‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 156 sur 453 · EST · texte numérisé non relu

EST

Est. Suhsl. m. L'orient. On prononce le t-

EsTiiÉriQLE. Siibst. f. On entend par ce mot la philosophie des heaux-arts, on la science de déduire de la natiito du goi'il, la théorie générale et les rciiles rondainentaies des leaux-arts.

Ce mol vient du mol grec aisthésis, qui signifie le sentiment. Ainsi l'esthétique est proprement la science des sentiments, le grand hul des beaux-arts est d'exciter un vif seniimenl du vrai et du bon. Il t'aul donc que leur théorie soi( fondée surcclle des sentiments et des notions confu- Si'S(iuc nous acquérons a l'aide dos sens.

11 faut ranger Vestiiéti'/uc au nombre des sciences pliiloso[)hiques qui sont encore très-imparfaites. 11 n'en est i|ue plus important de dcvoloi)per ici le plan général de cette nouvelle science et d'en indiquer les parties.

Le premier pas était de fixer le but et l'essence des bcaiix-arts; ensuite, après s'ctro convaincu que ce Imt principal est de s'assurer l'empire sur les cœurs à l'aide des sensations agréables ou désagréables, il fallait remontera l'origine du sentiment, déduire de la nature de l'âme ce (pii en consiitue l'agrément, ou s'en rapporter aux philosophes (lui en ont traité.

Cela l'ait, il fallait indiquer les diver-ses classes d'objets agréables et désagréa'olcs, et déterminer les effets qu'ils produisent sur le cœur, c'est-àdire rechercher en quoi consiste le beau sensible cl l'énergie.

Enfin il "fallait traiter sous autant d'articles particuliers toutes les diverses es])èces du beau et du laid, en descendant jusipi'aux plus petites subdivisions, aussi loin tiue la théorie, combinée avec un oxanien attentif des ouvrages de goùl, |)ourrait les découvrir ou du moins les presseniir. Tousccs objets rassend^lés formeraient la partie théorique de la philosophie des beauxarts.

Dans la partie pratique, il reste à indiquer les divers genres des beaux-arts, en fixant l'étendue elle caractère particulier de chaque genre, comme de la poésie, de l'éloquence, de la nmsiq'jc, de la peinture, etc. 11 faut en même temps caractériser le tour de génie, le goùl naturel et acquis que chaque art en particulier exige de la part de l'artiste, et fiirc connaître ((uelssont les principaux moyens de léussir dans les arts, c'esl-à-dirc le génie, l'imagination, l'invention, le goùtjl'enlhousiasme, etc.

Chaque classe des beaux-arts produit diverses espèces d'ouvrages qui se distinguent enlre elles par leur nature propre et ]»ar un but plus [»récisémcnt déterminé. Il faut donc encore caractériser séparément chaque espèce particulière. Ainsi en poésie, par exemple, on a à traiter du poëme épique, du lyrique, du didactique, du dramatique, etc. En peinture, on a à distinguer les sujets histori(|ues, allégoriques, moraux, elc. ; et l'on doit assigner à chaque es|)èce son caractère d'après des principes sûrs et bien établis.

De ces sources découlent enfin les règles qu'on doit suivre dans l'exécution des ouvrages de l'art. Ce sont ou îles règles générales (jui concernent l'invention, la disposition, ou l'ordonnance et l'ensemble, ou des règles particulières sur le choix, la proportion, l'harmonie et l'effet déterminé de chaque partie.

Telle est l'étendue du champ que Pesthéti(|ue doit embrasser. Cette science dirigera l'artiste dans l'invention, l'ordonnance et l'exécution de son ouvrage. Elle guidera l'amateur dans ses jugements, et le mettra à portée de tirer de la jouis-

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sance des productions de l'art toute l'ulilité qui en fait le viai but : milité qui ne tend pa^: a moins qu'à remplir les vues de la philosophie et de la morale. (Extrait de la Théorie générale des leaux-arts, de Sulzcr. )

Estimable. Adj. des deux genres. Il se dit des personnes et descluiv-cs, et peut se mettre avant son subst. : Un auteur esHmuhlc, cet estimable auteur. A''oyez Adjectif.

Estime. Subst. 1. Corneille a dit dans iVtcomède (act. II, se. m, i\) :

El TOUS oflenserici l'estime qu'elle en fiil.

Voltaire a dit au sujet de ce vers : On a de Vestlme, un conçoit de Vcstinie, on sent de l'estime. C'est précisément |)arce qu'on la sent qu'on ne la fait pas. Par la même raison, rm sent de Vamour, de l'amitié ; on ne fait ni de l'amour ni de l'amitié. {Remarques sur Corneille.)

Ainsi TOUS nie rendez l'innocence et l'estime.

(ConN., Rodog., act. II, se. m, 115.)

J^ous me rendez Vcstime, dit Voltaire, ne peut se dire comme vous me rendez V innocence ; car l'innocence appartient à la personne, et l'estime est le sentiment d'autrui : f^ous me rendez mon innocence, ma raison, mon repos, ma ffldre; mais non pas won estime. {Remarques sur Corneille.)

Estimer. V. a. de la 1" conj. On peut joindre un adjectif à s'estimer. En voici des exemples : Je ne puis vi empêcher de m'estimer heureuse. (Montesquieu, VIP lettre persane.)

Roxane s'estimait assez récompensée. . .

(Rac, Baj., act. III, se. iv, 29.)

Estoc. Subst. m. On fait sentir le c.

Estomac. Subst. m. On ne fait pas sentir le c.

Et. Conjonction copulativc. Cette conjonction marque l'action de l'esprit qui considère sous un même rapport les mots et les phrases qu'elle lie. On ne prononce jamais le t, même quand il est suivi d'une voyelle. C'est pour cela qu'on ne met point en vers un et devant une voyelle, parce que cela ferait un hiatus.

Les mots que lie celte conjonction doivent être du même ordre, c'est-à-dire (ju'cUe doit lier des substantifs avec des substantifs, des adjectifs avec des adjectifs, des verl)es avec des verbes, des adverbes avec des adverbes. Ainsi l'on ne peut pas d'ivc David était roi et prudent ; vous aimez la justice et à gagner de--; batailles ; parce (pie dans la première [)hrasc on lie un substantif avec un adjectif, et dans la seconde, un substantif avec un verbe.

Racine a dit dans Bajazet (act. I, se. i, 33) :

Amnrat est content, si nous le Touiont croire, Et semblait se promettre une heureuse victoire.

D'Olivet doute avec raison qu'on puisse passer ainsi brusquement du présent est à l'imparfait semblait. Mais du moins il est certain que le changement de temps demandait le pronom qui répète le sujet : Amurat est content, et il semblait, etc.

Il arrive souvent que la conjonction et parait d'abord lier un nom à un autre et le faire dépendre d'un même verbe; cependant, (juand on continue de lire, on voit (pic cette conjonction ne lie que les propositions et non les mots. Par exemple, César a égalé le courage d'Alexandre, et son bonheur a été fatal à la république ro-

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maine. Il semMo d'abord que bonheur dépende Ùl^ égalé aussi bien que courage; cependant lonheur est le sujet de la proposition suivanle. Ces sortes de consiruclions rendent les phrases louches.

Quand il ne s'au'it que de lier plusieurs mots ensemble, on ne met la conjonction qu'avant \c dernier : L'esprit, la science et la vertu, sont les véritables biens de l'homme.

Soupire, étend les bras, ferme l'œil et s'endort.

(Bon.., Lutr., n, 164.)

Lorsque deux adjectifs précèdent leur substantif, et qu'ils sont assez analoirucs pour qu'il soit inutile de répélerrarli<-Ic avant le second, la conjonction et doit remplacer cet article : La faible et timide innocence.

Mais s'il y a trois adjectifs, l'article doit élre répété, et là conjonction iio doit pas être employée : L'humble, la faible, la timide innocence.

Mais quelquefois, pour donner plus d'énergie au discours, on met la conjonction même avant le premier mot, et on la répète avan' tous les autres : Je l'ai dit et à lui et à sa femme et à tous ses amis.

Une coqueUe uston vrai monslrt à fuir; Mais une femms et tendre et belle et sage, De la nature estle plus bel ouvrage.

Dans les gradations et dans les phrases où l'on veut peindre avec vivacité, on supprime ordinairement la conjonction :

L'aUelage suait, soufQail, était rendu, Uoinae, femmes, Tieiliords, tout était descendu.

(La Fost., Ht. TII, fable ix, 5.)

Vaincu, chargé de fers, de regrets consumé.

(Rac, Ândrom., act. I, se. iv, 61.)

Je le vis, je rougis, je p$lis à sa vue.

(Rac, Phèd., act. I, se. m, 121.)

Deux verbes joints par la conjonction et peuvent avoir le même régiiTie direct : Teslime et je respecte la rertir. .Mais si les deux verbes étaient joints par d'autres conjonctions, il faudrait donner au premier verbe le nom pour régime, et au second un pronom qui rap[ielât ce nom : J'estime autant la vertu rjveje la respecte, et non pas j'estime autant que je respecte la vertu. (Buflier.)

La conjonction et sert à unir deux propositions affirmatives, comme la rertu cl la science sont estimables; ou à lier une proposition affirmative avec une proposition négative, coniuiejV plie et ve romps pas ; elle diffère en cela de la conjonc^tion jii, qui sert à lier les substantifs, les adjectifs, les verbes et les adverbes, quand la proposition est négative : Je ne veux ni L'un ni Vautre. La conjonction et ne se multiplie poini dansTénuméralion; 7u' s'y multiplie autant de l'ois qu'il y a de choses auxquelles on veut rendre la négation commune : Les enfants n'ont ni passé va avenir, mais ils jouissent du présent. C'est le sort des choses humaines de n'être ni stables, ni permanentes. — Lorsqu'il y a plusieurs verbes qui se suivent, le premier n'est point précédé de ni. Je ne veux, ni ne dois, ni na puis obéir. — Lorsque ni est répété, on supprime toujours ;na.y et point. On ne dit pas il ne faut pas être ni prodi'ttc ni avare; mais Une faut être ni prodigue

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ni avare. Voltaire a repris Corneille d'avoir dit dans les Horaces (act. III, se. iv, 48) :

Vous ne connaisseï point ni l'amour ni ses trait*.

Quand la conjonction ni n'est pas répétée, pas ou point peuvent se mettre avec ni. Boileau a dit [sat. x, 483) :

Ma maison ni mon lit ne sont point faits pour vous.

Il aurait été plus correct et plus conforme à l'usage de dire, ni ma maison ni mon lit ne sont faits pour vous.

On trouve souvent et au lieu de /ndans îles propositions négatives, et ni au lieu de et dans des propositions affirmatives. Ce sont des fautes qu'il faut éviter.

Je ne connaissais pas Almanzor vt l'amour.

(Roy, Ballet des élément».)

il fallait:

Je TU connaissais pas Almanzor ni l'amour,

parce que la phrase est négative. — De même, au lieu de dire la poésie n'admet pas les expressions et les transpositions particulières, il faut dire, avec le père Buflier, la poésie n'admet ni les expressions ni les transpositions, etc. Voyez Ni, Cvp ula l if, Disco nven ance.

Ér.\LER. V. a. de la 1" conj. Dans le sens d'offrir aux yeux, il se dii dos choses qui flattent les regards par la grandeur, par la variété, par la ipompc, par la magniflcence : Étaler quelque chose à quelqu'un :

Quelle gloire, seigneur, quels triomplies égalent Les spectacles pompeux que ces bords vous étalent t (Rac, Iphig., act. I, se. i, 23.)

État. Subst. m. L'Académie a omis la définition de l'acception générale de ce mot. État d'un être en général, c'est la coexistence des modifications variables et successives, avec les qualités fixes et constantes. Celles-ci durent autant que le sujet qu'elles conslitueni, et elles ne sauruieiit souffrir de détriment sans la destruction de ce sujet; mais les modes peuvent varier et varient effectivement, ce qui produit les divers étals par lesquels passent tous les élres finis. On distingue Vétat d'une chose eu interne et externe. Le premier consiste dans les qualités changeantes intrinsèques; le second dans les (jualilés extrinsèques, telles que sont les relations. L'état interne démon corps, c'est d'être sain ou malade; son état externe, c'est d'être bien ou mal vêtu, dans un lel lieu ou dans un aulre. L'usage de celle distinction se fait surtout sentir dans la morale, où il est souvent important de bien distinguer ces deux états de l'homme. [Encyclipédie.)

On disait auliefois faire étui, pour esliiner, faire t:ii5,jc fais beauc^nip d'état de cet hommelà ;\)QUV présumer, penser,/^ fais état qu'il y a là vingt mille hommes; pour résoudre, je fais état de venir en tel temps, de partir tel jour; pour être assuré, faites état de cette somme, faites état que vous aurez cette somme dajis quinse jours. Toutes ces façons de parler ont vieilli.

Avei-vous su l'état qu'on fait de Curlaceî

fCoBW., Hor., ad. II, se. IT, I.)

Voltaire dit au sujet de ce vers, Vétat ne se dit plus, et je voudrais qu'on le dit. Noire langue

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