EME
en particulier; au lieu que Vemblème est un symbole plus général. Ces differonces deviendront plus sensibles, pour peu ([u'un veuille comparer l'emblème que nous avons cité avec une devise; par exemple, celle (jui représente une bougie allumée avec ces mots : Juvando consumnr, « je me consume en servant; » il est clair que ce dernier symbole est beaucoup moins général que le premier.
Emboucher. V. a. de la \" conj. L'Académie dit qu'(/«e rivière s'embouche dans une autre rivière. Cette expression n'est pas du bon usage. A deux lieues de Paris, la Marne .se jet le dans la Seine, et non pas s'embouche, comme dit l'Académie.
Embrasé, Embrasée. Adj. L'Académie n'indique pas la vi'aic signification de ce mot. Un corps est embrasé, lorscpie le feu dont il est pénétré dans toute sa substance est sensible pour les yeux à sa surface, mais ne parait plus s'étendre au delà. Voici presque tous les degrés par lesquels un corps combustible peut passer, depuis son ignition,,ou le moment auquel le feu luiaétcappliqué, jusqu'au moment ou il est consumé. 11 était froid, il devient chaud, brillant, ardent, enfiammé, embrasé, consume. Tant qu'on en peut su|>porlcr le loucher, il est chaud; il est brûlant quand on ne peut plus le loucher sans ressentir delà douleur; il est ardent, lorsque le feu dont il est pénétré s'est rendu sensible aux yeux par une couleur rouge qu'on remarque à sa surface, il est enflammé, lors(]ue le feu dont il est pénétré s'élance et se rend sensible aux yeux au delà de sa surface; il est embrasé, lorsque le feu a cessé de s'élancer et de se rendre sensible aux yeux au delà de sa surface, et qu'il paraît seulement pénétre dans toute sa substance, à peu près comme dans le cas où il n'était qu'ardent. Il est conswné, lors(|u'il n'en reste plus que de la cendre. L'acception du substantif embrasement n'est |)as exactement la même que celle de l'adj»;ctif embrasé. On dit un corps embrasé, quel que soit ce corps, grand ou pelit; maison ne dit pas rembrasoment d'un petit corps. Embrasement porte avec soi une grande idée, celle d'une masse considérable de iTiatièrcs allumées
Embrasement. Subst. m. Féraud prétend qu'embrasement au propre est toujours suivi de la préposition de. Un exemple (jue donne l'Acadcmie prouve le contraire : Une légère étincelle peut causer un grand embrasement. On lit aussi dans la traduction de XÉnéide par Delille (IL lOJJ) :
El de y embrasement les torrents furieux
De leur comble enflammé s'élançaient dans les cieux.
Voyez Incendie.
Embrasser. V. a. de la 4'^ conj. Voici quelqties exemples de ce mot qui ne sont pas inditpiée dans le Dictionnaire de V Académie :
L'occasion est belle, il la faut embraiser.
(Ràc, Phéd., act. V, se, I, 45.\ De l'Etal embratser la conduite.
[Idem, act. IH, se. 1,22.)
J'embrassai les vertus qu'exigeait mon malheur.
(Volt., Mer., acl. V, se. I, 28.)
Au delà de leur cours et loin dans cet espace Où la matière nage, et que Dieu seul embratse, etc. (Volt., Henr., VJI, 61.1
* ÉMERVEILLEMENT. Subst. in. Mol inusitc quc
EMI
VoUairc a employé dans le passage suivant : Mon émerveillement dure toujours, que le fils de Samuel Bernard notis ait fait banqueroute, et qu'il ait trouvé le secret de fricusser huit millions obscurément et sanspUiisir. {Lettre à M. Iccoinlc d'Argentul, 15 mai 1758.)
ÉMiER, ÊMiETTER. Verbcs actifs. L'Académie dcfmil le premier,froisser un corps cuire les duigis, de manière à le mettre en petites parties; et le second, réduire du pain en petits morceaux, en miettes. Si elle ne donnait pas pour exemple entier du pain, on aurait lieu de croire, traprès ces deux définitions, qu'émietler ne se dit (jue du pain, et émier des autres corps. <>ue penser de ces deux expressions que l'Académie nous présente couune signifiant la môme chose? Voici notre opinion. On appelait autrefois ;/uV,de mica, ce que nous appelons aujourd'hui miette, et on a dit émier, pour dire réduire en mies, on petites parties :
Émtant quant à moi du paiu entre mes doigts. (RÉGNiEn, Sat. X, 545 ."
Dans la suite, on a dit miette au lieu de mie, qui a change de signification, et de miette on a fait émietter, sans bannir émier. Il paraît donc (\\i'émier est l'ancien mot, conservé mal à propos, et (\\i' émietter est un mot adopté après l'adoption du mol miette. Nous pensons que le dernier devrait être conservé dans la langue, et que le premier devrait disparaître. Depuis qu'on ne dit plus /nie pour petite parcelle, émier n'a jikis son primitif dans la langue, et puiscjue miette a remplacé ce primitif, émietter doit remplacer de mémeledéri\;é.
ÉuiGRER. V. n. de la d" conj. L'Académie dit qu'il se conjugue avec l'auxiliaire avoir. Il se conjugue aussi avec l'auxiliaire être. Il a émigré signifie, il a fait l'action d'émigrer, de sortir de son pays pour aller s'établir ailleurs. Il est émigré signifie, il est dans l'état qui résulte de l'action d'émigrer : Il a émigré en 1790 ; il se lasse d*ètre émigré, il veut retourner dans son pays.
ÉMINEMMENT. Adv. Il sc met après le verbe: Posséder éminemment une science. L'effet est contenu éminemment dans la cause.
ÉMINENT, ÉMINENTE. Adj. (pii SC UlCt tOUJOurS
après son SU bst. : Un lieu éminent. Un homme éminent en piété.
L'Académie dit péril éminent, danger éminent. 11 semble que l'on devrait toujours dire imminent, d'après l'élymologie. Quoi qu'il en soit, voici la différence que mettent les graiTiinairiens entre ces deux expressions.
Éminent donne l'idée d'un mal, d'un péril qu'on peut regarder comme très-grand , mais dont on a le temps d'examiner la grandeur; cl imminent doime l'idée d'un mal, d'un péril ([u'on peut regarder comme présent, et où souvent le hasard nous engage. L'un s'envisage seulement avec crainte, au lieu que l'autre s'envisage avec effroi. On dira donc d'un malheureux qui doit expier son crime sur l'échafaud, qu'ii est dans un péril éminent; d'un homme qui a fait une entreprise téméraire, qu'iZ voyait bien qu'il se mettait dans nn péril éminent. Maisd'un criminel (ju'on mène au supplice, ou d'un homme surjjris par des voleurs, on dira qu'il est dans un péril imminent {Grammaire des Grammaires, p. 1131).)
EMP
Emmancher "V.a. de la 1" conj. Delillc l'a employé dans le style noble {Énéid., VII, 877) :
On emmanoho les dards, on .liguise Icsliaclies.
Cette expression nous semble déplacée dans un vers noble.
ÉMOLLiENT, ÉMOLLiENTE. Adj. qui ne sc mct qu'après son subsl. On ne prononce qu'un l : Des herbes émnUientcs.
Émom'me.m'. Subsl. m. 1,'Acadcmie l'explique par |)rolit, avantage, et indicjiic (juc ce mol s'emploie autrement qu'en parlant des charges et des emplois. Elle dit tirer un grand émohiment, de grands émoluments de quelque chose. Il n'a repu aucun émolument dans cette affaire. Le mol émolument est mal appliiiué dans ces cxemjjles. H est affecté aux charges et aux emplois, et marque, non-seulement la somme réglée des appointements, mais encore tous les autres revenant3bons.
Émoldmenter. V. n. de la 1'" conj., que l'Académie donne comme un synonyme de gagner. 11 n'est point usité.
Émoudre. V. a. cl irrég. de la 4' conj. Il sc conjugue coinme moudre. Voye^ ce mot.
Émouvoir. V. a. delà 3' conj. 11 se conjugue comme mouvoir, et n'est guère usilé qu'à l'infinitif, au présent de l'indicatif cl du sul)jonctif, et aux temjis composés: Emouvoir les humeurs, la bile. Emouvoir les flots. Emouvoir la colère.
Je pourrai démon père émouvoir la tendresse.
(Uac, Phéd., act. lit, fc. vi, IL;
Émouvoir les cœin's de compassion. Élre êviu de crainte, de compassion, etc.
L'Académie dit la mer commençait à s'émnuvoir, il s'émut une grande tempête. On dit aussi il s'émut une grande querelle. (MontCS(luicu, Lettres persanes.)
Emparer (s'). V. pronom, de la 1" conj. C'est, selon l'Académie, se saisir d'une chose, s'en rendre maître, roccu|>cr, l'envahir. C'est, selon Girard, se rendre maître d'une chose en prévenant les concurrents et tous ceux qui peuvent y l)rélendre avec plus de droit. Ce mot emporte une idée d'adresse et de diligence.
Empêcher. V. a. de la 1" conj. Empêcher quelqu'un de faire quelque chose. On ne dit point empêcher à, dit Voltaire. // nous empêche l'accès de cette maison. /Vo»i'estlà jjourw ?i(ius,v.'cs[ un solécisme. Il tant dire on nous défend l'accès de celte maison ; on nous interdit l'accès ; on nous défend, on nous empêche d'entrer. {liemarques sur Corneille.)
l.a proposition subordonnée au verbe empêcher est, dit-on, toujours négative, parce que ce vcibe exprime un obstacle. Celle proposition ne devient jamais positive, quand inéinc la |)rcinière serait négative ou inlcrrogalive : J'empêche qu'il ne vienne. Je n'empêche pas qu'il ne vienne. Puis-je empêcher qu'il ne vienne? Cependant l'Académie dit je n'empêche pas qu'il ne fasse, ou qji'il fasse ; cl dans le sens al'iirmatif, elle ne donne «pie cet cxem|)le : La pluie empêche qu'on n'aille se promener. Molière a dit : Il mange et boit comme les autres , mais cela n'empêche pas qu'il ne soit fort malade. {Malade iwag. ,iicl. II, sc. ni.)
Marmon'.el est d'avis que l'on doit dire je 7i*empêche pas qu'il sorte ou qu'il ne «oj/e. L'usage,
EMP
ajoute-t-il, ;iiilorise qu't7 71e sorte ; mai?, s'il sorl en effet, qu'il sorte sera mieux. Il sort, je ne l'enipéclie pas; Une nort point, ce n'est pas moi qui l'en empêche, (".'est (lans le second cas qnnne semble mieux |)lîicL'. On dit n empêches pas qu'il sorte. Celte distinction |)arait juste, el nous cwyoDS qu'elle doit être adoptée.
Api'ès le verbe empêcher on sii|)primc pas et point i\\»cs lie: Quand on le peut, il faut empêcher que le mal ne s'accomplisse. \0)'czJEa;pUtif.
E.11PENNEF,. V. a. delà d^'conj.On prononce les deux n. En se pronouce comme dans amen.
Ejipesé, Emi'icsée. Adj. qui se met toujours après son subst. On ap|)elle style empesé, un style où l'on remarque une trop grande affectation d'arrangement, d'exactitude cl de purisme, qui y donne do la pesanteur el de la roidenr.
E.MPUASE. Subst. f. Énergie outrée dans i'e.xpression, dans le Ion de la voix, dans le geste.
Ce mot se prend ordinaireuient en mauvaise part, et marijuc un défaut soit dans les paroles, soit dans l'action de l'orateur. On dil d'un prédicateur (\\i' il prononce avec emphase, qu'ii y a beaucoup d'emphase dans ses sermons, et cela n'est pas un éloge. Quel supplice, dil La Bruyère, que celui d'entendre prononcer de vicdiricres vers avec toute l'emphase d'un mauvais poète! (Des ouvrages de l'Esprit, p. 256.)
Emph.vthiqce. Adj. des deux genres. En prose, il ne se met cju'après son subsl. : Discours emphatique. Paroles, expressions emphatiques. D'après les exemples qu'en donne l'Académie, il lie se dit pas des personnes. Cependant il nous semble qu'on pourrait dire sans commettre une faute, un orateur emphatique, un acteur emphatique.
Emphatiqdement. Adv. Il se met toujours après le verbe : Il a parlé, il a déclamé empliatiquevient, et nijn pas il a emphatiquement parlé.
Ejipiiu:. Siii) 1. ui. Les cxc.iipies suivants ajuuteroni quelques lumières à la détinilion que l'Académie donne de ce mot :
Il faut me dire Si j'avais sur tolre âme un térilable empire.
(Volt., Brut., acl. III, se. T, 5.)
Vivez, ne souffrez pas que le fils d'une Scyliic, Accablant vos enfanU d'un empire odieux...
(Rac, Phéd., act. I, se. m, 58.)
S'il est vrai que nous n'avons sur les femmes qu'un pouvoir tyranniquc, il ne Vesl pas moins qu'elles ont sur nous un empire naturel , celui de la beauté, à qui nen ne résiste. (Montesq., XXX\'lli'" lettre persane.)
Voltaire a dit en vers, Vhumide empire, pour dire la mer [Épilre XLV , 49) :
Je vois l'humide empire S'élever, s'élancer vers le ciel qui l'attire.
* Ejipireme:»t. Subst. m. Nos mœurs sont extrêmement corrompues^ et penchent d'une fatale inclination vers l'empircment (Montaigne). Ce inoin'est presque plus usité. Mercier pense qu'il devrait être rajeuni.
EiiPtr.ER. V. a. et n. de la V' conj. On dit qu'ww vial a empiré, pour marquer l'action (jui a opéré le changement; et l'on dil le mal est empiré, pour maniuer l'état, le degré où il se trouve après avoir empiré.
Féraud reproche à J.-J. Rousseau d'avoir dit
EMP
mon sort ne saurait cire empiré. Il prétend
Ju'il fallait dire Jie saurait empirer. Mais ces eux expressions ne veulent pas dire la même chose, la première signifie ne peut être dans un état pire (jue celui où il est; cl la seconde ne saurait augmenter en mal.
Emplette. Subst. L Ce mot ne se dil que des petits meubles et des marchandises prises en détail. On ne dit pas /aire emplette de cent muids de vin, de mille balles de laine ; mais on fait emplette d'une paire de ciseaux.
. . . J'ai su là-bas que pour quelques emplellvi Elianlc Oit sortie et Ciilimène aussi.
(Mol., Uitanthr., acl. I, se. ii, 1.)
E.wpf.iE. "V. a. de la 2' conj. Quelques grammairiens ont remarqué qu'il ne se dit «lue de ce qui contient des choses li(iui(les, et qu'en parlant d'autres objets il faut dire remplir. L'Académie n'a point adopté cette remarque, et nous |)ensous que c'est avec raison. On dit aussi bien emplir vn sac de blé, ([n'emplir un tonneau de vin. Remplir a un autre sens. Voltaire a dit dans Mérope (act. IV, se. v, 27) :
L'horreur et la vengeance empliront tous les cœurs.
La Harpe dil au sujet de ce vers, remplir est du style noble, emplir n'en est pas. — l.iiGraîiimaire des Grammaires [\). 4131) dit qu'emplir ne se dil qu'au ])ropre, mais que remplir se dit au propre et a\i ligure.
EiiPLOYEr,. V. a. de la 1" conj. Dans la conjugaison de ce verbe et de tous ceux qui se terminent en oyer ou en vyer, il faut mettre un i voyelle à la place de l'y, toutes les fois que cet y ne tient pas la place de deux i, ce (lui arrive lorsque la lettre qui doil le suivre est un e mucl ; J'emploie, tu emploies, il emploie, cl non pas j'cmploye. La première et la seconde personne plurielle de l'Imparfait de l'indicatif, et les mêmes personnes du présent du subjonctif, prennent un i après Vy : Nous employions, vous employiez ;qiie nous employions, qnevous employiez ■ Mais il faut éviter de se servir de ces formes, que l'on ne trouve guère que dans les grammaires.
Ce vcriic fait au futur simple, j'emploierai; et au présent du conditionnel, j'emploierais.
On conjugue de même les verbes aboyer, envoyer, appuyer, ennuyer, etc.
Employer régit à ou en devant les noms, et a devant les verbes à l'inlinitif : /'«i employé vingt 7nillc francs à cette acqui.iiliau. Il a employé tout son argent en bagatelles.
I^mployei mon épcc à punir le coupable. Employez mon amour à venger celte mort.
(COBX., Cid, act. III, se. il, 6.)
Empoigner. V. a. de la l'" conj. IMercicr prétend qu'il fut empoigné par le prévôt est plus expressif que de dire il fut arrête; cela est vrai, mais le verbe empoigner en ce sens offre quelque chose de bas.
Empoisonnement. Subst. m. Il n'a pas adlant d'étendue que le verbe empoisonner, et ne se dit qu'au propre.
Empoiso.v.ner. V. a. el n. de la 1'* conj. Il se dit figurement de tout ce qui corrompt l'esprit et les mœurs. Mais on dil aussi empoisonner la vie, empoisonner la joie :
Oui, je veux «tans son cœur £mpoùoniur sa joie, y porter ma douleur,
(Volt., Orest., act. I, se. Il, 35.)
EnpoisoiTNECR. Subst. m. En parlant d'une
EMP
femme, on dit empoisonneuse. L'Académie ne dit pas qu'on l'emploie adjectivemenl. Cependant Racine a dil dans Athalie (acl. IV, se. m, 84) :
De ce fatal honneur.
Hélas, TOUS ignorez le charme empoisonneur.
On ne l'emploiorail p;is ainsi au féminin, on ne dirait pas des maximes ompoisanncuses.
Emportk, Emportée. Adj. qui ne se met qu'après son subsl. : Un homme emporté, une femme empcriêe.
Emportement. Subst. m. Ce mol ne se dit qu'au figuré. Uu'expiiuiepas l'action d'emporter, mais l'élat de celui qui est emporté : Emporiement d'aTnour, de colère, elc.
Emporter. Y. a. de la d"conj. Voltaire a dit dans ses Remarques sur Corneille: On emporte une place, on remporte un avantage, on a un succès. — Etre emporté d'un faux zèle, acception qui ne se trouve point dans le Dictionnaire de l' Académie :
Je vois d'un lèle faux nos prêtres emportés.
lYoLT., Henr., VI, 109.}
Ne crains pas q».' emporté d'un zèle téméraire.
(Thomas, Ode à M. Slorcau de Séchcltca, 17.)
Féraud dit qn'en prose on dirait emporté par mm zèle téméraire. Nous pensons qu'on peut aussi bien dire emporté d'un faux zèle, qu'on dit transporté d'amour, de joie, do fureur.
EMPREI^D^.E. V. a. de la 4*= conj. On dit figurémcnl, ce sont des sentim.ents que la nature a empreints dans le cceur de !ous les hommes. On «lit aussi «pie la vertu, la puicur, la probité est empreinte sur le front d'une personne.
Seigneur, je n'ai jamais contemplé qu'aTec crainte L'aujusle majesté sur votre front empreinte.
(Rac, Esth., act. II, se. VII, 14.)
Empresser. A", pronom, de la 1'* conj. L'Académie dit s'empresser à faire sa cour, s'empresser de parler, de prendre la parole; mais ces exemples ne font pas sentir dans quel cas on doit avec ce verbe employer l'une ou l'autre de ces prépositions.
L'empressement que l'on met à une chose peut être considéré ou par rapport à la cause qui le produit, ou par rapport au but où il tend. Dans le premier cas, on emploie de ; dïnsle second on se sert de la préposition «. On s'empresse de faire vne chose qui n'a pas un but marqué hors de la personne qui agit : Je m'empresse de marcher, d'écrire, de parler, de demander, de répondre. On s'e?nprcsse à faire une chose qui a un but marqué hors de la personne qui agit : Je m'empresse à vous faire ma cour, je m'empresse à le secourir, à le consoler, c'est-à-dire je m'empresse d'arriver à un but, savoir, vous faire ma cour, le secourir, le consoler. On dira en général, il s'empresse de rendre service, parce (jue l'expression est indclenninée, et que le but n'est pas marqué. Mais il faut dire dans cette circonstance, il s'est empressé à rendre service à son ami.
Emphumer. V. a. de la 1" conj. L'Académie dit au figuré, emprunter le nom, le bras, la plume, le crédit, le secours de quelqu'un, llacine a dil emprunter les yeux, emprunter le langage:
Ne saurait-il rien voir qu'il n'emprunte voi yeux ? {Britan., act. I, se. il, 33.)
D'Achille qui l'aimait j'empruntai le langage.
[Iphig., ael. I, ac. I, 93.)
Quand ce verbo a pour régime indirect un nom
EN
de chose, il se joint à ce régime par la préposition de: La lune empi-ynie sa lumière du soleil.
Un héros qui de la victoire Emprunte son unique gloire, N'est héros que quelques moments.
(J.-B. Konss., liv. III, Ode i
Lorsinie ce verbe est accompagné d'un régime indirect de personne, il prend llmtôl la préposition à, tantôt la préposition do. On emploie de lorsque la chose empruntée n'ôie rien a celui (pu la prête : Les Grecs ont emprunté des Égyptiens Vidée et la forme des temples (Barlhél., Anacharsis, ch. xii, t. II, p. 167) ; on met à lors- •lu'il est question d'un effet dont quelqu'un se dessaisit pour en laisser l'usage à un autre : J'ai emprunté mille francs à mon frère. — Dans ce dernier cas l'Académie admet les deux tournures : J'emprunterai cette somme à un de mes amis; j'ai emprunté de m.on oncle dix miHe francs.
Empruittecr. Subst. m. En parlant d'une femme, on dit emprunteuse.
ÊMDLATEDR. Subst. ui. Cclui (pii cst animé du sentiment d'émulation. L'Académie n'indique point comment il faut dire en parlant d'une femme, mais nous pensons que rien n'empêche de dire émulatrice. On le trouve dans le Dictionnaire de Trévoux.
Le mol d'émulateur ne s'emploie que d:{.7s le style soutenu, où il est même assez rare qu'on en fasse usage. Cependant ce mot est beau, utile cl différent d'émulé, avec lequel on le citnfond souvent. On est émule de ses pairs ou de ses compagnons; on est émulateur de quclq\ie personnage distingué. L'emwZe a des énuilcs, r(^'w!//f/^e!<?a des modèles; l'émule tâche de surpasser son émule, Vémulateur d'imiter son modèle. Votre émule marche en concurrence avec vous, votre émulateur mttTchc sur vos traces. On dil émule dans tout genre de travail cl de concurrence; émulateur ne se dit que dans le grand, ou dans un ordre de choses distingué. Les Latins disaient œmulus et cemulator dans les sens que nous venons de distinguer. (Roubaud.) ,
l'.MiTLE. Subsl. m. et f. Voyez Emulateur.
Es. Pronom qui a rapport à la troisième personne. Il e.st des deux genres et des deux nombres. Il se dit des personnes et des choses, et est employé ou à la place d'un nom précédé de la préposition de, comme dans avez-vous de l'argenté j'en ai; ou, selon ce qui précède, à la place de plusieurs noms, ou même de phrases entières. 7*en ai reçu signifiera, selon la circonstance, de l'argejit, des livres, des exemplaires d'un ouvrage qui fait beaucoup de bruit, etc.
Encsi toujours régime indirect d'im verbe, et se place ordinairement avant le verbe : J'en veux.
Quand en a rapport aux choses, on doit souvent lui préférer les adjectifs possessifs son, sa, .ses, leur, leurs; mais les graimnairiens ne som pas d'accord sur les règles qu'il faut suivre à cet égard. Voici celle que donne Condillac : « Quand ifs'agit de choses «lui ne sont pas personnifiées, on doit se servir du pronom en tontes les fois qu'on peut en faire usacc, et l'on ne doit employer l'adjectif possessif que lorsqu'il est impossible de se senir de ce pronom. Dans, la ville a ses agréments, il n'est pas possible de substituer en a ses: il faut donc employer se*. Mais je ne dirai pas, en parlant d'une rivière, son lit est profond.
âS2
ENC
l)arce que je puis employer en, cl dire, le lit en est profond. « Cctlc règle esl plus délailloe au mol Adjectif. Voyez ee mot.
En s'emploie avec plusieurs verbes , et en change la signilicalion. Devant prendre, il donne à ce verbe la signilicalion à.'impvter : Je m'an prendrai à vous si l'affaire ne réussit pas. Si je perds mon procès, je m'cu prendrai à rous ; c'csl-à-dire je vous imputerai l;i perle de mon procès, le non succès de mon affaire. Se prendre sans en, veut dire au lisuré attaquer, el non pas imputer. Par exemple, il ne faut pas se prendre à plus méchant que soi. Se prendre, au propi'e, signifie s'attacher : Les cens qui se noient se prennent à tout ce qu'ils trouvent.
Il y a d'autres phrases dans noire langue où en esl si nécessaire, que dés qu'on l'ôle on change le sens : On en était venu si avant, qu'il fallait vaincre ou mourir; cela veut dire dans le style ligure, (jue les choses étaient si engagées, qu'il fallait vaincre ou mourir. Mais si on ôtaite/î, cl qu'on dit, on était venu si avant, qu'il fallait vaincre on mourir, cela s'entendrait dans le sens propre, cl ne marquerait que le lieu où l'on serait arrivé.
Je n'en puis plus a une toul autre signification que je ne puis plus. 11 en est de môme de je ve sais oii j'en suis, <\u\ signifie autre chose que je ne sais où je suis. 11 en esl de même de se tenir et s'en /e«ir, qui ont des significations bien différentes
Si en est devant un verbe, el que ce verbe commence [lar une voyelle ou par un h muet, le n se lie avec le verbe : f^ous en-7têtcs assuré, en-na-t-on parlée Pour cn-nhonnrcr les dieux, nous en-navons des nouvelles. Mais si en esl ajirés le verbe, le n ne se lie point avec le mot suivant, lors même que ce mol commence par une voyelle : Parlez-en auministre, allez-vousen au jardin, faites-en habileme?it revivre le souvenir.
Ek. Fréposition. Voyez Dans. Dans la prononciation , en fait entendre l'arliculation ne dans certains cas, el ne la fait pas entendre dans d'autres. Si en est suivi d'un mot qui commence j)ar une voyelle ou un h muet, on fait sentir le 71 : cn-nhomme, en-nvn moment, ennarrivant. Mais si le mot suivant commence par une consonne ou par un h aspiré, le n ne se fait point sentir : en France, en citoyen, en trois heures, en personne, en héros.
En. Particule prépositive qui se met au commencement de certains mois, el qui conserve à peu i)rès le même sens que la préposition. Elle sert à inanjucr position ou disposition : position, comme encaisser, endosser, enfoncer, engager, enlever, eiijev, enregistrer, ensevelir, entasser, envisager; disposition, comme dans encourager, endormir, enhardir, enrichir, ensanglanter, enivrer. Lorsque le mot qui suit en couunence par une des labiales b, p ou m, la particule en devient em : embaumer, empailler, emmaillotter, etc. Voyez 7n.
E^CEI^■DRE. V. a. de la k' conj. Ce n'est pas précisément environner, entourer, enfermer, comme le dit l'Académie; c'est renfermer une chose dans une enceinte, l'cnlourer dans toute sa circonférence, comme d'une ceinliiro, de manière que n'étant nulle part ouverte ou découverte, d'un côté ses limites çoient fixées, el de l'aulre l'accès en soit défendu. Ce mol peu usité ne se dit que d'une étendue assez considérable : Une ville est enceinte de murailles.
ENC
Enckirte. Subsl, f. Circuit, tour, clôture. Il se dit aussi de l'espace qui est fermé par le circuit. Enceindre, dit Roubaud, c'est renfermer une chose da/i5 une enceinte. Une chose esl dans l'enceinte, ou hors de l'enceinte. J.-J. Rousseau a dit dans Emile (liv. I, t. VI, p. 14) : Forme de bonne heure une enceinte autour de l'âme de ton enfant ; un autre peut en inarquer h: circuit, mais toi seule y dois poser la barrière. On peut donc dire le circuit d'une enceinte; el alors enceinte est pris pour l'espace contenu dans le circuit.
Dans le premier sens, on a remarqué ([ue Venceinte peul élrc mobile et seulement tracée, et que la clôlure est [)ermancnte cl à demeure.
Encens, Subsl. m. Corneille a dit {Pompée, act. I, se. \, d27) :
Mais quoique ro« «ncf ru le traitent d'immortel.
Voltaire a dit au sujet de ce vers, encens n'a point de pluriel. On offre de l'encens aux ini~ mortels, mais l'encens ne traite point d'immortel. [Remarques sur Corneille.)
Encemser. V. a. de la i" conj. L'Académie dit figurément encenser quelqu'un, encenser la fortune, encenser les défauts de quelqu'un. Voltaire a dit encenser desprestiges {Mahom., act. I, se. I, 2) :
Moi, de ce f.inalique encemerleapreatigei:
Encenseur. Subsl. m. Voltaire a employé ce mot pour exprimer ceux qui louent les grands en face : Il ne fallait pas les louer en face ; c'était la coutume autrefois, mais c'était vjie mauvaise ■coutume qui exposait l'encenseur et l'encensé aux méchantes langues. [Epttre dédicatoire des Scythes.)
Encensoir. Subsl. m. Encensoir, au figuré, se prend pour la dignité de souverain pontife. C'est en ce sens que Racine a dit dans Athalie (act. III, se. III, 70) :
Quandj'osai conlre lui disputer Vencentoir.
Enchaînement, Subsl. m. Il n'a pas exactement la même signification que le verbe enchaîner. Celui-ci sedilau propre elau figuré; celui-là au figuré seulement. Enchaînement se dilde la liaison des choses métaphysiques qui dépendent les unes des autres, qui conduisciit successivement de l'une à l'autre : L'enchaînement des causes, des idées, de.': raisonnements. Un enchaînement de circonstances, un enchaînement de malheurs. — Au propre, on dit enchaînurc. Des anneaux, des fils, des cordons, et autres objets semblables, entrelacés les uns dans les autres, forment une enchaînure.
ENCHAi^ER. V. a. de la 1" conj. Racine a dit enchaîner les vents; et Voltaire, enchaîner le courroux :
Ces vents depuis trois mois enchatnéssur nos tètet. {Iphig., act. I, se. 1, 30.)
Il me semble qu'un dieu descendu parmi nous, Maître de mes transports, cnchatne mon courroux. (OEd., ad. lit, se. T, 2.)
EnCHaIncre. Subsl. f. "\'oyez Enchaînement.
Enchanté, Enchantée. Adj. Il se met après son subsl., et régit quelquefois la préposition rfc .• Ilest enchanté de sa nouvelle acquisition.
Enchanteur. Subsl. m. En jiarlant d'une femme, on dit enchanteresse. Ce mol se prend adjectivement, et alors il ne peul se mettre qu'a-
ENC
près son subst. : Style enchanteur, voix enchanteresse,
ENCHEVÊinER. V. a. (le la 1" conj. Voltaire ;\ dit : Tandis que l'édition entière de la tragédie viendra a la chambre syndicale, avec toutes les formalité» ridicules dont la librairie est enclievèlréc. {Correspondance. )
Enclin. Adj. : Être enclin au mal. L'Acadéuiic dil la nature de l'homme est encline au mal. l.e féminin n'est pas usité. — Molière l'a employé dans le Dépit amoureux (acl. IV, se. ii, 58) :
Car, voyez-vous, la Temme est, comme on dit, mon maître.
Un certain animal difficile à connaître.
Et de qui la nature est fort encline au mal.
Cet adj. ne se met qu'après son subst.
Enclore. V. a. et irrég. de la 4* conj. Il se conjugue comme clore. 'N'oyez ce mot. Enclore un champ, enclore un jardin de murailles.
Enclos. Subst. m. Quand une expression familière et commune est bien placée et fait un contraste, alors elle tient presque du sublime ; tel est ce vers de Corneille dans Sertorius (acl. III, sc.ii, 17J) :
Je n'appelle plus Romeun entlo» de murailles.
Ce mot enclos, qui d'ailleurs est si commun, et même bas, s'ennoblit et fait un très-beau contraste avec ce vers admirable du héros romain {idem, 17S) :
Rome n'est plus dans Rome, elle est toute où je suis.
Encontre. Subst. f. j4ller à l'encontre de quelque chose, pour dire s'y opposer, y être contraire, est une vieille expression cond'amnée depuis longtemps, et que l'Académie n'aurait pas dû mettre dans son Dictionnaire.
Encor ou Encore. Adv. Dans les temps composés des verbes, il ne peut se mettre qu'entre l'auxiliaire et le participe : Je n'ai pas encore fini. Je ne l'ai pas encore vu. Dans les temps simples, il se met après le verbe -.Je l'attendsencore. Quelquefois on le met à la tête de la phrase, et alors il autorise à supprimer le verbe : Encore une réflexion que vous upprntiverez siiroment ; c'est-ù-dire je vais vous présenter, je vais vous exposer encore une réflexion.
Dans le sens de du moins, il se met aussi au commencement de la phrase; mais alors on ne supprime pas le verbe : Encore, s'il voulait m'écouter.
Racine a dit dans Iphigénie (act. II, se. v, 45) :
Vous me donnez des noms qui doivent me surprendre, Uadanie ; on ne m'a point instruite à les entendre ; Et les dieux contre moi, dés longtemps indignés, Â mon oreille encor les avaient épargnés.
L'adverbe encore est ici pour jusqu'à présent.
L'abbé Dcst'ontaines observe qu'il a cette signification quand la proposition est négative. Par exemple, on dit Irés-bicnje n'ai pas encore été malade, pour dire je n'ai pas été malade jusqu'à présent. Dans les vers de Racine, la proposition a vérilablenienl un sens négatif : On ne m'apoint instruite à les entendre, est bien une proposition négative; et les dieux les avaient encore épargnés à mon oreille, qui est un dévcl(j[)pement de celle proposition négative, porte aussi le caractère négatif suus une forme affirmative, c'està-dire, 071 ne via point instruite à eiitendre ces