‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 143 sur 453 · ÉGL · texte numérisé non relu

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exemples du seconJ, égaliser les lois d'un partage; l'ammir égalise toutes les cmiditions.

'Voltaire regarde égaliser comme un barbarisme CependaiU ce mot s'est maintenu dans la langue. Ecoulons ce aue Roubaud a dit à ce sujet : « Au jugement ue M. de Voltaire, dit-il, c'est un barbarisme de mol que de dire igaliser pour égaler les fortunes ; cependant égaliser a une idée propre bien distincte, et différente de l'idée propre lïégaler. Par sa simple terminaison verbale, ('.«/fl/e/- signifie proprement être ou mettre à l'égal d'un autre, etc.; et, par sa terminaison composée, égaliser signifie rendre égal, plein, uni, semblable, pareil; conune aiguiser signifie rendre aigu; volatiliser , rendre volatil. Les deux terminaisons sont très-différentes : l'une marque purement l'état de la chose, ce qu'elle est; l'autre exprime une action, ce qu'on fait de la chose. Enlin égaliser rend à la lettre les verbes latins cxœquare,inœquare ; égaler ne rend que la valeur du verbe simple (ryi/arc. » — Ce raisonnement de Roubaud nous parait jii^te, et nous ne croyons pas ijue la décision sans fondement de Voltaire suffise pour faire proscrire ce mot.

Egalisation. Subst. f. C'est un terme de pratique.

ÉGAREMENT. Subst. m. L'Académie le définit, méprise du voyageur qui s'écarte de son chemin. 11 y a longtemps qu'on ne le dit plus dans ce sens, et qu'il n'est usité qu'au figuré. On l'a repris dans ce vers de Racine (jfjp/izjr.jact. II, se. iv, 7):

Arcas s'est tu tromper par uotre égarement.

Dans le vers suivant, il est employé comme il doit l'être :

Dans quels égaremcnti l'amour jeta ma mère .'

(Uac, Phèd., ac!. I, se. lU, 98.)

Les égarements de l'esprit. Les égarements du cœur.

Egayer. V. a. de la 1" conj. Dans la conjugaison de ce verbe, on conserve l'y de l'infinitif, excepté avant un e muet : J'égaie, tu égaies, ils égaient. J^égaierai, etc.

Eglogue. Subst. f. C'est ce qu'on nomme aussi poésie bucolique, ou poésie pastorale. C'est une représentation de ce qui se passe parmi les bergers. Le style de l'églogue doit être simple, j)arcc (|ue les bergers parlent simplement; il ne doit point être concis, parce que l'églogue reçoit les détails des petites choses qui font partie du loisir de la campagne et du caractère des bergers. Ils jieuvent se permettre des digressions, parce que leurs moments ne sont point comptes, parce qu'ils jouissent d'un loisir tranquille, et qu'il s'agit de peindre leur vie. Ainsi le style bucolique doit être plus orné qu'élégant. Les pensées doivent être naïves, les images riantes ou touchantes, les comparaisons naturelles et tirées des choses communes, les sentiments les plus tendres et les plus délicats, le tour simple, les vers libres, et leur cadence harmonieuse. — "Tout l'esprit de l'églogue doit être en sentiments et en images; on ne »eut voir dans les bergers que des hommes bien organisés par la nature, et à qui l'art n'a point appris à composer et décomposer leurs idées. Ce n'est que par les sens qu'ils sont instruit» et affectés, et leur langage doit être comme le miroir où ces impressions se retracent. Un berger ne doit apercevoir «jne ce qu'aperçoit l'homme le plus simple sans réflexion et sans effort. (Jaucourt.'i

ÉLA

Egorger. V. a. de la 1" conj. Dans ce verbe, le second g doit toujours se prononcer comme uuj; et [tour lui conserver cette prononciation lorsi|u'il est suivi d'un a ou d'un o, on met un e muet avant cet a ou cet o : J'égorgeais, égor' gcons ; et non p3iS j'égorgais, égorgons.

Egratigner. V. a. de la l'-^ conj. Egrati- GNURE. Subst. f. Dans ces deux mots on mouille le gn.

Egrillard, Egrillarde. Adj. qui se prend sub stanlivcment. On mouille les /. Il ne se met qu'aprés son subst., du moins en prose : Esprit égrillard, humeur égrillarde.

Egrlger. V. a. de la \" conj. Dans ce second verbe, le second g doit toujours se prononcer comme y,- et pour lui conserver cette prononciation lorsqu'il est suivi d'un « ou d'un o, on met un e muet avant cet « ou cet o ■ J'égrugtais, égrugeons, et non \K\sj'égrugais, égrugons.

Eh ou Hé. Interj. Eh exprime l'admiration, la surprise: Eh! gui aurait pu s'attendre à celaf

— fié sert principalement à appeler : Hé.' viens çà, ce qui ne se dit qu'à des personnes fort inférieures.— Hé convient mieux que eh lorsqu'on veut avertir de prendre garde à quelque chose, comme hé, gu allez-vous faire? Hé semble dire quelque chose de plus fort que eh ; c'est pour cela qu'il faut écrire hé bien! hé quoi!

Hé bien '. contentez donc l'orgueil qui tous eniTre. (BoiL., iJprtreX, 69.)

lU quoi .' Totre courroux n'a-f-il pas eu son cours T (Ràc, Androm., act. I, se. IV, 53.)

— L'Académie admet hé quoi! mais elle écrit eh bien! On se sert de hé pour marquer la douleur : Hé ! guej'e suis misérable ! ou pour témoigner la commisération : Hé ! pauvre homme, guej'e vous plains!

Hé ! mon père, oubliez Totre rang à ma vue.

(lUc., Iphig., act. II, se. il, 2S.)

Ehonté, Éhontée. Adj. Il est encore usité dans la conversation. On disait auticfois déhonté ; on dit plus ordinairement aujourd'hui effronté, qui ne marque pas si bien la corruption du cœur (iWéhonté. Voyez Déhonté.

Elaborer. V. a. de la 1" conj. Au propre, c'est un terme de médecine qui signifie préparer et perfectionner graduellement les sucs, les humeurs, etc. J.-J. Rousseau l'a employé heureusement au figuré : L'esprit humain, moins étendu, moiîis noyé parmi les opinions vulgaires, s'élabore et fermente mieux dans la tranquille solitude.

ÉLANCÉ, Elancée. Voltaire remploie dans un sens que l'on ne trouve point dans le Dictionnaire de l'Académie [Henr., III, 25) :

Son sang à gros bouillons, de son corps élancé , Vengeait le sang français par ses ordres Tersé.

ÉLANCEMENT. Subst. m. Sclou l'Académic, il se dit en termes de dévotion, et signifie un mouvement affectueux et subit : Les élancements de lame vers Dieu. Molière a dit dans Tartuf» (act. I, se. VI, 2t>) :

Il faisait des soupirs, de grands élaneementi.

Féraud observe avec raison que ce mot est vieux en ce sens. On dit aujourd'hui élans.

ÉLÉ

ÊLASTiQCE. Adj. (les deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : Corps élastique, vertu élastique.

ÉLECTORAL, Élf.ctorai.e. Adj. qui ne se met qu'après son subst. On prononce le l linal : assemblée électorale. On dit au \A\xnQ\ électoraux : Les collèges électoraux.

Êlectorat. Subst. m. Le t final ne se fait pas sentir.

ÊtECTRiQDE. Adj. des deux genres. 11 ne se met qu'après son subst.

Élégammem. Adv. Il se met après le verbe : Il a parlé élégamment ; et non pas il a élégamment parlé.

Élégance. Subst. f. Ce mot vient, selon quelques-uns, é'electvs, ciioisi; on ne voit pas ([u'un autre mot latin puisse être son èiymologie; en efl'et, il y a du choix dans tout ce (jui est élégant. 1, 'élégance est un résultat de la justesse et de l'.içrcment.

Ce terme est consacré en français à la sculpture, à la peinture, à l'éloquence, et principaleujcnl à la poésie. 11 ne signifie pas eu sculpture et en peinture précisément la même chose que grâce ; le terme grâce se dit particulièrement du visage, et on ne dit pas un visage élégant comme des contours élégants, l.a raison en est que la grâce a toujours (|ucl(iuc chose d'animé, et c'est dans le visage que paraît l'àme; ainsi on ne dit pas une démarche élégante, parce que la démarche est animée.

L'élégance du style, dit Marmontel, suppose l'exactitude, la justesse et la pureté, c'est-à-dire la lidélité la plus sévère aux règles de la langue, au sens de l;i pensée, aux lois de l'usage cl du goût, accord d'où nsulle la correction du style. Mais tout cela contribue a l'élégance, et n'y suffit pas. Elle exige encore une liberté noble, un air facile et naturel, qui, sans nuire à la correction. en déguise l'étude et la gène. L'élégance consiste, dit Girard, dans un tour de pensée noble et poli, rendu par dos expressions châtiées, coulantes et gracieuses à l'oreille. Disons mieu.x, c'est la réunion de touics les grâces du style.

La langueur et la mollesse du style sont les écueils voisins de l'élégance; et, parmi ceux (jui la recherchent, il en est peu qui les évitent. Pour donner de l'aisance à l'expression, ils la rendent lâche et diffuse; leur style est (wli, mais efféminé. La première cause de celte faiblesse est dans la manière de concevoir et de sentir. Tout ce qu'on peut exiger de l'élégance, c'est de ne pas énerver le sentiment ou la pensée; mais on ne doit pas s'attendre (lu'elle donne de la chaleur ou de la force à qui n'en a pas.

Le point essentiel et dil'licile est de concilier l'élégance avec le naturel. L'élégance suppose le choix de l'expression; or, le moyen de choisir quand l'expression naturelle est uniijue? le moyen d'accorder celte vérité, ce naturel, avec toutes les convenances des mœurs, de l'usage et du goût , avec ces idées factices de bienséance et de noblesse qui varient d'un siècle à l'autre, et <|ui font loi dans tous les temps? Comment faire parler naturellement un villageois, un homme du peuple, sans blesser la délicatesse d'un homme poli, cultivé?

C'est là sans doute une des grandes difficultés ie l'art, et peu d'écrivains ont su la vaincre. ToulcJ't'is, il y a deux moyens d'y parvenir : le choix des idées et des choses, et le talent de placer les mois. Le style n'est le plus souvent bas et commun que par les idées. Dire comme tout le

ÉLE

monde ce que tout le monde a p<»nsè, ce n'est pas la peine d'écrire; vouloir dire des choses communes d'une façon nouvelle et ijui n'apjwrlienne qu'a nous, c'est courir le risipie d'être précieux, affecté, peu naturel: dire des choses que nous avons tous confusément dans l'âme, mais que personne n'a pris soin cncure de démêler, d'exprimer, de placer à pro|)os; les dire dans les formes les plus sinq)les, et en apparence les moins recherchées, c'est le moyen d'élre à la fois naturel et ingénieux :

Le saga est ménager du temps et des paroles.

La Font., liv. VIII, fabl. xivi, 39.)

Qui ne l'eût pas dit comme La Fontaine? qui n'eût pas dit comme lui?

Qu'un ami véritable est une douce chose! Il ctierche vos besoins au fond de voire cœur.

(Lit. VIII, fabl. xi, 24.)

Ou plutôt qui l'eût dit avec cette vérité si touchante? (Voltaire, Marmontel.)

Élégant, Élégante. Adj. Il peut se mettre avant son subst. -. Une parure élégante, une élégante parure ; une tournure élégante, une élégante tournure. Cependant on ne dirait pas un élégant tour, %in élégant homme, etc. Il faut consulter l'oreille et l'analogie. Voyez Adjectif.

Élégiaque. Adj. des deux genres (jui ne se met qu'après son subst. : f^ers élégiaques, poésies élégiaques. Cet adjectif se dil de ce (]ui appartient à l'élégie, et s'applicjue plus particulièrement à l'espèce de versiiui entraient dans l'élégie des anciens, et qui consistaient dans une suite de distiques formés d'un hexamètre et d'un pentamètre. L'inégalilé des vers élégiaques les distingue des vers héro'iques, dont la marche soutenue caractérise la majesté. Parmi nous, madame de la Suze et madame Deshoulières se sont exercées dans le genre élégiaque.

Élégie. Subst. f. Petit poème dont les plaintes et la douleur sont le principal caractère.

La plaintive élégie, en longs liabits de deuil. Sait, les cheveux épars, gémir sur un cercueil.

(Bon,., ^. P., II, 59.)

Nous disons le principal caractère, car bien que ce poëme se lixe ordinairement aux objets lugubres, il ne s'y borne pourlanl pas uniquement. Le même Boileau a dit {idem, k\) :

Elle peint des amants la joie et la tristesse. Flatte, menace, irrile, apaise une maîtresse.

Le vrai caractère de l'élégie consiste dans la diversité des pensées, dans la délicatesse dessentimenls, dans la simplicité des expressions.

Élémentaire. Adj. des deux genres qui ne se met qu'après son subst. : Géométrie élémentaire, ouvrage élémentaire.

ÉLÈVE. Subst. Il nous semble que Férand remarque avec raison qu'en parlant des fcmmes.on devrait mettre ce mol au féminin, et dire c'est une élève de tel peintre. —Dans sa dernière édition, l'Académie donne pour exemple, faire de bonnes élèves.

ÉLEVER. V. a. de la 1" conj. Dans le sens d'instruire, on dit élever un enfant à la vertu. Toute leur attention était d'élever leurs enfants à la vertu. (iNIonlesquieu, XIl'' lettre persane.) L'Académie ne donne point ce régime a ce verbe.

Dans le sens de porter plus haut. Racine a dit {Britann., act. I, se. il, 16) :

Ai-je donc /levé si hiul votre fortune ?

Dans ce sens, l'Académie ne le dit que des personnes.

L'Académie a reproché à Corneille d'avoir fait régir à ce verbe la préposition en :

Enfin \oiis l'cmiiorloz, cl la faTcur da roi Vous élève en un rang qui n'élalt dû qu'à moi.

[Cid, acU I, se. vi, i.)

On doit dire élever à tm rang, à un état, à vno diynitc. On dit, ;i la vérité, élever en honneur, en dignité; niais alors les mots honneur, dignité, sont pris dans un sens indélini. On dit s'élever à une grande dignité, à un grand honneur.

On trouve la même faute dans les vers suivants de Voltaire [Sémiramis, act. II, se. vu, U) :

Tranquille j'oubliai, sans crainte et sans ennuis. Quel degré m'éleva dans ce rang où je suis.

On n'élève pas plus en un rang que dayis un rang.

S'élever. On peut utilement ajouter les exemples suivants à ceux de l'Académie :

Le remords dévorant t' éleva dans son coeur.

(YoLT., Henr., III, 10.)

Quelle effroyable voii dan» mon âme s'élève.

[Maliom., act. IV, se. IV, 32.]

Un jour doit s'élever des cendres de Pergame Un peuple ùe sa ville orgueilleux destructeur. Et du monde conquis vaste dominateur.

(Dblil., Enéide, I, 34.)

Êlider. V. a. de la 1" conj. Terme de grammaire. C'est supprimer la voyelle finale d'un mol à la rencontre d'une autre voyelle. Voyez ÉUsion, Apostrophe .

Élire. V. a. et irrég. delà 4' conj. Il se conjugue comme lire. Voyez ce mot : Élire à la majorité des voix, il a été élu président.

On l'employait autrefois dans le sens de choisir. Corneille a dit (Cid, édit. de Volt., act. I, se. i, 29) :

Lt roi doit à son fils élire un gouverneur.

Et Molière : Et qyel conseil vous me faites élire! On dirait aujourd'hui choisir. Une seule personne choisit, plusieurs personnes élisent. Il faut observer qu'on n'élit que des personnes, et qu'ainsi plusieurs personnes pourraient choisir nn lieu.

Elision. Subst. f. Suppression de la voyelle (l'un mot à la rencontre d'une autre voyelle. Voyez Apostrophe.

Dans noire poésie, nous n'avons d'autre élision ïue celle de \'e mviel devant une voyelle; tout autre concours de deux voyelles y est inlerdii; règle qui [«ut paraître assez bizarre pour deux raisons : la piemicre, parce qu'il y a une grande quantité de mots ;iu milieu desquels il y a concours de deux voyelles, et qu'il faudrait donc aussi, par la même raison, inlerdire ces mots à la poésie, puis(iu'on ne sauiait les cou[)er en deux ; te seconde, c'est <]ue le concours de deux voyelles est jwrmisdans notre poésie, quand la seconde est piécédée d'un h aspiré, comme danse» Aéro*, la

tu

hauteur; c'est-à-dire que l'hiatus n'est permis que dans le cas où il est le plus rude à l'oreille. On peut remarquer aussi que l'hiatus est permis lorsque l'e muet est précédé d'une voyelle, comme dans immolée à mes yeux; et que pour lors la voyelle qui précède Vc muet est plus marquée. Immolé à mes yeux n'est pas ftermis en poésie, et cependant il est moins rude que l'autre; nouvelle bizarrerie. Dans ta prose, les hiatus ne sont point défendus. Il csi vrai (|u'une oreille délicate serait chocpiée s'ils étaient en grand nombre, mais il serait peut-être encore plus ridicule de vouloir les éviter tout à fait • ce serait souvent le moyen d'énerver le style, de lui faire perdre sa vivacité, sa précision" et sa facilité. Avec un peu d'oreille de la part de l'écrivain, les hiatus ne seront ni fréquents, ni choquants dans la prose.

On attribue un désagrément à Ve muet qui termine les adjectifs féminins dont le masculin est en é, i, ou, v, et dont il résulte ée, ie, oue, ve. Voici quelques observations de Bcauzée sur celle matière.

Il arrive irès-fréquemmenl que ccl c ne scntend presque jxjint : Elle s'est rendue phu difficile queje ne pensais, ne donne guère qu'un u plus soutenu et plus long, jusque-là que bien des grammairiens ont cru pouvoir relranchcr Ve muet qui le suit.

La poésie l'élide, et s'épargne par là le soin de chercher un tour plus ou inoins naturel, que ne lui fournirait pas ce masculin qui ne s'élide point.

L'honneur est corame-une-ile-escarpée-et sans boi'd.:. (BoiL., Sat. X, 167.)

Quatre élisions dans ce seul vers. Je vois bien que dans la quatrième l'oreille n'entend à la rigueur que pé-et, comme dans cet autre exemple :

Un son liarmonieux s'y mêle au bruit des eaux,

elle n'entend qu'un équivalent des mots «t evx ; mais il est de fait que ces deux vers sont très-beaux , et qu'ils ne blessent en rien notre oreille; tandis (.[u'escarpé-et, et ni eux y seraient insupportables.

En général, je pense que ces fréquentes élisions de notre langue y produisent une beauté.

Par toi-même bientôt conduile à l'I^pora, De quel air penses-tu que la s.ilnle y verra Du speclaclc-cnchanteur la pompe harmonieuse? 't?oiL., Sat. X, 151.)

C'est que l'élision y fait entendre à l'esprit quelque chose de plus qu'à l'oreille : et pour en rorcnir à notre escarpé et sans bords, au son harmonieux, etc., je crois qu'il y intervient nécessairement et involontairement un jugement de l'àme qui en rectifie l'hiatus, dont l'oreille aurait souffert dans tout autre cas. Ce n'est point ici, à mon avis, une affaire de fantaisie, de pure habitude, ni de convention ; c'est une e>pérc de sensation composée du physique et de l'intellectuel : escarpé et, mo ni evx, pompar, \ oila ce qui frappe l'oreille. Escarpé et sans bords, un son harmonieux, la pompe harmonieuse, c'est ce que l'esprit y entend. On peut dire qu'en cette occasion, coinmc on beaucoup d'autres semblables, l'esprit fait illusion a l'oreille, qui à son tour, et dans bien d'autres aussi, ne manquera pas de donner le change à l'esprit.

ELL

Il faut évllcr avec soin les élisions dures. La Harpe en relève une de celte nature dans ce vers de Voltaire {Sémir., act. 1, se. v, 49) :

En m' arrachant mon fiU m'avait punie as$et.

Celte t'iision soche et dure à la fin d'un vers forme une chulc désagréable. [Cours de littérature.)

Elle. Pronom de la 3' personne du féminin sinçulier. 11 fail elles au pluriel. Elle est tantôt le féminin de il, cl laiilol le féminin de lui. Dans le prenticr cas, il est toujours le sujet du verbe, k pix'ccde toujours, excepté dans les interrogaliuiis, et ne i)eiii en être séparé que par un auu^ pronom personnel ou une particule néeative. Elle daiue, elle lui a donné sa grâce. P'ient-elle, danse-t-elle? Elle, sujel d'une prépusilioD, se dit également des personnes et des choses.

Quand elle est le féminin de lui, il ne se dit pas loujoui-s des choses. On ne dit pas d'une science ou d'une [)rofession il s'est adonné à elle; il faut dire, il .t't/ est adonné; ni d'une jument, je ne me suis pas encore servi <i'elle, mais je ne 7«'cn suis pas encore servi.

11 semble qu'avec les prépositions de cl à, les pronoms elle, lui, eux, ne se disent pas indifféreuunenl des ihoses et des personnes. Cependant, lorsqu'ils sont |)récédés des prépositions avec ou après, ils peuvent se dire des choses même inaulmees; Cette rivière, dans ses débordemeuts, entraîne avec elle ^)m^ ce qu'elle rencouire, elle 71e laisse rien après elle.

Il y a des phrases fort en usage ea parlant des personnes, donl on ne se sert pas en parlant d'une multitude. Quoiiju'on dise d'une femuie,ye m'approchai d'elle, il iaul dire d'une armée, je m'en approcluii. Lu régie que donnent les grammairiens est qu€, lorsque ces pronoms sont précèdes d'une préposition, ils ne se dirent des choses que dans le cas où elles ont été personnifiées. Mais celte règle n'est pas exacte, puisque nous venons de voir que les prépositions avec el après n'empêchent pus qu'on ne les dise des choses. D'ailleurs, quoi de plus personnifié qu'une armée qu'on fait mouvoir, agir et combattre? et pourquoi ne dirait-on pas, nous allâmes, nous ntarcMmes à elle? Pourrait-on même parler autrement? Voila donc le pronom eZZe, précédé d'une préposition, qui se dit d'une armée. Je crois (ju'on peut dire encore, j'aime la t^érité OM point que je sacrifierais tuui pour elle, el il importe peu que la vérité soit personnifiée ou ne le soil pas. (Coiidillac.) Voltaire a forl bien dit: Les frontières de la Flandre espagnole étaient presque sans fortifications et sans garnisons ; Louis 71 eut qu'use prese/iter devant elles. [Siècle de Louis Xlf^, < hap. VllL) On aurait pu demander à Féraud, qui condamne cett* phrase, comment il aurait dit à la place de VoUairc.

■Voltaire a dit dans Oreste (act. V, se. vu,

Fers, tombez de ses mains; le sceptre est fait pour tlles.

Observez, dit à ce sujel La Harpe, qu'il n'est ni dans le génie de notre langue, ni dans l'usage des bons écrivains, de placer le pronom elle autrement que comme sujel, quand il se rapporte aux choses; on ne l'emploie comme régime (jue quand il se rapporte aux personnes ou aux choses personnifiées. La violation de celle règle jette

ELL

d« la langueur dans le style; c est une sorte d'inélégance. La même faute est dans ces vers de Tancrède (act. I, se. ir, 99 ) :

Mais qoi peut altérer vos bontés paternelles? Vous seule, vous, ma Clle, en abusant trop d'tllei.

Il n'y a personne qui ne sente combien ce pronom*/^, qui finit la phrase et le vers, produit un mauvais effet ; el cet effet se trouvera dans toutes les phrases du même genre, en i»rose el en vers : Il se souvient de vos bontés, il en est pénétn . Si l'on disait il est pénétré d'elles, cc\ai parailrail ridicule. C'est que noire langue y a pourvu moyennant la particule e«, (|ui lienl lieu du pn^ nom, el qui, se plaçant avant le verbe, réunit ki précision et la rapidité. 11 est vrai qu'il y a des occasions où l'on ne saurait se servir du mot en; mais alors il faut éviter ce pronom, cl chercher une autre tournure. [Cours de littérature.)

Elle ne peut pas servir de régime indirect à un verbe actif; on y substiliic lui, qui est alors féminin. En parlant d'une femme on da donnezlui ce qu'elle dema/ide ; elle deina/ide ses yages, don7iez-les-lui. Cependant s'il était quesLion de savoir à (jui, de plusieurs femmes, on doit donner linéique chose, on dirait forl bien ces femmes ?ie tnérite/it pas ce présent; donnez-le à elle, en désignant celle que l'on entend indiquer par ce jironom. C'est par la même raison qu'on lit dans Télémaque (liv.VII, t. T, p. 24'J) : Il croyait même parler à elle, ne sachant plus <,îi il était. Dans celle phrase, elle est considéré, non comme une personne à laquelle on dit quelque chose, mais comme une personne à qui l'on adresse la parole. Ilveut ?«z paj^er signifie, il veut lui dire tjuelque chose, lui communiquer quelque chose par le moyen de la parole. Il veut parler à elle, signifie c'est à elle quil veut adresser la parole ; et dans ce tour, il y a toujours une sorte d'of>position.- Ce n'est pas à lui que je veux parler, c'est à elle.

Après les verbes* neutres cl réciproques qui régissenl la préposition à, on dit elle cl elles. Il faut s'adresser à elle ou à elles, il faut revenir à clle ou « elles. Quand on y ajoute même, on peut dire à elle avec les verbes actifs, en faisaiU précéder lui : Do7inez-les-l\i\ à e\\e-77iême.

Quand le pronom la est le régime direct d'un verbe, et «pi'après ce verbe il y a un nom qui concourt avec le pronom à fornier ce régime direct, on le répèle après le verbe, jwr le moyen d'elle: Le lion la dévora, elle et ses enfants. De même au pluriel : On les canda7n/ta, elles et leurs complices.

Lorsque le pronom ei^ est le sujel d'une proposition, el (ju'on veut le joindre a un nom qui concourt avec lui a former ce sujel, on laisse k verbe après le pronom, parce qu'il ne peut en être séparé; mais après le verbe on replète elle, pour le joindre au nom qui concourt avec ce pronom a former le sujel ; Elle mourut, elle et les siens.

Le pronom eUe, comme plusieurs autres pronoms, s'emploie aussi pour rappeler des phrases entières : Quia commis ce crime abominable? Elle. C'esl-a-dire elle a commis ce crime etboininubie. Voyez Lui, Pri)ui7u el Amphibologie.

Ellipse. Subsl. f. Terme de grammaire; d'un mol irrec qui signifie manquemeut, owmjMw. L'ellipse est une figure de construction. On parle jwr ellipse lorsqu'on leiranche des mois qui seraient nécessaires pour rendre la couslruclion

ELL

pleine. Quelquefois rcllipse consiste à ne pas répOier dans un ou plusieurs niciubres d'une phrase un uu plusieurs mois qui sont énoncés dans un membre précédent. Par exemple, Voltaire a dit dans la Henriade (VII, 443) :

Trop ami des plai:>irs, et trop dei nouveautés.

Pour que celle phrase fût pleine grammaticalement, il faudrait répéter dans le second membre le mot ami, qui est exprime dans le premier, et dire trop ami des plaisirs et trop ami des /louveautcs. I/omission de celle répétition est ce que l'on appelle une ellipse, et ce qui fait que la phrase est elliptique. Dans celle pensée de La Rochefoucauld ; L'avance produit quelquefois la prodigalité, et la prodigalité l'avarice, l'ellipse consiste dans l'omission de deux mois (jui sont exprimés dans le premier membre, et qui devraient être lépétés dans le second pour rendre la construction pleine, savoir, jD)W(/</(7(;eZ(7Me/'ow.

Il n'y a point de difficullé ((uand le mot ou les mots que l'on ne répète pas doivenl être les mêmes que ceux qui sont exprimés dans le premier membre. C'est ce qu'on peut remarquer dans les exemples que nous venons de citer, et dans le suivant : Une femme inconstante est celle qui n'aime plus i une légère, celle qui déjà en aime un autre ; une volage, celle qui ne sait ni si elle aime, ni ce qu'elle aime ; une indifférente, celle qui n'aime rien. (La Bruyère, Des femmes, p. 273.) Dans tous les membres de celle phrase où il y a ellipse, ce sont les mots femvie est ((ue l'on n'a pas répétés, et qu'il faudrait répéter pour rendre les constructions pleines.

Mais les grammairiens ne sont pas d'accord sur les ellipses où les mots sous-entendus ne sont pas exactement les mêmes que ceux qui sont exprimés. Par exemple, ils disent que si, dans le premier membre de la phrase, le verbe est au singulier, l'ellipse ne peut pas, dans le second membre, le supposer au pluriel. Ainsi ils condamnent l'ellipse qui se trouve dans ce vers de Racine [Androm., act. II, se. il, 62) :

Le cœur est puurPyrrhu.^, et les vœux pour Orcsle,

parce que le sens est, et les vœux sont pour Oreste, et (pic l'ellipse ne peut rappeler que le mot est au singulier. Ils en disent autant de ce vers de Voltaire [Henr. II, 41) :

Vous régnez, Londre est libre, et vos lois ûorissanles;

et do celte phrase de Montesquieu : Le peuple jouit des refus du prince, et les courtisans de ses grâces. {Esprit des Lois, \\v . XII, cliap. xxvii). Cependant, quand on lit ces phrases, res|iril n'éprouve aucun embarras; on n'a pas besoin de réflexion pour sentir la totalité du sens et les rapports de tous les mots entre eux. A la vérité, il faut supposer au pluriel un verbe qui rappelle le même verbe qui est au singulier; mais les sujets qui sont au pluriel conduisent naturellement à ce changement de nombre; et (juand on a lu les vœux, vos lois, les courtisans, on conçoit aussitôt au pluriel le verbe qui est au singulier dans le |)remier membre.

D'ailleurs, cette chicane que font ici les grammairiens à ces grands écrivains est si peu fondée, qu'elle taxerait d'irrégularité une muliiiudc d'ellipses qui reviennent à chaque instant dans la conversation, et que cependant ils trouvent trèsrégulières Ainsi, quand je demandée quelqu'un,

ELL

où allez-vous? et qu'on me répond à Paris^ le verbe sous-entendu n'est pas à la même |>erâonne (|ue le verbe exprimé; car ce verbe es\ je vais, et non pas vous allez, qu\ est le verbe exprimé. Il en est de même lorsqu'on demande à Mé.iée, dans la tragédie de ce nom (act. I, se. v, 48) :

Dans un si grand re»crs, que tous resle-t-il?

et qu'elle répond :

Moi.

Ce moi veut dire je me reste, et ce verbe à la. première personne rappelle le même verbe <}ui est â la troisième dans la ^1/ ;ise inlerrogative.

Or, s'il n'est pas nécessaire, dans une ellipse, que le verbe supprimé soit a la même personne que le verbe exprimé, j)ourquoi l'un ne pourraitil pas être au singulier et l'autre au pluriel, surtout lorscjue des sujets analogues à ces membres les y détermineni?

Trop souvent les grammairiens oublient que le discours ne doit être fait d'après leurs règles que lorsque leurs règles ont été faites pour la perfection du langage; et que lorstju'une phrase frappe l'esprit par sa clarté, sans choquer l'oreille par des sons durs, ou le goût par des idées disparates, c'est une pédanterie de s'efforcer à trouver mal dit ce que tout le monde approuve, et ce que les écrivains les plus distingués ont fréquemment autorisé par des exemples.

Une chose singulière , c'est que ces mêmes grammairiens qui ne veulent pas qu'à la faveur d'un sujet pluriel on sous-enlende à ce nombre un verbe exprimé au singulier dans le premier membre d'une phrase, permellont que l'on sousenlcndc un masculin pour un féminin, ou un féminin pour un masculin. Ainsi l'Académie permet à iMie femme de dire je suis plus grande que mon frère, et à un homme, je suis plus grand que ma sœur; ainsi elle approuve, l'âme des femmes coquettes n'est pas moins fardée que leur visage. (Saint-Evremout.) La faiblesse est plus opposée à la vertu que le vice. (La Rochefoucauld, Max. 445 p. J'jO.)

t^es locutions sont fort bonnes, dit l'Académie, parce que l'adjectif, pour ne regarder qu'un des deux sexes, ne laisse pas de cotivenir à l'autre par la sous-entenle qui tacitement le fait du genre qu'il faut.

Il faut convenir que si ce raisonnement suffit pour autoriser ces i)hrases, il suffira à plus forte raison pour autoriser les ellipses des verbes dont nous venons de parler. Ces locutions sont fort bonnes, pourra-t-on dire, parce que le verbe, pour être au singulier, ?ie laisse pas de convenir au pluriel, par l'expression du sujet pluriel, quiforyncllement le fait du nombre qu'il faut.

11 n'en est pas de même de l'ellipse où l'on sui>pose le verbe sous-entendu à un autre temps que celui qui est indiqué dans le premier membre de la phrase. La différence du singulier au pluriel, du masculin au féminin, ne change point la nature des propositions; mais la différence des temps change cette nature, et l'on ne peut pas sous-entendrc, au jjassé ou au futur, un verbe qui est au iirésenl dans le premier membre. Nous pensons donc (ju'on i)eut trouver une licence dans ces vers de Voltaire [Zaïre, act. I, se. i, 107):

J'eune été près du Gange esclave des faux dieas. Chrétienne dans Paris, musulmane en ces lienx.

ELL

Le verbe sous-cntondu devant mimntmane est

Je suis, et non [)[\s J'eusse été; ce (lui fait (lue l'esprit n'est pas satisfait, et cherche en vain le temps qui convient au dernier menihre. On peut faire cette critique malgré l'autorité do foliaire, parce qu'elle est fondée en raison, et que la raison est au-dessus des grands hommes.

Plusieurs çrammairiens trouvent des ellipses dans ces phrases : En aimant on veut l'être ; qui ne sait point aimer n'est pas digne de l'être ; on ne trompe pas longtemps les hmnmes sur leurs intérêts, et ils ne haïssent rien tant que de l'être ; il m'a trompé, je ne croyais pas l'être; vous vous moquez des jaloux , vous le serez un jour, etc.

11 ne nous est pas possible de voir des ellipses proprement dites dans ces sortes de locutions. Une ellipse est un retranchement ou une omission de répétition. 11 n'y a ni retranchement ni omission de répétition lorsqu'à la place d'un mot que l'on n'exprime pas formellement on en met un autre qui le représente. Or, dans toutes les phrases dont il est question, le complément du verbe ^/)'<? n'est point retranché; il est seulement exprime par un autre mot {jlifférent du premier, mais qui en tient lieu. Fn aimant on veut l'être, «;"est-à-dire on veut être le ou cela; ce qui signilie aimé. Le est donc pour aimé ; aimé n'est donc pas retranché, mais remplacé, et la construction est pleine.

Si l'on ne considérait ainsi ces sortes de phrases, il n'y aurait presque point de locutions dans la langue où l'on ne trouvât une ellipse; chatiuc pronom en formerait une.

Mais puisqu'il a plu à (}uelqucs grammairiens de ranger ces locutions dans la classe des ellipses, et qu'ils ont, sous ce rapport, approuvé les unes et rejeté les autres, examinons sous leur vrai point de vue les difficultés qu'elles représentent, et jugeons par le rapport des pronoms ce qu'ils veulent juger par les règles de l'ellipse.

On ne peut pas, disent-ils, rappeler un actif par un passif, comme dans en aimant on veut rétre ; j'aimais, je me flattais de l'être , etc. Ces phrases ne sont pas irrégulières, parce qu'on a sous-entendu au passif un veriie qui, dans le premier membre, est à l'actif; mais parce que, dans le second membre, on a remplacé le verbe du Iiremicr par un pronom qui ne peut le représenter. Le, qui dans ces phrases cipiivaut à cela, ne peut remplacer que l'idée d'une qualité déterminée, ou d'un état positif. Quand je dis vous êtes jalotix et je ne le suis pas, vous n'êtes pas tranquille et je le suis, le rap[ielle dans la première fihrase jaloux, (jui est une qualité déterminée; dans la seconde, tranquille, qui est un étal positif; vous êtes jaloux et je ne le suis pas ; c'est-àdire je ne suis pas jaloux, ou jalouse, f^ous n'êtes pas tranquille, et je le suis : c'est-à-dire je suis tranquille. Mais (]uand on dit en aimant je veux l'être ; j'aimais, je me flattais de l'être , je ne vois dans le premiei' membre aucune idée déterminée, aucun état positif que puisse représenter le le que je trouve dans le second. Ce le, lorsqu'il vient frapper mon oreille, ne me représente rien, ou, pour (ju'il me représente une idée, il faut que j'aille, i)ar la réflexion, la chercher hors de la phrase. En effet, l'analyse gramiTiaticale donne pour la première phrase, en aimant je veux être aimant; ci pour la seconde, j'aimais et je me flattais d'être j'aimais, ce qui est contre le bon sens. Une épreuve semblable fera connaître, dans tous les cas, si le pronom est bien ou mal

ELL

employé, ou, pour parler le langage des grammairiens qui voient des ellii)scs da'ns ces phrases, si l'ellipse est régulière ou non.

On dira donc, on m'a trompé, et je ne croyais

pas l'être trompé. Fous êtes sensible, et je le

suis plus que vous sensible.

Mais on ne dira pas, qui ne sait point aimer ne mérite pas de l'être aimer.

C'est d'a|)rès ces principes (ju'il faut juger ces vers de Voltaire [Nan., act. I, se. vu, J8) :

L'homme csl j.iloux dès qu'il peut s'enflammer; La femme l'est même avant que d'aimer.

Tout est bien dans ces vers, la construction est pleine. Le, dans le second membre, est le complément du verbe est, comme jaloux est dans le premier le complément du même verbe. Le pronom le reiTiplacc ce qu'il peut rcm[*hccy, jaloux, qui exprime une qualité déterminée; et il n'y a l)as plus d'ellipse dans cette phrase que dansée le suis, que répond ime femme à buiuelle on demande êtes-vous malade? Voyez Le.

Dumarsaiset Beauzée veulent qu'on ne se dispense pas de répéter le verbe dans les phrases où un membre est affirmalif et l'autre négatif. Ainsi, selon ces grammairiens. Corneille a fait une ellipse irrègulière en disant {Cid, act. III, se. vi,

L'amoui n'est qu'un phisir et l'honneur un devoir.

C'est aussi l'avis de l'Académie. Quchpics grammairiens ne se sont point soumis à celte décision; et ils ont approuvé l'ellipse toutes les fois qu'il y a dans la phrase des expressions qui maniuent assez l'opposition ou la restriction qui amène à donner au second verbe un sens aflirmalif ou négatif. Dans, l'amour n'est c[u' un plaisir, et l'honneur un devoir, le ne que du premier membre annonce assez le caractère négatif, et, rien n'annonçant ce caractère dans le second membre, l'opposition est marquée, et l'on sent que ce second membre doit «tre pris dans le sens affirma tif.

11 en est de mêine de deux propositions liées par la conjonction mais. Celte conjonction, servant à marquer une idée d'opposition ou de restriction, annonce assez par elle-niémc si le membre qui suit doit être pris dans le sens afiirmatif ou négatif.Za composition, quiest en effet comme l'harmonie du discours, 71e frappe pas simplement l'oreille, mais l'esprit. (Boil., Traité du sublime, ch. XXXII.) Curius, à qui les Savinites offraient de l'or, repondit que son plaisir n'était pas d'en avoir, mais de commander ci ceux qui en avaient. (Bossuet, Disc, sur Vhist. univers., IIP part., chap. VI, p. 466.) On ne doit pas écrire tout ce qu'ont fait les rois, mais seulement ce qu'ils ont fait de digne de la postérité. (V^ollaire.)

L'ellipse offre plus de difficultés, et l'on doit l'employer avec plus de réserve lorsqu'elle su[>prime plusieurs mots qui ne sont indiijués (|ue trés-imparfaitcmenl dans le premier incmhrç delà phrase. Telle est celle qu'on remarciue dans ce vers de Racine [Androm., act. IV, se. v, 9J) :

Je t'aimais inconstanl, qu'aurais-je fait lîdèle?

et dans cet autre {Idem, act. V, se. 11, 53);

Et je charge ur. amanl du soin (îe mon injure.

Dans le premier, l'analyse donne pour construction pleine, qu'aurais-je fait, si tu avais été fi-

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