‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 147 sur 453 · END · texte numérisé non relu

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noms, et jusqu'à présent les dieux n'avaient pas permis qu'ils parvinssent à mon oreille.

QueI(iuefois encore est conjonction, comme dans cette i»iirase : Il s'est fuit prier pendant longtemps, encore ne m' a-t-il écouté que de mauvaise grâce. Dans cet emploi, on met aj)iés le verbe le pronom qui fait l'oflice de sujet : Encore ne vi'a-t-il. .. Je suis content de ma pauvre Ithaque, encore même n'y régncrai-j'e que trop tôt. (Féiielon, Télémaque.)

En prose, on ne peut dire qu'e/icore; en vers, on met, selon le besoin, encore ou encor.

Encore que. Conjoncl. On s'en sert raremenl. Elle régit le subjonctif : Encore que les rois de Thchcs fussent les plus puissants de tous les rois de l'Egypte, j'amais ils n'ont entrepris sur les dynasties voisines. (Bossuet, Disc, sur l'IIist. univ., IW part., chap. III, p. 432.)

Encourageant, Encourageante. Adj. verbal lire du V. encourager. 11 [)cut (jiiehpiefois se mettre avant son subst. : Des paroles encourageantes, d'encourageantes paroles, un succès encourageant. Voyez Adjectif.

Encourager. V. a. de la 1" conj. Dans ce verbe, le^r doit toujours avoir la prononciation du/,- et, pour la lui conserver lorscju'il est suivi d'un a ou d'un 0, on met un e muet avant cet o ou cet a : j'encourageais , encourageons, et non [)SiSJ'encouragais, encouragons. Ce verbe régit à devant les noms et devant les verbes : Encourager au travail, encourager à bien faire.

Encourir. V. a. de la 2' conj. Il se conjugue comme courir. Voyez ce mot.

Encrasser. V. a. de lai" conj. Selon l'Académie, s'encrasser se dit lîgurément de ceux qui s'avilissent en se mésalliant, ou en fréquentant mauvaise compagnie. Elle aurait dii ajouter que celle expression est basse.

Encroûter. V. a. de la 1"" conj. : Couvrir d'une croûte. Au propre, c'est un terme d'architecture. Buffon a dil le soleil encroûté, — On l'emploie figurémcnt au participe : C'est un homme encroûté de préjugés.

J'aime le vrai, je me plais à l'entendre ; J'aime à le dire, à gourmander mon gendre; A Lien malcr cette fatuité Et l'air pédant dont il est encroûté.

(Volt., Enf. prod., act. I, se. i, 15.)

Encuirasser. V. a. de la 1" conj, L'Académie dit : Un corps encuirassé de poussière, du linge encuirassé d'ordures. .Je crois qu'il serait dillicilc de trouver ces expressions dans de bons auteurs.

Endolori, Endolorie. Adj. Mot inventé par J.-J. Rousseau, jjoiir signilier (]ui ressent de la douleur ; à la différence de douloureux, (]ui veut dire «lui cause de la douleur : Sophie se fait donner un tablier de lu bonne femme qui vient d'accoucher dans une chuxnnière isolée , et va l'arranger dans son lit; elle en fait ensuite autant « l'homme qu'y ne chute, de cheval a blessé. Sa main douce et légère sait aller chercher tout ce qui les blesse, et faire poser plus mdlement leu)'s membres ctntio\ov\s. [Emile, Wv. V, I. VII, p 3'i0.)

Endormir. V. a. et irrég. de la 2^ conj. 11 pe conjugue comme dnrmir. Voyez Irrégulier.

Endurant, Endurantk. Adj. verbal tiré du v. endurer. 11 ne se mel qu'après son subst. : Un homme endurant, une femme endurante. Il s'emploie plus souvent avec la négative : Cet homm^ n'est pas eridurant, n'a pas l'humeur endurante, etc.

ENF

Enddrci, Endurcie. Adj. 11 régil la préposition

ia

Ses yeux iiidilTÉrenls ont déjà la constance U'on tyran dârtsie crim* entfurei dèl l'tinfanes;

(Rac, iBriJan., acl. Y, se. vu, 17.^

la préposition à :

J'irais par ma constance, aux affronts endurci, Me mettre au rang des «aints qa'a célébrés Bussi ; (BoiL., Sat. riii, 4i.)

et la préposition contre : Etre endurci contre ^adversité.

Endurcir. V. a. de la 2' conj. L'Académie dit endurcir au travail, aux intempéries de l'air, aux privations. Elle ne fait régir à ce vcHie la préi>osition dans (]ue lorsqu'il est pronominal : S'endurcir dans le vice, dans le crime. Voltaire a dit dans la Ilenriade (111,16) :

Il n'était point comma elle endurci dans le cn'me.

Voyez l'article précédent. Ei«DUREK. V. a. de la 1" conj. Corneille a dit dans \es Horaces (act. I, se. iv, 19) :

Mais as-tn vn ton père ? et peut-il endurer Qu'ainsi dans sa maison tu t'oses retirer?

Ce mot endurer, dit Voltaire, est du style de la comédie. On ne dit que dans le discours le plus hm\\icrj'endiiregue,je n'etidure pas que. Le terme endurer ne s'admet dans le style noble qu'arec un régime direct : Les peines que j'endure. {Remarq. sur Corneille.)

Celte remarque de Voltaire est une critique indirecte de l'Académie, qui dit: N'endurez pas qu'on fasse tort à votre famille, sans dire que cette expression est du discours le plus familier, sans dire même qu'elle est du discours timi- Her.

ÈNEKGiE. Subst. f. En parlant du discours, ce mot dit plus que force, et s'applique principalement aux discours qui peignent , et au caractère du style. On peut dire d'un orateur qu'il Joint la force du raisannement à l'énergie c/es expressions. On dit aussi, une peinture énergique et des images fortes.

ÉNF.r.GiQUE. Adj. des deux genres. Il se dit principalement des discours qui peignent, et du caractère du style: Discours énergique, style énergique. 11 se met ordinairement après son substantif. Mais nous croyons qu'il y a des cas où l'on pourrait le mettre avant. On ne dit pas im énergique discours, un énergique style; mais on pourrait dire celte énergique réponse calma le courroux du roi Voyez Adjectif.

ÉNERGiQDEMENT. Adv. 11 ne sc met guère qu'après le verbe : Il s'est expliqué énergiquement.

Enfant. Subst. m. Le mot enfant, tiré du latin infans, signifie littéralement garçon ou lille qui n'est pascnrore en âge de parler. Nous avons étendu la signiGcatiou de ce mot jusqu'à l'âge de douze ans; et nous appelons également enfant ce que les Latins appelaient in fans c\. puer. Par la première expression, ils n'entendaient que celui qui n'est pas on âge de parler, et ils étendaient la seconde depuis la naissance jusqu'à l'âge de douze ans.

Ceci peut servir à décider si l'on peut dire, comme Racine et Voltaire, un jeune enfant.

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Un jeune enfant couvert d'une robe éclatante

(Kàc, Àtk., act. Il, se V, ♦•.)

Jeune enfant, répond».

(Idem, se. yii, 9.)

De Caumont, jeune enfant, l'iHonnanle aventure Ira de bouche en bouche à la race future.

(Volt., Henr., II, 304.)

Les critiques disent, au sujet de ces vers de Racine : Nous ne croyons [las qu'on puisse dire un jeune enfant. On est j(!une après avoir été enfant; mais quand on dit enfant, l'épilhète de jeune est inutile. Cette remarque n'est ptis juste Puisque dans notre langue la signification du mot enfant s'étend depuis la naissimce jusqu'à l'âge de douze ans, on est jeune lorsqu'on est encore enfant; et l'on est proprement enfant lorsqu'on n'est pas en âge de parler. Un enfant de six mois n'est pas un jeune enfant, c'est simplement un enfant. Un enfant de deux ans, de quatre ans, de douze ans, elc , est un jeune enfant ipuer). D'ailleurs, il faut remarquer que, dans ces sortes d'expressions, on n'a pas uniquement l'âge en vue, mais l'innocence, et (|ue, dans certains cas, on dit fort bien cette jeune enfant, d'une jeune fille de quatorze à quinze ans.

Le mot enfant, dit Féraud, s'emploie élégamment au figuré : 3Iai.s enfin., un généreux dépit, enfant du, courage et de la raison, s'empare de son âme et en bannit la honte. Des écrits ténébreux, enfants de la nuit, du. mensonge et de l'orgueil. Voyez Enflure.

Enfant est tantôt du masculin, tantôt du féminin. On trouve dans toutes les langues des noms qui, sous la même terminaison, expriment tantôt le mâle, tantôt la femelle, et sont, en conséquence, tantôt du genre miisculiu, tantôt du genre féminin. On dit de ces noms qu'ils sont •An genre commun, \)aTce que ce sont des expressions communes aux aeux sexes f\ aux deux genres. Tel est dans notre langue le mot enfant, |)uisqu'on dit en parlant d'un garçon, /e bel enfant; et en parlant d'une fille, la belle enfant, ma chère enfant.

Enfanter. V. a. de la 1" conj. L'Académie donne les exemples suivants du style figuré : Les r/uerres civiles enfantent mille maux; enfanter des prodiges, des miracles. On dit aussi eîifanter des projets. Voltaire a dit enfanter des armées.

Et quel alTreut projet avez-vous enfanté ?

flUc, Vhéi., act. I, se. ili, 71.)

Nourrissant le projet que sa fureur enfante.

^Dblil., Èniii., IV, 679.)

De la ligue en cent lieux les villes alarmées. Contre moi dans la France enfantaient des années. (Volt., Henr., III, 143.)

Ce Terbe s'emploie quelquefois absolument comme tous les autres verbes aciifs, mais ordinairement, et surtout au ligure, il s'emploie avec un régime. Voyez Accoucher.

Enfantin, Enfantine. Adj. qui se met ordinairement après son subst. : Puisage enfantin, voix enfantine.

Knieh. Sub.st. m. On prononce le r.

Enfermer. V. a. de la 1" conj. Racine a dit dans Britannicus (act. V, se. m, 28) ;

Son cœur n'enferme point une malice noire.

Enfilade. Subst. f. Selon l'Académie, il ne se

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dit proprement que d'une longue suite de chambres dont les portes sont sur une niLune ligne. — Cest une eireur. On ai)pelle e/ifilude une suite ou continuation de plusieurs ciioscs disposées dans une même ligne, ou sur une même liie, comme une enfilade de chambres, de portes, de bâtiments, etc.

Enfin. Adv. On dit il viendra enfin, enfin les bons principes s'établissent. Dans ces phrases , enfin ne sert qu'à indiquer la lenteur de l'événement arrivé après beaucoup de temps, d'attente, d'incertitude. 1! se met avant ou après le verbe : Enfin mous convînmes, nous convînmes enfin; il arriva enfin, enlin il arriva.

Enflammer. V. a. de la 1" conj. L'Académie l'explique par a//umer, mettre le feu. — Ce mot signifie ai)|iliquer le feu à un corps combustii île d'une manière sensible pour les yeu.K, au delà de la surface du corps; le corps serait seulement échauffé, si le feu n'y était sensible que pour le toucher; il serait seulement ardent ou embrasé, si le feu n'y était i)as sensible pour les yeux au delà de sa surface. Voyez Embraser.

Enfler. V. a. de la 1"^' conj. L'Académie dit enfler absolument, pour enorgueillir. Mais on dit avec le participe être enflé d'orgueil, enflé d'audace :

Des états dans Paris la confuse assemblée Arait psrdu l'orgueil dont elle était enflée.

(Volt., Henr., YUJ, 1.)

L'indiscret, à mes yeux, de trop d'orgueil enflé, etc. [Volt., Indiscret, se. IX, 4.)

Cependant à les voir enflés de tant d'audace.

(BoiL., Disc, au roi, 33. j

Enfldbe. Subst. m. L'Académie dit figurémenl Penflure du cœur ; on dit aussi l'enflure de l'orgueil. Il parait bien plus pardonnable à ceux qui naissent, pour ainsi dire, dans la boue, de s'enfler, de se hausser, et de tâcher de se mettre, par l'enflure de l'orgueil, de niveau avec ceux au-dessous desquels ils paraissent se trouver si fort par leur naissance. (Massillon, Petit-Caràme.)

En terme de littérature, on appelle enAure un vice de style qui consiste ou à se servir de grands mots et de tours pompeux pour exprimer des idées simjjles ou ordinaires, ou à revêtir des idées grandes et nobles par elles-mêmes d'expressions outrées qui les font paraître gigantesques. On donne avec raison comme un exemple d'enflure, cette strophe de Rousseau (liv. I, Ode I, 81 ) :

Où suis-je, quel nouveau miracle Tient encor mes sens enchantés !

Quel lasle, quel pumpeux spectacle Frappe mes yeui épouvantés!

Un nouveau monde vient d'éclore.

L'univers se reforme encore Dans les abimes du chaos \ Et pour réparer ses ruines.

Je vois des demeures divines Descendre un peuple de héros.

Celle Strophe entière n'est qu'ime véritable enflure dans la pensée el dans l'élocution. Des yeux épouvantes par la pompe d'un spectacle miraculeux, tandis que tous les autres sens sont enchantés; ensuite, l'univers se reformant dans un abime de confusion, apros qu'un nouveau monde est venu éclore; enfin, un nouvel univers réfor-

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mé a-t-il des ruines à réparer, pour lesquelles il faille qu'un peuple de héi-os descende des demeures divines?

La Harpe a trouvé un exemple d'enflure dans les vers suivants de Voltaire [Rome sauvée act. 1, se. V, 81) :

\e me reprochei plus tous mes égarements, D'une ardente jeunesse impétueux enfants.

Enflure de style, dit La Harpe ; des égarements ne sauraient se personnifier, cl ne sont point des enfants.

Si cette critique est juste, il faudra condamner aussi les vers suivants du même auteur :

Un feu tumultueux , De mes sens enchantés enfant impétueux.

{OEd., act. Il, se. Il, 59.)

On ne se cache point ces secrets mouvements, De la nature en nous indonipiibles enfant».

[Idem, act. Il, se. u, 18.)

On pourrait dire, avec La Harpe, un feu, des secrets mouvements ne sauraient se personnifier el ne sont point des enfants. .Maison sentira combien celte remarque est déplacée, si l'on observe (jue, dans ces phrases, le mot enfant est pris an ligure; qu'il ne supjKise pas que l'on personnifie la chose à laquelle on l'apidiiiuc; et (]ue l'usage, conforme à ces expressions, permet de dire (juc les regrets sont enfants du plaisir, les crimes enfants de l'ainbilion et de l'orgueil, que le bonheur est enfant delà vertu. Voyez Enfant.

Enfo>cer. V. a de lu J" conj. Dans ce verbe le c a la prononciation de se, el [wur la lui conserver à tous les temps el à toutes les personnes, il faut mettre une cédille dessous toutes les fois qu'il est suivi d'un a ou d'un o. Ainsi on écrit nous enfonçons, j'enfonçais, j'enfonçai, el non pas nous enfonçons, etc.

L'Académie ne l'admet au figuré qu'avec le pronom personnel : S'enfoncer dans V étude, dans la débauche, dans le jeu. Voici deux exemples où Racine et A'oltaire l'emploient figurémenl sans ce pronom :

Mais Marduchée, assit aux portes du palais , Dans ce cœur malheureux enfonce oiillo traits.

(Rac, Esth., ad. Ul.sc. i. S".]

Enfonçons dans son cœur le Irait qui le déchire. (Volt., Brut-, act. II, se. m, 25.)

Enforcib, Renforcer. Verbes actifs. Ces deux verbes signifient l'un et l'autre rendre plus fort, ou devenir j)lus fort : La bonne nourriture a enforci ce cheval. Ce vin s'enforcira à la gelée. On a renforcé l'armée. Cette place se renforce tous les jours. Ce jeune homme s'est bien renforcé dans le calcul, aux échecs, sur la langue grecque.

Quelques personnes, pensant appareinment que l'on dit enforcer, renforcir, ont forgé les participes enforcé, renforci. Mais ces participes et ces infinitifs sont autant de barbarismes, car on ne connaît qu'enfrcir el renforcer, dont les |»articipcs passés sont nnforci, renforcé. .Ainsi ceux qui disent cet enfant est renforci, au lieu de cet enfant est renforcé ; ces bas sont ren forcis, ou enforcés, s'expriment md. — Enforcir ne se dit pas des |)ersomics.

Enfourcher. V. a. de la 1" conj. Monter a cheval, jambe de-çà, jambe de-là : Cette femme

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