ELO
dèle9ei dans le second, je charge un ornant du soin de venger mirn injure. Ces sortes (l'elli[«es sont de véritables licences que l'on ne soiiffiirail p<is dans un écrivain inodiocre.
Il y a encore, dit Marmonlel, une foule de locutions elliptiques dont la plupart ne sont susceptibles d'aucune construction analytique, mais tiuc l'usage autorise, et (jui, reçues dans le langage, neso*il |)lus soumises à aucun examen.
Féraiid dit que les ellipses sont plus admises en vers qu'en prusc, et <}u'cn vers nicme il ne fiiut pas les prodiguer. La premif-re partie de cette observatiun n'est pas juste. Rien de plus commun que l'ellipse dans le langage ordinaire. Dans la langue usuelle, dit Marmontel, le besoin que l'on a «ommuncnicnl de dire vite plutôt (juc do l)icn dire, a introduit inliniment plus de ces abréviations que dans la langue soigneusement écrite; et c'est pour cela que le style familier en admet dans toutes les langues beaucoup plus que le style noble. Combien moins de tours elliplitpies dans Racine et dans Fénolon que dans Molière, La Fontaine et madame de Sévigné! mais, en revanche, la langue noble, surtout la langue poétique, a bien d'autres licences et d'autres hardiesses: Racine, le modèle dans l'art d'écrire la tragédie. Racine, le plus pur, le plus élégant de nos poètes, s'est permis souvent ce qu'on ne passerait aujourd'hui à aucun nouvel écrivain. Ainsi, au défaut de l'usage, l'analogie l'a autorisé à dire: L'effroi de ses armes, comme on dit la terreur de son nom. 11 a pu dire :
U prend l'humble sous sa défeusc,
[Eith., act. II, se. 111, 57)
comme on dit sous sa garde, sous sa protection , puisque l'un, comme les deux autres, présente l'image d'un bouclier. lia pu à.\vt, persécuter U père sur le fils, comme on dirait, .te venger du père sur le fils, puisque l'action est oppressive, et que sur la peint mieux que dans.
Nous finirons par un passage de Comlillac qui servira à confirmer ce que nous avons dit, dans le co*irs de cet article, contre les grammairiens trop scrupuleux qui blâment toutesles ellipses qu'ils ne trouvent pas conformes, aux petites règles qu'ils se sont laites.
« Les grammairiens disent que l'ellipse doit être autorisée par l'usage, mais il sufflt qu'elle le soit par la raison. Vous pouvez vous permettre ces sortes de tours toutes les fois que les mots sous-emendus se suppléeront facilement. Ne demandez pas si une expression est usitée, mais considérez si l'aiulogicaulorise à s'en servir. »
Elliptique. Adj. des deux genres qui se met foujoiMS après son subst. Terme de grammaire. On appeWc phrase elliptique, une phrase où il y a quehpic chose de sous-entendu. Tour elliptique. Voyez Ellipse.
ÉLocLTioN. Subst. f. Ce mot, qui vient du latin eloqui, parler, signifie proprement, et à la rigueur, le caractère du disrours, et, eu ce sens, il ne s'emploje guère (]u'en i)arianl de la conversation. On dit d'un homme qui parle bien, qu'»7 a une belle élocution.
Élocution, dans un sens moins vulgaire, signifie cette partie de la rhétorique qui traite de la diction cl du style de l'orateur.
J'ai dit que Wiocution avait pour objet la diction et le style de l'orateur; car il ne faut pas croire que ces deux mots soient synonymes. Le dernier a une accejuion beaucoup plus étendue
ÉLO
que lo premier. Diction ne se dit proprement que des qualités générales et grammaticales du discours, et ces qualités sont au nombre de deux, la correction cl la clarté. Elles sont indispensables dans quelque ouvrage que ce puisse être, soit d'éloquence, soit de tout autre genre; l'étude de la langue et l'habitude d'écrire les donnent presque infailliblement (juand on cherche de bonne foi à les acquérir. Style, au contraire, se dit des ijualités du discours plus particulières, plus difficiles et plus rares, (jui marquent le génie et le talent de celui qui écrit ou qui parle. Telles sont la propriété dos termes, l'élégance, la facilité, la la i)récision, l'élévation, la noblesse, l'harmonie, la convenance avec le sujet, etc.
La clarté, qui est la loi fondamentale du discours oratoire, et en général de quelque discours que ce soit, consiste non-seulement à se faire entendre, mais à se faire entendre sans peine. On y parvient par deux moyens : en mettant les idées chacune à sa place dans l'ordre naturel, et en exprimant nettement chacune de ces idées. Les idées sont exprimées facilement et nettement, en évitant les tours ambigus, les phrases trop longues, trop chargt'cs d'idées incidentes et acccssoiref à l'idée principale, les tours épigrammali(iues, dont la multitude ne peut sentir la linc^sc; car l'orateur doit se souvenir qu'il parle pour la multitude. Notre langue, par le défaut de déclinaisons et de conjugaisous, par les équivoques fréquentes dcsils, des elles, des qui, des que, des son, sa, ses, cl de beaucoup d'autres mots, est plus sujette que les langues anciennes à l'ambiguïté des phrases et des tours. On doit donc y être fort attentif, en se permettant néanmoins, quoique rarement, les éijuivoqucs légères cl purement gramiuaticalcs, lorsque le sens est clair d'ailleurs par lui-înéme, et lorsqu'on ne pourrait lever rc<iuivoquc sans affaiblir la vivacité du discours. L'orateur peut mévae se iiermettrc (juehiuefois la finesse des pensées et des tours, pourvu (luc ce soit avec sobriété, et dans les sujets qui en sont susceptibles ou qui l'autorisent, c'esl-ù-dirc qui uc demandent ni simplicité, ni élévation, ni véhémence. Ces tours fins et délicats échapperont sans doute au vulgaire, mais les gens d'esprit les saisirool et en sauront gré à l'orateur.
Je n'ai rien à dire sur la correction, sinon qu'elle consiste à observer exactement les règles de la langue, mais non avec assez de scrupule pour ne pas s'en affranchir lorsque la vivacité du discours l'exige. La correction et la clarté sont encore plus étroitement nécessaires dans un discours fait pour être lu (]uc dans un discours prononcé; car, dans ce dernier cas, une action vive, juste, animée, peut quelquefois aider à la clarté et sauver l'incorrection.
Nous n'avons parlé jusiju'ici que de la clarté et de la correction grammaticale <iui appartiennent à la diction. Mais il est atissi une clarté et une correction non moins essentielles (lui appartienneni au style, el qui consistent dans la propriété des termes. C'est principalement cette qualité qui distingue les grands écrivains d'avec ceux qui ne le sont pas. Ceux-ci sont, pour ainsi dire, toujours à côté de l'idée qu'ils veulent présenter; les autres la rendent et la font saisir avec justesse par une expression propre. De la propriété des termes nnissenl trois différentes qualités : la précision dans les matières de discussion, l'élégance dans les sujets agréables, l'éner gie dans lès sujets grands ou patbétiq,ues.