EI.O
La convenance du style avec le sujet consiste 1" à n'cniploycr que des idées propres au sujei, c'est-à-dire, simples dans un sujet simple, nobles dans un sujet élevé, riantes dans un sujet agréable; 2" à n'employer que les termes les plus propres pour rendre chaipie idée. Par ce moyen, l'orateur sera précisément de niveau à son sujet, c'est-à-dire ni au-dessus, ni au-dessous, soit |)ar les idées, soit par les expressions. C'est en quoi consiste le premier talent d'écrire, et non dans un style qui déguise par un vain coloris des idées communes.
L'harmonie est une des qualités qui constituent le plus essentiellement le discours oratoire. Deux choses charment l'oreille dans le discours, le son et le nombre. le son consiste dans la qualité des mots, et le nombre dans leur arrangement. Ainsi l'harmonie du discours oratoire consiste à n'employer (]uc des mots d'un son agréable et doux ; à" éviter le concours des syllabes rudes, et celui des voyelles, sans affectation néanmoins; à ne pas mettre entre les membres des phrases trop d'inégalité, surtout à ne pas faire les derniers membres trop courts par rapport aux premiers; à éviter également des périodes trop longue-s et des phrases trop courtes; à savoir entremêler les périodes soutenues et arrondies avec d'autres qui le soient moins, et qui servent comme de repos à l'oreille.
L'harmonie souffre quelquefois de la justesse et de l'arrangement logiques des mots, et réciproquement. C'est alors à l'orateur à concilier, s'il est possible, l'une avec l'autre, ou à décider jusqu'à quel point il peut sacrifier l'harmonie a la justesse. La seule règle générale qu'on puisse donner sur ce sujet, c'est (pi'on ne doit ni trop souvent sacrifier l'une à l'autre, ni jamais violer l'une ou l'aiTtre d'une manière trop choquante.
Mais c'est en vain que l'harmonie se fera sentir dans le disco\'rs si le style est diffus, traînant et lâche. Le style de l'orateur doit élre serré, et rien n'est plus opposé à l'éloquence que cette loquacité si ordinaire au barreau, qui consiste à dire si peu de chose avec tant de paroles.
Il ne suffit pas au style de l'orateur d'être clair, correct, propre, précis, élégant, noble et serré; il faut encore qu'il soit facile, c'est-à-dire que la gêne de la composition ne s'y lai.sse point apercevoir. le style naturel, dit Pascal, nous enchante avec raison; car on s'attendait de trouver un auteur, et l'on trouve un homme. Le i)laisir de l'auditeur ou du lecteur diminuera à mesure que le travail et la peine se feront sentir. Un des moyens de se préserver de ce défaut, c'est d'éviter ce style figuré, poétique, chargé d'ornements, de métaphores, d'antithèses et d'épithètes, qu'on appelle style acadc inique. (D'.^lembert.)
Éloge. Subst. m. Ce mot a un sens passif. Il se dit de celui qui est loué, et non pas de celui qui loue : L'éhge de f^oltaire par Frédéric 11. On le dit aussi des choses : L'doge d'une ville, V éloge de la folie par Erasme.
On appelle éloges académiques ceux (ju'on prononce, dans les académies et les sociétés littéraires, à l'honneur des membres qu'elles ont perdus. Il y en a de deux sortes, d'oratoires et diiistoriques; dans les uns, le style doit être élevé; dans les autres, il doit être simple; dans tous, il doit être pur.
Éloig:mé, Éloignée. Adj. Féraud demande si l'on doit dire étant aussi éloignés des ciei/x que nous en s(i?nmes, ou que nous le sorii7nes; et il se déclare avec raison pour la seconde manière.
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L'analyse de la première phrase montre qu'elle n'a aucun sens. En elfei, que signilie étant aussi éloignés des deux que nmis somiucs éloignés des ciew^r? I/analysc de la seconde est, au contraire, étant éloignés des doux au point que nous le somnies, c'est-à-dire y»*' nous sommes cela, (pie nous sommes éhignés ; cl la phrase a un sens raisonnable. On dit de même j'en suis fort aise, et l'on doit dire étant aussi aise de cela que je le suis, et non pas que j'en sxiis.
ÉLociDEMniENT. Adv. 11 sc uict aprcs le verbe : Il a parlé éloqucmmeni, Cl non pas il a éloqneTninent parlé.
ËLOQL'ENT, Éloquente. Adj. Il sc dit des personnes et des choses: Un hovime éloquent, un discours éloquent . Cet adj. se met avant son subst. lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent : Cette éloquente péroraison. Mais on ne dira pas vn éloquent homme, un éloquent discours. Voyez Adjectif, Disert.
ÉLUDER. T., a. de la \" conj. 11 ne se dit que des choses : Eluder une question, v?ie promesse. Eluder une loi. On élude une difficvllé, des poursuites, etc.
Par comliieri de délours L'iuscusible a longtemps éludé mes discours !
(lUc, Pliéd., acl. m, sc. i, 7.)
On a reproché avec raison à Molière d'avoir dit dans VEtourdi (act. II, sc. vji, 23} :
yéludais un chacun d'un deuil si vraisemblable.
Émanciper. V a. de la 1" conj. On dit absolument s'émanciper : Ce jeujie homvie s'émancipe. Ou lui fait l'égir la préposition à : H s'est émancipé à lui dire des injures.
Émaner. V. n. de la i" conj. 11 régit la préposition de : Les corpuscules qui émanent des corps.
Oui, Mitrana, en secret l'ordre émané du trJne Remet entre tes bras Arsace à Babylone.
(Volt., Sémir., act. I, sc. i, t.)
Emballeur. Subst. m. L'Académie tlit (juc ce mot signifie figurément et populairement un hâbleur, ([ui en fait accroire, et ellccn donne l'exemple suivant : Ne croyez pas ce qu'il dit, ne vous fiezpasà ses promesses, c'est un cmhaWcuv. Nous ne croyons pas(]ue ce mol soit usité actuellement en ce sens, même dans le langage populaire.
*E\iBANDER. V. a. de la d"^conj. Mot inventé I)ar J.-J. Rousseau : Infailliblement un enfant dont le corps cl les bras sont libres, jûeurcra moins qu'un enfant emiiandé dans un maillot. (Emile, liv. 1, t. VI, p. lo.) Ce mot rend mieux l'idée de Fauteur que ne pourrait le faire aucune autre expression reçue.
Embabcadère. Subst. m. Lieu propre aux embaniuements. C'est le mot espagnol emburcadero, qui a été adopté dans la langue française.
Embarcation. Subst. f. De l'espagnol ambarcacion, qui a la même signification. C'est le nom généritpie de toute espèce de bâtiment de mer, et particulièrement des petits navires à un ou deux mâts, et qui n'ont pas plus de soixante à quatrevingts pieds de longueur.
Embarquement. Subst. m. Il ne se dit qu'au propre, et par consécjuent n'a |>as In même étendue que le verbe embarquer : Embarquement de gens de guerre. Embarquement de marchan-
Embasqdeb. V. a. de la 1" conj. On dit figu-
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rémenl on Ta emba'qui; dans cette affaire, je me suis embarqué dan- une maur-aise affciirc. Féraud (lit qu'il n'est ('usage que dans le slylc médiocre. Cependant Racine a dit (Phèdre, act. 1, 413):
El dans un fol amour ma jeunesse embarqué'.
On dit s'embarquer à faire quelque chose.
Embahrassa>t, Embarrassante. Adj. verbal lire du \. embarrasser. Il sempt toujours après son Subst.:Z)e5 choses embarras-^antcs, un homme embarrassant, une femme embarrassante.
Embatep,. V. n. de la l"conj. L'Académie dit que ce mot signifie au propre faire un bat pour une béte de somme. Les autres dictionnaires disent qu'il signifie mettre un bât sur une bétc de somme. 11 n'est guère usité ni dans l'un ni 4ans l'autre sens; mais celui que donne l'Ai'adé- ^ic est contraire à toute analogie. Dans le second sens, pourquoi dire e7«Ja<er, puisqu'on a W/cr qui •ignifie la même chose?
Emb.atonner. V. a. de la 1" conj. Ce verbe signifie, selon l'Acadcmic, armer d'un bâton. Elle ajoute qu'il est familier et de pou d'usage. Nous croyons pouvoir assurer qu'il n'est pas français. On dit, en termes d'arts, <\\\'ttne cohmne est cannelée et embâtonnée, pour dire que ses cannelures sont remplies de figures de bâtons jusqu'à une certaine partie de son lût. Mais nous ne croyons pas qu'un dise qu'o/j u evilùtimné vn homme, pour dire qu'on l'a armé d'un bàloli.
Embellir. V. a. de la 2' conj. Ce verbe prend tantôt l'auxiliaire avoir, et tantôt l'auxiliaire être. L'Académie ne donne d'exemple que du dernier.
Si ce verbe est pris dans le sens d'une action progressive, il prend l'auxiliaire oro/r: Il n embelli depuis quelque temps. Mais si l'on y altaclie l'idée d'un état actuel et passif, il prend l'auxiliaire être : Comme cette femme est embellie !
Il s'emploie avec le pronom personnel, surtout en parlant des choses : Une personne embellit, et la campagne s'embellit. On dit mciue qu'une chose s'embellit d'une autre chose :
Le ciel n'a pas voulu qu'en ces tieureux climats.
Où m'attend, me dit-on, un destin plus prospi're,
Mon Ijcnhcur s'embellit du destin de mon père.
(Delil., Énéid., y, 110.)
Emblématique. Adj des deux genres ijui ne se met qu'après son subsl. : Fivire emblématique.
Emblicme. Subst. m. Autrofuis ce mot était féminin, et Eichelet lui donne les deux genres. Aujourd'hui l'usage le fait toujours masculin.
On désigne par ce mot une image ou tableau qui, par la représentation de queUjue histoire ou symbole connu, accompagne d'un mot ou d'une légende, nous conduit à la connaissance d'une autre chose ou d'une moralité. L'image de Scévola tenant sa main sur un foyer embrasé, avec ces mots au-dessous : Agere et pati fortia Romanum est, » il est d'un Romain d'agir et de smiffrir constamment, « est un emblèmo. L'emblème est un peu plus clair et plus facile à entendre que l'énigme.
Ce qui distingue Yemblème de la devise, c'csl que les paroles de rcTnWè'/fc ont toutes seules un sens plein et achevé, et même tout le sens et toute la signification qu'elles peuvent avoir jointes avec la figure. Il y a encore cette différence, que la devise est un symbole déterminé à une personne, ou qui exprime quelque chose qui la concerne