‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 125 sur 453 · DIR · texte numérisé non relu

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d'autres enfin où il se change en oua; mais il ne foui jKis |iertlre de vue que, hors les mots où l'un entend \'o cl Vi, il n'est pas possible de rcpiosenlei- bien exaclenient par écrit les diffOrcnles prononciations de celte dipblhongue.

Ot prononcé par oe, où Ve a un son ouvert «[ui approtlic de l'a, foi, loi, froid, soit, toit, i/ioi, à foison, quoi, coiffe, oiseau, joie, doigt, abois, il doit, etc.

Ot prononcé jiar na, mois, pois, noix, trois, Troie, ville; prononcez inoa,poa, etc.

Oi prononcé jiar oua, lois.

Dans les mois où oi est suivi d'un e muel final, il paraît rendre un son un peu plus ouvert (pie quand ii n'en est pas suivi. La prononciation de soie, voie, n'esl pas la même ijuc celle de soi, toi.

Oiii. Sii/i, Lin, besoin, foin, joindre, moins. On doit plulôl prononcer en ces mots une sorlc d'e nasal après l'o, (juc de prononcer outn. Ainsi prononcez soein plulôl que souin.

Oua écrit par va, éqnateur, êcjuatinn, aquatique , quinquagésime ; prononcez équiniateur, éqiiovatinn, aqvouatiqve, quinqxiouugésime .

Oc. Pi ële, poëine, poétique. Ces mots sont plus ordinaiicmenl de trois syllabes en vers; dans la liberté de la conversation, on prononce jdo<? comme dipblhongue.

Ouan. Rouen, ville. Diphlhongue en prose.

Oue. Ouest.

Oui. Oui, Louis. Le dernier est de deux syllabes en veis.

Ovin. , Baragouin, babouin.

Uc, Ecuelle, casuel, équestre, ruelle, truelle.

Ui. Lui, bruit, fruit, étui, huit, luire, je suis, suisse.

Uin. Juin, quinquagésime, Quintilien.

On ne parle pas ici de Cuen, Laon, paon, Jean, parce <ju"on n'entend aujourd'hui qu'une voyelle nasale en ces niols-là; on prononce Can, Lan, pan, Jan.

Il faut oiiservo»' (|u'il y a des combinaisons de voyelles qui sont diphlhongucs en prose cl dans la conversation, et que nos poètes font de deux syllabes.

Cette lîère raison dont on fait tant de bruit, Contre les passions n'est pas un sAr remède.

(DEsnocLiÉRES, lus Moulons, idylle, 17.)

La plupart des mois en ion et ions sont diphthongues en prose. (Extrait de Dumarsais.)

Diue. y. a. et irrégulier de la 4" conj. 11 se conjugue ainsi qu'il suit :

Indicatif. — Présent. Je dis, tu dis, il dit; nous disons, vous dites, ils disent. — Imparfait. Je disais, tu disais, il disait; nous disions, vous disiez, ils disaient. — Passé simple. Je dis, tu dis, il dit; nous dîmes, vous dîles, ils dirent. — Futur. Je dirai, tu diras, il dira; nous dirons, vous direz, ils diront.

Condilionnel. — Présent. Je dirais, lu dirais, il dirait; nous dirions, vous diriez, ils diraient.

Impératif. — Présent. Dis, qu'il dise, disons, dites, qu'ils disent.

Subjonclif. — Présent. Que je dise, que lu dises, qu'il dise; que nous disions, que vous disiez, qu'ils disent. — Imparfait. Que je disse, tpio tu disses, qu'il dit; que nous dissions, (jue vous dissiez, qu'ils dissent.

Participe. — Présent. Disant. — /'aw*.'. Dit, dite.

Les temps composés se forment avec l'auxiliaire avoir.

Dire du bien, du mal de quelqu'un ; — dire des

DIS

iti jures, des duretés; — dire ses prières, sa I»çon, Cic ; — dire la inesse ; — dire à quelqu'un du bien de quelqu'un.

Lorsiju'il y a une phrase su'nordoiméc au verlie dire, le verbe de celle phrase est mis à l'indicatif si la première est aflinualive : On du que vous l'avez trompé; il est mis au subjonct-' si la première phrase esi négative : Je ne dispx^ que vous l'ayez trompé. 11 en est de méu)e si h plirase est interrogalive : Ai-je dit que vous l'ayez trompé'^

L'Académie donne comme une locution familière, on dirait d'un fou, d'un homme ivre. On dirait, vous diriez, se disent (pielciuefois pour il semble, même dans le style noble. On dirait çue le livre des décrets ait été ouvert à ce prophète. (Bossuel, Disc, sur l'hist univers., II'' part., chap. x,p.223.)

On eût dit que du haut de son Louvre falal, Mcdicis à la France eût donné le signal.

(Volt., Henr., II, 351.)

Là TOUS diriez que Mars a concentré sa rage.

(Delil., Énéid., II, 586.)

11 faut observer qu'en ce sens, plusieurs auteurs mènent le second verbe au subjonclif. — Il est toujours à l'indicatif dans les exemples de l'Académie : On dirait à l'entendre ([u'il peut tout faire. On eut dil qu'il était mort.

Dir.ECT, Directe. Adj. On prononce le t final. Il se met toujours après son subsl. : Ligne directe,rayon direct, mouvement direct.

Dip.ECTEMEM. Adv. Dans le sens de droit, tout droit, en ligne droite, il se met entre l'auxiliaire et le parlici|)e : Les deux pôles sont directement opposés. Figurément, dans le sens dernièrement, il se place de même ; Ces deux hmnmes sont directement opposés, leurs caractères sont directejuent opposés.

Figurément, dans le sens de sans entremise, il se met après le verbe, ou enlre l'auxiliaire et le participe : // s'est adressé directement au roi. Il s'est directement adressé au roi.

Directeur. Subsl. m. En parlant d'une femme, on dil directrice.

Direction. Subsl. f. Il n'a de pluriel qu'en I)arlanl de certains emplois, ou du mouvement de quelqu'un ou de quehpie chose dans un certain sens : Il y a deux directions vacantes. On envoya des échiireurs dans toutes les directions.

Diriger. V. a. de la 1"" conj. Dans ce verbe, le g doit toujours avoir la prononciation du j ; et pour lui conserver celle prononciation lorsiiu'il est suivi d'un a ou d'un o, on met un e muet avant cet a ou cet o :je dirigeais, je dirigeai, et non pas je dirigais,je dirigai.

Dis. Particule piéposilivc, qui se met au commencement de certains mois, et qui a le plus souvent un sens négatif, comme dans discordance, disgrâce, disproportion, disparité. (Juclquefois elle marque disparité. Disputer [disputare] signifie \\\.\C'n\(imc\\\. diversa pulare, ce (]ui csl l'origine des disputes; disposer, placer les diverses parties, elc. Dans diffamer, difficile, difforme, le s final de la particule dis est changé en f i\ cause du f initial des mots simples, et elle a un sens négatif.

Discerner. V. a. de la 1" conj. L'Académie donne pour exemples : Discerner le flatteur d'avec l'ami, le bondu mauvais, le vrai du faus, le bien d'avec le mal. Racine a dil dans Esther (act. m, se. VI, 6) :

DIS

On Terra i'intoeent discerné du coupable.

Mais s'il faut dire discerner une chose d'une autre ou d'avec une autre, on peut donc le blâmer d'avoir dit (jPhèd., acl. V, se. m, 17) :

Discernez-vous si mal le crime el l'innocence?

Je crois qu'on peut le dire. Discerner l'innocent du coupable, c'est, en les comparant l'un avec l'autre, distinguer celui qui est innocent de celui ou d'avec celui i\u\ est coupable. Mais discerner le crime et l'innocence OU discerner l'innocent et le coupable, c'est, entre plusieurs choses, discerner ce qui est crime et ce qui est iiuiOLcnco ; entre plusieurs personnes, ceux qui sont innocents et ceux qui sont coupables. La première action tombe sur la comparaison; la seconde sur la chose ou la personne niénie.

Disciple. Subsi. m. Selon l'Académie, c'est celui qui aiiprcnd d'un maitre (juclque science ou quelc|ue art libéral Cette déliniiion est faulive. Celui qui appicnd d'un peintre la peinture, qui est un art libéral, n'est pas le disciple, mais l'élève de ce peintre. Le lerrae de disciple ne suj)pose pas qu'on appienne d'un maîlre, mais seulement des adhésions au.x sentiments d'un mailre, sans rien inditiuer de la manière dont on en a pris connaissance.

DisciPLiNABLE. Adj. des deux genres. Il se met après son subst. : Un animal disciplinable .

DiscoMiNUER. V. a. de la 1" conj. Discontinuer un ouvrage. Avant un verbe, il régit la piéposilion de: lia discontinué de travailler. Il se dit aussi absolument : La pluie a discontinué. Il ne faut pas confondre ce terme avec cesser et finir. On finit en achevant l'entreprise, on cesse en l'abanaonnant, ou discontinue en l'interrompant.

Disco.NVENANCE. Subst. f. Terme de grammaire. On le dit dos mots qui composent les divers membres d"\me période, lorsqu'ils ne conviennent pas entre eux , parce qu'ils sont construits contre l'analogie, ou parce qu'ils rassemblcnWes idées disparates entre lesquelles l'esprit aperçoit de roj)position, ou ne voit aucun rapport. Dans celle période : Notre réputation ne dépend pas des louanges qu' on nous donne, viais des actions louables que nous faisons ; \\ y a disconvenance entre les deux membres, en ce que le premier présente d'abord un sens négatif, ne dépend pas ; et que dans le second, on sous-entend le même verbe dans un sens affirmaliL II y a disconvenance entre les membres d'une phrase quand le premier membre étant alfirmatir, on le joint au second par la conjonction ni. Nous défendons que vous insultiez un malhcureu.T, ni que vous lui refusiez votre assistance; il fallait etque,cic. La même disconvenance a lieu quand dans une phrase le premier membre étant négatif, on le joint au second membre par la conjonction et. Ainsi, il ne faut pas dire il n'a jamais connu l'amitié el ses douceurs; mais, il n'a jamais connu Vamilié ni ses d luceurs.

Nos grammairiens soutiennent que , lorsque dans le premier membre d'une période on a exprimé un adjectif auquel on a donné ou le genre masculin ou le genre féminin, on ne doit pas, dans le second membre, sous-entendre cet adjectif en un autre genre, comme dans ce vers de Racine {Britann., act. I, se. i, J20) :

Si réponse est dictée, et même son silence.

DIS

Les oreilles et les imaginations délicates veulent qu'en ces occasions l'ellipse soit précisément du même mot au même genre; autrement. e serait un mot dilferenl. Les adjectifs (pii ont la même terminaison au masculin el au féminin, m^o, ^J/e volage, ne sont pas exposés à cette disconvènance!

Voici une disconvenance de lein|)s. Il regarde voire malheur comme une punition du peu de complaisance que vous avez eu pour lui, dans le temps qu'il vous pHa, etc. Il fallait diic que vous eûtes pour lui dans le temps qu'il vous pria.

Une disconvenance bien sensible est celle qui se trouve assez souvent dans les mots d'une métaphore. Les expiessions inétaphoriq\ies doivent être liées entre elles de la même manière cju'elles le seraient dans le .sens propre. On a reproché à Malherbe d'avoir dit (liv. II, ode pour le roi, 2):

Prends ta foudre, Louis, et va comme un lion.

Il fallait dire comme Jupiter; il y a disconvenance entre foudre el lion.

Dans les premières éditions du Cid, Chimène disait (act. 111, se. iv, 133) :

Malgré des feux si beaux qui rompent ma colère.

Feux et rompre ne vont point ensemble. C'est une disconvenance, comme l'Académie l'a remar.jué. Ecorce se dit fort bien, dans un sens mélai)horique, pour les dehors, l'apparence des choses; ainsi l'on dit que les ignorants s'arrêtent à l'écorce, i\n'ils s'amusent à l'écorce (ies verbes Conviennent fort bien avec écorce i)ris au propre; maison ne dit pas au propre fondre l'écorce. Fondre se dit de la glace ou du métal. Fondre l'écorce est donc une expression trop hardie dans ces vers de Rousseau ( ode YIII , liv. m, 3) :

Et les jeunes zéphyrs par leurs cliaudes haleines Ont fondu l'écorce des eaux.

On doit encore éviter les disconvenances dans le style, comme lorsque, traitant un sujet grave, on se sert de termes bas, ou qui ne conviennent qu'au slyle simple. 11 y a aussi des disconvenances dans les pensées.

Après avoir extrait ces remarques de Dumarsais et de quelques autres grammairiens, qu'il me soit permis d'observer, au sujet des adjectifs, qu'une disconvenance grammaticale n'est pas toujours une disconvenance poétique. Il est certain (^ue dans

Sa réponse est dictée et même son silence,

(Rac, Britan., act. I, se. I, 120.)

il semble que c'es\. dictée qui est sous-entendu; et dictée ne peut se rapporter à silence, qui est du masculin. Mais si l'on y fait bien attention, ce n'est pas dictée qui est sous-enlendu ; c'est est dicté; son 5i7e/ice amène celle ellqise, el la rend nécessaire et naturelle. C'est comme s'il y avait sa réponse est dictée, et même son silence est dicte. 11 en est de même des disconvcnances que les Erammairiens trouvent quelquefois dans des phrases où un verbe au siiiiiulier dans un membre est sous-enlendu au i)luricl dans le mendîie suivant. Ces disconvcnances i)envcnt paraître des négligences en prose; mais souvent en vers elles sont des beautés; ou pluiôl si l'on analyse bien les idées, on trouvera <iu'il n'y a pas toujours des

DIS

disconvcnaneesdans des phrases où le froid grammairien croil en apercevoir.

Disconvenir. V. n. delà 2* conj. Il se conjugue avec l'auxiliaire être. Disconvenir <Vune chose, disconvenir d'«ro/r dit, d'avoir fuit une chose, l.orstiuc le verbe disconvenir csl employé avec une négative, et qu'il est suivi de la conjonction qve, le verbe de la phrase subordonnée doit aussi prendre ne. f^ous ne sauriez disconvenir qu'il ne vous ait parlé. Cet exemple est tiré de l'Académie; mais elle dit aussi vous ne sauriez disconvenir qu'il vous a parlé; cl c'est une faute, comme l'a irés-bien observé Féraud.

DiscoRD. Subsl. m. L'Académie dit qu'il vieillit. 11 ne se souffre pas même en vers. Corneille a dit dans les Horaces (acl. III, se. ii, 50) :

Puisque cliacun, Jit-il, s'édiaufTe en ce discord;

et Voltaire remarque à ce sujet qu'ew ce discord ne se dit plus, mais qu'il est à reercller.

Roubaud regrette aussi ce mot. Voici comment il s'exprime à ce sujet. « Malherbe, et plusieurs autres poètes avant et ai)rès lui , ont dit discord pour discorde, ainsi que ^'auçelas et d'autres grammairiens l'ont observé. Pourquoi ne serail-il pas permis de dire discord ou discorde, comnie on dit Zéphyr ou Zéphi/re? Nous avons laissé perdre discord. Marmonlel le regrette dans son discours sur V autorité de l'usaç/e; un orateur moderne l'a hasardé dans l'éloge funèbre d'un grand iirince : La lutte et le discord des pouvoirs était extrême. Faudrait-il le réhabiliter? Oui, sans doute, s'il est utile, et s'il n'est pas purement et simplement le mot de discorde tronqué et sans idée particulière. — I.e discord est à la discorde ce qu'est \'accord à la foncorde. Discord n'est donc jjas moins utile qu'«ccor(i; et le discord diffère de la discorde comme l'accord de la concorde. Le discord romjil Vaccord et l'harmonie des cœurs, des volontés, des sentiments, etc. La discorde détruit la concorde ou le concert et l'accord parfait et soutenu de tous les cœurs, de toutes les volontés, de tous les sentiments, etc.

Discordant, Discordante. Adj. verbal tiré du V. discorder. Il se met après son subsl. : Ton discordant, voix discordante, humeurs discordantes.

Discorde. Subsl. f. Voyez Discord,

DiscouHEUR. Subsl. m. En parlant d'une femme on dit discoureuse.

Discourir. V. n. cl irrég. de la 2* conj. Il se conjugue comme courir, et régit de ou sur. Discourir sur quelque chose, c'est en parler avec ordre, avec méthode; en parler à fond. Discourir de quelque chose, c'est en parler sans approfondir la matière. — L'Académie admet les deux prépositions dans le même sens ; Sncrate passa le dernier jour de .in vie d discourir de l'iinmortalitéde l'âme, sur l'immortalité de l'âme.

DiscoDRs. Subsl. m. Corneille a dit dans les Horaces (acl. II, se. v, 45) :

Qae les pleurs d'une unanle ont de puissants dùcours .'

Voltaire a dit au sujet de ce vers ; Remarquez qu'on peut dire le langage des pleurs, comme on dit le langage des yeux. Pour<]uoi? Parce (|ue les regards et les pleurs expriment le sentiment; mais on ne peut dire le discours des pieu )s, parce que le mot discours tient au

DIS

raisonnement. Les plturs n'ont point de discours; et de 1)1 us, avoir des discours est un barbarisme. {^Remarques sur Curneillle.)

Discocr.Tois, Discourtoise. Adj. Il est vieux ainsi (}ue discourtoisie.

Discrédité, Discréditée. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Papier discrédité, actions discréditées, c'est-à-dire qui ne sont plus en crédit.

Discret , Discrète. Adj. Il ne se met guère (qu'après son subst. : Un homme discret, une femme discrète.

Discrètement. Adv. Il se met après le verbe : Il s'est conduit discrètement, et non pas il s'est disci ntement conduit.

Disert, Diserte. Adj. Il se met après son subsl. : Un homme disert. 11 se dit des personnes et des choses : Un discours disert, un homme disert. La définition de l'Académie ne oonne pas une idée juste de la signilication de ce mol; c'est, dit-elle, celui ou celle qui parle aisément, et avec quelque élégance. Le discuurs disert est non-seulement Incile et élégant, mais aussi clair, I)ur, el uiôme brillant. Il diffère du discours éloquent en ce qu'A est faible et sans feu, et que le discours éloquent est vif, animé, persuasif, loucliani; qu'il émeut, qu'il élève l'âme et la nKiiirisc. Celle différence peut s'ap[iliquer a l'homme disert et a Vhoinme cloquent.

DisERTEMENT. Adv. Il sc met après le verbe: n a parlé disertement.

DisETTEPx, Disettedse. Adj. L'Académie dit qu'il a vieilli. Deux auteurs modernes l'ont employé assez heureusement : La classe laborieuse et disetteuse (Linguel.) La vie dure et disetteuse des sauvages. (Raynal.)

Disgrâce. Subst. f. L'Académie donne à ce mot une signiûcalion qui n'est point autorisée par l'usage. Elle prétend que disgi-dce s'emploie pour siguilier mauvaise grâce dans le mainlien, la démarche, la manière de parler; et elle donne pour exemple : Cette femme est jolie, mais elle a de la disgrâce dans la taille i cette actrice est pleine de disgrâce.

Les lexicographes instruits sc sont bien g;irdés de copier cet article de l'Académie, ou bien ils en ont indiqué la fausseté. On dit bien qu'une personne est disgraciée de la nature, ou qu'elle a qucUiue chose de disgracieux dans la taille , dans le maintien, dans la démarche, dans la manière de parler; mais on ne dit pas en ce sens ([u'c^c a de lu disgrâce dans la taille, OU qu'elle est pleine de disgrâce. — Ou ne dit pas non plus dans le même sens, comme le dit l'A- «•iidéiiiie, cet homme met de la disgrâce jusque dans le bien qu'il fait.

Disgracieux, Disgracieuse. Adj. Il se met ordinairement après son subst. Cependant on pourrait dire u?t disgracieux événement , une disgracieuse rencontre. Voyez Disgrâce.

DisjONCTiF, DisjONCTivE. Adj. Tcruie de grammaire. 11 n'est d'usage qu'au féminin. On le dit de certaines conjonctions qui d'abord rassemblent les parties d'un discours, pour les faire considérer ensuite séparément. Ou, ni, soit, sont des conjonctions disjonctives. Ce mol s'emploie aussi substantivement, une disjonttive.

On demande si lorsqu'il y a plusieurs substantifs sé|)arés jiar une disjonciive, le verbe qui se rapporte à ces substantifs doit être au singulier ou au pluriel; faut-il dire, on la force ou la douceur le feront, OU le fera'? Vaugelas dit qu'il

DIS

feut dire le fera; Paliu soutient qu'on dit également bien le fera et le feront. 1,'usage s'esf déclaré pour Vaugelas. \'oyez Accord , Adversatif.

DisPAiîAÎTr.E. V. n. de la 4' conj. Ce verlie prend l'auxiliaire avoir ou l'auxiliaire être. On peut le considérer tantôt comme ex[irimant une action, laniôt comme exprimant un état résultant d'une action. Quand je A\slcjour covimencc à disparaître, j'exprime cvidemnienl le commencement d'une action; et (juand je dis le jour a disparu, j'exprime cette action comme entièrement laite. Mais faisant abstraction de l'action, je puis considérer le jour comme ne [laraissanl plus, par suite de l'action d'avoir disparu ; alors j'exprime un état, cl je dis le jour esi disparu ; .l.-J. Rousseau a dit: C'est uinsi que la modestie naturelle au sexe est disparue peii à peu H aurait dû dire a disparu; peu ù peu indique une action qui se fait successivement. Dubos a mieux dit : Les graiids auteurs étaient disparus depuis longtemps.

Disparition. Subst. f. Quelques auteurs ont écrit disparution, probablement parce qu'en termes de palais on dit comparution. On ne trouve plus aujourd'hui que disparition dans le Dictionnaire de V Académie et dans les bons auteurs.

Dispendieux, Dispendiedse. Adj. Il ne se dit que des choses, et se met ordinairement après son subst. : Une entreprise dispendieuse , vn luxe dispendieux.

DispENsvïKun. Subst. m. Qui dispense, qui distribue. Il se dit (luebjuefois absolument : Un bon dispensateur; et (|uelquefois aussi il a pour complément un substantif avec lequel il est lié par la préposition de : Il est le dispensateur des grâces du prince, ^'oltaire a dit les disjiensateurs de l'immortalité :

Prince, ne crois donc poin) que ces liommes vulgaires Qui prodifiient aux grands des écrits inerceaiires, Imposant par leurs vers à la postérité, Soient les dispensateurs de l'immortalité.

[Épitrc XII, 67.)

En parlant d'une femme, on dit dispensatrice.

Dispos. Adj. Il n'a pas de féminin, et ne se dit proprement ipie des hommes.

Disposer. V. a. et n. de la 1" conj. Disposer, actif dans le sens d'arranger, prend le régime direct : On dispose une maison, un jardin, des appartements. Disposer, dans !e sens de préparer et applitjué aux personnes, régit la préposition à devant les noms et les verbes : On l'a disposé à l'obéissance ; on l'a disposé à partir.

.1 le cherclier (Dieu) la peur nous dispose et nous aide. iBoiL., Épitre XU, 35.)

On dit dans le même sens, se disposer à, être dispose a. Disposer, neutre dans le sens de faire ce qu'on veut de quelqu'un ou de quelque chose, régit la pn-position de : Il a disposé de ses enfants, il a disposé de sonbien.

Disposition. Subst. f. Terme de littérature. Partie de la rhétorique qui consiste à placer et ranger a vei' oidre et justesse les différentes parties d'undi.NCours.

Disputant. Part, actif du v. disputer. Voltaire eu a fait un substantif :

Je distinguai toujours de la religion

Les malheurs qu'apporta la superstition. . .

J'ai dit aux dicputantt, l'un sur l'autre acharnés :

Cessez, impertinents; ceiseï, infortunés.

DIS

Très-soli enfants de Dieu, chérissei-vous en frères, Et ne vous mordei point pour d'absurdes cliimérec.

Dispute. Subst. f. L'Académie explique ce mol par débat, contestation. La dispute cA une conversation entre deux iiorsonncsà l'occasion d'une chose sur laquelle ils sont d'avis diffcrcnl. Le débat est une conversation tumultueuse entre plusieurs persoimes. La contestation caI une dispute entre plusieurs persoimes considorahles sur un objet important, ou entre deux particuliers pour une affaire judiciaire.

Disputer. V. a. de la i'" conj. Il prend lepron»iu personnel dans le sons i.\c préte7idre concurremment à, et alors il est suivi d'un régime direct : Plusieurs villes se disputent l'honneur d'arnir donné le jour à Homère. (Barlliél.,.^yiacharsis, Introduct., t. I, p. 54.) Mais lors<pi'il est employé dans un sens absolu, indépendant, et (ju'il signilic être en débat, en contestation, c'csi. un gasconisme «lue d'en faire usage avec le pronom personnel; alors, au lieu de dire ils se sont longtemps disputés, dites ii/.s ont longtemps disputé, ils disputent perpétuellement. (Acad.) {Grammaire des Grammaires, p. 1120.)

Dispdtedr Subst m. Qui aime à disputer, à conlredirc : Grand dispu leur, ardent disputeur, disputeur opiniâtre. (Acad.) Montesquieu lui donne une signification plus étendue : Ceux dont je viens de te parler disputent en langue vulgaire ; et il faut les distinguer d'une autre sorte de dispuieurs qui se servent d'une langue barbare qui sernble ajouter quelque chose d la fureur et à l'opiniâtreté des combattants. (xXxvi"^ lettre persane.)

J.-J. Rousseau l'a employé adjectivement : A force de disputer contre l'Eglise romaine, le clergé protestant prit P esprit disputeur et pointilleux.

Voltaire a dit adjectivement, disputeuse. On se querellait depuis longtemps sur la Trinité, lorsque Arius se mêla de la querelle dans la dis- [tuleuse ville d'Alexandrie.

Dissertateur. Subst. m. Voltaire a employé le mot dissertcuse ; il a écrit à madame du Dcffand ; Ne craignez point de faire la disserteuse, ne craignez point de joindre aux grâces de votre personne la force de votre esprit... [Corresp.) Disserieuse est pris dans un autre senstiue dissertateur ou dissertutrice.

Dissertation. Subst. f. Ouvrage sur (juclquc point particulier d'une science ou d'un art. La dissertation est ordinairement moins longue «lue le traité. D'ailleurs, le traité renl'erme toutes les questions générales et pariiculières de son objet; au lieu que la dissertation n'eu comprend que quehiucs questions générales ou particulières. Ainsi un Iraité d'arithméti(]ue est composé do tout ce qui appartient a l'arilhinétiiiue; \hk dissertation sur l'arillimélique n'envisage l'art de compter (jue sous quelques-unes de ses faces générales ou particulière.^. Si l'on compose sur une matière autant de dissertations qu'il y a de différents points de vue piincipaux sous Icstjuels l'esprit peut la considérer; si chacune de ces dissertations est d'une étendue proportionnée a son objet particulier, et si elles sont toutes ciichainécs par quelque ordre méthodique, on aura un traité com|)let de celte matière.

*Disseetecse. Subst. f Voyez Dissertateur.

Dissimulé, Dissimulée. Adj. Il ne se met (ju'aprés son subst. : Un homme dissimule, un esprit dissimulé, un caractère dissimulé.

DIS

DissiMULi.R. V. a. de la 1" conj. Voltaire a dil dissimuler avec quelqu'un.

Hors dix ou doute amis, à qui je puij parler, Avec toute la cour je Tais dissimuler.

(Indiêcr., se. II, 3.)

11 est usité avec ce régime : Ce n'est pas avec vous que je voudrais dissimuler.

Se dissimuler. Ce verbe, employé «Jans une l»li!'ase négative ou inlerroaalive avec le vcrhc p-iuvoir, legil le subjonctif précédé de 71e : Si cette femme était jolie autrefois, on ne peut se dissimuler qu'elle ne soit aujourd'hvibien laide. Mais dissimuler sans le pronom, (|iioi(iuc dans le sens négatif, semi>le exiger l'indicatif : Je ne dissimule pus r/i,c je n\n pas toujours élit de cet avts. Au conliMirc, d.ins le sens afliniKilif, il légil le subjonciif, ce qui e>t l'opposé de plusieurs verbes : Il dissimula qu'il eût eu part à cette action. La raison en est tpjc dissimuler iwrlo avec lui le sens négatif. Dissimuler, c'est ne pas inon- Irer, nejias faire paraître, de sorte que quand il est joint avec une négative, le sens devient aflirmalil : Ne pouvoir dissimuler, c'est être obligé de monirer, de faire, de dire; au contraire, quand dissimuler est sans négative, c'est alors «lue le sens est vraiment négatif, et que le subjonctif est dans l'analogie et dans le génie delà langua (Férauo.^

Dissipateur. Su *, m. II ne se dit que des personnes. En parlant ^ ne femme, on dit dissipatrice. L Académie n'ii. -"ue pas la véritable sisnilicalion de ce mot. I.e a -ipateur el laprodïnue dépensent beaucoup; ma. 'es dépenses du premier sont lolles et extra vag. «s, les dépenses du second ne sont qu'inutiles.

Dissipation. Subst. f. II se û lans les mêmes sens (|ue dissiper, excepté dans . 'yi de disperser, écarter, etc. On dit la dissipât. \ des biens , des finances ; vivre dans la dissipati \i ; mais on ne dit pas la dis.sipation des brouillards, des nuages, etc.; la dissipation d'une armée. 11 se dit au pluriel dans le premier sens : Il s'est ruiné par ses dissipations. Dans le second sens, on ne le dit qu'au singulier: /^it-re dans la dissipation, et non pas dans les dissipations.

Dissiper. V. a. delà l'M'onj. Dissiper, actjl, a ordinairement des personnes pour sujet : // dissipe son bien.

Des trésors de la France ils dissipaient les restes. (Volt., Henr., UI, 60:')

Se dissiper, réfléchi, n'a pour sujet que des

R.';çine a employé l'actif dans une occasion où il fallait le réfléclii ( Plaideurs, act. L se v 25):

Elle voit diisiper sa jeunesse en regrets, Mon amour en fumée, et son bien en procès.

Il fallait se dissiper.

Dissoi-u, Dissolue. Adj. Il ne se dit que des mœurs, surtout relativement à rincontincn.e et se met ajirésson subst. : Un homme dissolu, une femme dissolue, des mœurs dissolues, une vie dissolue (Jueliiuefois il régit dans : Etre dissolu (i,\i)fi ses mœurs, dansées discours.

Dissoluble. Adj. des deux genres, (^ui peut être dissous. II se met après son subst. : jMétal dissoluble, substance dissoluble.

Dissolument. Adv. II se met aurcs le verbe :

DIS

// a toujours vécu dissolument, el non pas il a toujours dissolument vécu. Il est peu usité

Dissoldtio.n. Subst. f. Il se prend dans Icscns de dissous et de dissolu : La dissolution des métaux, lu dissolution d'un mariage, la dissolu lion des mœurs. Dans ce dernier sens, il a un pluriel : Etre plongé dans toutes sortes de dissolutions. (Acad.)

Dissolvant, Dissolvante. Adj. verbal tiré du v. dissoudre. Il se met après son subst. : ..Jcide dissolvant, qualité dissolvante.

DissONA.NT. Dissonante. Adj. 11 se met après son subst. : f^oix dissonante, instrument dissonant.

Dissoudre. V. a. et irrégnlier de la -i» coiij. Il se conjugue comme absoudre. Voyez ce mot

L'eau dissout le sucre, le sel. — Dissoudre une société. Dissoudre vu mariage. — Le fer se dissout dans l'eau forte.— Une société se dissout

DissuADEii. V.a. de la l"^conj. Il ré-it de devant les noms et devant les verbes : Dissuader que/qu'un (l'une entreprise. Je l'ai dissuadé de faire cette entreprise.

Dissyllabe. Adj. m. Il se dit d'un mot qui n'a que deux syllabes, f^er-lu est di.ssyllabe. Ce mot

gg 1 : ,..1 ... J

c prend aussi subslantiveincnl : Les dixujUulet

'oivent être mêlés avec d'autres mots. Ln mot est A[>\K\(i monosyllabe quand il n'a ([u'une syllabe' dissyllabe, quand il en a deux; trisyllabe] quand il en a trois; mais après ce nombre les mots sont dits polysyllabes, c'est-a-dirc de plusieurs syllabes.

Distance. Subst. f. La distance des lieux, la distance ù'une chose à une autre. Lu distance entre une chose et une autre. Lu distance depuis uhe chose jusqu'à une autre.

Distant, Distante. Adj. qui se met après son subst. Il ne se dit point au liiruré : Deux villes sont distantes l'une de l'autre; deux épnqucssont distantes l'une de l'autre; mais on ne dit pas qu'un homme est distant d'un autre homme, pour sigiiilicr (ju'il a un mérite bien suiiéricur ou bien intérieur.

Distillateur. Subst. 111 On ne jtrononcc qu'un /. On ne trouve point d'exeini)le de distilla trice au féminin. Mais si l'occasion s'en présentait iê pense qu'on iiourrajt le dire.

Distinct, Distincte. Adj. II s'emploie sans régime, et se met après smi subst. : Deux choses distinctes, un son distinct, une voix distincte

Distinctement. Adv. Clairement, nelleinent H se met apris le verbe : Il a parlé- dislinctemcrl, et non pas il a distinctement parlé.

DiSTiNCTiF, Distinctive. Adj. Il se met 3|)ics son subst. : Caractère dislinclif, marque distinctive.

Distinction. Subst. f. La distinction d'une chose et d'une autre. Distinction d'une chose d'avec une autre. Distinction entre une chose cl une autre.

Distinguer. V. a. delà l^conj. Distinguer la fausse monnaie d'avec la i(;/(«e. (Acad.) Distinguer une chose d'une autre.

Yoiii, je crois, la dirCércnce entre distinguer de et distinguer d'avec. Distinr/ucr une chose d'une autre, c'est saisir les nuances (pi'il y a entre les qualités analogues des di-ux choses: Il faut distinguer la bienfaisance de la charité, la piété lie la dévotion. Distinguer une chn.se d'avec une autre, c'est démêler, enliedeux choses qui paraissent semblable.^ le> (pialiiés réelles qui les rendent dilTcreiUcs. Distinguer vn honnête homme d'avec un hypocrite, c'(;st saisir la diffé-

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