, et jamais entre l'auxiliaire et le parlicipe : J'en ai entendu parler confusément, et non pas j'eîi ai confu-iément entendu parler.

Congé. Subst. m. Permission qu'un supérieur accorde à un inférieur de faire quelque chose. On lit dans Corneille {Cin., act. III, se. m, 32) :

Et je ne puis plus rien que par votre congé.

Par votre congé ne se dit plus, dit Voltaire,

CON

et en effet ne devait pas se dire, puisque ce mot vient de congédier, qui ne signilicpas permettre. [Remarques sur Corneille.)

Conjectural, Conjixturale. Adj. Il se met toujours après son subst. : Preuve conjecturale, science conjecturale, art conjectural.

Co^JlXTur.A^EMl;^T. Adv. 'il ne peut se mettre entre l'auxiliaire et le participe. On ne dit pas il en a conjecturalemeni parlé, mais il. en n parlé conjecluralement.

Conjointement. Adv* Ensemble, l'im avec l'autre : Jgir conjointement. 11 régit aussi la préposition avec : J'ai agi conjointement avec eux. Il ne peut se mettre entre l'auxiliaire et le participe On ne dit pas nous avons conjointement agi, mais nous avons agi conjointement.

CoNJONCTiF, Conjonctive. \A\. qui se prend substantivement. Terme de grannnaire qui se dit particulièreaieiit de certaines particules ([ui lient un mot à un autre mot, ou un sens à un autre sens. La conjonction et est une conjonctive. On l'appelle aussi copulative.

Kl) second lieu, le mot co?tjonctif a été substitué par (pielipics grammairiens a celui de subjonctif, tpii est le nom d'un mode des verbes, parce tjue souvent les temps du subjonctif sont précédés d'une conjonction ; mais ce n'est nullement en vertu de la conjonction que le verbe est mis au subjonctif : c'est uniquement parce qu'il est subordonné à une aflirination directe, exprimée ou sous-entendue. L'indicatifest souvent piécédc de conjonctions, sans cesser pour cela d'èlre appelé indicatif. On doit donc conserver la dénomination de subjonctif. L'indicatif affirme directement et ne suppose rien; au lieu que les terminaisons du subjonctif sont toujours subordonnées à un indicatif exprimé ou sousentendu. Le subjonctif est ainsi api)elé parce qu'il est toujours dépendant de quel<pie autre verbe qui le précède. Conservons donc le terme de subjonctif, et regardons-le comme un mode adjoint cl dépendant non d'une conjonction, mais d'un sens énoncé par un indicatif. (Dumarsais.) Voyez Subjonctif.

Nous avons appelé, d'après Condillac, adjectifs conjonctifs les mots qui, que, dont, lequel, laquelle, quoique tous les autres grammairiens les mettent dans la classe des pronoms. Voyez Adjectif.

Conjonction. Subst. f. Terme de grammaire. On donne ce nom à de petits mots (jui servent à exprimer la liaison (pic l'esprit met entre des mots et des mots, ou entre des propositions et des jiroiwsitions. Quand je dis le frère et la sœur, et est une conjonction qui annonce que je lie ces Acu\ mots afin de les rendre ensemble le sujet d'une proposition qui, par celte liaison, écpiivaudra à deux propositions. Le frère et la sœur sont sages équivaut à le frère est sage, la sœur est sage. Il en est de même lorsque je dis ni le frère ni la sœur; on sent ijne je considère ces deux noms comme le sujet d'une même proposition, et que je porte lemémejugemcnlsurrun et sur l'autre, avec cette différence que par la conjonction et j'ai annoncé une proposition affirmative, et (pie par la conjonction «ij'annoncf une proposition négative.

Deux proiwsitioiis ne se lient que par les rap. ports (lu'clles ont l'une à l'aiilrc. Une proposi tion se lie-t-clle à une précédente comme conséquence , nous avons les conjonctions donc , ainsi; comme preuve, car; comme opposé, mais, cependant, pourtant; affirment-elles en-

CON

semble, nous avons la conjonction et ; nient-elles ensemble, ni; afliiinenl elles séparcMncnt , on soi-ie que des deux une seule puisse èlrc vraie, on. U y a autant de conjunclioiis qu'il y a de diffcicnccs dans les points de vue sous tesiiuels noire esprit observe un rapport entre un mol et un autre mot, ou entre une pensée et une autre pensée. Ces différences sont autant de manières particulières de lier les propositions et les i)ériodcs.

Les grammairiens npp(?llent cnnjntictinns cnpiihilivcs celles dont la l'onction est seulement de li'T, sans ajouter aucune idée particulière; telles sont et cl ni. Ils apiiellent avgmeniutivcs celles ipii lient par une idée accessoire d'accroissement et d'augmenlation , telles ([ue de plus , d'uillci'rs, outre que, an sui-phis; allcmatires ou disjotictires,Qc\\cs(\\i\ lient en marquant alternative, distinction, i)arlilion, connue on, ou bien, sinon, tantôt; hijpnthétif/iies ou condiiinnnclles, celles qui lient en marquant une condition, une supposition, une hypolhésc, comme si, soit, pourvu que, à moins que, quand, sauf; adreisatives, celles qui lient en faisant servir l'une à conlre-balanccr l'autre, comme mais, quoique, combien que, encore que, loin que, au contraire, au lieu de, au moins; extensives , celles qui lient par extension de sens, comme jusque, enfin, aussi, même., tant ; périodiques, celles qui lient en marquant une circonstance de temps, comme pendant, durant que, tandis que, tant que, aussitôt que, dès que, avant que, depuis que ; cansatives, celles qui lient en marquant la cause d'une chose ou la raison pourquoi on la fait, comme afin, parce que, puisque, car, comme, attendu que, de même que, aussi; conclusives, celles (]ui servent a déduire une conséquence d'une proposition précédente, comme donc, vu, par conséquent, c^est pourquoi, aussi, partant ; explicatives, cc\lcs qu\ lient par forme d'explication, comme comme, savoir, surtout, de sorte que, ainsi que, do façon que, c'est-àdire ; transitives, celles (|ui lient en marquant un passage ou une transition d'une chose à une autre, comme or, au reste, après tout, de là, quant à.

La conjonction que est d'un grand usage dans la langue française. L'abbé Girard la nomme cowjonctioîi conductive, parce qu'elle sert à conduire le sens à son coniplémcnl. Voyez Que.

Il n'y a point de conjonction (|ui ne suppose au moins un sens précédent; car ce qui joint doit être entre deux termes. Mais ce sens peut être (luelipieiois transposé, ce (jui arrive avec la conjonction conditionnelles, qui |»cut fort bien commencer un discours : Si vous êtes utile à lu société, elle pourvoira à vos besoins. Ces deux phrases sont liées par la conjonction si; c'est comme s'il y avait la société pou rvoii-a à vos besoins si roi/5 lui êtes utile. Maison ne i)cul pas connnenccr un discours par mais, et, or, donc, etc. S'il arrive (]u'un discours commence ainsi en apparence, c'est qu'il est censé la suite d'un autre (|ui s'est Iciui antérieurement, et (|uc l'orateur ou l'écrivain l'a sous-entendu poiu- donner plus de véhémence a son début. C'est ainsi que Malherbe commence une ode à Louis XllI (liv. II) :

Done DQ nouveau labeur à tes armes s'apprélc

Voyez Dojic.

La place des conjonctions dépend de celles

CON

qu'occupent les propositions qu'elles i)récédent. (Juand une phrase est composée de deux propositions unies par une conjonction, l'harmonie et la clarté demandent ordinairement (jue la i)lus courte soit placée la première : Lorsqu'on est honnête homme, on a bien de la peine à soupçonner les autres de ne l'être pas Puisque la nature se contente de peu, ù quoi bon une table servie avec soviplnosilé et prufusinn? Quand on est vertueux, on ne peut haïr lu partie d'une religion qui ne prêche que ht vertu. On jilacerait mal à la un de chacune de ces phrases la proposition partielle (|ui les commence. On s'exprimerait mal si l'on .lisait : On a bien de la peine ù soupçonner son semblable de n'être pas honnête homme, lorsqu'on l'est soi-même. On ne peut haïr la partie d'une religion qui ne prêche que la vertu, quand on est vertueux. A quoi bon une table servie avec somptuosité et profusion , puisque la nature se contente de peu?

Nous donnerons à l'article de chaque conjonction les règles (pi'ellcs doivent suivre, et les observations dont elles sont siisceptihles.

Conjugaison. .Subst. f. L'inllnitif exprime le verbe avec abstraction de tous les accessoires relatifs aux modes et aux temps Kn regardant celte forme comme la première que les verbes ont eue, on voit que, suivant les variations dont elle est susceptible, elle ajoutera différents accesjioires à la signilicalion des verbes.

Les infinitifs ont des terminaisons différentes. Les uns se lerininent en er, comme chanter; en ir, comme emplir; en oir, comme recevoir; en re, comme rendre. Tiailcs les terminaisons des inlinilifs ])eu\ ent se rapporter a ces quatre.

On a observé que tous les verbes dont l'infinitif se termine en er i)rem)ent en gc'néral dans leurs temps et dans leurs modes les mômes formes qw'aimer; en conséquence, on a regardé les variations de ce verbe comme le modèle dc> variations de tous ceux qui se terminent de la même manière, et on en a lait une classe sous le nom de preiTiière conjugaison. Ainsi tous les verbes dont l'inlinilif est terminé en er sont de la in'cmière conjugaison. On a imaginé de même trois autres conjugaisons ; la seconde, dont les infinitifs sont terminés en ir; la troisième, dont les infinitifs sont terminés en oir, et enfin la quatrième, dont les infinitifs sont terminés en re.

Conjuguer un verbe, c'est lui faire prendre successivement, sur le modèle d'un verbe qui sert de règle, toutes les formes (pie produisent les modes, c'est-à-dire, les formes de l'indicatif, de rinq)éralif, du conditionnel, du subjonctif, de l'infinitif et du participe.

CluKpie conjugaison ayant un modèle, on regarde connue réguliers tous les verbes (ilii, ayant à l'infiDilif la môme terminaison que celui qui sert de règle, se conjuguent exactement de la môme manière. Calmer, par exemple, est un verbe régulier, parce (juc dans tous ses temps et dans tous ses modes il se conjugue comme aimer, (jui est le modèle de la conjugaison des verbes dont l'infinitif est terminé en er.

On api)elle verbes irréguliers tous ceux dont les variations ne sont pas conformes à celles du verbe (|ui doit servir de moible, et verbes défectueux ceux qui manquent de (pielque temps ou de (luehiue mode. .Hier, par exemple, est un verbe irrègulicr de la iiremière conjugaison, parce qu'il ne se conjugue i)as conuac aimer, quoique sou infinitif soit aussi terminé en er

CON

FaiUir est un verbe défectueux de la seconde conjugnisim, ii.ircc qu'il n'est en nsiii-'c qu'à l'inim\ùi'faillir. cl .mx \n>si'<; je faillis, f ai failli, j'avais failli. Qtirrir est i>liis déloclueux encore; il ne se «lit «lii'à rinlinilif.

En consiilciMiil les verbes par rapport aux conjugaisons, il y en a donc de trois espèces : les verbes réguliers, les verbes irrégxdiers, et les verbes défectueux.

Nousrcniaripierons, dans les conjugaisons, des formes sinq)lcs : Je fais, je fis, je sors, je sariis; et des formes coinposcos : J'ai fait, j'avais fait, je suis sirti, j'étais sorti.

Les verbes avoir cl être, qui entrent dans les formes coniposccs, cl (jui se joignent au participe passé, se nonimonl verbes auxiliaires, parce qu'ils concourent à la foiinaiion des temps composés. Jller cs\. aussi un verbe auxiliaire dans la formation du futur prochain, je rais faire; et venir en est un autre dans la formation du passé prochain,/e viens de faire.

l.e verbe sulislanlif être peut être employé avec le participe présent : Pierre est aimant; ci avec le participe passe : Pierre est aimé. Il est dans ces deux phrases le même verbe, dont le propre est d'exprimer la coexistence de l'attribut avec le sujet. Or, quand on <lit Pierre est aimant, Pierre est le sujet de laclion, comme il l'est de la proposition; c'est lui qui agit. Au contraire, il n'est [)lus le sujet de l'action quand on dit Pierre est aimé. 11 en est l'objet; il n'agit donc plus, et c'est ce qu'on appelle être passif.

Etre aimant renferme deux éléments, auxquels on peut substiluei' aimer, verbe adjectif que l'on peut nonuner verbe d'action, et que les gramiiiuiricns nomment verbe actif.

Etre aimé renferme également deux éléments, auxquels les Latins substituaient amari, verbe qu'ils nommaient passif, parce que, dans les modes de ce ve :t)e, le sujet est l'objet de l'action. Notre langue ne peut rien substituer à ces deux éléments ; elle n'a donc point proprement de verbe passif. En cl'fet, c'est avec les participes du passé, joints aux dilférenlcs formes du verbe cire, que nous traduisons les verbes passifs des Latins.

Comme on a nommé verbes actifs ceux dont l'aclion se icruiinc à un objet différent du sujet delà |)ro|)osition, et verbes passifs ceux dont le sujet de la proposition est l'objet même de l'action, les verbes actifs et les verbes passifs ont emporté l'idée d'un objet sur lequel une action se termine. Kn conséciuence, les graunnairiens ont appelé verbes neutres, c'est-à-dire, qui ne sont ni actifs ni passifs, tous ceux où ils ne voyaient iioinl d'action, reposer, dormir; et tous ceux où ils voyaient une action qui ne se terminait pas sur un objet, marcher, rire.

Les grammairiens distinguent encore trois espèces de verbes: des reries réfléchis, dont l'action réflécliit en (pielquc sorte sur le sujet : Je me connais, je me trompe ; des verbes réciproques, dont l'action réfléchit allernativcment d'un sujet sur un autre : Pierre et Parti se battent ; enfin des voies impersonnels, qu'ils appellent ainsi parce qu'ils ne s'emploient ni avec la première, ni avec la seconde personne : Il faut, il pleut. (Condillac.)

Après avoir renvoyé le lecteur au mot Auxiliaire, pour prendre connaissance des conjugaisons des\erbes qui portent ce nom, nous allons donner des modèles de toutes les conjugaisons de la langue française.

CON

Première conjugaison en ER.

Modèle, Chanter.

Infinitif —Chanter.

Indicatif. — Présent. Je chante, tu chantes, il chaule ou elle chaule; nous chaulons, vous chantez, ils chanteut ou elles chanlcul. — Imparfait. Je chanlais, tu chantais, il chanlailow elle chantait; nous chantions, vous chantiez, ils clianlaient ou elles chantaient. — Passé prochain. Je viens de chanter, lu viens de chanter, il vient de chanter ou elle vient de chauler; nous venons de chauler, vous venez de chauler, ils viennent de chanter ou elles viennent de chanter. — Passé prochain antérieur. Je venais de chanter, lu venais de chanter, il venait de chauler ou elle venait declianler; nous venions de chauler, vous veniez de cliauler, ils venaient de chauler o?/ elles venaient de chanter. — Passé prochain postérieur. Je vienilrai de chanter, tu viendras de chanter, il viendra déchanter ou elle viendra de chanier; nous viendrons de chauler, vous viendrez de chauler, ils viendront de chauler ou elles viendront de chanier. — Passé simple. Je chantai, tu chaulas, il clvanla ou elle chanta ; nous chantâmes, vous chaniàles,ils clianlèreut ou elles chantèrent. — Passé composé J'ai chanu-, tu as chaulé, il a chaulé ou. elle a chanté; nous avons chanté, vous avez chanté, ils ont chanté ou elles ont clianté. — Passé antérieur composé. J'eus chanté, tu eus chanté, il eut chanté ou elle eut chaulé; nous eûmes chaule, vous eûtes chanté, ils eurent chanté ou elles eurent chanté. — Futur antérieur surcomposé. J'ai eu chanti', lu as eu chaulé, il a eu chanté ou elle a eu chanté; nous avons eu chanté, vous avez eu chanté, ils ont eu chanté 0!/ elles ont eu chanté. — Plusqueparfait. J'avais chaulé, tu avais chanté, il avait chaulé ou elle avait chanté; nous aviuns chanté, vous aviez chanté, ils avaient chanté ou elles avaient chanté. — -Futur simple. Je chaulerai, tu chanteras, il chantera ou elle chantera; nous chanterons, vous chaulerez , ils chauleront ou elles chanteront. — Futur composé. J'aurai chanlé, tu auras chanté, il aura chaulé ou elle aura chanté; nous aurons chanlé, vous aurez clianté, ils auront chaulé ou elles auront chanté — Futur prochain. Je vais chanier, tu vas chanter, il va cliauler ou elle va chanter; no\is allons chauler, vous allez chauler, ils vont chauler oj elles vont chanier. — Futur prochain antérieur. J'allais chanier, lu allais chanier, il allait chanter o!^ elle allait chanter; nous allions chantt vous alliez chanter, ils allaient chanter ou eUo;. allaient chanter.

Conditionnel. — Présent ou futur. Je chanterais, lu chaulerais, il chaulerait ou elle chanterait ; nous chanterions, vous chanteriez, ils chanteraient ou elles chanteraient. — Premier passé. J'aurais chanté, lu aurais chanté, il auraitchanté ou elle aurait chante; nous aurions chanlé, vous auriez chanté, ils auraient chanlé ou elles auraient chanté.— i'eco/ii/josst'. J'eusse chanté, lu eusses chanlé, il eût chanlé o;/ elle eût cJianlé; nous eussions chanlé, vous eussiez chanté, ils eussent chanlé ou elles eussent chanlé. — Passé prochain. Je viendrais de chauler, lu viendrais de chanter, il viendrait de chanter ou elle viendrait de chanter; nous viendrions de chanter, vous viendriez de chanier, ils viendraient de chanier OM elles viendraient de chanter.

Impératif. — Présent ou futur simple. Chante,

CON

qu'il chnnlc ou qu'elle chante ; cliantons, elmntez, qu'ils chanlcut ou qu'oUoschnntonl. — Futur composé. Aie ciiaiilé, qu'il ail chaulé ou »iii'clle ail cliaiiié; ayons chanté, qu'ils aient chanté oti qu'elles aient chanté.

Subjonctif. — Présent ou futur. Que je chante, que lu chantes, qu'il chante w <iu'elle chante; que nous chantions, que vous chantiez, ([u'ils chantent ou qu'elles cliantenl. — Imparfait. (Juc je chant;i«6c, (]ue tu chantasses, qu'il chantât ou qu'elle chaniàt; (|uenous chantassions, que vous chantassiez, qu'ils chantassent om qu'elles chantassent.— Pusse. <.Kie j'aie chanté, que lu aies clianlé, qu'il ait chanté on qu'elle ait chanté; que nous avons chanté, que vous ayez chanté, qu'ils aient chanté OH qu'elles aient chanté. — P/uiçwf/iHr/fiii.Quej'eussechantéjque tu eusses chanté, qu'il eut chanté ou qu'elle eût chanté; que nous eussions chanté, que vous eussiez chanté, qu'ils eussent chanté ou qu'elles eussent chanté. — Passé prochain. Oue je vienne de chanter, que tu viennes de chanter, qu'il vienne de chanter om qu'elle vienne de chanter; que nous venions de chanter, que vous veniez de chanter, qu'ils viennent de chanter ou qu'elles viennent déchanter. — Passé prochain antérieur. Que je vinsse de chanter, que tu vinsses de chanter, qu'il vint déchanter oii qu'elle vint de chanter; que nous vinssions de chauler, que vous vinssiez de chanter, qu'ils vinssent de chanter ou qu'elles vinssent de chanter. — Fvtur prochain. Que j'aille chanter, que tu ailles chanter, qu'il aille chanter ou qu'elle aille chanter; que nous allions chanter, que vous alliez chanter, qu'ils aillent chanter ou qu'elles aillent chanter.— Futvr prochain antérieur. Que j'allasse chanter, que tu allasses chanter, qu'il allât chanter ou qu'elleallàt chanter; ([ue nousallassicns chanter, que vous allassiez chanter, qu'ils allassent chanter ou (ju'elles allassent chanter.

Participe. — Présent. Chantant. — Passé. Chanté, chantée. Voyez Irrégulier et Défectueux.

Seconde conjugaison en ir..

Modèle, Emplir.

Inlinitif.— Einjjlir.

Indicatif. — Présent. J'emplis, tu emplis, il emplit ou elle emplit; nous emplissons, vous emplissez, ils emplissent ou elles emplissent. — Imparfait. J'emplissais, tu emplissais, il emplissait OM elle emplissait; nous emplissions, vous emplissiez, ils emplissaient ou elles emplissaient. — Pasité prochain Je viens d'emplir, tu viens d'emplir, il vient d'cuii)lir ou elle vient d'emplir; nous venons d'ernplir, vous venez d'emplir, ils viennent d'emplir oî/ elles viennent d'emplir. — Passé prochain unlérieur. Je venais d'emplir, tu venais d'emplir, il venait d'emplir ov elle venait d'cnq)lir; nous venions d'emplir, vous veniez d'cmiilir, ils venaient d'emplir ou elles venaient d'emplir. — Passé prochain postérieur. Je viendrai d'eini)lir, lu viendras d'emplir, il viendra d'emplir ou elle viendra d'emplir; nous viendrons d'cinplir, vous viendrez d'emplir, ils viendront d'emplir ou elles viendront d'emplir. — Passé simple. J'emiilis, lu cm|)lis, il emplit ou elle emplit; nous cm|ilimes, vous empliies, ils emplirent ou elles emplirent. — Passé composé. J'ai empli, tu as empli, il a empli ou elle a empli; nous avons empli, vous avez empli, ils ont empli ou elles ont empli. — Passé antérieur

CON

composé. J'eus empli, tu eus empli, il eut empli ou elle eut empli ; nous eûmes cm]ili, vous eûtes empli, ils curent empli ou elles eurent empli.— Passé antérieur surcomposé. J'ai eu eml)li, lu a'^'^u empli, ii a eu empli ou elle a eu em- |)li; nous avons eu emi»li, vous avez eu empli, ils ont eu enqili ou elles ont eu emi)li. — Plusqucparfait. J'avais empli, tu avais empli, il avait empli ou elle avait empli; nn.is avions empli, vous aviez empli, ils avaient emiili ou elles avaient empli. — Futur simple. J'emjjlirai, tu em[)liras, il emi>lirao)^ elle emplira; nous en)y)lirons, vous emiilirez, ils empliront ou elles empliron*. — Futur composé. J'aurai empli, lu auias cmj)li, il aura empli ou. elle aura empli ; nous aurons empli, vous aurez empli, ils auront empli ou elles auront enq)li. — Futur prochain. Je vais ou je vas emplir, tu vas emplir, il va cmjiliro?/ elle va emplir; nous allons cmjilir, vons allez emplir, ils vont emplir ou elles vont cm] lir. — Futur prochain antérieur. J'allais emplir, tu allais emplir, il allait emplir 01/ elle allait omiilir; nous allions emplir, vous alliez emplir, ils allaient emplir ou elles allaient emplir.

Conditionnel. — Présent ou futur J'emplirais, lu emplirais, il emplirait ou elle emplirait ; nous emplirions, vous empliriez, ils empliraient ou elles empliraient. — Prcrnier passé. J'aurais empli, lu aurais empli, il aurait empli ou elle aurait empli; nous aurions empli, vous auriez empli, ils auraient empli ou elles auraient empli. — Second passé. J'eusse empli, tu eusses empli, il eût empli ou elle eût empli; nous eussions empli, vous eussiez empli, ils eussent empli ou elles eussent empli. — Passé prochain. Je viendrais d'emplir, tu viendrais d'emplir, il viendrait d'emplir o' elle viendrait d'emplir; nous viendrions d'emplir, vous viendriez d'emplir, ils viendraient d'emplir o« elles viendraient d'emidir.

Impératif. — Présent ou futur simple. Emplis, qu'il emplisse ou qti'elle emplisse; emplissons, emplissez,qu'ilsemplissent'iî/ qu'elles emplissent. — Futur composé. Aie empli, qu'il ait empli ou qu'elle ait empli; ayons empli, ayez empli, qu'ils aient empli ou (lu'ellcs aient empli.

Subjonctif. — Présent ou /"î//>?r. Que j'emplisse, que tu emplisses, qu'il eniplisse ou. qu'elle emplisse; <iue nous emplissions, que vous emplissiez, qu'ils emplissent ou qu'elles emplissent. — Imparfait- Que j'emplisse, que tu emplisses, qu'il emplit ou qu'elle emplit; que nous e;nplissions, que vousemi)lissiez, qu'ils emjilisseiu ou qu'elles emplissent. — Passé. ()uo j'aie empli, que tu aies empli, qu'il ail empli ou qu'elle ail empli ; que nous ayons emiili, (pie vous ayez empli, qu'ils aient empli om qu'elles aient empli. — Plusqueparfait. Que j'eusse empli, que tu eusses empli, qu'il eût empli ou qu'elle eût empli; que nous eussions empli, que vous eussiez empli, qu'ils eussent empli ou qu'elles eussent empli. — Passé prochain. Que je vienne d'emplir, que tu viennes d'emidir, (ju'il vienne d'cmiiliroj/ qu'elle vienne d'emplir; (jue nous venions d'emplir, que vous veniez d'emplir, qu'ils viennent d'em|)lir ou qu'elles viennent d'emplir. — Passé prochain antérieur. Que je vinsse d'emplir, que tu vinsses d'emplir, qu'il vint d'emplir om qu'elle vint d'emplir; que nous vmssions d'emplir, (pic vous vinssiez d'emplir, qu'ils vinssent d'emplir ou qu'elles vinssent d'emplir. — Futur prochain. Que j'aille emplir, que tu ailles emplir, qu'il aille emplir om qu'elle aille emplir; que nous allions emplir, que vous alliez emplir, qu'ils aillent emplir ou qu'elles

CON

aillent emplir. — Fvtur prochain antérieur. Que ■ j'alhisse emplir, que lu ;ilhsses emplir, (pi'il allât emplir ou qu'elle allât ciuplir; que uous allassions emplir, que vous allassiez cuiplir, (ju'ils al- ^ hissent emplir OK qu'elles allassent emplir. I

Participe. — Présent. Emplissant. — Passé. F.mpli, emplie.

Troisième conjugaison eu oir..

Modèle, Recevoir.

Infinitif.— Recevoir.

IùAkaWL — Présent. Je reçois, tu reçois, il reçoit ou elle reçoit; nous recevons, vous recevez, ils reçoivent ou elles reçoivent. — Imparfait. Je recevais, tu recevais, il recevait ou elle recevait ; nous recevions, vous receviez, ils recevaient cm elles recevaient. — Passé prochain. Je viens de recevoir, lu viens de recevoir, il vient de recevoir «/m elle vient de recevoir; nous venons de recevoir, vous venez de recevoir, ils viennent de recevoir ou elles viennent de recevoir. — Passé prochain ajitérieur. Je venais de iccevoir, lu venais de recevoir, il venait de recevoir ou elle venait de recevoir; nous venions de recevoir, vous veniez de recevoir, ils venaienl de recevoir ou elles venaient de recevoir. — Passé présent postérieur, .le viendrai de recevoir, tu viendras de recevoir, il viendra do recevoir ou elle viendra de recevoir; nous viendrons de recevoir, vous viendrez de recevoir, ils viendront de recevoir ou elles viendront de recevoir. — Passé simple. Je reçus, tu reçus, il reçut ou elle reçut; nous reçûmes, vous reçûtes, ils reçurent ou elles reçurent. — Passe composé. J'ai reçu, tu as reçu, il a reçu ou elle a reçu; nous avons reçu, vous avez reçu, ils ont reçu ou elles ont reçu. — Passé antérieur composé. J'eus reçu, lu eus reçu, il eut reçu ou elle eut reçu ; nous eûmes reçu, vous eûtes reçu, ils eurent reçu ou elles eurent reçu. — PdssL antérieur surco/itposé. J'ai eu reçu, tu as eu reçu, il a eu reçu ou elle a eu reçu; nous avons eu reçu, vous avez eu reçu, ils ont eu reçu ou elles ont eu reçu. — Plusquoparfait. J'avais reçu, lu avais rc-u, il avait reçu ou elle avait reçu; nous avions reçu, vous aviez reçu, ils avaient reçu ou elles avaient reçu. — Futur simple. Je recevrai, lu recevras, il rececevra ou elle recevra; nous rccevi-ons, vous recevrez, ils recevronl ou elles recevront. — Futur composé. J'aurai reçu, lu auras reçu, il aura reçu ou elle aura reçu; nous aurons reçu, vous aurez reçu, ils aur .ni reçu ou elles auront reçu. — Futur prochain. Je vais ou je vas recevoir, tu vas recevoir, il va ou elle va recevoir; nous allons recevoir, vous allez recevoir, ils vont recevoir ou elles vont recevoir.— Fk^;//- prochain antérieur. J'allais recevoir, lu allais recevoir, il allait recevoir ou elle allait recevoir; nous allions recevoir, vous alliez recevoir, ils allaient recevoir ou elles allaient recevoir.

Conditionnel. — Prescrit ou futur. Je recevrais, lu recevrais, il recevrait om elle recevrait; nous recevrions, vous recevriez, ils recevraient ou elles recevraient. — Premier passé J'aurais reçu, lu aurais reçu, il aurait reçu ou elle aurait reçu; nous aurions reçu, vous auriez reçu, ils auraient reçu ou elles auraient reçu. —J'eco;»/ passe. J'eusse reçu, tu eusses reçu, il eût reçu ou elle eût reçu; nous eussions roçu, vous eussiez reçu, ils cus^enl reçu nu elles eussent reçu. — Passé prochain. Je viendrais de recevoir, lu viendrais de recevoir, il viendrait de recevoir nu

CON

elle viendrait de recevoir; nous viendrions de recevoir, vous vicn.lrioz de recevoir, ils viori (Iraient ou elles viemlraicnt de recevoir.

Impératif.— /'rcs<?/(< ou futur simple. Reçois, qu'il reçoive ou qu'elle reçoive; recevons, recevez, qu'ils reçoivent ou (lu'elli'.^ reçoivent. — Futur composé. .\ie reçu, qu'il ail reçu 01/ ipielle ait reçu ; ayons reçu, ayez reçu, qu'ils aient reçu ou qu'elles aient reçu.

Subjonctif. — Présent ou futur. Que je reçoive, que lu reçoi\es, qu'il reçoive om qu elle reçoive ; que nous recevions, (pie vous reccN iez, «iu'ils reçoivent OM qu'elles reçoivent. — Imparfait. (^)ue je reçusse, que tu reçusses, qu'il reçût ou qu'elle reçût ; que nous reçussions, (]ue vous reçussiez, qu'ils reçussent om (lu'clles reçussent. — Passé. Que j'aie reçu, que lu aies reçu, mi'il ail reçu ou «pi'elleail reçu; cpie nous ayons reçu, que vous ayez reçu, (ju'ils -lient reçu ou qu'elles aient reçu. — Plusqueparfait. •,)ue j'eusse reçu, que tu eusses reçu, iju'il eût reçu ou qu'elle eût reçu; que nous eussions reçu, tpie vous eussiez reçu, qu'ils eussent reçu om qu'elles eussent reçu. —Passé prnchain. Que je vinsse de recevoir, (pio tu vinsses de recevoir, (pril vint de recevoir om qu'elle vint de recevoir; que nous vinssions de recevoir, que vous vinssiez de recevoir, qu'ils vinssent de recevoir om qu'elles vinssent de recevoir.— Futur prochain . Que j'aille recevoir, que lu ailles recevoir, qu'il aille recevoir ou qu'elle aille recevoir; que nous allions recevoir, (jue vous alliez recevoir, qu'ils aillent recevoir ou qu'elles aillent recevoir. — F'utur prochain antérieur. Que j'allasse recevoir, que tu allasses recevoir, qu'il allât recevoir ou qu'elle allât rece voir; que nous allassions recevoir, (jue vous allassiez recevoir, qu'ils allassent recevoir ou qu'elles allassent recevoir.

Participe. — Présent. Recevant. — Passé. Reçu, reçue.

Quatrième conjugaison en re.

Modèle, Rendre.

Infinitif. — Rendre.

Indicatif. — Présent. Je rends, tu rends, il rend r>u elle rend; nous reiid<jns, vous rend"z, ils rendent ou elles rendent. — Imparfait. Je rendais, tu rendais, il rendait ou elle rendait; nous rendions, vous rendiez, ils rendaient ou elles rendaient. — Passé prochain. Je viens de rendre, tu viens de rendre, il vient de rendre ou elle vient de rendre; nous venons de rendre, vous venez de rendre, ils viennent de rendre nu elles viennent de rendre. — Passé prochain antérieur. Je venais de rendre, II? venais de rendre, il venait de rendre ov. elle venait de rendre ; nous venions de rendre, vous veniez de rendre, ils venaient de rendre ov elles venaient de rendre. — Passé, prochain pnsti~ rieur. Je viendi'ai de rendre, lu viendras de rendre, il viendra de rendre ou elle viendra de rendre; nous viendrons de rendre, vous viendrez di rendre, ils viendront derendie ok elles viendroni de rendre. — Passé simple. Je rendis, lu rendis. il rendit ou elle rendit; nous rendimes, vous rendîtes, ils rendirent ou elles rendirent. — Passé, composé. J'ai rendu, tu as rendu, il a rendu ou elle a rendu ; nous avons rendu, vous avez rendu, ils ont rendu om elles ont rendu. — Passé antérieur composé- J'eus rendu, lu eus rendu, il ci!' rendu nu elle eut rendu; nous eûmes rendu, r >-.:Jà eûtes rendu , ils eurent rendu ou elles eurent rendu. — Passé antérieur surcomposé. J'ai eu

CON

ren<Ki, tu as eu rendu, il a eu rendu ou elle a eu rendu; nous avons eu rendu, vous avez eu rendu, ils ont eu rendu ou elles onl eu rendu. — l'iusqueparj'ait. J'avais rendu, tu avais rendu, il avait rendu ou elle avait rendu; nous avions rendu, vous aviez rendu, ils avaient rendu ou elles avaient rendu. — / utvr simple- Je rendrai, tu rendras, il rendra ou elle rendra; nous rendrons, vous rendrez, ils rendront ou elles rendront. — Futur composé. J'aurai rendu, lu auias rendu, il aura rendu ou elle aura renuu, nous aurons rendu, vous aurez rendu, ils auront rendu ou elles auront rendu. — Futur prochain. Je vais ou je vas rendre, lu vas rendre, il va rendre ou elle va rendre; nous allons rendre, vous allez rendre, ils vont rendre ou elles vont rendre. — Futur prochain a/itérieur. J';\\\a\s rendre, lu allais rendre, il allait rendre om elle allait rendre; nous allions reiidie, vous alliez rendre, ils allaient rendre eu elles allaient rendre.

Conditionnel. — Présent ou futur. Je rendrais, tu rendrais, il rendrait ou elle rendrait ; nous rendrions, vous rendriez, ils rendraiei.t ou elles rendraient.— Premier passé. J'auiais rendu, tu aurais rendu, il aurait rendu ou elle aurait rendu ; nous aurions rendu , vous auriez rendu , ils auraient rendu ou elles auraient rendu. — Secojid passé. J'eusse rendu, tu eusses rendu, il eut rendu ou elle eût rendu; nous eussions rendu, vouseussiez rendu, ils eussent rendu ou elles eussent rendu. — Passé prochain, ic. vien-drais de rendre, tu viendrais de rendre, il viendrait de rendre ou elle viendrait de rendre ; nous viendrions de rendre, vous viendriez de rendre, ils viendraient de rendre ou elles viendraient de rendre.

Impératif. — Présent ou futur simple. Rends, qu'il rende ou qu'elle rende; rendons, rendez, qu'ils rendent ou «ju'elles rendent. —Futur composé. Aie rendu, qu'il ail rendu ou tiu'elle ait rendu; ayons rendu, ayez rendu, qu'ils aient rendu ou qu'elles aient rendu.

Subjonctif. Présent ou futur. Que je rende, que tu rendes, (|u'il rende ou qu'elle rende; ()ue nous rendions, que vous rendiez, qu'ils rendent OM qu'elles rendent. — Imparfait. Que je rendisse, que lu rendi>scs, (juil rendit ou qu'elle rendit; que nous rendi^sions, que vous rendissiez, qu'ils rendissent ou qu'elles rendissent. — Passé. Que j'aie rendu, que tu aies rendu, iju'il ait rendu ou qu'elle ait rendu; (]ue nous ayons rendu, i]i:c vous ayez rendu, qu'ils aient rendu ou iiu'ciles aient rendu. — Plusqucparfuit. «Jue j'eusse rendu, que lu eusses rendu, qu'il eût rendu ou qu'elle eût rendu ; que nous eussions rendu, ([ue vous eussiez rendu, qu'ils eussent rendu ou (lu'cUcs eussent rendu. — Passé prochain. Que je vienne de rendre, que tu vienne.^ de rendre, (|u'il vienne de rendre ow tju'elle vienne de rendre; (jue nous venions de rendre, que vous veniez de rendre, qu'ils viennent de lendre ou qu'elles viennent de rendre. — Passé prochain antérieur. (,)ue je vinsse de rendre, que lu vinsses de rendre, (ju'il vint de rendre ou <|u'elie vint de rendre; (jue nous vinssions de rendre, que vous vinssiez de rendre, ju'ils vins.sent de rendre ou qu'elles vinssent de /endre. — Futur prochain. Que j'aille rendre, que lu ailles rendre, qu'il aille rendre ou qu'elle aille rendre; que nous allions rendre, <iue vous alliez rendre, qu'ils aillent ou «lu'elles aillent rendre. — Futur prochain antérieur. Que j'allasse rendre, que lu allasses rendre, iju'il allât ou quelle allât rendre; que nous allassions rendre, que vous allassiez rendre, qu'ils ou qu'elles allassent rendre.

CON

Participe. — Présent. Rendant.— /•a^se. Rendu, rendue, \oyez Irrégulier, Passif cl Neutre.

C0\JDG.\L, Co>JL-GALE. Adj. 11 SUit loUJOUrS SOU

subsl., et fait au i)luriel niaseidin conjugaux.

Tout le monde sent (pi'on ne i)cul |)as dire un traite conj'w/al, xtn contrat conjugal, une bénédiction conjugale; cependant on pourrait le dire, si l'on adnieliait la delinilion (jue l'.Acadcmic nous donne de ce mot. C'est, <lil-elle, ce qui concerne l'union entre le mari et la femme. Ainsi un seriiion sur l'union des cpouK serait un sermon conjugal; un conlral de mariaire serait un contrat conjugal; wm bénédiction nuptiale serait i/7ieiénédiction conjugale. — Conjuyul ne signiiic pas ce (jui concerne l'union du mari et de la femme ; mais ce qui a un rar.porl d'eflel avec celle union, ce qui en découle eonune d'une source, ce qui dérive de sa nature : Lien conjugal, union conjugale, antour conjugal, foi conjugale, devoir conjugal, félicité conjugale, c[c. — Les jj'rammairiens et les lexicograidies n'indiquent pas de pluriel à ce mot, mais il nous semble (piC l'on jiourrait très-bien dire des liens, aes devoirs conjugaux. [Grammaire des Gramviaires,\\. 239)

CoNjuG.tLCMENT. Adv. il sc mct toujours après le verbe. On ne peut pas dire ils ont conjugalement vécu; mais ils ont vécu cn}jngulement.

CoNJuGui;r.. V. a. de la l'conj. Assembler ou réciter les différentes inflexions et terminaisons que reçoit un verbe, selon les lemps cl les modes.

CoNJLRATEUR. Subsl. m. Cc mot ne signilie pas un simple conjuré; mais un clief, un promoteur, un des plus ardents complices d'une conjuration. — L'Académie remaniuc dans sa nouvelle édition que ce sens est peu usité.

CoNjcRATio\. Subst. f. L'Académie dit qu'on l'emploie au pluriel dans le sens de prières. 11 nous semble (lue c'est une erreur . Le verbe conjurer se prend en ce sens; mais il n'en est pas de même du substanliL On ne dit pas H emploie les conjurations, je vie rendis à ses conjurations. Voyez Conspiration.

*CoxNAissABi.E. Adj. des deux genres, qui se met toujours après son subsl. 11 n'est guère d'usage qu avec la négative : Un homme qui n'est pas connaissable.

CoN^Aiss.vNCE. Subst. L Cc substantif ne prend un pluriel que quand il signilie, en paidant des siiences, les connaissances diverses ([uc l'on possède : Cet homme u bien des connaissances ; ou (luand il s'applii|ue aux peisonnes avec lesquelles on a qucl<pics liaisons d'habitude : Je ne veux pas faire de nouvelles connaissances.

On prend pour des amis de simples connaissance», El que de ropcnlirs suivent ces imprudences !

(Gbess., i/e'cA., acl. IV, se. iv, 24.)

Co^^•AI.ssEDR. Subst. m. Comnaissecse. Subsl. f. 11 s'emploie absulumenl : I^ous êtes connaisseur, vous n'êtes pas connaisseur ; ou bien avec la préposition en: Connaisseur en musique, en tableaux. Connaisseuse en vers.

CoNNAiTr.E. V. a. de la 4' conj. Use dit négativement des passions (ju'on n'a point éprouvées : Je ne connaissais pas l'amour.

Antoine, tu l« sais, n« eonnatt point l'envie.

{Volt., Mort de Cc'sar, acl. I, sc. I, 5.)

Voltaire l'a dil sans négalion dans la même tragédie (acl. m, si:. VI 11. 3S) :

... Si 5.) oTiudi: imc eût connu I) venjewct.

C0>' On lit dans Coincillo [Nicom., act. I, se. m,

CON

Ah! seigneur, excuse?, si, vous connaissant nul.

On connaît mal, dit Yollaire, quand on se trompe au caraclèrc. I.aodicc dit à Clcopâlie {Rodoq., net. II, se. ii, 77) : Je vous connaissais mal. Pholln du {Powpv.e, ael. I\', se. i, 25) : J'ai mal connu Ct'sar. Mais (piand on ignore quel est l'hoinmc à iiiii l'on |iarlo, il faut dire Je ne le connaissais pas. iJiemaïqiics sur Corneille.)

On dit connailre quelqu'un, je le connais. Connaître vnc chose ù quelqu'un, savoir qu'il l'a, qu'il la possède : Je lui connais vnc terre et deux maisons à Paris. Je lui connais un goût décidé povr les plaisirs. — On dit faire connaître quelque chose d quelqu'un, cl être connu de quelqu'un. Cependant, avee les pronoms personnels, on dit cela m'est co7inv ; comment savcsvous que cela ne leur était pas connu? — Uaus le sens de eoniiaisseur, on dit se connaître en tableaux, en musique. On dit aussi s'y connaître, il s'y connaît, lorstju'il a cl6 question auparavant de la cliose dont il s'agit.

Connaître, dans le sens d'avoir autorité de juger de quelques matières, est neutre, et se construit toujours avec de ou un équivalent :

Si la justice vient à connaître dti fait. Elle est un peu brutale et saisit au collet.

(Regnard, Légat., act. IV, se. m, 8.)

* Connecter. V. a. délai" conj. Cemotn'cst point usité. Frédéric II l'a employé dans une de ses lettres à Yollaire : Je vous e?iverrai la traduction du Traité de Dieu, de l'Ame et du MoïKle, jtjar Ji^olf, dès qti'clle sera achevée; et je suis sûr que la force de l'évidence vous frappera dans toutes les propositions, qui se suivent fféomé'riquement et i^inmcvicni les unes arec les autres comme les anneaux d'une chaîne.

Connu, Connue. Adj. Il récit de, par, à et en : On est connu de tout le monde. On est connu par son esprit, par ses talents, par ses forfaits. On est connu eu France, en Angleterre. On est connu à Paris.

Connu seul parmi nous par ta clémence auguste.

(Volt., AU., act. V, se. v, 10.)

CoNQUÉniR. V. a. et irrég. de la 2'' eonj. Il se conjugue comme acquérir. Mais il n'est guère usité qu'à l'nilinitif, co/(7?/f'rù-, au passé simple, je conquis, aux leuq)S composés, j'ai conquis, j'avais conquis, etc., au participe présent, conquérant , et au participe passé conquis , conquise.

CoNQuÈTf:. Subst. f. Voltaire a dit dans une acception que n'indique point l'Académie (Henr., II, 238) :

Et l'on porta sa ti-te aux pieds de Médicis, Conquête digne d'elle et digne de son fils.

Consacrer. V. a. de la d" conj. Voici quelques acceptions de ce mot que l'Académie n'a pas indiquées :

Surtout j'ai cru devoir aux larmes, aux prières, Consacrer ces trois jours et ces trois nuits entières (Rac, Ath., act. I, se. ii, 31.)

Thàbes depuis longtemps aux horreurs consacrée. (Volt., OEd., ad. I, se. i, 7.)

On dit qu'MM lieu est consacré à la dnulcur, q\]'une som7ne est consacrée au soulagement des pauvres, etc.

Consacrer se dit |)our rendre étoin(>I, rendre lierpétuel dans la mémoire des Iminines : feWe seule action, par laquelle il finit su rii^, d it consacrer sa mémoire (A'oliairc). On consacra cet événement par plusieurs monuments. C'est dans le mémo sens cpie le temps consacre les usages, que certains iisages sont consacrés. Les v.iaqcs les plus consacrés chez un peuple paraissent aux autres ou extravagants ou haïs sables. (Voltaire.)

Les droits de mes aïeux que Rome a consacre».

(Rac, Britan., ad. IV, 8C. ii, 7.)

Consanguin , Consanguine. Adj. L'm ne se prononce point. 11 ne se met qu'après son substantif

Consanguinité. Subst. f. On fait sentir I'm, qui fait diplilliongue avec Vi.

CoNsciKNCE. Subst. f. Terme de métaphysique. Selon l'Académie, il se dit de la connaissance qu'on a d'une vérité par ic sentiment intéiiour. Ce n'est pas là ce ipie les métaphysiciens entendent i)ar conscience. Le mol conscience, pris en ce sens, est un sentiment que donne à l'âine la connaissance des pereeptiom qui sont en elle. Si, comme le vent I.ocke , l'àine n'a ])oinl de perceptions dont elle ne prenne connaissance, en sorte qu'il y ;,il contradiction (|u'une perception ne lui soit pas connue, la itcrccplion et la conscience doivent étie prises pour une seule cl même opération. Si au contraire il y a dans l'àmc des jiereeptions dont elle ne prend jamais connaissance, ainsi (pic le prétendent les cartésiens, les maleluaneliistes et les Icibniziens, la conscience et la iierccption sont deux opérations trcs-distinctes. Le sentiment de Locke iiarait le mieux fondé; car il ne paraît pas qu'il y ail des perceptions dont l'âme ne prenne qiiehiue connaissance plus ou moins forte; d'uii il résulte <pie la perccplion el^ la conscience ne sont réellement qu'une même opération sous deux noms. En tant qu'on ne considère cette opération que comme une impression dans l'àine, on peut lui conserver le nom de perception; et en tant qu'elle avertit l'àinc de sa présence, on peut lui donner celui de conscience . (l.c chevalier de .JaucDurt.) Cdndillac a dit : J'appelle perception l'impression qui se produit en nous ù la présence des objets; sensatiiin, cette même impression, en tant qu'elle vient par les sens; conrience, la connaissance qu'on en prend. Quand nous ne fixons point notre attention, en sorte que nous recevons les perceptions qui se produisent en nous, sans être plus avertis des unes que des autres, la conscience est si légère, que, si l'on nous retire de cet état, nous ne nous souvenons pas d'en avoir éprouvé.

L'Acadcmie ne définit pas mieux le mol conscience pris dans le sens moral. C'est, (iit-clle, une lumière intérieure, un sentiment inlcncur par leipiel l'humnie se rend témoignage a luimcine du bien et du mal qn't\ fait. La con-

sorte qu'il conclut en Ini-mcine que les premières sont oji ne .sont nas conformes aux dernières

sont ou ne sont pas con

CON

Co.NSciENciEiSEMENT. Adv. Il sc mcl jiprcs le verbe; // a agi consciencieusement, Ci non pas U a consciencieusement agi.

Consciencieux, Consciencieuse. Aiij. H suit ordinairemcnl son subsl. : Un homme consciencievx, vne femme consciencieuse.

Consécutif , Conslcutive. Adj. Il ne se dit qu'au pluriel, puisqu'il a rapport à plusieurs choses (jui se suivent : Pendant trois jours consccutifs.

Coxsécltivement. Adv. Il se met loujoursaprès le verbe et jarcais entre l'auxiliaire et le participe: // a eu consécutivement trois maladies.

CoNSiiii,. Subst. ni. L'Académie le définit, avis que l'on donne a (juciqu'un sur ce qu'il doit faire ou ne pas l'aire. r\ous l'avons dcliiii dans notre J^ourcau Dictii niiairc de la langue française, raisons cxposi'os à <iuclqu'un dans la vue 'de l'ensaïrer à faire ou à ne i);is l'aire une chose, ou de Tcclaircr dans la conduite ([u'il doit tenir. — Conseil en ce sens n'a point de régime par lui-même; il ne régit les noms et les verbes qu'à l'aide des verbes auxquels il est joint. Cependant J.-J. Rousse-ju a dit : Je finirai ce que j'ai à dire par un conseil à vies adversaires. Féraud prétend qu'il aurait ùi'i dire en donnant un conseil à vies adversaires. C'est bien là le sens de la phrase; mais pourquoi Rousseau n'aurait-il pas pu l'exprimer par un tour elliptique? Celte plirasc elliptique est claire; c'est tout ce qu'il faut.

On dit demander conseil à, et prendre conseil de, sans arlicie; mais on ne ilit pas suivre conseil, comme Uollin ; C'était un petit esprit, mais fier, plein de lui-même, et qui aurait cru se dêslwnorer sHl avait demandé ou suivi conseil. Féraud, qui fait celle remarque, convient cependant <jue l'Académie dit suivre co7iseil, n\ms il condamne également celle phrase dans l'Académie cl dans KoUin. C'est sans doute celle faute de l'Académie (jui aura induit Rollin en erreur. Dans la dernière édition de son Dictionnaire on ne trouve point col exemple, probablement d'après l'observation do Féraud.

Prendre conseil se dit figurément et élégamment des choses mêmes: Je prendrai conseil de la situation de son âme. (Marmoniel.) C'est-àdire, celle situation réglera mes démarches, ma conduite. Maurice prend conseil des événements, distribue des secours, donne des ordres, elc. (Thomas.)

Toi gui, courant à ta ruine,

Bejelaut toute discipline,

N'as pris conseil que de les sens.

;J.-B. Ilouss., liï. I, Ode iv, 59.1

On dit aussi au sens figuré suivre les conseils :

Qu'un cœur qu'ont endurci la fati^e et les ans. Suivit d'un vain plaisir les conseils imprudents.

(Rac, Baj., acl. I, sc. I, 179.)

Bacine a dit dans les Frères ennemis (act. I, se. V, 47):

Vous inspiret au roi vos contrits dangereux.

On ne le dirait pas aujourd'hui. On inspire, on conseille des démarches ; on n'inspire pas des conseils. Mais du teuqis -de Racine , on employait conseil pour dessein, résolution. Bossuet a dit : On prit aussitôt après d'autres conseils, et il voulait dire d'autres résolutions.

CON

En parlant de la Providence, on donnait autrefois à conseils le sens de décrets. Bossuct a dil : yoiki l'ardre des cmseils de Dieu. Aujourd'hui on ne lui donne plus ce sens. — On dit proverbialement/a nuit porte conseil, pour signifier qu'il ne faut pas jtrendre un parti à la hâte, qu'il faut se donner le loisir de réfléchir sur une affaire.

Conseiller. Subst. m. Conseillèhe. Subst. f. Celui, celle qui donne conseil. Conseillère ne sc dil pas souvent au propre ; on dit cependant d'une femme tiui a donné un bon on un mauvais conseil, i\\ïcïïe est ujie bonne ou une mauvaiso conseillère. — On le dit au figuré : Le désespoir est un mauvais conseiller, la faim est une mauvaise conseillère.

Consentant, Consentante. Adj. verbal tiré du V. conscniir. 11 ne se dit qu'en style de palais, et suit toujours son subst. : La partie consentante.

On no dit pas dans le langage ordinaire, j'en suis- consentant, elle en est consentante; mais j'y consens, elle y consent.

Consentement. Subsl. m. Ce mot n'a point de pluriel : Il a donné son consentement, ils ont donné leur consentement ; donner son consentement à une entreprise; cela s'est fait de mon consentement.

Consentir. "V. n. et irrégulicr de la 2' conj. II se conjugue comme sentir. Voyez Irrégulier. Ce verbe exige le subjonctif dans la proposition subordonnée : Je consentis qu'il s'él ignût.

Selon l'Académie, ce verbe régit la préposition à devant un nom : Consentir à i/?j mariage. On ne peut donc pas dire comme Corneille {Menteur, act. "V, sc. ni, 49) :

. . . Mon indulgence, au dernier point venue, Consentait à tes yeux l'/iymen d'une inconnue.

Consentir, dil Voltaire, est un verbe neutre qui régit la préposition à. On ne dit pas consentir quelque chose, mais à quelque chose. Dans quelques éditions, on a substitué approuvait à consentait. [Remarques sur Corneille)

L'Académie ne dil point quelle préposition régit ce verbe devant un infinitif. Dil-on consentir à faire une chose ou consentir de faire une chose"* Consentir à est plus usité; cependant on trouve consentir de dans de bons auteurs, et il y a apparence que, dans la remarque de Voltaire que nous venons de rapporter, il n'a entendu parler que du verbe consentir suivi d'un substantif, car on lit dans une de ses Icltrcs, je consens de prêter, mais je ne veux plus perdre. Racine dit aussi :

César lui-même ici consent de vous entendre.

(Britan., act. IV, sc. I, 2,)

Je puis me plaindre à tous du sang que j'ii T«rsé, Mais enfin je consens d'oublier le passé.

(Androm., aci. IV, sc. V, 69.)

Je pense «pi'il faut employer à lorsqu'il s'agit d'une action tiue l'un consent à faire; et que de est préférable lorsiiu'il est ([ueslion seulement de ne pas défendre, de ne pas empêcher, de ne pas s'opposer. On dira donc, je consens de le voir, de l'entendre, c'est-à-dire, je ne m'oppose pas à ce (pi'il se présente devant moi, à ce iiu'il me parle; mais on dira/e consens à vous suivre, je consens à partir; et si celle lemarque a quelque justesse, A ollaire aurait dû dire : Je consens à prêter, et non pas je consens de prêter.

CON

CoNSKQuoiMENT. Adv. D'iinc manière consi'qiientc. 11 se incl toujours après le vorlie, «H n'a point (Je rèïiinc en ce sens. Quand il sigiiilie en consèciuence, il rèsit la préposition à : Conséquevimcnt à 7ws arrangements.

CoNSKQi'EKCE. Yovcz Conséquent.

CONSÉQDENT, CONSÉQUF.NTE. Adj. DcpuiS IIH dc-

mi-sièclc l'abus s'était établi d'employer conséquent dans le sens d'important, de cousidéi'able. Quelipies autours s'en étaient servis en ce sens, et les gens frivoles, toujours avitics de ce cpii a l'air de la nouveauté, l'avaient introduit dans les salons. Aujourd'lmi on dit important, considérable. Il n'y a plus guère que (pielipies bourgeois sans instruction qui disent, qwHls font un commerce conséquent, qu'ils ont fait une entreprise conséquente ; et en parlant ainsi ils l'ont sourire les personnes (jui savent leur langue. On a banni avec raison cette ex[)ression, parce (jue la langue n'en a pas besoin, et qu'elle est contraire au sens naturel du mot.

A la vérité, l'Académie dit conséquence pour importance, et elle donne pour exemples de cette acception un homme de conséquence ; un lioinme de peu. de conséquence ; ri ne affaire de conséquence; une place, une charge, un emploi de conséquence.

On pourrait penser que, puisiiu'on dit conséquence pour importance, il devrait être permis de dire aussi conséquent \)ouv importa?it ; ce raisonnement n'est pas jusie; car il arrive souvent dans notre langue que le substantif est pris dans des acceptions qui ne peuvent convenir à l'adjectif. On dit conséquence pour importance, mais aucun dictionnaire ne s'est servi du mot important pour cxplicpicr celui de conséquent.

Mais est-il bien vrai que l'oiidi-e, ou du moins •que l'on doive dire conséquence pour imporia/jcc? Dans les exemples (jue donne l'Académie pour appuyer cette assertion, j'en trouve un qui ne peut y av oir rapport. Quand on ilit une affaire de conséquence, on ne veut pas dire \tne affaire d'importance, mais une affaire (pii a ou qui est susce|>lible d'avoir des suites importantes. C'est dans le même sens qu'on dit une entreprise de conséquence, une guerre de conséquence, et cela est Conforme au sens de suites que l'Académie donne au mot conséquence. Mais je ne saurais trouver aucun rapport immédiat entre conséquence et importance, cl un homme de conséquence me parait aussi étrange qu'tt« homme conséquent, dans le sens abusif où on l'emploie.

Voici comment je pense que cette façon de parler se sera introduite. On aura dit d'abord une affaire de conséçiuencc , une entreprise de conséquence, une guerre de conséquence, pour dire une affaire, une entreprise, ruie guerre tpii a ou qui est susceptible d'avoir des suites importantes: Comme les rois de Macédoine ne pouvaient pas entretenir un grand nombre de troupes, le moindre échec était de conséquence. (Montesquieu, Grandeur et décadence des Romains, chap. v.) Ensuite on aura dit abusivement un homme de conséquence, une terre de conséquence, comme on dit abusivement aujourd'hui un homme conséquent, un emploi conséquetit. L'Académie ayant à rendre compte de ces expressions, les aura rangées sans examen sous la même rubri-

auo, et des lecteurs bénévoles ont cru, sur la foi e l'Académie, qu'on pouvait dire conséquence pour importance. Mais que signifieul un homme de conséquence, une terre de conséquence'? et quel est l'écrivain sensé qui voudrait aujourd'hui

CON

employer ces expressions, quoique l'Académie les a[iiprouve?

Conservateur. Subst. m. Conservatrice. Subst. f. 11 ne se dit qu'avec la prép)siiion de ou un adjectif i)0Ssessif : Dieu est le conservateur de toutes choses; il a été notre conservateur. Il se prend aussi adjectivement : Les lois conservatrices des propriétés

Conserver. V. a. de la l"^' conj. On dit aussi se cojiscrver, dit l'Académie, pour dire se conduire si bien, si sagement en un temps difficile, nu cnlrc des iiersonnes ennemies ou de contraire humeur, que l'on ne se mette mal avec personne. File donne pour exemple de cette accci)tion : On a bien de la peine à se conserver entre deux partis si animés l'un contre l'autre. Féraud observe avec raison (pie l'.Vcadémie a confondu ici se conserver avec se maintenir.

Considérable. Adj. des deux genres. Il se met ordinairement après son sui)st. : Une dépense considérable, tm ouvrage co7isidérable. Voyez Conséquent.

Considérablement. Adv. Cet adverbe peut se mettre entre l'auxiliaire et le participe: Ilaconsidérablement perdu on il a perdu considérablement. Il s'emjjloie sans régime.

CoNsiDÉR.vnoN. Subst. f. Ce substantif n'a de pluriel que dans le sens de raison, motif: Ils'e.it déterminé par toutes ces considérations.

Consistant, Consistante. Adj. verbal tiré du V. consister. Il régit la préposition en : Une escadre consistante en vingt vaisseaux. Il ne se met qu'après son subst.

Consister. V. n. de la l^conj. On ûii la perfection de l'homme consiste dansie bon usage de sa raison. (Acad.) Tout son savoir consiste dans quelques morceaux qu il a appris par cœur. On emploie la préposition c/a/i* devant les sulisiantifs. Devant les verbes, on emploie la préposition à .• La libéralité consiste moins à donner beaucoup qu'à donfter ci propos. (La 15ruyèie, Du Cœur, p. 282.) L'esprit delà conversation consiste bien moins à montrer beaucoup d'esprit qu'à en faire trouver aux attires. (Idem, De la Société, p. 2S7.J

Lorsque consister signifie, être composé de, il régit la préposition en : Son revenu consiste en rentes, en blés, etc. Cette maison consiste en une cour, un rez-de-chaussée, trois étages, etc. Cette flotte cojisiste en tant de vaisseaux.

Consjstorial, Consistoriale. Adj. qui ne se met qu'après son subst. Il fait au pluriel consistoriaux.

Consolable. Adj. des deux genres. Il est peu usité. L'Académie le met avec la négation : Il n'est pas consolable. C'est la seule manière dont on puisse l'employer; mais il vaut mieux dire il est inconsolable.

L'Académie, dans ses observations sur les remaïques de Vaugelas, décide (juc consolable ne se dit point de la douleur. L'usage n'a pas respecté celte décision. On dit consoler la douleur, et douleur inconsolable : Il était abattu par une douleur 7?/e rien ne pouvait consoler. (Fénelon, Télémaque, liv. XVI, tom. II, p. 101.)

Consolant, Consolante. Adj. verbal lire du V. consoler- Il peut se mettre avant son subst. : Cette consolante nouvelle. Il régit pour devant les noms : Cette nouvelle est bien consolante pour vous ; et de devant les verbes : H est bien consolant pour un père de voir ses enfants se porter au bien.

Il ne se dit ordinairement que des choses; cependant, en parlant d'une personne, on dit il

CON

n'est pas cnnsolmit ; ot on pnrinnt ironiquement à une ]tersoiiiic qui picvoit dosclioses alilii-'eMiiles : f^ous ii'ctcs pus consolant.

Co>soL\TFUR Siibsi. m. Consolatrice. Siibsl. f. Il régit la piéposilion de : Il est le consilalcur des affligés. — On l'einitloic adjcctivcniciit : Un espoir consolateur.

CoNSOLATiF, CoNSOLATivE. Adj. Inuslto <iue l'Acadcniio n mis dans son Dictionnaire. On ne dit pas V7ie in'vvcllc consolatire, mais vve nouvelle ûonsolai.te. — rascai a employé ce mol plusieurs l'ois : Je tmus coimncnccrai ce que j'ui ù vous dire par vn discours bien consulalii" ci ceux qui ullt assez de liberté d'esprit pour le concevoir au fort de la douleur. (Pasral, Pensées, |). 34 J) -/e vous dirai sur cela vu beau mot de saint Augustin , et bien consolalif jooMr de certaines personnes. (Id., p. 3()U.)

Consolation. Subst. f. Il ne se dit pas seulement du soulagement que l'on donne à rafllirtion, a la douleur, au déplaisir de queliju'uu ; il se dit aussi d'un véritable sujet de salisi'aclioii ou do joie : C'est V7ie grande consolation pour un père de voir ses enfants se porter au bien.

On dit avi.ir de la consolation à faire quelque chose. Cl avoir la consnlalion de faire quelque chose. la première phrase se dit d'une consolation que l'on se fait à soi-même, d'une chose à lacpicUe on attache de la consolation : J'ui de la consi Idlion à penser que vous prenez part « mes peines, la seconde se dit d'une chose tpii est Tiaiinenl une consolation par sa nature : Jl vous en crûlera, sans doute ; mais il y va de ma vie, et mus aurez la consolation de m'avoir sauvé. (Marmontel.)

Consoler. Y. a. de la 1"^' oonj. Il peut se dire des choses, soit en vers, soit en prose : Les sciences et les arts ont éclairé, consolé la terre, pendant que les guerres la désolaient (Voltaire.) // connaît pour les devoirs pénibles un prix qui tonsole de leurs rigueurs. (J.-J. Rousseau.) f^enez consoler mon agonie. (Voltaire.)

De peur d'aigrir les maux qu'elle veut consoler. Commencez, console* de funestes amours.

On dit consoler quelqu'un dans ses peines, consoler quelqu'un sur quelque chose, consoler quelqu'un de quelque chose.

On peut dire il se console d'avoir perdu son bien ; mais on ne peut pas dire je le console d'avoir perdu son bien, la raison en est qu'ici rin(iiiiiir «roù- doit se rapporter au sujet de la phrase ; qu'il s'y rapporte dans la première phrase, et qu'il ne s'y rapporte pas dans la seconde.

CoNSOMMATELR. Subst. ui. C'cst UM tcrmo d'économie poiiii<iue, qui se dit de ceux qui consomment les denrées, par opposition à ccu.xqui les produisent par le moyen de la culture cl des fabriciucs : Les cultivateurs, les fabricants et les consommateurs. Je ne vois pas pouniuoi, on ce sens, on ne dirait j)as consommatrices au Icminin.

Féraud prétend que con.tommateur ne se dit que dans cette phrase consacrée : Jésus-Cln-ist est l'auteur etle consommateur de notre foi. Dans cette [iliiasc, consouimateur ne signifie pas, comme dans l'acception préccdcnlc, qui consomme; mais qui achève, qui accoini)lit.

Consommation. Subst. f. C'est un terme d'économie politique qui se dit de l'action de se servir des choses qui se détruisent par l'usage, comme le blé, le vin, la viande, etc., et de l'effet

CON

de celte action : Faire une grande con.tommation en viande, en blé. Les productions croissent en raison des cnnsnnimations — Ce mol siguilie aussi accoinpiisscmeni, achèvement : La consommation du sacrifice, la consommation des siècles.

Bcauzée dit la consommation du sacrifice, et la consommation de l'hostie. Bossuet a dit la consorntnation actuelle de l'Eucharistie. Nous pensons que consommation ne doit se dire, on ce sons, que de la destruction des dourécs par l'usage; et (jue ce terme doit rester dans le langage du commerce ou de l'économie politique. On doit donc dire la ctnsomption, et non la consornmation de l'hoslic.

Consommer. Y. a. delà l^conj. Voltaire a dit {Alz., act. Y, se. vil, 4) dans un sens que l'on ne trouve i)oint indique dans le Dictionnaire de V Académie :

Tu Tcux donc jusqu'au bout consommer ta fureur.

En lisant les définitions que l'.^cadi'inie donne des \cvhcs consommer et consumer, on n'aperçoit pas bien la différence qu'il y a eiilrc les signiRcations de ces deux mots. Consommer, dit-elle, se dit des choses qui se détruisent par l'usage, comme vin, viande, bois, et toutes sortes de provisions. Consumer, selon celle même .\cadéKie, signifie détruire, user, réduire à rien. Or, on détruit, on réduit à rien le vin, la viande, le bois et les autres sortes de provisions que l'on consomme. On peut donc dire également consommer des denrées, et consumer des denrées. On le disait autrefois; aujourd'hui on ne dit plus que consommer en ce sens. 1, 'idée commune de destruction entre dans la signification d« ces deux mots; mais consommer suppose une destruction utile, nécessaire, relative à la reproduction; consumer ne présente qu'une destru-clion pure et simple, abstraction faile de tout autre rapport: Les habitants d'une ville consomment tant de blé, de vin, etc. \.\\ incendie consume \G's,m-A\?,or\s, lesdélruil. On coHsow/ne beaucoup de bois dans une maison, |)our se chauffer ou pour faire la cuisine ; le l'eu de celle cheminée était si ardent, i\n"\\ consuma six bûches c/i un quart d'heure. Consommation est le substantif de consommer^ cl consomption celui de consumer.

CoNSONNANCE. Subst. f. Ou onlcnd i)ar ce mot la ressemblance des sons des mots dans la même phrase ou période. La consonnance se trouve dans nos rimes, mais nous ne voulons la voir que là; et nous sommes blesses lorsque deux mois de même son se trouvent l'un près de l'autre, comme les beaux esprits pour prix, etc. Si Cicéron, etc. Mais même, etc. En prose, il faut éviter égalemont les rimes et les consonnance?; cependant elles se trouvent IVécpiemuient dans nos proverbes : Qui langue a, à Rome va; à bon chat bon rat; quand il fait beau, prend ton manteau; quand il pleut, prends-le si tu veux; qui terre a, guerre a, etc.

Consonne. Subst. f. On divise les lettres en voyelles et en consonnes. Les voyelles sont ainsi a|)i»eléesdu mot voix, parce (prclles se fonl entendre par elles-mêmes, qu'elles forment toutes seules un son, une voix. Les consonnes, au contraire, ne sont entendues qu'avec l'air (jui fait la voix ou voyelle, et c'est de là ipie vient le nom de coH*07i«e,c'e.>t-à-dirc {\\\'\ sonne arec un autre.

L'alphabet français a dix-neul consonnes, sa-

CON

voir : h, c, d, f, g, h, j, k, l, m, n, p, 7, r, s, f, v,x, s. Les consonnes ont reçu difrérenls noms, relaliveuionl aux divers orgones (jui seivenl a les prononcer. On api)ellc labiales celles à la formation desquelles les lèvres sont principalemenl employées, telles (juc b,p, v, f, m ; linguales, celles à la formation desiinelles la langue contribue particulièieiiieiit, telles (|uc d, n, l, r; palatu/es, celles dont le son s'exécute dans l'intérieur de la bouche, vers le milieu de la langue et le |)alais, telles que g, j, c, k, q, el les sons mouillés ill, il, ail, aille; dentales ou sifflantes, celles dont le son s'excculc vers la poinic de la langue appuyée contre les lévi'cs, telles (juc z ci c doux; nasales, celles qui se prononcent un peu du nez, telles que m, n, gn ; gutturales, celles (jui sont prononcées avec une as(iii'alion forte, et par un mouvement du fond de la gorge. Il n'y a de consonne gutturale en français que la lettre h quand elle est aspirée.

Autrefois on appelait les consonnes hé, ce, dé, effe, gé, ache, elle, emmc, enne, pé, qu, erre, esse, té, vé, icse , zède. Mais aujourd'hui on désigne les consonnes i)ar le son propre qu'elles ont dans les syllabes où elles se trouvent , en ajoutant seulement à ce son pioprc celui de Ve muet, qui est l'effet de l'impulsion de l'air nécessaire pour faire entendre la consonne. Ainsi, au lieu de dire «h lé, un ce, vn dé, une effe, on dit vn be, vn ce, un de, un fe, etc.

Suivant cctlc nouvelle appellation, toutes les lettres de l'alpliabct sont masculines; suivant l'ancienne, il yen a (jui sont l'cminincs, et d'autres masculines. Voyez chaque consonnc-a son article.

Dans plusieurs mots on tlouble les consonnes, ou par raison d'étymologie, comme opposer, offrir, à cause d'opponei-e , offerrr; ou contre l'étyinologie, comme donner, honneur, personne, homme, etc. , qui viennent de donare, honor, persona, etc. L'usage seul peut apprendre quand les consonnes se doublent ou ne se doublent pas dans un mot. Cependant voici quelques remarques qui pourront cire utiles en plusieurs occasions.

On ne double jamais les consonnes h, j, k, q, V, x; mais on double les consonnes b, c, d, f, g, l, m., n, p, r, s et t.

Une règle générale, et qui ne souffre que trèspeu d'exceptions, c'est que (juand les consonnes sont doublées, et ([uc ce n'est pas par raison d'étymologie, c'est presque toujours parce que les syllabes qu'elles forment sont brèves. Les consonnes (lui se doublent le plus ordinairement par celte raison, sont /, m, n, p, t ; comme dans ces mots inoelle, pomme, couronne, frapper, trompette. Les mêmes consonnes sont siuq)les dans les mois pnële, dôme, trône, tempête, parce que les syllabes qui les précèdent sont longues.

Cependant ces consonnes ne se doublent pas après toutes les voyelles. Les voyelles a et e, et surtout la dernière, sont celles qui font le plus communément doubler le / dans les syllabes brèves; et ce doublement à l'égard de l'e sert encore à le faire prononcer ouvert, comme dans belle, selle, chandelle, libelle, sentinelle, vaisselle, etc.

Le VI se double souvent après Va, Ve et Vo, quand la syllabe est brève : Grammaire, anunoniac, femme, homme, somme. 11 en est de même à l'égard du n: Bannir, canne, viéridienne, colonne.

Le p se double à la fin, et plus souvent au commencement des mots, après les voyelles a,

CON

0 : frapper , envelopper, apprendre, rapporter, opposer, opprimer, etc. — L'Académie écrit super, taper, quoi(;ue l'a soit bref.

Le t se double après a, e, 0, u, mais principalement après e, tant pour avertir (pie la syllabe est brève ijue pour faire prononcer l'e ouvert : Patte, battre, bagatelle, viouchclte, etc.

Souvent la raison d'étyniologie empèelie que les consonnes ne se doublent, quoiipie employées dans des syllabes brèves, comme dans scandale, lame, opérer, dispute, etc. Souvent aussi, sans aucune raison d'étyinologic, les syllabes sont brèves et les consonnes siuqtlcs, comme dans cabale, culbute, etc.

On i)cut encore établir une règle générale pour le doublement des consonnes : c'est que toutes les fois qu'un mot commence par les voyelles a ou 0, el qu'elles y sont employées comme prépositions inséparables, les consonnes qui les suivent se doublent. On connaît (pièces voyelles sont employées connue pré|)osiiions inséparables dans un mol, lorsqu'eii les retranchant de ce mot, ce qui reste est un mot français (pii entrait (Jans la composition du premier Ainsi en retranchant la voyelle a du mot apprendre, il reste /)?'(?/irfr(?, qui est un autre mol français. La voyellcfl y était d<mc employée comme préposition inséparable, el i)ar conséipient apprendre est un mot composé dont le simple est prendre. Suivant celte règle, les consonnes sont doubles dans les mots acclamations, accole?; accommoder, affermir, apparaître, etc. En général, quand une voyelle connncnce un mol composé, on double la consonne (pii suit lorsiiuc après celle consonne il y a une voyelle.

On doit doubler la consoime dans la formation des temps des verbes quand ce doublement a lieu à leur racine, (pii est l'inlinitiL On écrira donc vous frappez , je mouille, vous promettez, clc, parce que rinlinilif s'écrit avec deux p, deux l, etc. : Frapper, mouil/er, promettre.

Après avoir établi comme règle générale que quand les consonnes sont doubles, c'est pj-esque toujours parce (pie les syllabes (prclles fonnent sont brèves, nous élablirons comme une au Ire règle générale que le doublement des coiisoimis n'a lieu pour aucune consonne après une voyelle longue ou marquée d'un accent cii'connexc. Ainsi, on écrit côte Cl cnite, bâtiment et battement, tête et tette, etc.; ajnhition, danse, temple, infraction, ombre, etc.

Les consonnes les plus favorables à l'harmonie son! celles qui détachent le plus distinctement les sons, et (pie l'organe cx('ciile avec le plus d'aisance cl de v(;lul)ililc. Telles sont les articulations simples de la langue avec le i)alais, de la langue avec les dents, de la lèvre iniérieure avec les dents, et des deux lèvi-es en^cinhle.

Le /, la plus douce des articulations, semble comnuini(]uer sa mollesse aux syllabes dures qu'elle sépare. Fcnelon en a fait un usage merveilleux dans son style : On fit couler, dit Téléinaipie, des flots d'huile douce et luisante sur tous les membres de mon corps. (Liv. Y, I. I, p. iS'J.)

Le /, si j'ose le dire, est lui-même comme une huile onctueuse qui, répandue dans le slyle, en adoucit le frottement; cl le retour fiéipient de l'article le, lu, las, (ju'on reproche à notre langage, est peut-être ce qui contribue le i)lus à bii donner de la mélodie.

Le gazouillement du l mouillé peut servir quekiuefois à l'harmonie imitable, mais on en

CON

doit réserver l'usage pour les peintures qut le demanileiil. L'articulation iiiouillce (lui termine le mot règne sérail insoutenable si elle revenait fréqucuunent.

* Co^splIlANCE. Subst. m. Mot inusité, employé par Mirabeau dans le iiassaçe suivant : Le corps social et politique exige que les pouvoirs qui les gouvernent aient une concordance et une conspira nce c/i^Tei/x/)our arriver au ii// qu'ils se proposent, c'est-à-dire à la perlection du gouvernement.

Conspiration. Si.bst. f. L'Académie explique ce mot par conjuration. Ces deux mots ne signilieiit pas la même chose. La conspiration^ dit Roubaud, est l'intelligence sourde de gens unis de sentiments pour se défaire ou se délivrer, par quebpie grand coup, de certains personnages ou de certains corps importants , puissants ou accrédités dans l'Élat, et changer la face des choses, et quclipiefois aiissi pour nuire à des particuliers. La conjtiratir.n est l'association, ou plutôt la confédération liée et cimentée entre des citoyens ou des sujets puissants ou armés, pour opérer , par des entreprises éclatantes et violentes, une révolution mémorable dans la chose publique.

CoNSPiFER. V. a. de la 1" conj. Conspirer à, c'est concourir à : Tout conspire à la fortune, à la ruine, à la destruction de, etc.

Tout ce que vous voyei con.«pire à vo» d»»irt.

(Rac, Britan., act. U, 8C. m, 123.)

Tout m'afflige et me nuit et conspire o me nuire.

(Rac, Phéd., act. I, se. m, 9.)

Conspirer contre annonce un mauvais dessein: Conspirer contre VÉtat; ils conspirent contre vous. — Il est quelcpiefois actif, et il se dit alors en mauvaise part : Ils ont conspiré la l'uine de VÉlat; ils ont conspiré 7ua perte.

Féraud dit que quand conspirer se dit des choses, il régit la préiwsition à devant l'infinitif: Tout conspire à me chagriner, à vie ruiner ; et (lu'cn parlant des personnes, il régit pour. Cependant \ oltaire a dit en parlant des choses : La nature conspira avec la fortune pour accabler l'État. — Conspirer régit à avant un infinitif, lorsqu'il signifie concourir, et pour lorsqu'il signifie faire une conspiration.

CoNSTAMjiENT. A(lv. Il pcut SB mettre entre l'auxiliaire et le participe, surtout quand le sens du verbe n'est i)as comidet. On dit il a constamment résisté; maison dit mieux encore il a constamment refusé de répondre. On ne pourrait pas mci;ic dire autrement. Il a refusé de répondre constamment offrirait un autre sens.

Constance. Subst. f. L'Académie définit ce mot, vertu par laquelle l'àme est affermie contre les choses qui sont capables de l'ébranler, telles que la douleur, l'adversité, les tourments, etc. Celte définition parait plutôt convenir à la fervieté. — La constance est une vertu par laciuellc l'àme, toujours ferme dans l'état où elle s'est mise, ou dans les résolutions qu'elle a formées, y ])ersiste imperturbablement, et ne peut être ébranlée ni par l'espoir ni par la crainte. La constance suppose nécessairement une action, une résolution antérieure dans le sujet. La constance est une conduite conséquente, une résolution soutenue, c'est ce que la dcfinilion de ÏAcadémie n'indique point. Celle définition ne convienl point non i>lus à la constance en amour;

CON

celTe que nous donnons y oc;n vient également. La fermeté est le courage de suivre ses desseins et sa raison; la constance est une persévérance dans ses gotits. L'homme ferme résiste à la séduction, aux forces étrangères, à lui-même; l'homme constant n'est point ému i)ar de nouveaux objets, il suit le même penchant, qui l'entraîne toujours également.

Constant, Constanti:. Adj. Ce mut peut précéder son subst., lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent ; Celte constante fidélité, ce constant amour, ^'oyez Adjectif.

Constant régit dans ou en: H est constant dans l'adversité ; elle est constante en amour OU dans ses amours.

Il est constant que régit l'indicatif quand le sens est dffirmalif , et le sul)jonctif ([uand le sens est négatif ou inlerrogalif : // sst constant qu'il a dit cela, il n'est pas constant qu'il ait dit cela. Est-il constant qu'il ait dit cela?

Constant, dans le sens de persévérant, régit dunsow en : en, lorsquelc substantif qui suit est pris dans un sens général ou indéterminé: Constant en amour, en amitié ; dans, lorscjue le^bstanlifest pris Jans un sens déterminé : Constant dans ses imours, constant dans la foi.

Consterner. Y. a. de la l"^' conj. Delille et Racine l'ont dit des choses :

Déjà la Renommée, indiscrèle déesse,

A da ca bruit fatal consterné sa tendreste.

{Enéide, lY, 427.)

Ne vous fig'urez point que dans celte journée D'un lâche désespoir ma vertu consternée. . .

(Rac, Baj., act. II, se. v, 69.)

On est accablé d'un désespoir, abattu par le déaespoir, dit La Harpe, et l'on n'en est pas consterné. On ne peut cire consterné que du désespoir d' autrui : Je l'ai vu dans -un désespoir qui m'a consterné. {Cours de littérature.)

On est consterné des choses ([ui sont l'occasion de la consternation ; on est consterné par les sentiments intérieurs qui produisent la consternation : .!e suis consterné de cette nouvelle, de cet événement; je fus consterné par une terreur subite.

CoNSTrrDANT, Constituante. Adj. verbal tiré du V. constituer. Il se dit en style de pratique et en physitpie : Ledit sieur constituant, ladite dame constituante. Les parties constituantes d'un corps.

Constitutif, Constitutive. Adj. Il se mcîl toujours après son subst.

Constitutionnel, Constitutionnelle. Adj. Il se met ai)rés son subst.: Acte constitutionnel.

Construction. Subsl. f. Terme de grammaire. Ce mot vient du latin construere, qui veut dire bàlir, arranger. La construction est l'arrangement des mots dans le discours.

La netteté du discours dépend beaucoup des constructions. Mais comment connaitrons-nous l'ordre que nous devons donner aux mots, si nous ne concevons pas celui que les idées suivent (piand elles s'offrent à l'esprit? Découvrirons-nous couimenl nous devons écrire , si nous ignorons comment nous concevons? Celte recherche parait d'abord difficile; ceiendant elle se réduit à quelque chose de bien simi)le. F.n effet, lorsque nous concevons, nous ne faisons et ne pouvons faire que des jugements; et si nous observons notre esprit lorsqu'il en fait un, nous

CON

saurons ce qui lui arrive lorsqu'il en fait plusieurs.

A roccasion des Grecs, je puis ponscr aux fa- Ues qu'ils ont imagiiices, comme à l'occasion des fables, je puis penser aux Grecs. L'ordre dans lequel ces idées naissent en moi n'a donc rien de fixe.

Mais lorsque je dis les Grecs eut imuginc des fables, ces idées ne suivent plus aucun ordre do succession : elles me sont toutes également présentes au moment où je prononce les Grecs. Voilà ce qu'on iippelle ji/^/e»-. Un jugement n'est donc que le rapport aperçu entre des idées qui se présenleut également à l'esprit.

Quand un jugcmeiU renferme un plus grand nombre d'idées, nous n'en découvrons les rai>porlsque parce tiuc nous les saisissons encore tous ensemlile. Car pour juger il faut comparer, et on ne compare i)as des choses (pi'on n'aperçoit pas en même teinjjs. Lorsque je dis les Grecs ignorants ont imaginé des fables grossières, no\\-'s>c\xlemenl j'r;perçois le raj)port des Grecs aux fables imaginées , mais j'aperçois encore au môme instant le c-araclcre d'ignorance que je donne aux Grecs, et celui de grossièreté que je donne aux fables. Si toutes ces choses ne s'offraient pas à la fois à mon esprit, je les modiliei'ais au hasard : il pourrait m'arriver de dire les Grecs éclairés ont imaginé des fables raisonnables ; et je ne saurais pourquoi je préférerais une épilhéle à une autre. Il est vrai que je puis d'abord avoir dit seulement les Grecs ont imaginé des fables, cl avoir ensuite ajouté les caractères d'ignorance et de grossièreté. Par là je n'aurais achevé le jugement qu'en deux reprises; mais enfin je ne puis m'assurer qu'il est exact dans toutes ses parties, que parce que je l'embrasse dans toute son étendue.

Je dis plus, c'est que si notre esprit sent que deux jugements ont cpiclque rapport l'un avec l'autre, il faut nécessairement (ju'il les saisisse tous les deux à la fois. Les Grecs étaient trop ignorants pour ne pas imaginer des fables grossières ; et ils avaient trop d'esprit pour ne les pas imaginer agréables ; on ne saisit l'opposition qui est entre ces idées que parce que l'on aperçoit les deux jugements ensemble.

Quoique plusieurs idées se |)résentent en même temps à nous lorsque nous pigeons, »iue nous raisonnons, que nous faisons un système, nous remarquons qu'elles s'arrangent dans un certain ordre. 11 y a une subordination qui les lie les unes aux autres. Or, plus celte liaison est grande, plus elle est sensible, plus aussi nous concevons avec netteté et étendue. Si nous détruisons cet ordre, la lumière se dissipe, nous n'apercevons plus que quehiues faibles lueurs.

Puisque celte liaison nous est si nécessaire pour concevoir nos propres idées, on comprend combien il est nécessaire de la conserver dans le discours. Le langage doit donc exprimer sensiblement cet ordre, cette subordination, celte liaison. Par conséquent, le principe (pie l'on doit se faire en écrivant est de se conformer toujours à la plus grande liaison des idées.

Ce iirincipe donnera au style différents caractères. Si nous réllèchissons sur nous-mêmes, nous remarquerons que nos idées se présentent dans un ordre qui change suivant les sentiments dont nous sommes affectés. Telle dans une occasion nous frappe vivement, qui se fait à peine apercevoir dans une autre. Do là naissent autant de manièics de concevoir une même chose, que nous éprouvons successivement d'espèces de

CON

passions. De sorte que si nous conservons cet ordre dans le discours, nous conununiquerons nos sentiments en communi(piaut nos idées.

11 est essentiel d'observer (pic dans une proposition tous les mots sont subordonnes à un seul. Dans cette plii:;se, im prince éclairé est persuadé qve tous les hommes sont égaux, et qu'il ne se met au-dessus d'eux qu'en donnant l'exemple des vertus ; éclairé est subordonné à prince; est persuadé, à prince éclaii-é ; qve tous Icshavuncs sont égaux et qu'il ne se met au-dessus d'eux, à persuadé ; et qu'en leur donnant l'exemple des vertus, il ne se met au-dessus d'eux.

Le propre des mots sulxirdonnés est de modifier les aulrcs,.soit en lesdélcnninant, soit en les ex|)liquant. Éclairé modifie prince, parce (ju'il le détermine à une classe moins générale; et tout le reste de la phrase modifie/)rj«ce éclairé, parce qu'il cxidique l'idée qu'on s'en fait. 11 faut rcmar- (luer aussi que tous les mots des [iropositions particulières sont subordonnés les uns aux autres, dans le même ordre où ils sont ici placés.

Ces rapports de subordination se reconnaissent à différents signes : au genre et au nombre , jom»ces éclairés, princesses éclairées; à la place que les mois occupent, comme on le voit dans tout le tissu de cette phrase; aux conjonctions, comme dans cet exemple, qve, et; aux prépositions, comme de et à.

Quand je considère dans mon esprit le jugement par lequel j'attribue la justice à Dieu, je vois deux idées, celle de Dieu cl celle de la justice, et je les vois liées d£ manière que l'une esl subordonnée à l'autre. En effet, en liant ces deux idées pour en former un ju^^emenl, la premicre qui s'est présentée à mon esprit, c'est celle de Dieu ; car il faut connaître un objet avant de lui allribuer quc;!- <iue chose. X>teM est donc l'idée première, i'idcc principale, et justice l'idée seconde, l'idée subordonnée; et si je veux exprimer d'une manière claire ce jugement par des mots, il faudra (jne je conserve dans l'arrangement de ces mois l'ordre qui existe dans les idées que chacun de ces mois exprimera. J'énoncerai donc le sujet «vant l'attribut, el pour faire comprendre que ces deux objets sont liés dans mon esprit, je placerai entre l'un et l'nulrc le verbe iiui exprime cette liaison. Je dirai donc Dieu est juste, et par la place que je donne à chacun de ces mots, j'exprime les rapports qui les déterminent successivement, et la liaison qui les unil, pour en former une proposition complote.

Voilà la construction naturelle des mots essentiels d'une proposition simple. Mais chacun de ces mots peut être modifié par d'auUes mots. Voyons quelles peuvent être ces modilicaiionsct comment elles doivent être i)lacées.

Les modifications sont ou des adjectifs, ou des adverbes, ou des substanlil's précédés d'une préposition, ou d'autres propositions, ou tout cela ensemble. Nous allons traiter successivement des modifications du nom, de celles du verbe, et de celles de l'atribut, en expu.sant les excellents principes ipie Condillac a donnés sur cette matière.

Des modifications du nom. — Le nom est proprement le premier terme de la proposition, puis que c'est à lui que tous les autres se rapportent. 1 Ouand la modification du nom est un adjectif, là liaison est égale, (iuel<iuc arrangement (lu'on suive. Lorsque je dis courageux soldat, on voit bien qu'au moment où je [)rononce courageux, je pense à un nom que j'ai dessein de modifier.

CON

Soldat, quoique énonce le second , est donc le premier <l;ins l'ordre dos idées, cl covraqeux est un mol siiliurdoiiné. De là n:iissenl deux sortes deconslriiclions : l'une (]iii suit la siibordiniilioii des mots, et que nous nommerons construction directe, comme dans soldat cnvruçieva: ; l'autre qui s'en crarie, el t|ue nous nommerons construction renversée, ou inversion, comme dans couragevx sddat.

Mais l'usîige ne laisse pns toujours la liberté de mettre à notre choix l'adjectif avant ou après le nom , et il ne parait pas suivre en cela de loi bien fixe. Voyez adjectif.

Si le nom est moilifio par un suiislanlif précédé d'une préposition, ou ce subslantil'e^t pns d'une manière vague, ou il a ini sens déterminé. Dans le premier cas, l'usage ne permet qu'une seule construction : L'homme de fortune a presque tovjovrs des reve7-s à craindre ; on ne dira pas de fortune l'homme. Dans le second cas, on a le choix cnire deux constructions; on i)cul dire : Enfin les revers de la fortune sont ù crctindre, et de la fortune enfin les rerers sont ù craindre. De la frtune est une idée déicrmiiiée, sur laquelle l'esprit s'arrôic; il attend le nom qu'elle modifie, et il lie l'un à l'autre. Il ne lui est pas si naturel de se lixer d'abord sur une idée vague; c'est pourquoi l'on ne peut pas dire de fortune l'homme.

Il faut remarquer que la transiiosilion du substantif avant le nom qu'il modifie demande qu'ils soient séparés l'un de l'autre par quelque ciiose, et cela ne nuit pas à la liaison des idées; car il y a des cas où les idées ne sont liées qu'autani que les mots se suivent immédiatemenl, el il y en a d'autres où la conslruciion écarte les idées jiour en rendre la liaison plus sensible. Tout railifice consiste à présenter d'abord l'idée qui, dans l'ordre direct, devrait élre la dernière; l'esprit la fixe et la lie lui-même a celle dont elle esl sé|>arée, et qu'elle lui a fait attendre. Quand on lit de la fortvne, on attend le nom que ce substantif détermine; el aussitôt (]u'on lit les revers, la liaison est faite. Or, la liaison est la même, soit que la construction ra[)proche elle-même les idées en rapprochant les mois, soit qu'elle écarle les mots avec cet art qui engage l'esprit a rapprocher luimêmeles idées. Ccsdeuxconsîruclionsont chacune des avantages, et sont, selon les cas, piéférables l'une a l'autre. L'ordre direct est le point fixe que l'on ne doit jamais perdre de vue. Les constructions peuvent s'en écarter; mais il faut (ju'elles puissent y revenir sans effort, aulremeni elles seront obscures, ou du moins embarrassées. De la fortune enfin les revers sont a craindre, ne s'entend (pie |)arce que resjirit rétablit naturellement l'ordre direct, qui esl lesrevers de la fortune sont à craindre.

Dans CCS phrases : Un excellent fruit d'Italie, vn fruit excellent d'Italie, le nom frvit esl m.odilic par un adjectif, excellent, el par un subslaniif indélerininé, précédé d'une préposition, d'Italie. On a ici deux consiruclions, parce (\n'excellenl peut avoir deux |)laces différentes. Dans la première, cependant, fruit se lie mieux avec ses inodilieations, parce qu'il esl place entre les deux; aussi esl-elle préférable. Avec l'adjectif bon on n'aurait absolument qu'une consiruction, parce <iue l'adjectif bon ne peut pas être mis après son suhstaiiiif, el que par conséquent on ne peut pas dire fruit hon.

Quand le siibstanlifqui modifie esl déterminé, on a quelquefois quatre constructiims, et d'au-

CON

1res fois deux. Exemples de quatre constructions : La victoire sanglante de Fontenni; la sanglante victoire de l'ontrnji ; de Fontenoi la victoire sangUmtc ; de Fontenoi la sanglante victoire. Exemples de deux constructions : Les attirails assujettissants de la grandeur; de la grandeur les attirailsassiijcttissunts. On a le choix de quatre coiislructiuiis dans la i)reinière phrase, parce (pic l'adjcciif |)eul se metire avant ou après le subslanlif ; il n'y en a que deux dans la seconde, parce que l'adjectif doii nécessairement suivre le subslanlif. Chacune de ces constructions a son usage, comme on le verra dans la suite; elon ne doit pas les employer indifféremment. On dira l'ambitieux , l'intrépide , le téméraire roi de Suède, et le roi de Suède ambitieux, intrépide, téméraire ; et on ne dira jamais, le roi ambitieux, intrépide , téméraire de Suède. De Suède esl un substantif pris vaguemeni, el qui par consé- (pient ne peul pas élre séparé du nom qu'il modifie.

Si l'on voulait n'employer qu'une seule épi- Ihcle, on ne pourrait la Iransporier après le subslanlif (jue dans le cas où elle sciait accompagnée de quelque circonstance, et comme renfermée dans une parenthèse. Vous ne direz pas le roi do Suède téméraire entreprit, quoi(iue vous puissiez dire le roi de Suède, téméraire en cette occasion , entreprit. Alors téméraire est à sa place, parce qu'il doit se lier à la circonstance exprimée par ces mots, en cette occasion ; vous pourriez dire aussi, téméraire eji cette occasion, le roi de Suède entreprit.

11 faut toujours prendre garde que les transpositions ne donnent point lieu à des équivoques. Ne dites donc pas peintures des mœurs vires et brillantes; car d'un côlé on verrait que vous voulez que les épilhèlcs moiWficni peintures, et de l'autre elles paraîtraient modifier mœurs.

On peul encore remanjucr qu'il doil y avoir une certaine proportion enlre les parties d'une phrase. Si celle proportion n'y élait pas, l'oreille en serait blessée; et tout ce qui l'offense cause une distraction qui ne permet pas à l'esprit de saisir égalemenl la liaison des idées. Ne dites donc pas on trouve dans La Bruyère des peintures vives, brillantes et vraies des mœui-s. Il serait mieux de retrancher quchiue chose d'un côté el d'ajouter de l'autre, en disant on trouve dans La Bruyère des peintures vives et brillantes des mœurs de son siècle. En général, il ne faut pas multiplier les épithéles sans nccessiK', car tout mot qui n'est pas nécessaire nuit à la liaisi^n. Au reste, sans compter les épiihcles, il suffit d'avoir lespril juste pour discerner les consiruclions qui allèrent la liaison des idées; il serait ridicule de s'assujettir a coinpierles mois.

Si la modification est une proposition, elle se joint au nom par le moyen des adjectifs conjonctif qui, que, dont, etc., précédés quelquefois d'une préposition : L'homme qui m'a parlé de vous, que vous connaissez, à qui vous avez obligation. Ces propositions inciilenles doivent toujours suivre le nom lorsqu'elles en sont les seules modifications. S'il y en a plusieurs, il faut les disposer dans la gradalion des idées : l'urenne, qui attaqua les troupes de l'Empire avec une armée bien inférieure, qui les défit dans plusieurs combats consécutifs, et qui rnit nos frontières à l'abri de toute insulte.

Si la modification esl tout à la fois formée par des adjectifs, des substantifs el des proi)ositions, les adjectifs el les substantifs se construisent

CON

comme nous l'avons rciiiarqué, et les i»ropositions incidentes ne viennent jamais qu'après : La sanglante victoire de Fontenoi , sur laquelle M. f^oltaire a fait iinpoëine. On voit par là (|iio les modilicalions qui licnnenl le plus au nom sont celles qui smit expiiuices par un adjectif ou par un subslanlif précédé d'une préposition; (ju'il est de la nature de l'adjeclif conjonctif d'être toujours entre les idées qu'il lie ensemble, et ([ue par consé(|ucnl les propositions incidentes ne sauraient cire transposées.

Des modifications de Vutlrihtit. — Quand l'attribut est un adjectil", il |)cul cire modifié i)ar un adverbe ou par un sui).Manlirpréccdé d'une préposition, les adverbes de quanlilé doivent toujours précéder l'adjcctil' : Les plié numèiies sont plus communs depuis que les observa leurs sont moins rares. Ceux de manière pcnivenl le iirécéder ou le suivre : // est ouvertement a:ubitieux, il est ambitieux ouvertement. Si les suhslanlifs précédés d'une jiréposition sont l'éiiuivalciU d'un adverbe, ils doivent eue placés après l'adjectif: Jl est économe sa/is avarice, il est courageux avec prudence. Ces expi'cssions , sans avarice, avec prudence, mariiucnt la manière dont on est économe ou coura^'cux. Mais si les subslaniils précédés d'une pré|)osition indiquaient moins la manière que le rapport au terme, à la cause, ou à queUpies circonstances, alors les transpositions auront lieu ou n'auront pas lieu, suivant les cas : La tige des plantes est toujours perpendiculaire à r/io?-z.30/j; rapport au terme. Un prince 71'est grand que par les connaissances et les vertus; rapport à la cause. On est bien inférieur aux autres quand (,71 ne leur est supérieur que par la naissance ; rapport à une circonsiance. Dans ces exem[)lcs, aucun des noms précédés d'une préposition ne saurait changer de place.

Quelquefois l'adjeclif et le verbe sont renfermés dans un seul mot. Alors rien n'est si commun que d 'S exemples où les transpositions ne sont pas permises: J'envie mieux commander à ceux qîii possèdent deVor que d'en posséder moimême , disait Fabricius aux ambassadeurs de Pyrrhus.

Exemples où la transposition peut se faire : Aux yeux des flatteurs, un tyran est un grand homme i mais aux yeux de son peuple, Vest-il? Pour son âge, il est bien peu ucancé. Avec de l'attention, on se corrige de ses mauvaises habitudes ; avec de l'application, on en acquiert de bonnes. On jiourrail égalcmenl dire un tyran est un grand homme aux yeux des flatteurs, mais Vest-il aux yeux de so?i peuple ? Jl est bien peu avancé pour son âge, etc.

Après Sait l parait David, David paraît après Saiil. Dans ces deux constructions , les idées sont également liées, car l'une n'est (jue le renversement de l'antre. Mais dans David après Saiil parait , après Saiil David paraît, la liaison n est pas si grande. Si nous ajoutons sur le trône, voici les constructions où les mois se suivront dans la plus grande liaison. Après Saiil, David parait sur le trône, sur le trône David parait après Saiil. La liaison ne serait plus si sensible si l'on disait David paraît après Saiil sur le trône; car sur le trône est une ciiconstance qui ne doit fairequ'une idée avec le verbe paraît. Si le nom est accompagné de plusieurs niodilications, on ne pourra se permettre ((u'une seule construction : Après Saiil paraît un David, cet admirable berger, vainqueur de Goliath et de tous les ennemis du peuple de Dieu;

CON

grand roi, grand conquérant, grand pr.phète , di(/ne de chanter les mervei''es de lu toutepuissance dirine, homme enfin selon le cœur de Dieu, et qui par sa pénitence a fait même tourner son crime ci la gloire de son Créateur. (IJossucl, Disc, siirl'hist. univ., 1" pa;'l.,chap. \', p 23)11 est aisé de sentir i^uninoi cette conslrndion est la seule bonne. David paraît après Saiil, voilà les parties essentielles de la proposition, et le principe de la liaison des idées exige (pi'elles soient rapprochées leplusiiu'il est possible; or, dans la phrase (jn'on vicnj de lire, ces parties essentielles se toiudient. I^lles seraient s(';parées d'une manière cho(]nanlc si l'on disait ■ David, cet adiitirablo berger, vainqueur de Goliath et de tous les ennemis du peuple de Dieu; grand roi et grand conquérant, grand prophète, digne de chauler les merveilles de la toute-puissance divine, homme enfin selon le cœur de Dieu, ci qui par sa pénitence a fait mémo tourner soji crime à la gloire de soti Créateur, parait après Saiil.

Il faut observer sur les lemi» composés, qu'on peut dire également : Les flatteurs vi us ont gâté priidigieusement , OU vous ont prodigieusement gâté. Mais l'usage ne laisse [ras la liberté de transposer tous les adverbes, et on ne peut dire, par exemple, les flatteurs vous ont gâté bien, (^iiand la modification est exprimée par un substantif précédé d'une préposition, elle ne doit jamais précéder le participe. On ne dira pas il 710US a avec magnificence traités, quoiipi'on dise il nous a 7uagnifiqucment traités. La raison de cette différence, c'est cpie la modification ne formant (prune seule idée avec le participe, on ne peut la faire précéder que dans le cas où l'on ne craindrait pas tiu'elle se liât avec le verbe. Or, dans il 710US a avec mag/iificence, avec semblerait se lier au verbe a.

Lorsque l'allribul est un substantif, ses modifications doivent suivre les règles (pic nous avons établies en paiianl des modifications du nom ou du sujet, en observant cependant (jue les transpositions ne sont pas aussi fié(pientes avec l'attribut. (Juoiiju'on pnjssc liirc le téméraire roi de Suède a ruiné ses Etats, on ne dira pas Charles XII était un téméraire roi. La laison en est sensible. Au conmiencement de la proposition, le sujet n'est d'abord lié a rien, puis(iue c'est à lui (pie tous les autres mots doivent se lier à mesure (|u'ils sont énoncés. Il est donc indifférent (jue je le nomme directement, ou (]ue je l'annonce |)ar un qualificatif (pii le fait attendre naturellement; je dirai donc égalemcnl bien u/i fruit excellent, un excellent fruit. Mais lors(]ue le nom est l'attribut de la |)roposilion, il est lié d'avance avec le verbe, il est attendu immédiatement avec le verbe, et je romps la liaison, je lrorni)e l'attente, si je fais paraître un inodificatif de ce nom avant ce nom même. Quand j'ai dit Charles X II était, on attend l'allribul. Si je dis un téméraire, ce qui n'est (pi'un (inalificatif de l'allribul, la liaison est rompue: si je dis un roi, elle est enliére.

Des modifications duverbe. — En |)arlant des modifications de ratiribnt, nous avons parlé des verbes qui le renferment. Il ne s'agira donc ici que du verbe être, qui est distinct cl séparé de raltribni.

Les modifications du verbe être comprennent les circonstances de temps, de lieu, d'oidre, et le degré d'assurance avec leipul on juge. Ces modilicalions peuvent prendre différentes places.

CON

On peut dire ("iralcmcnt : Les conseils agréables sont rarement des conseils utiles; ou rarement des conseils agréables so7it des conseils utiles. Ce qui flatte les passions n'est pas d'ordinaire ce qui rend heureux ; ou d'ordinaire ce (jui flatte les passions n'est pas ce qui rend heureux. Il était déjà bien habile il y a deux atis. Déjà cl il y a deux ans sont des inodilications du vcrlic être : la première ne peut se déplacer, parce turclic tient essenlicilonienl au veri)c; la seconde [)eul être mise au cominoncemenl, parce (pi'cllc lient à la proposition entière.

11 ne faut jamais perdre de vue que les idées ne sont j;imais plus liées (jue lorsquo l'onirc est direct , et qu'on ne doit se permettre des inversions qu'autant que la liaison demeure la même.

Des propositions composées par la multitude des rapports. — Nous avons examiné les propositions composées par différentes modifications; nous allons maintenant examiner celles qui le sont par la multitude des rapports.

Un verbe peut avoir rapp^irl à un objet : J'envoie ce livre ; à un terme, à voire ami; à un motif ou à une fin, pour lui faire plaisir; à une circonstance, dans sa nouveauté; à un moyen, par une commodité. 11 semble d'abord qu'il suffirait d'ajouter toutes ces choses les unes aux autres; cependant le plus médiocre écrivain ne se permettrait pas celte phrase : J'envoie ce livre à votre ami pour lui faire plaisir, dans sa nouveauté, par une commodité. Cherchons la manière dont doivent être construits ces différents rappi)rls.

Premièrement , le même rapport a beau être répété, la [)hrasc n'en sera pas moins c .irrecle. Telle est la phrase suivante, qui est très-claire, a[U4iquc le rapport d'objet y soit répété cinq f«is : Vous ne connaissez pas Tcnnui qui dévore les grands, Z'obsession où. ils sont de cette multitude de valets dont ils ne peuvent se passer, rinqtiiétudc quiles porte à changer de lieu sans en trouver un qui leur plaise, la peine qu'ils ont à remplir leur journée, et la tristesse qui les suit jusque sur le trône [Lettres de madame de Main tenon). Dans ce cas, ou il y a quelque gradation entre les idées , ou il n'y en a point. S'il y a une gradation, il faut s'assujettir à Tordre qu'elle inditjue ; s'il n'y en a point, on peut les disposer comme on veut, ou du moins on n'a que l'oreille à consulter.

Les liomains savaient profiter admirablement de tout ce qu'ils voyaient du7is les autres peuples de coinviodc pour les campements, [lour les ordres de bataille, pour le genre même des armes, en un mot, pour faciliter tant l'attaque que la défense. (BuSsuet, Disc, sur Vhist. univ., IIP part., chap. vi, p. 46y.) Voilà un exemple où un adjectif, commode, a l'apport à plusieurs lins indiquées par la |)rcpositiou pour. Que ce soit un verbe ou un adjectif, et quelque soit le rapport, pourvu (}u'il soit toujours le même, il est évident que la construction ne souffre point de difficulté. La gradation des idées était le genre des armes, les campements et les ordres de bataille; mais Bossuel a fait un renversement, parce qu'il a voulu faire sentir jusipi'où les Romains portaient l'attention qu'il leur attribue ; c'est à quoi contribue encore l'adjectif même.

Comme il y a une gradation entre les rapports de même espèce, il y en a une également entre les rapports d'espèces différentes. Le verbe est plus

CON

lié à son objet qu'à son t'arme, et à son terme qu'à une circonstance. Si, par exemple, je m'interromps après avoir dit l'envoie... on ne me demandera pas d'abord à qui? ni où? à moins qu'on ne si'it d'ailleurs ce que j'ai dessein d'envoyer; on demandera quoi^ Si j'ajoute un livre, la première «pieslion ne sera \)ni pourquoi? m par quelle occasion? mais plutôt à qui? On volt par 11 que ce qu'il y a de plus lié au verbe, c'est l'objet, et qu'après l'ob'et c'est le terme. II sera donc mieux doiVivc j'envoie ce livre à votre ami, (\\\c j'envoie à vire ami ce livre. Remarquons que le sens de celte phrase , pour êlre fini, doit renfermer im objet et un tenue; et qu'il n'est pas nécessaire qu'il renferme les circonstances, le moyen, la fin ou le motif. Or, on peut appeler nécessaires toutes les idées sans lcs(iuelles le sens ne saurait être terminé, e" sur-ajoutécs les cirronstances, le moyen, la fin, le motif, toutes les idées en un mot qu'on ajoute à un sens déjà fini.

Puisque le sens est terminé indépendamment des idées sur-ajoulées, il est évident que lorsque aucune n'est énoncée, le verbe ne poitc pas à faire des questions sur l'une plutôtque sur l'autre. Files n'y sont pas liées essentiellement. Si l'on fait des questions, ce sera uniquement par un esprit de curiosité, et elles pourront avoir jiour objet les circonstances plutôt que les moyens, les moyens plutôt que la fin, et réciproquement. Je puis ajonter une circonstance à la phrase donnée pour exemple : J'envoie ce livre à votre ami dans sa nouveauté, n'altère point la liaison des idées; elle est à sa place, et la construction est bien faite. Je puis encore substituera la circonstance, la fin ou Icmoyen, et je dirai également h'Kn, j'envoie ce livre à votre ami, pour lui faire plaisir; ci j'envoie ce livre à votre ami par une commodité. Mais si je veux rassembler les circonstances, les moyens et la fin, je n'ai pas de raison pour commencer par l'une de ces idées plutôt que par l'autre; voilà pourquoi la construction devient choquante. Chacune d'elles a le même droit de précéder, et la dernière paraît hors de sa place. Lors donc que je dis j'envoie ce livre à votre ami, dans sa nouveauté, pour lui faire plaisir, par une commodité, ces idées, j^our lui faire plaisir, par une commodité, terminent mal la phrase, parce qu'elles sont trop séparées du verbeauquel elles se rapportent, et que d'ailleurs elles ne sont pas liées entre elles.

la multitude des rapports n'est donc un défaut que parce qu'elle altère la liaison des idées; et cette altération commence lorsiju'à l'objet et au terme on ajoute encore deux rapports, la règle générale est donc que le verbe ne peut jamais avoir que trois rajiports après lui. Je dis après lui, car le sens étant fini indépendamment des idées sur-ajoulées, le verbe ne leur manpie point de i)lace; il n'est pas plus lié aux unes qu'aux autres, et elles peuvent commencer ou terminer la phrase.

Par le moyen de ces transpositions, on peut faire entrer dans la même phrase un rapport de plus. On dira donc : Pour faire plaisir à votre ami, je lui envoie ce livre dans sa nouveauté ; et cette construction est mieux (\\\c, j'envoie ce livre à votre ami, dans sa nouveauté, pour lui faire plaisir. Quand nous commençcms la première construction, l'idée sur-ajouléc pour faire plaisir à votre ami attire noire attenlion, et nous fait attendre le verbe auquel elle est subordonnée Aussitôt donc que nous Visons j'envoie, nous l'y

CON

lions naturcllcmcnl. Il n'en est pas de même do la seconde construclion. Au contraire, quand nous arrivons au mol «oKreaw^e, nous n'attendons plus rien. Le sens portera bien a lier encore /jot/r lui faire plaisir à j'envoie, mais la liaison ne se fera pas si naturellement. Il faut qu'une phrase semble faite d'un seul jet; il ne faut pas qu'on paraisse y revenir à jdusieurs rciu'ises. Or, (juand on ajoute à la lin plusieurs idées à un sens fini, il semble qu'on a oublié ce qu'on veut dire, et qu'on est obligé d'y revenir à iilusicurs fois.

La règle est donc qu'on peut faire entrer dans une pbrascaulant d'idées sur-ajoutéescju'on veut, lorsqu'elles ont tontes le nicmc rapport avec le verbe; mais si elles ont dos rapports différents, on n'en pciU faire entrer (pj'une, lorsqu'on n'en mel poiiU au commencement ; et on en peut faire entrer deux, lorsqu'on en met une au coumicnccment et une à la lin.

Il ne faut pas croire cependant qu'on soit toujoure libre de changer la jjlacc des idées sur-ajoulécs. Dans, le mi reçut fièrement les députés de Tournay,pour avoir osé tenir en saprésence (Fellisson, Hist. de Louis Xlf^, liv. Y, l ii, p. 171), on ne peut rien transposer. Mais s'il avait d'abord été question du roi cl de ces députés, on aurait pu dire également le mi les reçut fèrement pour avoir osé tenir en sa présence, ou pour avoir osé tenir en sa présence, le roi les reçut fièrement.

Il faut éviter les transpositions,'lorsqu'ilcn peut naître quelque équivoque. Quoiqu'on puisse dire par la voie de l'expérience, la philosophie fait des progrès, on ne dira i)as, ce n'est pas en imuginant qu'on découvre la vérité; par la voie d^s expériences, la philosophie fait des progrès. ÇA\v,par lu voie des e.rpériences, se rapporterait a ce qui précède, comme à ce qui suit.

Le terme n'a pas une jilace aussi fixe que l'objet, et l'on peul souvent le transposer. Juw yeux de l'ignorance, tout est prodige ou tout est naturel, fait un sens fini; ce qui montre que le terme peul être au nombre des idées sur-ajoulées. Les circonstances peuvent à leur tour devenir dos idées nécessaires. En voici un exemple lire de Bossuel : Près du déluge se rangent le décroissemcnt de lu vie humaine, le changement dans le vivre, et une nouvelle nourriture substituée aux fruits delà terre; qiie/qnes préceptes donnés à Noé de vive voix seulement , la confusion des langues arrivée à la tour de Babel, etc. {Disc. sur l'hist. univers., l" part, chap. ii, p. 13.) Près du déluge cs\. une circonstance absolument nécessaire pour terminer le sens du verbe se rangent. Ecmarciuons que Bossuel n'a i)as suivi l'ordre direct, |>arcc (ju'il l'a irouvé moins jjropre à lier les idées. En effet, s'il ciit dit le décroissement de la vie humaine, le changement dans le vivre, etc., se rangent près du déluge, l'esprit eût été suspendu |)ar l'énumération de cette uuiltilude de sujets, cl la liaison n'eût été formée qu'a la fin de la phrase; au lieu que, dans la construction qu'il a choisie, chaque nom se lie au verbe à mesure (]u'il est prononce. Avec un peu de réflexion, on sent facilement les occasions où l'on peul à son choix se permettre l'ordre direct ou l'ordre renversé. On peul dire également le rouge, l'orangé, le jaune, le vert, le bleu, l'indigo, le violet, entrent dans la composition de chaque faisceau de lumière, ou dans la composition de chaque faisceau de lumière entrent le rouge, l'orangé, etc. Mais quand je disque deux constructions sont bonnes , c'est que je considère une phrase comme isolée. Dans la suite

CON

d'un discours, le choix n'est Jamais indifférent Nous avons vu que l'objet doit suivre le verbiet précéder le terme, et cela est vrai toutes les fois que l'objet et le terme ne sont pas plus composés l'un que l'autre. Mais si l'objet est plus composé, le principe de la liaison des idées veut que le terme précède l'objet. On dira fort bien avec madame de Maintenon : M. dv Cutinatsait son métier, jnais il ne connaît pas Dieu ; le roi 71 aime pas à confier ses affaires à des gens sans dévotion. (Lettre xli, à la comtesse de Saint- Géran.) Ce tour exprime mieux, (lUc le roi n'aime pas à confier à des gens sans dévotion ses affaires, etc. Mais si l'on disait M. de Cntinat ne connaît pus Dieu, le roi ne confie pas le commandement de ses armées à des incrédules, ce lour ne serait pas le meilleur, quoitpie les idées y suivent le même ordre que dans le premier exemple. 11 serait mieux de transporter le terme avant l'objet, cl de dire : Le roi ne confie pas à des incrédules le commandement de ses années. La raison de cette transposition, c'est cpie ce terme est trop éloigné du verbe, lorsipi'il en est séparé par un objet exprimé en beaucuup plus de mots. S'il était lui-même à peu près aussi composé, il faudrait lui faire reprendre sa place, et préférer ce lour ; Le roi 7ie confie pas le commandement de ses armées à des hommes qui sorit sa7is religion, à celui-ci, le roi 7\e confie pas à des hommes qui sont sans i-eligion le comviundement de ses armées. Lorsqu'il faut que le terme ou l'objet soil séparé du verbe par plusieurs mots, c'est par le terme qu'on doit finir, jiarcc que par sa nature il est moins lié au verbe. C'est ainsi que, suivant les circonstances, les mêmes idées s'arrangent différemment. Ces règles reviennent à celles que nous avons données pour la construction des compléments. "V'oyez Complé7iie7its.

Des propositions composées de plusieurs sujets ou de plusieurs attributs. — On peut comparer plusieurs sujets avec un même attribut, plusieurs attributs avec un même sujet, ou tout à la fois plusieurs sujets et plusieurs attributs; et dans tous les cas, on a une proposition composée de plusieurs autres. La construction de ces sortes de propositions ne souffre point de difficulté. Lorsijue Boileau peint la mollesse par ce vers {Lutr., II, 164) :

Soupire, élend les bras, ferme l'œil, cl 3'endort,

il renferme quatre attributs dans une proposition, cl il les présente dans la gradation (jui les lie davantage. L'ordre des mots est donc alors déterminé par la gradation des idées, et on n'a pas à choisir entre deux constructions. Si la gradation n'a pas lieu, les idées seront également liées, quel que soit l'ordre qu'on leur donne. En pareil cas les constructions seront arbitraires, il suffira de consulter l'oreille.

De la construction des diverses propositions entre elles. — On distingue dans le discours des propositions principales, des projiosiiions subordonnées, et des propositions incid'Mites. Examinons comment ces diverses propositions se lient entre elles.

Les propositions principales se lient par la gradation des idées, par les conjoncti(ms, par l'opposition, ou parce que les dernières expliquent les premières. Par la gradation : D'un côté, Vâme donne son attention, elle compare, elle juge, elle réfléchit, elle imagine, elle raisonne ; de l'autre, elle a des besoins, des désirs,

CON

elle a des passions, elle pense, en un mot. Par la enul;iliuii ol les conjonctions: Le peuple attache uniquement son estime aux richesses et au povvbir, cl les arands selineurs se laissent gouverner par l'opinion du peuple, l'ar l'oiiliosilioii : le désœiivrcincnl fait sentir le poids des grandeurs, roccupalion les rendrait faciles à supporter. Par l'opposilion el par les conjonclions : Les Macédoniens savent combattre tes hommes, mais les Scythes savent combattre la faim et la soif. IMirascs liées à une aulrc, parce qu'elles s'cxplitiuent : Chaque espèce commence où une autre finit. Rien ne ressemble plus à des animaux que certaines plantes ; rien ne ressemble plus à des plantes que ccrluiiis animaux ; il y a des corps organisés qui different ù peine des corps bruts. (Fonlencllc.) Dans lous ces cxcni|ilcs il y a une gradation d'idccs qui en fait la neltclé.

De la construction des propositions subordonnées avec lu principale. — ISous avons vu que, dans Tordre direct des idées, le sujet est le premier mot de la proposition. Or, la phrase principale est également la première; c'est a elle que se rapporieiil toutes les phrases subordonnées, comme tous les mots se rapportent an sujet. Pour dcmcler une phrase principale entre les autres, il suflii dune de consulter l'ordre direct des idées. Quelquefois l'arrangement de ces phrases est conforme ù l'ordre direct : Alcibiade coupa la queue ie son chien, afin que les Athéniens parlassent de cette singularité. D'aulies l'ois l'ordre renversé a la |)rcférence : Lorsque les écrevisses quittent leur enveloppe extérieure, elles se défont lie leur estomac et s'en font un autre. La construction directe serait les écrevisses se défont de leur estomac et s'en font un autre lorsqu'elles, etc .

Dans une suite de phrases, chaque phrase principale peut en avoir une subordonnée : L'intelligence nm/s 7uanque (principale) pour découvrir les causes naturelles (subordonnée) ; les yeux même nous manquent pour voir les effets. Deux phrases principales peuvent être renfermces dan^> une seule; alors une première phrase subordonnée [)ourra se rapporter à l'une, et une seconde pourra se rapi>orier à l'autre : Madame de La Fayette et mndame de Coula nycs essuyaient des railleries; celle-là, parce qu'elle avait tin lit galonné d'or; celle-ci, parce quelle avait un valet de chauibre.

On |)cut subordonner une phrase à un seul mot, à un seul verbe, s'il est à l'impératif; Songes que viius lui devez la vie.

Une phrase jwut éirc subordonnéeà une phrase qui l'est ellc-mcmc : Comptez, dit madame de Maintcnon, que presque tous les homtnes noient leurs parents el leurs amis, pour dire un mot de plus au roi, et pour lui montrer qu'ils lui sacrifient tout.

L'nc plirascest souvent comme enveloppée par des propositions subordonnées : Çuand un prince veut se faire aiuier de ses sujets, il n'est rien qu'il ne tente pour faire régner partout la justice.

Un grand nombre de propositions peuvent cire subordonnées à une seule : yous avez vu i\\i'unc subordination de causes et d'effets suppose nécessairement un premier principe; que l'ordre qui est dans tnut ce que nous observons prouve son intelligence et su puissance infinie ; (\\i'il est indépendant, parce qu'il est le premier ; i\\i'il est libre, parce que, connaissant tout et pouvant

CON

tout, il fait tout ce qu'il veut ; qu'il est immense et éternel; qu't'/ existe dans tous les temps el dans tous les lieux ; qvi'il a été, est et sera partout la première cause, et (pie son action embrasse tout ce qui existe ; i\u' il est immuable, parce que, ne pouvant acquérir de connaissaîices, il ne peut changer de dessein; i\\x'il est juste, parce que, connaissant tout et pouvant tout, il connaît le mieux, il le peut, et qu'iln'est pas en lui de ne pas le vouloir; '\\i'cnfi?i tous ses attributs nous donnent une idée de la Providence par laquelle ce premier principe que 710US appelons Dieu pourvoit à tout.

Dans tous les exemples que nous venons de mettre sous les yeux, la liaison est aussi grande qu'elle peut l'être, el il ne manque rien à la netteté des conslruclions. Tantôt la phrase subordonnée précède la pliiase principale, et tantôt elle la suit. (Jnand elle la précède, il faut que dés qu'on arrive à la jn-incipale on voie que c'est celle à huinelle la subordonnée se rapporte. Par exenqtlc : Tandis que les hommes adoptent avec tant de facilité des opinions qu'ils 7i' entendent pas, ils se refusent aux vérités les plus claires. A peine lise/,- vous ils, «lue vous voyez que c'est le conuncnccmenl de la phrase principale, à laquelle vous devez rapporter la précédente.

Lorsque la i)hrase subordonnée vient après, il faut aussi «lu'en lisant le premier mol vous connaissiez à quelle phrase principale vous devez la rapporter. Par exemple : On remarque des choses si singulières sur les insectes , qu'on croirait que les animaux les plus admirables par le mécanisme soîit ceux qui nous ressemblent Tnoins. On n'a pas besoin délire ici toute la phrase subordonnée pour connaître la phrase principale dont elle dépend.

Yoix^i un exenq)le où celte liaison est altérée : Pfllybe voyait les Romains du inilieu de la Méditerranée porter leurs regards partout aux environs, jusqu'aux Espagnes et jusqu'en Syrie; observer ce qui s'y passait; s'avancer régulicrernent et de proche en proche; s'affermir avant que de s'étendre ; ne se point charger de trop d'affaires ; dissimuler quelque temps et, se déclarer à propos; attendre qu'Annibal fût vaincti pour désarmer Philippe, roi de Macédoine, qui l'avait favorisé ; après avoir: commencé l'affaire, n'être jamais las ni contents jusqu'à ce que tout fiil fiiit; ne laisser aux Macédoniens aucun moment pour se reconnaître , et après les avoir vaincus, rendre par un décret public à la Grèce, si lunglemps captive, la liberté, à laquelle elle ne pensait plus; par ce moyen, répandre d'un cote la terreur, et de l'autre la vénération de leur nom : c'en était assez pour faire voir que les Romains ne s'avançaient pas à la conquête du monde par hasard, mais pur conduite. (Bossuel, Discours sur l'Histoire univ., 111' iiarl., chap. yi, /i86.)

Après avoir commencé l'affaire, après les uvoii vaincus par ce moyen, sont des expressions qui suspendent la liaison, el qui rendent le discours languissant. Après avoir commencé l'affaire a même l'inconvcnient de paraître appartenir à la piirasc qui précède comme à celle qui suit. 1. faut éviter toule équivoque; car ce n'est pas assez que, quand on a lu une phrase, on sente la vraie liaison des idées; Il faut que dès les pre micrs mots on ne puiss-.; pas s'y méprendre.

Puisque la liaison des proposilions ne saurait se faire sentir trop rapidement, il serait mieux

CON

(l'insérer les suspensions dans le cours d'une jilirase, tiuc de les placer au comuienccmeiit. Il semble (lonc qu'il eût l'alUi dire répandre par ce moyen, plutôt (]uejB«r ce moyen répandre.

Rciiiarqucz aussi que du milieu de la Méditerranée l'ait une équivoque : on ne sait d'abord si c'est l'olybe tjui voyait du milieu de la Méditerranée, ou si ce sont les Romains qui portaient du milieu, etc.

Un autre défaut, c'est de construire une suite de projiosilions successivement subordonnées les unes aux autres.

Le Corrége était si rempli de ce qu'il entendait dire de Raphaël, qu'il s'était imaginé qu'il fallait que l'artisan qui faisait une si grande fortune dans le monde fût d'un mérite bien supérieur. ( Dubos, liéflexions critiques sur la poésie et sur la peinture, t. II, p. 45.)

Ce n'est i)as parce que les que sont répétés que nous sommes choqués de ces constructions : il y a de longues phrases où cette conjonction est fort répétée ; c'est donc parce que la même conjonction sert à marquer des sub«rdinations toutes différentes.

On peut se permcltre deux que employés de la sorte, parce qu'il est bien difficile de les éviter; mais on ne doit jamais s'en permettre davantage.

Le fil des idées échappe, quand on subordonne trois ou quatre propositions successivement les unes aux autres. Voici encore un exemple de ce défaut :

Je fis entendre au roi qu'autant que j'avais pu pénétrer, je voyais que le prince d'Orange se flattait que le roi d'Angleterre se démettrait de sa couronne.

Quel(|uefois un écrivain s'embarrasse, par la difficulté où il est de lier également à une phrase princiiiale plusieurs phrasessubordonnées. JNicolc a dit :

La volonté de Dieu étant toujours juste et toujours suinte, elle est aussi toujours adorable, toujours digne de soumission et d'amour, quoique les effets nous on soient quelquefois durs et pénibles, puisqu'il u'y a que des âmes injustes qui puissent trouver à redire à la justice.

La proi)osilion principale est ici, la volonté de Dieu est toti jours adorable , etc. Elle est précédée d'une proi)ositiun subordonnée et suivie de deux. Kclranchez la dernière, puisqu'il n'y a, etc., la construction sera bonne; mais cette phrase répand de l'embarras i)arce (lu'elle n'est pas à sa place, car elle se rapporte immédiatement ù la principale ; de la confusion, parce qu'elle parait d'abord se rapporter à la subordonnée qui la précède. On ne corrigerait pas ce défaut en faisant une transposition; mais on tomberait au contraire dans un autre. Il n'y avait qu'un moyen de l'éviter, c'était de dire : La volonté de Dieu est toujours digne de soumission et d'amour, quoique les effets en soient quelquefois durs et pénibles ; il n'y a que des âmes injustes qui puissent trouver à redire à la justice. vous voyez qu'en retranchant la conjonction , vous faites de la phrase subordonnée une phrase principale, et cjuc, par ce moyen, elle se lie à ce qui la précède.

Quand une proposition principale se lie naturellement à d'autres, il faut bien se garder d'en faire une phrase subordonnée; car si les conjonctions n'embarrassent pas le discours , elles le rendent au moins languissant. Je pourrais dire ; On ne sent guère dans les divertissements de la cour que de la tristesse, de la fatigue

CON

et de l'ennui; cl le plaisir fuit à proportion qu'on le cherche, parce que nos princes n'ont plus rien de nouveau à voir , parce qu'ils voient tout dans leur enfance, et que dès le berceau on leur préparc leur ennui.

Mais uiadamc de Mainlenon dit l)eaucoup mieux :

On ne sent guère dans les dircrtissemcnts de la cour que do la tristesie, de la fatigue et de l'ennui; et le plaisir fuit à proportion qu'on le cherche. IVos princes n'ont plus rien de nouveau à voir, parce qu'ils voient tout dans leur enfance: dès le berceau on leur prépare leur ennui.

Les phrases subordonnées se lient aux principales ;

i° Par les conjonctions, comme nous venons de le voir dans les exemples précédents.

2" En mettant à l'infinitif le verbe de la subordonnée : La rosée paraît tomber d'une certaine région de l'air; 7nais les bons observateurs la voient s'élever de la terre jusqu'à cette région 11 faut remarquer cependant que l'on pourrai' en pareil cas considérer la subordonnée et la principale comme ne formant qu'une seule l)hrase; car, dans le vrai, l'un de ces verbes n'esl qu'une circonstance de l'autre : Parait tomber, c'est tomber en apparence; voir s'élever, c'est s'eleverà la vue; maisil importe peu de discuter ici s'il y a deux propositions ou s'il n'y enatiu'une.

3"^ La subordonnée se lie à la principale par des prépositions : Les arts et les sciences suffiraient seuls pour rendre un règne glorieux, pour étendre la langue d'une nation peut-être plus que des conqu-étes ; pour lui donner l'empire de l'esprit et de l'industrie, également flatteur et utile; pour attirer chez elle tine multitude d'étrangers qui l'enrichissent par leur curiosité.

4" Par des gérondifs : yous étudiez une montre, et vous en découvrez le mécanisme en la décomposant , en arrangeant sous vos yeu.v toutes les parties, en les examinant séparément, en observant comment elles s'agencent les unes avec les autres, et en considérant comment le mouvement passe du premier ressort .jusqu'à l'aiguille : en analysant de la même manière les opérations de votre âme, vous découvrirez ce qui se passe en vous quand vous pensez. Remarquez que c'est i)ropremcnl la préposition en qui lie ici les i)hrascs.

5" Enfin par des participes : Les hommes se sont rassemblés, ont bâtides villes, et ont formé des sociétés, considérant les malheurs d'une vie sauvage, réfléchissant sur les secours qu'ils pourraient se donner, découvrant de nouveaux ■moyens pour soulager leurs besoins, et commençant à donner naissance aux artsetatix sciences. Ce sont là les participes, car vous pourriez dire : parce qu'ils ont considéré, parce qu'ils ont réfléclii, etc. On sent que ces sortes de jjroposilions subordonnées peuvent se Iransposercoinme toutes les autres. Mais il ne faut insérer aucune expression qui puisse suspendre la liaison et rendre les constructions languissantes; il faut éviter les équivoques et se souvenir que le rapport de chaque pro[tosition subordonnée doit se faire sentir des le premier mot.

De la construction des propositions incidentes. — La place d'une pro|)osiiion incidente est après le substantif qu'elle modifie, et elle se lie à ce substantif par le moyen des adjectifs conjonctifs qui, que, dont, etc. : Les substances ont des qualités relatives (jUC îious pouvons connaître, et elles en ont aussi ({ue nous igno-

CON

rerons toujours, parce qiiU y a des comparaisons que nous ne pouvons pus faire ; elles ont encore des qualités absolues que nous ne découvrirons jamais. Les pliilosiphes qui se sont flattés de remonter à l'essence des choses, et qui ont cru trouver Ui nature de Vùinc et du corps, ont dit des absurdités, ou ont prononcé des mots qui ne signifient rien. Les sens que la nature nous a dénués pour voirait dehorx, ne nous apprennent paint pourquoi les corps sont étendus, et 710US interrogeons en vain cette conscience par laquelle ?ious observons ce gui se pusse en nous; nous ne pouvons savoir ce qui rend Véime sensible. Dans cet exemple, il y a des i)ioposilions inculcnips qui suivent immédiaieineiil le iubslanlif ([u'cllcs inodilienl : Des comparaisons que, les philosophes qui. Il y en a d'aulres qui ne sont séparées du subslanlif que par des adjex^lifs : Des qualités relatives que, des qualités absolues que. Elles doivent èlre ainsi séparées, parce tpi'ellcs ne se' rapportent pas uniquement au substantif qualités, mais au subslanlif déjà modilié par les adjectifs ?•e/a^^^;e5 ou absolues. A ne eonsulicr que les mots, la séparaiion est encore plus grande liims elles en ont aussi que nous ignorerons toujours. Mais si on consulte le sens, on verra que la proposition incidcnle suit immédiatement le substantif qu'elle modifie; car elles en ont aussi est la même chose que elles ont aussi des qualités.

,'usqu'ici les constructions ne souffrent point de (»>r'"cullés. Il sera utile cependant de s'anéter sur quoques exemples :

Le microscope nous fait voir des animaux qui sont vingt-sept viillions de fois plus petits que le ciron. Nous connaissons neuf planètes qui étaient inconnues aux anciens. Le tumulte et l'agitation quientiroiine le trône, en bannit les réflexions, et ne laisse jamais le souverain avec lui-même [Massillon.) Oest l'adulation qui fuit d'un bon prince un prince né pour le malheur de son peuple ; c'est elle qui fait du sceptre un joug accablant, et qui, à force de louer les faiblesses des rois, rend leurs vertus mêmes méprisables. (Massillon, Petit Carême, sur les tentations des grands, p. 563.) Je ne suis pas siconvaincu de notre ignorance par les choses qui sont et dont la raison nous est inconnue, que par celles qui ?ie sont pas et dont nous croyons trouver la raison. (Foiilcnelle.)

On voit dans ces exemples que la proposition incidcnle se lie à un nom par le moyen des adjectifs ci>njonclil's qui, que, dont, etc.

Des grammairiens disent que les adjectifs con- Jonctifs se rai)portent toujours au substantif qui lès précède iinmédiatemcnt; mais cette règle est tout à fait fausse. Dans celle phrase : Si nous vous reproclwns sans cesse des mouvements d'habitude dont vous devriez vous défaire, c'est que vous songes peu à vous corrirjer, dont ne se rapjiorte ccrlaincment pas à habitude; car un adjectif conjonctif ne se rapporte jamais à un nom qui n'a pas été déterminé par un article, ou par quelque chose d'équivalent. En effet, d'//abilude n'est pas là pour être modifie par ce qui suit, mais pour Miodificrlui-mcmccequi précède. Voila pourquoi l'esprit lie naiurelleiiient dont a mouveiiienls. En pareil cas, ce serait faire une faute (pie de rapporter le conjonctif au dernier substantif. Ainsi Verlol s'est mal exprimé lorsqu'il a dit il les fit patriciens, avant de les élever à la dignité de sénateurs, qui se trouvèrent jusqu'au nombre de trois cents. {Révolutions romai-

CON

nés, liv. I, t. I, p. 22.) Si, en lisant celle jihrase, on s'arrête au conjonctif, on croira d'abord que la proposition incidente va m*dilier dionité. Il n'était dom- pas natun-1 qu'elle modifiât sénateurs. "N'oici un excinjilo d'une autre es|)ète : Il a fallu avant toute chose vous faire lire dans l'Ecriture sainte l'histoire du peuple de Dieu, qui faille fondement de la relinion. (Bu>suet, Avant-propos du Disc, sur Vliist. univ-, p. 6.) Ici, du peuple ilù[crm'mc l'espèce iriiisloire, el de Dieu détermine l'espèce de peuple. Ces deux mots étant sulfisammenl déterminés, l'esprit ne s'y arrête plus, il remonte au substantif /iw/oo-e, el rapporte à ce nom la proposition incidente. Voilà donc un second cas où le conjonctif se lie à un substantif éloigné. On serait ciRupié de cette construction : Fous avez appris l'histoire du perrple de Dieu, qui est le créateur du ciel et de la terre. C'est donc une règlede rapporter le conjonctif au substantif le plus éloigné, loulcs les fois que le dernier substantif, n'étant employé que pour déterminer le premier, ne demande lui-même aucune modification. Mais si l'on disait avec Bossuet: On vous a montré avec soin l'histoire de ce grand royaume «jue vous êtes obligé de rendre heureux {Avant-propos du Disc, sur l'hisl. univ., ]>. 6), que se rapporterait à ce grand royaume ; car si ce substantif commence à être déterminé, il ne l'est pas assez, el il fait encore attendre quehpie autre modification. Voila le seul cas où la iiroposition incidente appartient au dernier substantif.

Jusqu'ici on n'a parle que des constructions où les substantifs se déterminent successivement, parce que ce sont les seuls qui puissent embarrasser. Dans les autres, on sent que la construction doit être faite de manière que le conjonctif suive immédiatement le subslanlif auquel il a rapport. On ne dira donc pas ils trouvèrent des obstacles dans cette guerre (\\\'ils surmontèrent , ni ils trouvèrent dans cette guerre des obstacles qu'ils entreprirent ; mais on dira ils trouvèrent dans cette guerre des obstacles qu'î?* surmontèrent.

On dit une espèce de fruit qui est raikr en hiver, une sorte de bois qui est dur, parce que l'esprit s'arrêtant sur les mots fruit et bois, déjà détermines par ce qui précède, leur rapporte tout ce qui suit. Par la même raison, une troupe de soldats qui pillèrent le château, sera mieux qu'une troupe de soldats qui piWn le château.

La règle générale que l'on doit se faire dans ces sortes (le cas, c'est de n'avoir nul égard a la forme matérielle du discours, de ne jwint examiner quel est le dernier substantif, mais de considêrcrl'idée sur laquelle l'esprilsc porte le plus naturellement. Voici un passage de Fléchicr où vous trouverez des exemples de toute espèce :

Cette sagesse (de Tu renne) était la source de tant de prospérités éclatantes. Elle entretenait cette union des soldats avec leur chef, qui rend une armée invincible . elle répandait dans les troupes un esprit de force, de courage, et de confiance qui leur faisait tout souffrir, tout entreprendre dans l'exécution de ses desseins ; elle i rendait enfin des hommes grossiers capables de I gloire. Car, messieurs, qu'est ce qu'utie armée? C'est un corps animé d'une infinité de passions différentes , qu'un homme habile fait Jnouvoir pour la défense de la patrie ; c'est une troupe d'hommes armés qui suivent aveuglément les ordres d'un chef, dont ils ne save?il pas les intentions; c'est une multitude d'âmes, pour /«

CON

plupart viles et mercenaires, qui, sans sont/er à leur propre rcpuiaiù'n, travaillent à celle des rois et des conquérants ; c'est vnasscmUage confus de libertins qu'il faut assujettir à l'ohtissance, de lâches qu'il faut mener au combat, de téméraires qu'il faut retenir, d'impatients qu'il faut accoutumera la constance. [Oraison funèbre de Turennc, p. 117)

Exerçons-nous encore sur d'autres exemples. Celle consiruclion, les tableaux de Jiubens qui sont au Ltixembovrg, esl Ibrl correcte; car on sent que Kiibcns n'est là (jue pour dL-ierniiner l'espèce de tableaux, et (ju'il ne demande point d'être modilié. On dirait au contraire les tableaux de ce peintre qui vient de Jiume , parce i\\xc peintre veut une modification.

Les tableaux de Jiubens, quiest un grand peintre, est donc une consiruclion forcée. Le lecteur croit d'abord <iue le conjonclil' qui se rapporte à tableaux, et il voit ensuite qu'il se rapporte à Rubcns. Celte éciuivoque est momentanée, elle est levée sur-le-champ; mais enfin c'est une équivoque, elles constructions ne sont jamais plus nettes que lorsque le rapport indique par ce qui précède n'est jamais changé par ce (jui suit. C'est un effet de la providence divine qui est conforme à ce qui a été prédit ; c'est xtn effet de la providence divine qui vcUIp sur 7ious. Voila deux constructions sur lesquelles les grammairiens ont beaucoup disserté. Dans la preniière, qui est conforme se rapporte à effet, comme il doit s'y rapporter; car si on disait, sans achever la phrase, c'est un effet de la providence divine qui, on rapporterait naturellement qui à effet, plutôt qu'à providence divine, jiarce (]ue ce mot est celui sur lequel rallenlion s'arrête jilus particulièrement. On est prévenu qn'un effet est l'idée principale dont on va s'occuper, et celle par conséquent qui sera modifiée. Quand ensuite on Ut de la providence divine, l'attention ne s'y arrête pas comnr." sur des mots qui font attendre quelques modifications; au contraire, on juge qu'ils ne sont là que pour déterminer l'espèce d'effet dont on parle, et par conséquent l'esprit revient naturellement au mot effet, auquel on lie la proposition incidente, quiest conforme. Il esl donc encore naturel de rapporter, dans la seconde phrase, leconjonctif ym' au mot effet, et cependant le mot veille force à le rapporter à provividence divine. Ce conjonclif a donc alors un double rapport. Cependant il serait rigoureux de condamner ces sortesde constructions, car l'équivoque ne s'aperçoit pas lorsque le sens la lève sur-le-champ.

Il y a des écrivains qui, faute d'avoir saisi la nature de ces constructions, rapportent la proposition incidente au dernier sulJslanlif. Ils disent avec confiance les tableaux de Jiubens, qui est un grand peintre. Mais lorsqu'ils veulent que la proposition incidente modifie le premier, ils disent, dans la crainte d'une équivoque imaginaire, les tableaux de Jiubens lesquels ; c'est un effet de la providence divine lequel. Enfin ils sont au bout de toutes leurs ressources, (juand les deux substantifs sont au même genre et au même nombre. C'est une punition de la providence divine ; ils n'ont plus ici de moyen pour éviter ré(iuivoque. Le conjonclif lequel a mauvaise grâce dans ces dernières consiriictions. C'est (pie si ce conjonclif est emi>loyé pour raiiprociierd'un mot une proposition qui devrait [ilulôt appaitenir à une auire, on est choqué parce qu'on sent une violence faite à la liaison des idées; si, au con-

CON

Page 1