ENS
2*conj. lise conjusue comme acquérir, et prend l'auxiliaire être comme lous les verbes inonominaux : Je me suis enquis de lui. S'enquérir d'un fait.
Ekragea^t, Ejirageante. Adj. verbal tiré du V. enrager. 11 ne se met qu'après son subst., et n'est inie du style familier.
Esr.AGER. V. a. de la 1'" conj. Dans la conjugaison de ce verbe, le^ doit toujours être prononcé comme j; et pour lui conserver celte prononciation loi"S(]u'il est suivi d'un a ou d'un o, on met un e muet avant cet a ou ce\.o; j'enrageais, eni'ageons, et non pas j'enragais, enragons.
Enrayek. y. a. de la 1" conj. Il se conjugue commcpayer. ^'oyez ce mot.
Ensasolanteb. V. a. de la 1" conj.
Ab ! n'enêanglantei plus le prix de la TÏctoire.
(Zoïre.)
Ensemble. Adv. Plusieurs, dit Féraud, condamnaient vnir ensemble comme un pléonasme et une superflu ité de mots; mais Vaugelas, Chapelain et Thomas Corneille approuvent cette expression. On sait bien qu'on ne peut unir sans mettre ensemble, mais aussi on ne peut voir que de ses yeux, et entendre que de ses oreilles. Ainsi, pour la même raison, il faudrait condamner je l'ai vu de vies yeux, je l'ai entendu de mes oreilles, etc., cxjjressions généralement reçues.
jN'ous ne croyons pas que l'expression unir ensemble puisse être justilice par les expressions je l'ai vu de nies propres yeux, je l'ai entendu de mes propres oreilles. Ici il y a réellement pléonasme, en prenant ce mot en bonne part; c'est-ù-dire qu'il y a des mots qui paraissent superflus par rapport à l'intégrité du sens grammatical, et qui servent pourtant à y ajouter des idées accessoires sural)ondantes, et qui y jettent de la clarté ou en augmentent l'énergie. Quand on dit je l'ai vu, la phrase est grammaticalement complète ; cl si l'on ajoute de mes propres yeux, c'est pour donner plus d'énergie à l'expression, pour affirmer avec plus de force qu'o» a vu.
Au contraire, dans unir deux choses ensemble, il n'y a point de pléonasme ; et sans le mot e7isembls, le sens grammatical ne serait pas complet. Kn effet, «»uV est un verbe actif qui exige un régime direct et un régime indirect : on nnit une chose à une autre, on unit deux choses à une troisième, ou à plusi''urs autres choses. Ainsi quand on dit on les a unis, à moins que l'on ne parle île deux amants que l'on a mariés, la phrase n'est pas complète; car on n'exprime pas à quoi on les a unis. On pouvait les vnir ou ensemble ou à d'autres choses. Ensemble est donc nécessaire pour compléter le sens grammatical, et il n'y a ni pléonasme, ni périssologic.
Ensevelir. V. a. de la ').' conj. Les poètes en font un fréquent usage dans le sens figuré :
Enfin, depuis deux jours, la superbe .\lhalie Dans ua sombre cbagrin paraît enievelie.
(Rac, Àth., act. I, SCI, bi.)
Surtout je redoutais cette mélancolie
Où j'ai TU si longtemps votre âme ensevelis.
(Rac, J-nirom., a«t. I, se. I, 17.)
Qu'en un profoud oubli Cet borriWe secret demeure enaeveli.
(Rac, Phed., act. U, se. Ti, 6.)
ENT
Tu prétendais qu'en un lâche silence, Phèdre entevelirait ta brutale insolence?
[Idem, act. IV, se. ii, 47.)
Sur quels bords malheureux, dans quels Iristos climats EntevcUr l'horreur qui s'attache à mes pasY
(Volt., OEd., act. IV, se. m, 35.)
Ensdivhe (s"), y. pronom, et défectueux de la 4« conj. Il ne se dit (ju'à la troisième personne tant du singulier que du pluriel, et le plus souvent il s'emploie impersonnellement.
// s'ensuit de là que... Il s'en est suivi d.orands maux. Il s'ensuit que demande l'indjcatif ((uand la phrase est affiraialive : Ils'ensuil de lu que vous avez tort. Quand la i>lirase ost mgalivf ou interrogativc, il faut nieltre le subjonctif: // ne s'ensuit pas de là que vous ayez tort; s'ensuit-il que vous ayez tort^
Ent. N'oyez, pour la formation du pluriel dans les subst. et dans les adj. terminés ainsi, les articles Formation et Adjectif.
Eme.ndre. y. a. de la /i" conj. Dans le sens à.'ouïr, de comprendre, il demande l'indicalif : Au son de la voix, j'entends que c'est votre frère. DaiiS le sens de vouloir, ordonner, il vent être suivi du subjonctif : J'entends que vous lui obéissiez. Je n'entends pas que vous fassiez cette dépense.
Racine a dit dans Bérénice (act. IV, se. vu, 3) :
Elle n'eniend ni pleurs, ni conseil, ni raison.
On n'entend point des pleurs, dit Voltaire au sujet de ce vers; mais ici n'entend signifie ne do^nne point attention. {Y!>.Qm\.\n\\iQSS\xv\d,'Bérénica de Racine.)
On dit qu'wM bruit s'entend, qu'w7»e voix s'entend.
Un bruit affreux t'entend.
(Volt., Henr., VIII, 335.)
Au pied du trône même une voix «'en tondit. \Idcm, y II, 115.1
Il tombe, et de Tenfer tous les monstres frémirent; Ces lugubres accents dans les airs s'entendirent. {Idem, X, 149.)
S'entendre à une chose, c'est la savoir bien
faire, la faire avec adresse : Il s'entend bien à
mener une intrigue, f^ous n'y entendez rien. —
i S'entendre en musique, en tableaux, s'y bien
connailre. — S'entendre avec quelqu'un, être d'in-
1 telligenceaveo lui.
} Enthousiasme. Subst. m. L'enthousiasme ou ; fureur poéticiue est ainsi nommé parce que l'àine, qui en est remplie, est tout entière à l'objet qui I le lui inspire. Ce n'est autre chose qu'un senti- I nient, quel qu'il soit, aniour, colère, joie, admiration, tristesse, etc., produit par une idée, et poilé à un haut degré. Ce sentiment n'a lias proprement le nom ^'enthousiasme ([uand il est naturel, c'est-à-dire qu'il existe dans \ui homme qui l'éprouve par la réalité même de son état; mais seulement quand il se trouve dans un artiste poète, peintre, musicien, et qu'il esl l'effet d'une itnagination échauffée artificiellement par les objets qu'elle se représente dans la composition. Ainsi l'enthousiasme des artistes n'est qu'un sentiment vif (iroduit par une idée vive dont l'arlisle se frappe lui-même.
Il esl aussi un enthousiasme doux qu'on éprouve quand on travaille sur des sujels gracieui, déli-
ENT
cats, el qui produiseiil des sentiments forts, nwis paisibles.
Sans enthousiasme, point de crcatiun, el sans création, les artistes et les arts rampent dans la foule des choses communes. Ce ne sont plus que de froides copies reiournécs de mille peiilcs façons différentes : les hommes disparaissent ; on ne trouve plus à leur place que des singes et des perroquets.
11 y a deux sortes à'enthnvsiusme; l'un qui produit, l'autre qui admire. Celui-ci est toujours la suite et le salaire du premier, et la preuve certaine (lu'il a été un enllioiisiasmc véritable.
l.'eiithousasme est admis dans tous les genres de poésie o;*. il entre du sentiment; quelquefois même il se fait place justpie dans l'égloçue. Le style des é|)itres, des satires, léprouve renllioiisiasmc : aussi n'en Irouve-t-on i)as dans les ouvrages de Boilcau. Nos odes, dit-on, sont de véritables chants d'enthousiasme; mais conune elles ne se chantent point parmi nous, elles sont souvent moins des odes que des stances ornées de réflexions ingénieuses. Ce qui est toujours fort à craindre dans l'enthousiasme, c'est de se livrer à l'ampoulé, au gigantesque, au galimatias.
E^iTicHEK. A', a. de la 1" conj. L'Académie dit au figuré, être eniiché (Tune opinion, entiche d'hérésie. \ oltaire a dit entiché d'un péché :
C'était là, dit-il, le péché Dont il fut le plus entiché.
[Épttre XIX, 45.)
M^is surtout que je suis fâché De lé voir toujours entiche De l'énorme el cruel péché Que l'on nomme la tolérance !
{Épitre LXXIV, 23.)
Entieh, E.NTiÈr.E. Adj. On dil^'ai en vous vne entière confiance, el j'ai en vous une confiance entière. 11 me semble que la première i)hrase marque particulièrement que la conliance est fondée sur l'amitié, sur l'attachement, sur la probité de la personne a qui l'on i)arle; et que la seconde a plus de rapport aux lalcnls, aux lumières, à l'habileléck celte personne. C'est un ami de vingt 'v^s qui m'a toujours prouvé de l'allachement; je
I confie un dépôt, j'«îw«e ciuière confiance en ^i. C'est un médecin dont l'habileté est connue, qui a fait des cures admirables; j'ai en lui une conliance entière.
E.miLremest. Adv. Use met ou après le verbe, ou entre l'auxiliaire et le participe : Il est ruiné entièrement, il est entièrement ruiné.
Entonner. Y. a. de lai" conj. L'Académie ne le dit des instruments à vent, ni au i)roi)re ni au figuré. Delille l'a dit au figuré de la trompette [Enéid., I, 6; :
Déioruais tntonnant la trompette éclatante.
* ENTORTiLLâCE. Subst. ui. Cc mot , que l'on ne trouve pas dans les dictionnaires, est cependant employé quelquefois pour signifier la qualité d'un discours où l'on entremêle à dessein plusieurs idées sous des rapports équivoques ou difficiles à saisir, afin de n'être pas com|)ris. Mirabeau a dit : Je rentre dans la lice, armé de mes teuls principes et delà fer m été de mu conscience, et je prie tous ceux' de me.i adversaires qui ne m'entendront pas de m'arrèter, afin r/veje m'exprime plu* clairement ; car je suis décidé à dé~
EM
Jouer tous les reproches tant répétés d'évasùm, de subtilité, c/'entorlillagc.
Lntocr. Subst. m. Voltaire a dit au figuré:
Allons, je »eui savoir Tous les entoura de ce procédé noir.
iVoLT., Enf. prod., acl. V, se. III, î.)
Entourage. Subst. m. Depuis quelque temps on a employé ce mol au figuré, pour signifier les personnes qui accompagnent, qui entourent un homme en place dans les cérémonies et dans les circonstances d'apparat. L'n ambassadeur dit à ceux qui lui demandent de l'accompagner, qui sollicitent celte faveur : Cela ne se peut, j'ai composé mon entourage. Nos gén<Taux ont aussi leur entourage. (Mercier.) — L'Académie l'admet en remarquant qu'il est familier.
Enth'acte. Sut)Sl. m. La Grammaire des Grammaires veut qu'on écrive au singulier un entr'acies. 11 faut convenir qu'il serait plus régulier d'écrire ainsi, puiscju'il s'agil d'un espace, (l'un intervalle [)U.cé entre deux actes; mais l'Académie a si bien établi l'usage abusif d'écrire entr'acte au singulier, qu'il serait inutile de s'y opposer.
Entr-villes. Subsl. f. pluriel. On mouille les l. L'Académie dit qu'il se |U'end figurcmenl pour tendre affection: Entrailles paternelles. Cette femme a des entrailles de mère pour cet enfant. Les poêles l'emploient souvcnl eu ce sens :
Et vous qui leur devez des entraillei de père.
(Rac, Àth., act. II, se. y, 117.)
Mes entraillei pour loi se troublent par avance.
(Rac, Phéd., act. IV, se. 111,6.)
Tu vois du moins en moi des entraîne* de mère. (Volt., Sémir., act. Y, se. i,48.)
E^■TRAÎNA^T, Ente.aÎna>te. Adj. verbal tire du V. entraîner. Il ne s'emploie qu'au figuré : Une éloquence entraînante, u?i charme entraînant. Il suit toujours son subst.
Entrainement. Subst. m. Féraud condamne ce mot. L'Académie l'a recueilli. 11 était connu du temps de Louis XIV, cl on le traite de néologisme depuis qu'il a coiiuncncé de s'accréditer. Il signifie le charme secret, l'illusion qui nous entraîne comme malgré nous. On dit l'entraînement des passions, l'entraînement de V iinaginutvnt, Vcntraînement du style. L'Académie donne pour exemple, cette tragédie a produit le plus grand effet, et l'entraînement a été général. Madame de Staël aimait a employer celte expression.
Entraîner. Y. a. de la i.'" conj. Boileau a dit entraîné du démon de la poésie. Féraud observe avec raison que ce régime est reçu en vers , mais qu'en prose il faut dire entraîné par. On dit aussi être entraîné dans et être entraîné vers :
Un roi par Ie3 méchants dan» le crime entraîné.
(Volt., i/.nr. , 111,30.)
De soins tumultueux un prince environné Vert de nouveaux objets est sans cesse entraîné.
(Rac, EUh., act. III, se. m, 15. j
Entrant, Entrante. Adj. verbal tiré du v. entrer. L'Académie le dit dans le sens d'insinuant, d'engageant, el ajoute qu'il esl peu usité. Il ne l'est point du tout. L'exi'mi)lc qu'elle en donne n'est pas supportable : Un homme dont le caractère a je ne sais quoi d'entrant.
ENT
Entre. Propofilion. Ve miict s'élide dans les verbes rcciimiques, s'cnlr'acculer : s'entr'accoyjipagner ; s'enli-'accuser ; s'c/iir'excuser ; s'entr*cvvrir.
Plusieurs ïrammniricns ('iTivenl sans clision, entre elle, entre eux, entre autres; d'autres mettent l'élision et écrivent entr'elle, enti^evx, entr'autres. Je pense qu'il vaut mieux ranger ces mots dans la règle générale, et écrire entre eux, entre elles, entre autres. — En d835 , TAcadémie écrit toujours entre eux, entre autres.
Féraud remarque (\\\'entre eux, entre elles, se mettent toujours après le vcrhc auquel ils se rapportent, soit dans les temps simples, soit dans les temps composés : Ils résolurent entre eux, elles ont résclu entre elles ; et non pas entre eux ils résolurent, elles ont entre elles résolu.
Entre-côte. Subst. m. La Grammaire des Grammaires veut qu'on écrive entre-côtes, parce que c'est un morceau de bœuf coupé entre deux côtes. L'observation est juste; mais l'Académie a si bien établi l'usage d'écrire entre-côte, qu'il serait inutile de s'y opposer.
Entregent. Subst. m. L'Académie le définit, manière adroite de se conduire dans le monde. — Je doute que ce soit là la véritable sigiiilicntion de ce mot. Il me semble que l'entregent est proprement une certaine disposition d'esprit et de caractère (jui fait (jue l'on se mêle aisément entre les gens, que l'on s'insinue aisément parmi eux, (jue l'on n'est pas repoussé de leur familiarité, de leur société. Le passage suivant de J.-J. Rousseau confirme celle définition : Ayant vécu dans deux des plus brillantes maisons de Paris, je 7i'arais pas laissé, malgré mon peu «fenlrcffent, d'y faire quelques connaissances. [Covfess., liv. VIII, t. XI, p. 98.)
Entremettre (s'). V. pronom, et irrég. de la 4* conj. Il se conjugue cumme mettre.
Entreprenant, Entreprenante. Adj. verbal tiré du v. entreprendre. On iieiit(iuclquefois le mettre avant son sutist. : Cet entreprenant jeune hcmme. Maison ne dirait pas cet entreprenatit fwmme. Jeune Jiomme a plus d'analogie avec le sens de cet adjectif. "N'oyez Adjectif,
Entreprendre V. a. et irrég. de la 4" conj. n se conjugue comm^prcndre. Voyez ce mot.
Corneille a dit dans Héraclius (act. IV, se. iT 122) :
Et lorsque contre nous il m'a fait entreprendre, La nature en secret aurait su m'en dafendre.
Le verbe entreprendre, dit "\ollaire, est actif et veut ici absolument un régime. On ne dit iwinl entreprendre pour conspirer. C'est parler trèsbien (jne de divc je sais méditer, entreprendre et agir, parce qu'alors entreprendre, méditer, ont un sens indéfini. Il en est de même de plusieurs verbes actifs, qu'on laisse alors sans régime. Il avait une tète capable d'imaginer, un
ENT
parce que ce défini contre vous fait attendre la chose qu'on imagine, qu'on e.xécu te et qu'on entreprend, [lîeniarques sur Corneille.)
Entreprise. Subst. f. Féraud remarque avec raison que ce mol, dans sa signification naturelle, porte à l'esprit ([uclciue chose d'imi)oitant qui demande des talents et des soins, et que tout dessein, tout projet, n'est pas une entreprise. D'a-
près cela, il trouve ce mot déplacé dans ce iers de Racine {Bérénice, act. I,sc. m, 73) :
Rien ne peut-il, seigneur, changer Toire rntrepriie?
parce que celle entreprise n'était (]ue le dessein dequiuer Home, iioui- n'être pas témoin du mariage de Bérénice avec Titus.
Entrer. V. a. de la l^conj. Féraud dit que ce verbe se conjugue avec le verbe auxiliaire <</rc, en convenant cependant que quelques auteurs lui ont donné le verbe aroir. Quant à l'Académie, elle a plulôl éludé la question qu'elle ne l'a décidée ; car dans son long article sur le verbe entrer, elle n'a pas donné dans le sens jirojjre un seuLcxempled'un temps composé; et ceux qu'elle donne dans le sens ligure sont si adroitement j choisis, (pie le verbe entrer n'y peut recevoir que ! l'auxiliaire èti-e, qu'elle lui donne en effet.
Or, parmi les auteurs (]ui, selon Féraud, ont employé ce verbe avec l'auxiliaire avair, on trouve trois académiciens célèbres qui sont au rang des l'ciivains les ])lus distingués du siècle de Louis XIV, Bossuei, Pclisson et La Bruyère. Voici les exemples qu'on en a extraits : Luther eût entré hii-même dans ce sentiment s'il reûl pu. (Bossuet.) Il semble que Cicéron ait entré dans les . sentiments de ce philosophe. (La Bruyère.) Les prédicateurs ont entré en société avec les auteurs et les poètes... {Idem.) J'ai entré en ce lieu. (Pélisson.)
En voilà assez, je pense, pour montrer que, du temps de ces écrivains, l'usage admettait l'au.xiliaire avoir avec ce verbe.
Mais cet usage n'a pas dû être aboli ; car il est fondé en raison, et réclamé par les besoins du langage. Le verbe entrer peut être applique à deux cas. Ou l'on veut signifier ipie la personne dont il est question a faif l'action de passer du dehors en dedans, et pour exprimer celle action on doit dire il a entré ; ou l'on veut exprimer l'état de celte même personne après qu'elle a fait l'action d'entrer; et pour mai(pjer cet état, on dilil est entré. Personne ne niera qu'il n'y ait une 'liffi'rence réelle cuire celle action et <et élat, et que par conséquent on n'ait besoin d'ex- I)ressions différentes pour les indiquer. Or, si vous sui)priinez l'auxiliaire avoir, vous n'aurez plus aucun moyen pour exprimer l'action, ou bien vous emploierez une expression équivoque qui pourra s'ajjpliquer également et à l'action et à l'étal, et qui par consé(pient sera fautive. 11 en est, à cet égard, du verbe entrercomuic du verbe sortir. Sortir c'est passer du dedans au dehors, et entrer c'est passer du dehors au dedans. On ditï7 est sorti, pour exprimer qu'il n'est pas rentré ; cl il a sorti ce matin, pour manpier qu'il est de retour. Pourquoi, dans un cas si analogue, ne dirait-on [las aussi, il est entré, pour dire (ju'il n'est i)as ressorti ; et il a entré ce 7natin dansnia chambre, pour indiciucr qu'il en est sorti?
* Entre-raboter (s). V. pronom. Expression de circonstance. M. de Mautausier était fort rigoureux sur les mœurs. Le premier dauphin, dans son bas âge, était opiniâtre et fier. On disait : comment s'acc'ordera-t-d avec son auguste élève? Laissez-les faire, dit madame de Sablé, ils s'entrc-raboleront l'un l'autre et se poliront. C'est une de ces expressions qui font bien dans certaines circonstances, mais (pi 'on trouve rarement occasion de placer, et qui, par conséquent, n'entrent j>as proprement dans la langue commune.
ENV
Entre-sol. Subst. m. La pluralité ne peut tomber ni suv cnire, qui est une préposition, ni sur sol, dont ici la signilicalion est toujours singulière, mais sur appartements, qui est sousentendu. Des entresol sont dcr apparlcinenls qui sont entre le premier ctaço oi \o. sol ou la terre. Il faut donc écrire au pluriel des entresol sans s. A'oyez Composé.
FxTREVcûr,. V. a. et irrég. de la S"" conj. Il se conjugue comme voir. A'oyez ce mol.
Fîctr'odvrir. V. a. et ïrrég. de la 2" conj. Il se conjugue comme ouvrir. Voyez Irréf/ulicr.
Emmkration. Subst. f. En termes de rhétorique et do poésie, on entend par ce mot une figure qui rasseml)le dans un langage harmonieux les traits les plus frappants d'un objet qu'on veut dépeindre , alin de persuader , d'émouvoir et d'cnlraiiicr l'esprit sans lui laisser le temps de se reionnaîtro. En voici un exemple tiré de la tragédie d'.'lthalie (acl. III, sc. vi, 40) :
Jéhu, qu'avait choisi sa sagesse profonde, /^Au, 5iir qui je toIs que voire espoir se fonde, D'nn oubli trop ingrat a paye ses bienfaits. Jéhu laisse d'-Achab l'alTreuse fille en paix, Suit du roi d'Israël Its profanes exemples, Du vil dieu de l'Egypte a conservé les temples. Jéhu, sur les hauts lieux osant enfin offrir Un téméraire encens que Dieu ne peut souffrir. N'a pour servir sa cause et venger ses injures, Ni le cœur assez droit, ni tes mains assez pures.
*Enveloppant, Enveloppante Adj. verbal lire du V. envelopper. Cet adj., qui a été employé par J.-J. Rousseau, peut être utile : La partie eiiveloppuîite. (I" lettre sur la Botanique, t. XVII, p. 231.)
Envers. Préposition. Bien des auteurs ont employé vis-à-vis au lieu à'envers, et ont dit it,s sont inr/ruts vis-à-vis de moi, au lieu de dire envers moi. Voltaire a relevé cette faute. Voyez f^is-à-vis.
Envieillir. V. a. de la 2" conj. On mouille les;.
Envieux, Enviecse. Adj. En prose, il se met ordinairement après son subst.; en poésie, il peut le précéder.
Oueliiuefois il régit la préposition de, comme dans il est envieux de la fortune de son frère, il est envieux de la réputation d'autrui.
J'ai rendu mille amants envieux de mon sort.
(BoiL., Énigme.)
Environ. Adv. Il se met ordinairement après le verbe . Il y a environ trois cents francs dans ce sac. On (lit aussi i}-ois cents francs ou environ. Il ne faut pas dire la perte a élé d'environ cinq ou six cents hommes, ce serait diie deux fois la même chose. Cinq ou six cents hommes font un nombre incertain qui ne souffre pas qu'on y ajoute environ, qui manpie également un nombre incertain, l'our s'exprimer, coricctemcnt, il faut dire la perte a été de cinq ou six cents hommes, sans ajouter environ ; ou bien, la perle a été d'environ sLv cents hommes ; ou encore d'environ cinq cà six cents hommes, et non pas cinq ou six cents hommes. ^ oyez A.
"Environnant, Environnante. Adj. verbal tiré du V. environner. L'Académie ne le met point. Les lieux environnants, le terrain environnant.
Environner. V. a. de la 1'" conj. Racine a dit l^lphigénie, act. IV, SC.lv, 22) :
Pcul-otre assci d'honneurs environnaient ma vie.
ÉPA
I Peut-être pourrait-on critiquer dans Delille, e/,. vironné de pleurs {Énéid., II, 872) :
Vainement de nos pleurs, il est environna; Yainement mon épouse, et mon fils et moi-mtme. Le conjurons pour lui, pour ses enfants qu'il aime, De ne pis achever de déchirer nos cœurs.
Mais cette expression, qui ne serait pas supportable si elle était isolée, est sauvée par les vers qui suivent, où l'on \o\K(\\i' environné de pleurs est pris pour environné de personnes qui pleurent.
Envisager. \. a. delà l"conj. Ce verbe ne s gnifie pas toujours au propre, rcirarderau visage, comme le dit l'Académie. Voltaire a dit dans la Henriadc (II, 331) :
Et je n'ouvris les yeux que pour envisager Les miens que sur le marbre on venait d'égnrger.
Certainement, envisager ne veut pas dire ici regarder au visage. II en est de même dans ce vers de Delillc [Enéide, VI, 7o3) :
L'œil n'ose envi$ager ces antres écuinjjpls.
Envoler (s'). V. pronom, de lai" conj. C'est proprement quitter un lion en prenant son vol. En marque le rapport au lieu que l'oiseau quitte. voler de. Il ne faut donc pas répéter ce mot, et dire comme l'Académie, les oiseaux s'en sont envolés; mais les oiseav.v se sont envolés. Madame de Sévigné dit s'en étaient envolés ; mais il y a plusieurs négligences que l'on pardonnait de son temps, et qu'on ne pardonnerait pas aujourd'hui.
Envoyer. V. a. et irrég. de la 1" conj. Il se conjugue, comme ey/fT^Zoycr, si ce n'est qu'il fait j'enverrai i\u futur de l'indicatif, e\ J'enverrais au présent du conditioiuiel. A'oyez Employer.
Ce verbe régit l'inlinilif sans préposition, ou avec la préposilioii/ioï/r. On met pour lorsque envoyer est séparé de l'inllnitif nui le suit : lia envoyé annoncer son arrivée ; il a envoyé deux posiillojis pour annoncer son arrivée.
ÉPAIS, Epaisse. Adj. Ce inot est beaucoup mieux expliqué dans VEncyclifédie que dans le Dictionnaire de l'Académie. Epair^ sc prend ou relativement à la dimension, ou relativement au nombre, ou relativeuienl a la consistance. Dans le premier cas, on dit un livre épais, un bloc épais ; dans le secoufi, on dit des bataillons épais; dans le troisième, on ail utie encre épaisse, du vin épais, etc. Il se jircnd aussi au figuré, el l'on dil homme épais, iniclUgence épaisse. — Un livre épais est celui ([ui tient un trop grand nombre de feuillets, eu égard à son format; car un in-fulio pourrait être trop mince avec le même nombre de feuillets qu'un in-12 trop épais, iVoi l'on voit que le mot épais c^v un terme relatiL 1 se met avant ou après son subst. : Un vunr;» épais, un épais nuage ; des ténèbres épaissc.\ d'épaisses ténèbres.
Dans d'épaisses forêts de lances hérissées
(Volt., Hcnr. VIII, 177.)
Cependant on ne dirait pas un épais air, une épaisse nuit. Il faut consulter l'oreille el l'analogie. Voyez Adjectif.
Epancher. V. a. de la 1"= conj. C'est faire couler doucement une partie de la liqueur contenu
ÉPA
dans un vase, en penchant, ce vase, en rinclinant On écrivait autrefois pancher pour pencher.
Ma main de cette cotipo épanche les prémices,
Dit-il; dieui que j'appelle à cette etTusion
(RiC, Britan., acl. V, se. V, 9.)
Féraud reproche trop de liardiesse à ces vprs de Racine :
Moa cœur pour s'épaneher n'a que tous et les dieux. (Phéd., act. V, se. I, 16.)
EPI
II s'épanchait en fils qui vient en liberté Diuis le <eio de sa mère oublier sa fierté.
(Britan., act. V, se. iii, 21.)
Voltaire cl Delillc ont imité cette hardiesse :
Mais mon cœur dans le lien se plail & s'épancher.
(Zaïre, acl. I, se. I, 52.)
Ils répandent les flots bouillonnants dans l'airain, Et de riches parfums s'épanchent de leur main. [Énéid., VI, 281.)
Féraiid prétend que cela n'est bon que d;ins la haute poésie. iSous croyons cependant (ju'on dit bien en prose, mon cœur s'épanche dans le vôtre.
— Dans sa dernière édition, l'Académie donne pour exemple, mon cœur a besoin de s\'pancher.
— Féraud trouve fort bon l'emploi du mot ('pa7icfcej- dans la phrase suivante de Fénelon -Des iabnurcursaccahlés sous le poids des fruits que la terre é|)anchait de son sein. {Ttléiu., iiv. Il, 1. 1, p. yi.) 11 nous semble que c'est ici qii'il y a de la hardiesse, cl que le verbe (pancher est trop éloiçné de sa signilicaliou primitive.
Ép.*NDnE. V. a. delà 4" conj. :
Elle a soif de mon sang, oUea touIu Vépandre.
(ConK., Rodog., act. V, se. iv, 110.)
A''ollaire a dit au sujet de ce vers : Épandre était un terme heureux qu'on employait au besoin au lieu de ripundre. Ce mol a vieilli. {Remarques sur Corneille.)
Êi'AnG>ANT, ÉPAncNAHTE. Adj. Verbal tiré du v. épargner. Il ne se met qu'après son subst. : Un homme épargnant, une humeur épargnante. 11 est peu usité.
Éi'A'.GNEP.. y. a. de la 1" conj. Selon l'Académie, il se dit dans les choses morales, et elle en donne pour exemple : Épargnez-moi ce chagrin, cette douleur, cette confusion, celte honte. On dit eu prt.se e t en vers, épargner quelque chose à quelqu'un. Epargnez-moi ces reproches, épargnez-moi ces détails.
D'une mère en fnrcnre'pargitfHnoi les cris.
(lUc, Iphig., acU I, se. I, 145.)
Vous me iîonne2 des noms qui doivent me surprendre, madame; on ne m'a point instruite à les entendre ; Et les dieux, contre moi dés longtemps irrités, A mon oreille cncor les avaient épargnés.
(lUc, Iphig., act. II, se. T, 47.)
Je dois TOUS épargner des récits superflus....
(Volt., Henr., lU, 135.)
Cest à toi d'e'parjner la mort à mon amant. Un crime à mon époux, et des larmes au monde.
(Volt., Âlz., acl. IV, se. iv, 6.)
VoUaire dit au sujet d'un vers où Corneille a employé ce mol : On dit bien je vous épargnerai des soujnrs, mais on ne i)eut pas dire j'épargne des soupirs, comme on dit j'épargne de l'argent.
{Remarques sur Rodogune , act. I, se. ii, 19.) Voj'Cz Eviter.
Eparpillement, Eparpiller. Dans ces deux mots on mouille les l.
ÉPARS, ÉPARSi:. Adj. L'Académie définit cmol, réjiandu çà et là, en divers endroits. Cette déliiùtion n'est pas cxacle. 11 se dit en général d'un grand nomiire d'objets de la même espèce, distrilniés sur un esjjacc beaucoui» jjIus grand que celui (]u'ils devraient naturellement occuper. C'est un terme relalil', et les deux tei'ines de la comparaison sont le nombre et le lieu, ou les distances des objets les uns à l'égard des autres. Il ne se met qu'après son subst. : Des livres épar.'!, des bataiflnns épars.
ÉPÉE. Subst. f. Voltaire a dil dans la Mort de César (acl. I, se. m, CS):
Vous qui m'appartenez par le droit de Vépée.
Il y a delà différence entre mettre Vépée à la main, Gl mettre la main « Vépée. La première cxj)rcssion marcpie (pi'on tire l'épée tout à fait hors du fourreau ; el la seconde signilie seulement qu'on se met en devoir de tirer l'épée, ou qu'on ne la lire qu'à demi.
Eperdu, Éperdue. Il ne se met qu'a]uès son subst., et prend quelquefois un régime : Il accourut tout éperdu. Éperdu d'amour.
G ciel, je demeure éperdue.
(Iphig., acl. V, se. .VI, 10.)
Uu trouble s'éleva dans mon ûme éperdue,
(Rac, Phcd., act. I, se. m, 122.)
ÉPERDUMENT. Adv. Il peut se mettre entre l'auxiliaire et le participe : Il a aimé éperdmnent cette jeune personne. Il l'a éperduiiicnt aimée.
Ephémère. A<lj. des deux genres. 11 ne se met (pi'après son subst. : Fièvre éphémère, animaux éphémères, succès éphémère.
ÉpicÈsE. Adj. m. Terme l'e grammaire. Ce mot, dérivé du grec, signilie i\\n esl en commun, qui est en commun avec un autre. On appelle noms épicènes ûcs noms d'espèce qui, sous un même genre, se disent également du mâle el de la femelle. C'est ainsi que nous disons u/i rat, une linotte, xrn corbeau, une corneille, une souris, etc., soil que nous parlions du màlc ou de la femelle. Nous disons un coq, une poule, parce que la conformation extérieure de ces animaux nous fait connaître aiséinenl celui qui est le mâle et celui qui esl la femelle; ainsi nous donnons un nom particulier à l'un, et un nom différent à l'autre. Mais, à l'égard des animaux qui ne nous sont pas assez familiers, ou d(jnl la conformation ne nous indique pas plus le mâle cpie la femelle, nous leur donnons un nom que nous faisons arbitrairement ou masculin ou féminin; et (juand ce nom a une fois l'un ou l'autre de ces deux genres, ce nom, s'il esl masculin, se dit égaiemeiû de la femelle; el s'il est féminin, il ne se dil i)as moins du mâle; ainsi le nom épicène masculin garde toujours l'arlicle masculin, et le nom épicène féminin garde l'article féminin, même quand on parle du mâle.
Épicurien, subst. m. Épichrienne, subst. f. 11 se prend adjectivement. Comme adj., on le met toujours après son subst. : Système épicurien, morale épicurienne.
ÉPiDÉMiQUE. Adj. des deux genres. 11 se met ordinairement après son subst. : Mal épidémique, maladie épidémique. On pourrai l peul-élre
ÉPI
dire au figure, cl Jans un ras convenable, cet éfidêinique délire. N'oyrz Adjoctif.
ËPiER. V. a. de la 1" conj. L'Académie n'a pas dil épier un secret, épier le secret de quelqu'un :
Ministre dangereux, Tu Tenais épier le secret de mes (eux.
(Volt., Brut., act. II, se. m, 3.)
ÊPiGRAMMATiQUE. Adj. dcs dcux gcnrcs. Il ne se met (]u'aprèsson sulisl. ; Trait épigrammatique. Style épigrammatique.
ÉPiGRAMME. Subst. f. Petit poëme ou pièce de vers courte qui n'a (|u'un objet, et qui finit par quelque pensée vive, ingénieuse et saillante. Buileau ia;t connaître dans les deux vers suivants la Mature de l'épigramme moderne [Art poét., II, 403) :
L'épigramme, plus libre en son tour plus borné, N'est souvent qu'un bou mot de deux rimes orné.
Comme l'épigramme ne roule que sur une pensée, il serait ridicule d'y raultii)licr les vers; elle doit avoir une sorte d unité comme le drame, c'est-à-dire ne tendre qu'a une pensée principale ; de même que le drame ne doit embrasser (}u'une action. Néanmoins, elle a nécessairement deux parties : l'une, qui est l'exposition du sujet, de la chose qui a produit ou occasionné la pensée; et l'autre, qui est la pensée même, ou ce qu'on appelle le bon mot. L'exposition doit être sinjplc, aisée, claire, libre par elle-même, et par la manière dont elle est tournée.
Sans parler de la malignité et de l'obscénité, que la raison seule réprouve, les défauts qu'on doit éviter dans l'épigramme sont la fausseté des pensées, les équivociues tirées de trop loin, les hyperboles, les pensées basses et triviales. [Encyclopédie)
ÉPiGHAPHE. Sabst. f. Mot, sentence, soit en prose, soit en vers, tiré ordinairement de quelque écrivain connu, et que les auteurs mettent au frontispice de leurs ouvrages, pour en annoncer le but.
La première règle à suivre dans le choix des épigraphes, c'est qu'elles soient modestes.
ÊPiLEPTiQUE. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : Symptôme épilcptique, convulsions épUeptiques.
ÉpiLOGCE. Subst. m. C'est, dans l'art oratoire, la conclusion ou dernière partie d'un discours ou d'un traité, laquelle contient ordinairement la récapitulation des princi[)aux points exposés dans le corps du discoursou de l'ouvrage.
Épinkux, Ëpinel'se. Adj. Il se'met ordinairement après son subst. : Arbre épineux, arbrisseau épineux. Nous pensons (juc, dans un cas convenable, on pourrait dircce//e épineuse question, cette épineuse affaire. A'oyez Adjectif. Mais on ne dirait pas un épineux homme, un épineux esprit.
Épique. Adj. des deux genres, qui se met toujours après son subst. 11 signifie qui a rapport à l'i-iii/pce. On appelle piëme épique un poëme oit l'on célèbre ([ueiques actions signalées d'un héros. On dit aussi /joè'/e épique, vers épiques, etc.
Êpiscopal, Épiscopai.e. Adj. En prose, il ne se met (ju'après son subst. : Dignité épiscopalc. Il fait episcopaux au pluriel masculin : Ornements é.piscdpuux.
Episode. Subst. m. Il .se prend pour un incident, une histoire ou une action détachée qu'un porte ou un historien insère dans son ouvrage et lie à son action piincipale jiour y jeter une plus grande diversité d'événements, iiuoiqucà la rigueur on appelle épisodes tous les incidents particuliers dont est composée une action ou une narration.
Les épisodes ne sont point des actions, mais des parties d'ime action. Ils ne sont point ajoutés à l'action et à la matière du i)Ocnio, mais sont eux-mêmes cette action et celle malièic, comme les membres sont la matière du corps. Ils ne doivent point être tirés d'ailleurs, mais du fond même du sujet.
EpisoDigLE. Adj. des deux genres, qui se met toujours ajjrès son subst. : Action épisodique, personnof/e épisodique.
ÊPisTOLAiRE. Adj. des deux genres. Il se met toujours après son subst. : Style épistolaire, genre épistolaire.
Le style épistolaire change de ton selon les sujets. Il est simple, familier, et quelquefois badin, quand il ne traite que des sujets ordinaires; grave et sérieux quand il s agit d'affaires im|)ortantes; affectueux ou énergique (juand on veut peindre le sentiment. Voyez i'/yie.
Ëpitaphe. Subst. f. Le genre de ce mot a beaucoup varié. Autrefois on le faisait des deux çcn res, mais plus souvent féminin (pie masculin. Richelet le disait masculin et féminin , mais plus souvent masculin. Aujourd'hui on ne le fait plus que féminin. — InscripTu^n gravée ou supposée devoir l'être sur un tombeau, à la mémoire d'une personne défunte. L'épitaphe est communément un trait de louange ou de morale, ou de l'une et de l'autre. Il y a aussi des épilaplies épigrammatiques, donl les unes sont naïves et i)laisantes, les autres inordanies et cruelles; les dernières sont méprisables.
Êpithalame. Subst. m. Poëme à l'occasion d'un mariage; chant de noces pour féliciter des époux. Il n'y a point de règles parliculièrcs pour le genre, pour le nombre ni pour la disposition des vers propres à cet ouvrage; mais comme le sujet, en lout genre de poésie, est ce iju'il y a de principal, il semble que le pocledoit chercher une fiction qui soit tout ensemble juste, ingénieuse, propre et convenable aux personnes (pii en seront l'objet ; et c'est en choisissant les circonstances particulières, qui ne sont jamais absolument les mémos, que l'épithalamecst suscei)tible de toutes sortes de diversités.
L'épiihalame étant par lui-même destiné à exprimer la joie, à en faire éclater les transports, on sent qu'il ne doit employer que des images ricmtcs, et ne iieindre que des objets agréables. Ce poëme a deux |)arlics ijui sont bien marquées, cl qui paraissent csscnlicUes à tout épithalamc: l'une qui coin|)rcnd les louanges des nouveaux é|)Oux, l'autre qui renferme des vœux pour leur prospérité. Ce genre de poëme est abandonné aujourd'hui; et si quelques poêles s'y exercent qnel- (]uefois, le bruit de leurs ouvrages ne va guère au delà des cérémonies pour lesquelles ils ont travaillé.
ÉPiTui:TE. Subst. f. Autrefois on faisait ce mot masculin. Ménage croyait (]u'on pouvait le faire iiuliffciemnient masculin ou féminin. Aujourd'hui on ne le fait plus (|ue féminin. On appelle ainsi un adjectif (i;:i sert à ajouter de la force, de l'CûCrgie,
ÉPI
de la grâce, etc., ;i l'idée du substantif auquel il ! est appliqué. L'cmi»loi des épiihèlcs est une chose qui demande iieaucoup d'intelligence et de discernenicnl, et il est difficile à l'oraleur ou au poëte d'éviter à cet égard l'excès ou le défaut.
L'usage des épilhéles doit être restreint aux seuls cas où l'idée principale ne suffit pas pour donner à la pensée une beauté sensible, une énergie réelle. Les épitliètes pittoresques prises des choses sensibles sont indispensables lorsque l'orateur ou le poëte veut peindre à l'aide du discours. Elles servent ou à exprimer diverses petites circonslauces (jui font partie du tableau, ou à épargner des descripiions prolixes «pii leiidraicnt le discours languissant. S'agit-ii.non de jieindre, mais de donner a une pensée un tour plus fwt, i)lus nouveau, plus naïf; c'est à l'aide des épitliètes qu'on y parviendra plus aisément. Enfin, si l'on se propose de toucher le cœur, quel que soit le genre de la passion, rien de plus efficace que les épiihétes bien choisies pour exciter le sentiment. Mais autant les épithètes peuvent dans ces circonstances donner de l'énergie au discours, autant elles sont insipides partout ailleurs. Rien n'est plus désagréable qu'un style rempli d'épithétes faibles, vagues ou oiseuses.
Il y a des hommes si illustres que leur nom seul vaut le plus bel éloge. Il y a de même des idées qui par elles-mêmes sont si grandes, si parfaitement énergiques, que tout ce qu'on y ajouterait par forme d'épiihélc pour les rendre plus sensibles, ne pourrait (pie les affaiblir. Quand César, au moment qu'on le poignarde, s'écrie : Et toi aussi, Brutusl quelle épitbèle jointe à ce nom aurait pu ajouter a l'énergie de celle exclamation? Dans tous les cas de cette nature, toute épithote est déplacée.
ÉpiiRE.Subst. f. Terme de littérature. Ce terme n'est presque plus en usage que pour les lettres écrites en vers, ot pour les dédicaces des livres.
Quand on parle des lettres écrites par des auteurs modernes ou dans des langues vivantes, et surtout en prose, on ne se sert point du mot épîire. Ainsi l'on dit les Lettres de madame de Sévigné, et non pas les Epîtres de madame de Sévigné.
Au contraire, on se sert du mol épUrecn parlant des anciens ou. dans une langue ancienne. Ainsi l'on dit les Epîtres de Cicéron, de Sénègue, etc. Il est pourtant vrai que les modernes se sont servis du terme de lettres en parlant de celles de Cicéron et de Pline.
l.e mot épitre parait encore plus particulièrement restreint aux écrits de ce genre, en matière de religion. Ainsi on dit les Epîtres de saint Paul, de saint Pierre, de saint Jean, et non les Lettres de saint Paul, etc.
On attache aujourd'hui à Vépître l'idée de la rcQcxion et du travail, et on ne lui permet point les négligences de la lettre. Le style de la lettre est libre, simple, familier. L'épitrc n'a point de style déterminé: elle prend le ton de son sujet, et s'élève ou s'abaisse selon le caractère des personnes.
Epitrope. Subst. f. Figure de rhétorique, appelée par les latins ccncessio, par laquelle l'orateur accorde queUiue chose qu'il pourrait nier, afin que, par cette marque d'impartialité , il puisse obtenir à son tour qu'on lui accorde ce qu'il demande.
C'est ainsi que Boileau a dit de Chapelain par epitrope {Sat. jx, 213j :
ÉPO 265
Qu'on vuite en lui U foi, l'honneur, .1 probité; Qu'on prise sa candeur et si civilité:
Qu'il soit doux, complaisant, oflicieux, sincère ; On le Teut, j'y souscris, et suis prêt à me laire. Mais que pour un modèle on montre ses cents. Qu'il soit le mieux rente de tous les beaux esprili, Comme roi des autours qu'on l'élève h l'empire, Ua bile alors s'échaulTe et je lirAle d'écrire.
ÉnzooTiE. Subst. f. Ti, dans ce mol, conserve sa prononciation naturelle.
l'.PLORÉ, Éplorée. Adj. Il ne se met qu'après son subst. : Un homme éploré, une femme éplorée.
Les Tieillards iplorcs sont muets de terreur.
(Delil., Énéid., XI, 558.)
Éplticiuge, I'Ipldcuement. Subslanlifs masculins. Le second se dit dans le langage commun, le l)remier dans le langage des métiers et manufactures. On dit Vcpluchage des laines, des soies, el V épluche ment d une salade.
Éponge. Subst. f. Corneille a dit dans Bodogtine (act. II, sc. iii, 73) :
Sur les noires couleurs d'un si triste tableau Il faut passer l'éponge ou tirer le rideau.
Voltaire a remarqué, au sujet de ce vers, que passer l'éponge est une expression un peu triviale qui ne peut être employée dans le style noble. {Remarques sur Corneille.)
Epopée. Subsl. f. L'épopée ou poëme épique est, dit Voltaire , un récit en vers héroïques. Que l'action soit simide ou complexe, qu'elle s'achève dans un mois ou dans une année, ou qu'elle dure plus longtemps; que la scène soit fixée dans un seul endroit, comme dans ï Iliade ; que le héros voyage de mers en mers comme dans V Odyssée; qu'il soit heureux ou infortuné, fi.'rieux comme Achille ou pieux comme Éne<s qu'il y ait un principal |)crsonnaçe ou [ilusieurs; que l'action se passe sur la terre ou sur la mer; sur le rivage d'Afriipie comme dans la Louisiane; dans PAmérique comme dans l'Araucana ; dans le ciel, dans l'enfer, hors des limites de notre monde, comme dans le paradis de ^Millon; il n'importe : le poëme sera toujours un poëme épique, un poëme héroïque.
Parmi les ré;:les du poëme épique, il en est quebiues-unes tiiie la nature indique, et qui sont avouées de toutes les nations. Il en est d'autres qui dépendent des lieux, des temps, des mœurs, des usages, de la religion, du génie des nations, et qui varient comme toutes ces choses.
Un poëme épicpie doit partout être fondé sur le jugement, embelli par l'imagination; ce qui appartient au bon sens appartient également à toutes les nations du monde. Toutes vous diront qu'une action une et simple qui se développe aisément et par degrés, et qui ne coule point une attention fatigante, leur plaira davantage qu'un amas confus d'aventures monstrueuses. On souhaite généralement que cette unité si sage soit ornée d'une variété d'épisodes qui soient comme les membres d'un corps robuste et proportionné. Plus l'action sera grande, jilus elle plaira à toul homme dont la faiblesse est d'cire séduit par toul ce qui est au-dessus de la vie commune. 11 faudra surtout que celte action soit intéressante; car tous les cœurs veulent élre remués, et un p'>ëme parfait d'ailleurs, s'il ne touchait point, serait insipide en tout temps et en tout jiays. Elle doit être entière , parce qu'il n'y a point d'homme qui
ÉPU
puisse éire satisfait s'il ne reçoit qu'une partie du iDiii qu'il s'étnil promis (l'iivôir. Telles sont à peu i>rès les principales règles (juc la nature dicte à toutes les nations qui cultivent les lettres; mais la matliinc du incrvcilleux, l'intervention d'un pouvoir céleste, la nature des épisodes, tout ce <|ni dépend de la tyrannie de la coutume et de cet instinct qu'on nomme i-'oùt , voilà sur (luoi il y a mille opinions et p')int de régies grériéralcs.
ÉPOLSAiLLES. Subst. f. pluricl. On mouille les/.
ÉPOUTA^TABtE. Adj. des deux genres. Il se met souvent avant son subst. : Un spectacle vpovvuntable, vu < pouvait table spectacle; on ne dit l)as un êpoiivantahle homme. Il faut consulter l'oreille et l'analogie. \'oyez Adjectif.
Él>ucvA^TABLEME^T. Adv. Il se met toujours après le verbe : Il est épnuvantahlcmcnt laid.
ÊPouvA\TAiL. Subst. m. On mouille le i final. On dit au pluricl des épouvaiitails.
Epouvanter. V. a. de la 1'" coiij. On dit il ne vi'épovvantera pas par ses menaces; et Voltaire a dit dans la Henriade (IV, 13) :
le superbe d'Aumale, el Nemours elBrissac.
D'uQ coupable parti défenseurs intrépide?, Épouvantaient Valois de leurs succès rapides.
On voit par ces deux exemples qu'épouvanter par se dit des choses qui tendent directement à causer l'épouvante; et ('pm/vanter de, de celles qui ne causent l'épouvante qu'indirectement, et à cause des suites qu'elles peuvent avoir.
Épreuve. Subst. f. L'Académie l'explique par essai, expérience que l'on fait de quelque chose. — Les trois mots épreuve, essai, expérience, sont des termes relatifs à la manière dont nous acquérons la connaissance des objets. Nous nous assurons par Vrpreuve si la chose a la qualité que nous lui croyons; par V essai, quelles sont ses qualités; par Y expérience, si elle est. Vous apprendrez i»ar expérience (\\ic\&s hommes ne vjus manquent jamais dans certaines circonstances. Si vous faites Vessai d'une recette sur des animaux, vous pourrez ensuite l'employer plus sûrement sur l'es pi-ce humaine. Si vous voulez conserver vos amis, ne les mettez point à des épreuves trop fortes, [.^expérience est relative à l'existence, \essai à l'usage, W-preuve aux attributs. On dit d'un homme qu'il est expérimenté dans un art, quand il y a longtemps qu'il le pratique; qu'une arme a été éprouvée, lorsqu'on lui a l'ail subir certaines charges de poudre prescrites; <]u'on a essayé un habit, lorsqu'on l'a mis une premièi'e fois jiour juger s'il fait bien.
Épris, Éprise. Adj. On dit épris iVamoiir, épris de belle passion; intHS il ne faut pas dire, comme Racine, épris de courroux :
Tu sais de quel courroux mon cœur alors éprit. [Androm., act. I, se. 1, SI.)
Voltaire a dit dans sa xxxni« épitre (v. 9) :
Un esprit vrai doit être épris Pour des vérités éternelles.
ÉPUISER. V. a. de la 1" conj. On dit s'épuiser de : S071 Étal s'épuise à'homines et d'arçent. (Fénelon , Télémaque) On dit aussi s'épuiser en soi?is, en services; et s'épuiser à faire quelque chose.
La Harpe a critiqué justement ce vers <le Voltaire {Mér., act. I, se. m, âS) :
ÉQU
Ce sanf s'est e'puiac, versé pour la pairie.
Ces deux participes, l'un près de l'autre, dit-il, ne font pas un bon effet, et le second parait inutile après le premier, (jui est plus fort et qui dit tout. {Cours de littérature.)
ÉQUARRIR , ÉQL'ARRISSAGE , ÉQUARRISSEMENT.
Dans ces trois mots, gu se prononce comme un k.
ÉQTJA.TEUR, ÉQCATioN. Daiis ccs dcux mots, qua se prononce koua.
Èqlerre. Subst. {. On prononce ékère.
Équestre. Adj. des deux genres. Ou prononce ékueslre, eu faisant sentir Vu.
ÉOUIANGLE, ÉQUIDISTANT, ÉqUILATÉRAL, ÉQUILA-
TÈRE. Dans ces quatre mots, qui se prononce comme kui.
ÉQUiNoxiAL. Adj. Il ne se met qu'après son subst. : Cercle équùioxial, ligne équinoxiale , points équinoxiaux.
Équitable. Adj. des deux genres. Il peut, dans des cas convenables , se mettre avant son sobsl. ; on ne dirait pas vn équitabl^e homme, un équitable prince ; mais on peut dire cette équitable décision, cet équitable Juge7ncnt. Voyez Adjectif.
Équitarlememt. Adv. Il peut quelquefois se mettre entre l'auxiliaire et le participe : // a jugé équitablament, ou il a équitablement j ugé.
ÉQCiTATiON. Subst. f. Qui se prononce kwi, et ti comme ci. C'est l'art de monter à cheval. On le dit aussi de l'action de monter à cheval : L'équitation est un exercice très- salutaire. ( Fera ud.)
Équivalent, Équivalente. Adj. Il ne se met qu'après son subst. : Une chose équivalente.
ÉQUIVOQUE. Subst. f. Ce mot était autrefois des deux genres. Boileau a dit (saf. xii, 2) :
De quel genre le faire, équivoque maudite. Ou maudit.
Aujourd'hui on ne le fait plus que féminin. Il se prend adjectivement. On dit d'une phrase, qu'eZfc est équivoque, ou qu'c/^e renferma une équivoque. Un mot est équivoque lors(iu'il a plusieurs significations dans le sens propre, comme le mot coin qui signifie un instrument pour fendre, un angle, et la matrice qui sert à marquer les monnaies et les médailles; ou Ijien lorsqu'avec le même son, quoique avec une orlhograiihe différente, il sert à indiquer des objets différents, comme ceint, sain, .^aint, sein, seing, qui, souS la môme prononciation, signifient environné, sans altération, qui vil saintement, ]»()itrine et signature; ou enfin, lorsqu'il signifie deux choses différentes, l'une primitivement, et l'autre par extension ; comme le mol langue, qui signifie primitivement cette pariie charnue ci mobile ijui est dans la bouche le principal organe de la parole el du goût; et i)ar extension, l'idiome, le langage d'une nation. Dans le discours, la signification de ces mots est ordinairement déterminée par les circonstances, et il est rare qu'ils y laissent de l'incertitude.
Lcsé(iuivoqucs peuvent être encore occasionnées par le simple rapprochement de certains mots dontla réimion semble former d'autres mots, ou dire autre chose que ce qu'on a réellement intention de dire; par cvemple, si l'on disait /e regarde votre amitié comme le plus grand des avantages çî/c vous puissiez vi*accorder;le plus grand des plaisirs que vous puissiez me faire est
ERR
de m'écrire soureyit, le nipprochoment des mots des et arantngps, des cl plaisirs, pourrait faire croire que l'on a inteiUioii de dire/e regarde i^otre amitié comme le plus //rand désavantage qvc vnus puissiez m'uccordcr ; le plus grund deplaisir ^«e vous puissiez me faire, etc. Quelque CCS phrases n'aient rien d'irrègulier dans la construction, il l'auL cependant les éviter, caria règle de la clarté est toujours indispensalilo, et il n'est jamais permis de s'en écarter. Voyez Sens.
Équivoque se dit aussi, dans notre langue, d'un terme à douMc sens dont abusent seulement ceux qui cherchent à jouer sur les mots. Ces jeux de mots, en général répréhensiblos et de mauvais goût, peuvent avoir lieu dans la conversation, dans les lettres lamilières, dans les épigrammes, dans les madrigaux, dans les impromptu, et autres petites pièces de ce genre, ipiand ils sont spirituels et délicats, et qu'on les donne pour un badinage qui exprime un sentiment, ou pour une idée passagère. Si cette idée paraissait le fruit d'une réflexion sérieuse, et si on la débitait avec un ton dogmatique, elle ne serait pas supportable.
Équivoque, adj., peut quelquefois se mettre avant son subst., même en prose. Mais il faut consulter pour cela l'oreille et l'analogie. On ne dira pas une équivoque phrase, vn équivoque moi; mais on |)ourra dire dans des cas convenables, cet équiv(quc langage éveilla mes soupçons. Voyez Adjectif.
Eraili.ement, Ekailler, Ëraillure. Dans ces trois mots on mouille les /.
ÊRÉjiiTiQLF.. Adj. des deux genres. On écrivait autrefois hérémitique.
Ergot. Subst. m. On ne prononce point le t Gnal. Voyez Argot.
Ergoté, Ergotée. Adj. qui ne se met qu'après son subst. ; Un coq ergoté, un chien ergoté, du seigle ergoté, etc.
Ergoter. V. a. de la d" conj. Expression familière dont on se sert quelquefois pour exprimer la manie de ces esprits raisonneurs qui entassent arguments sur arguments, laisonnemcnls sur raisonnements , pour conicsler les choses les plus simples et les plus claires. — 11 y a des gens qui disent argnter. mais ce mot n'est pas français en ce sens. Argnter est un terme de jardinage qui signifie coujier rexlrémité d'une branche morte.
Ergotf.dr. Subst. m. Il se dit d'un homme qui aime à ergoter. Quehiues personnes disent argoteiir. Ce dernier n'est pas français. Voyez Érgnier.
ÉRIGER. V. a. de la l'": conj. Racine l'a eml)loyé dans un sens que l'on ne trouve point dans le Dictionnaire de l'Académie :
J'a|i]irocli.Ti pnrdegré de l'oreille des rois, Et bientôt en oracle on érigea ma Toix.
UJ/i.,acl. III, se. m, 74.)
Ermitage, Ehmite. Ces deux mots s'écrivaient autrefois avec un /;. Hermitage, hermite.
Er.oTiQL-E. Adj. des deux genres. Il peut quelquefois se mettre avant son subst. : Cet erotique délire ne fut pas de longue durée. Poëme erotique, vers erotiques, et non pas erotique poëme, erotiques vers. Voyez Adjectif.
Errakt, Er.RAJiTE. Adj. verbal tiré du v. errer. On prononce les deux /•. En prose, il ne se met qu'après son subst.
ERR
Errata. Sudsi. \\\. liste, tableau, état des fautes survenues dans l'inqtression d'un ouvr.iiie. On prononce les deux r. Ce mot est emprunté du latin erratum au singulier, et errata au jduriel, ipii veut dire faute. Jusqu'à l'apparition du Dictionnaire de l'Académie de 1798, on a appelé errata un tableau de cette espèce, soit qu'il indiquât piusieui-s fautes, soit (pi'il n'en indiiiuàt qu'une, parce que la pluralité de ce mot ne peut ])as tomber sur les fautes indi(]uées, mais sur la (luantité des tableaux ou des listes qui les indi- (pient. Mais, en d79S, l'Académie a prétendu que lorsqu'il ne s'agit (juc d'une faute a relever, on doit dire un er»a/M7/i, et, en '1800,^10 ditencore que dans ce cas quelques personnes se servent du mol erratum. De sorte que ce mot a deux singuliers, w/j errata quand il indique plusieure fautes, etuiic)va^(/7«quan(l il n'en contient «ju'une. Voilà les déclinaisons latines introduites dans l;i langue française par les soins de l'Académie. D'après ce principe, je suis surpris que cette Académie n'ait i)as décidé qucj^ar^a est le pluriel de /(/c<Mm, fratres, celui de frater, patres, celui de patcr, et vos Dcos, celui de T'e Deum.
Depuis qu'on enseigne peu la langue latine en France, dit un critique qui a relevé un grand nombre de fautes du Dictionnaire de l'.Jcadémie, nous voyons souvent le mot erratum substitué au mot français errata, par des gazetiers et des imprimeurs qui veulent donner au public une idée magnifi(iue de leur capacité. L'Académie française aurait dû prévoir cette ridicule innovation, et la condamner par un exemple. Il paraît que le critique ne parle ici que de l'Académie de 1762 ; car r.\cadèmie de 1798, loin de s'élever contre cette innovation, parait l'avoir établie.
Le mot errata ne prend point de ,s au pluriel : des errata.
Errements. Subst. m. pluriel. On prononce les deux r. Plusieurs écrivains l'ont dit des personnes : Il reprit ses derjiiers errements, et leva rétendard de la révolte. Boileau et Voltaire, dit Féraud, ne pouvaient souffrir cette expression appliquée aux personnes. Suivre des errements, s'écrie le premier, juste ciel! quel langage est-ce là? Quand Bossuct, dit Voltaire, quand ifénclon. Polisson, voulaient signifier qu'on suivait ses anciennes idées, ses projets, ses engagements, ils ne disaient jwint : J'ai suivi ines errements ; j'ai travaillé sur mes errements. {Lettre ù l'uhhé d'Olivet sur la nouvelle édit. de la Prosodie.)
Errer. V. n. de la 1" conj. On prononce les deuxr. L'Académie dit laisser errer ses pensées; elle ne dit pas lais-'^er errer son regard.
Longtemps sur ces objeli», ces merveilles de l'art, Le lieras laiise errer un avide regard.
(Delil., Enéide, VI, 49.)
Erredr. Subst. f. On prononce les deux r. Ce mot s'emploie quelquefois dans le sens d'illusion, comme dans ces vers de Voltaire (Orerte, act. II, se. vu, 9) :
D'un lonie flatteur N'e me présentez pas la dangereuse erreur.
Voyez Fausseté.
Erroné, Erronée. Adj. On prononce les deux r. Il ne se met qu'après son subst. : Sentiment erroné, opinion erroné^-