‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 158 sur 453 · ÉTR · texte numérisé non relu

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tion subordoiiiice : Je in étonne que vous n'ayez pas prévu cet accident, je ne m étonne plus qu'il craigne de me roù-.— Dans les phrases inlcrrogalives, on mol (lueliiuerois si au lieu de que, cl alors le verbe de la i>hrase subordonnée resle à l'indicalif: Faut-il s'étonner s'i\s ne sont point aimés, puisqtiils n'aiment nen que leurs grandeurs et leurs plaisirs? {¥éne\., Télém., liv. XllI, l. Il, p. 94.) On dil aussi ne vous étonnes pas si j'en use de la sorte.

JÉTOLFFANT, ËTOUFFAKTK. Âdj. Ycrbal lifc du V. étouffer. 11 se inel ordinaircnicnl après son subslaniif; ccpendanl il pourrait iiutiquelois le précéder, surtout au rcniinin : Les étouffantes chaleurs nov s empêchèrent de continuer notre route. A oyez Adjectif.

ÊTotFFEii. V.a. de lal"^^' conj. L'Académie ne le dil au propre que dans le sens de suffoquer, faire perdre la ros|)iralion, la vie. Ce verbe au propre a une signilieation plus clendue. 11 signifie sui)prinicr la connnunicaiion avec l'air libre. On dil étouffer le feu dans un fourneau. On dit au figuré, étouffer la révolte de ses sens, étouffer le courroux, la haine.

Tu sais qu'à mou devoir tout euliére attachée, TétouffaU de mes sens la révolte cachée. . . .

(YoLT., OEd., act. II, se. Il, 41.)

Tant de coups imprévus m'acohblent à la fois. Qu'ils m'àteot la parole et m'étouffent la voix.

(lUc, Phid., acl. IV, se. il, 45.)

Ses malhears, lui dit-il, ont étouffé nos haines.

(Volt., Heur., I, 349.)

La paix a dans son cœur étouffé son courroux.

[Idem. VI, 549.)

Etourdi, Êtoirdik. Adj. Il ne se met qu'après son subst. : Un homme étourdi, une femme étourdie.

£tolrdiment. Adv. 11 se met après le verbe : Agir étourdinient.

Étourdissant, Étourdissante. Adj. verbal tiré du V. étourdir. Il se met après son subst. : Un bruit étourdissant.

Étrange. Adj. des deux genres. L'Académie définit ce mot, ce qui n'esû pas dans l'ordre et dans l'usjige communs. Celle définition ne convient p<iinî au mol étrange i ce qui n'est pas dans l'ordre commun est désordonné , déréglé, et sans ordre. Ce qui n'est pas dans l'usage commun est extraordinaire. Etrange se dil de" ce qui esl ou nous parait contraire aux notions que nous nous sommes formées des choses, d'après des expériences bien ou mal faites. Ce qui paraît étrange à l'un ne le parait point à l'autre; et ce que nous regardons quelquefois comme étrange est très - conforme a l'ordre. <juand nous disons d'un homme qu'il est étranne, nous entendons que son action n'a rien de commun avec celle que nous croyons qu'un homme sensé doit faire en pareil cas; de là vient que ce qui nous semble étrange dans un temps, cesse quelquefois de nous le parailre quand nous sommes mieux instruits. Une affaire étrange est celle qui nous offre un concours de circonstances auquel on ne s'allendail point , moins parce qu'elles sont rares, que parce qu'elles ont une apparence de contradiction. Car si les circonstances étaient rares, l'affaire, au lieu d'éire étrange, serait élonuante, surprenante, singuù;re, elc. Cet adj. se met souvent avant son

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subst. : Étrangehomme, étrangehumeur, étrange affaire, étrange aveuglement ; un humme étrange, une humeur étrange. Voyez Adjectif.

Étrangement. Adv. 11 peut se mettre entre l'auxiliaire et le [larlicipe : Il s'est étrangement trompe, il s'est trompé bien étrangement.

Étranger, Étrangère. Adj. Kn prose, il ne S€ inel qu'après son subst. : Climats étrangers, langue étrangère. Karine l'emploie dans un sens (jue l'Académie n'indique poinl :

David m'est en horreur, elles fils de ce roi, Quoique nés de mon sang, sont étrang-rB pour moi. [Ath., acl. II, se. Yii, 115.)

On dit aussi il est étranger à toute espèce cPitf trigue, il est étranger dans ce pays.

Étrangir. V. a. delà 1" conj. Il signifie, selon l'Académie, chasser d'un lieu, faire éloigner d'un lieu, désaccoulumcr d'y venir : Les rats, les vioincaux ont étrange les pigeons du colombier. Elle ajoute qu'il se dil familièrement des personnes : Il a su étranger les imp rtuns qui venaient chez lui; Cl qu'il Se met aussi (pielquefois avec le pronom personnel: Le gibier s'est étrange de cette plaine. — Il n'est usité dans aucun sens.

Étrangeté. Subst. f. On disait anciennement estrangeté. Vieux mol qui signifiait merveille, rareté, nouveauté, chose élonnanlc, extraordinaire. « Si le plus grand de tous los défauts, dit La Harpe dans son Cours de littérature, esl de ne pouvoir pas êlrc lu, quel reproche peut-on nous faire d'avoir oublié les vers de Ronsard, tandis que les amateurs savent par cœur plusieurs morceaux de Marot et de Sainl-Gclais, qui écrivaient tous doux trente ans avant lui? C'est qu'en effet il n'y a pas quatre vers de suite qui puissent êlre reicnus, grâce à l'étrangeté de sa diction [s'il m'est permis de me servir de ce mot nécessaire, et que l'exemple de plusieurs écrivains de nos jours devrait avoir déjà consacn^. » [Cours de litt.. Il' part., liv. I, ch. i, t. iv, p. 77 )

Être. V. auxiliaire el substantif. Pour sa conjugaison, voyez Auxiliaire.

Comme verbe substantif, il sert à marquer la liaison que nous faisons dans notre esprit de deux termes d'une proposition, c'esl-à-dirc du sujet et de l'allribut, Pierre est bon ; el par l'analyse, on le retrouve dans tous les verbes adjectifs : Pierre aime, c'est-à-dire Pierre est aimant.

Le verbe être esl auxiliaire lorsqu'il se joint au participe passé d'un aulrc verbe, jiour en former les temps composés, comme je suis aimé, j'étais tombé, etc. Hors de la, c'est un verbe substantif, c'est-à-dire qu'il ne signifie que l'affirmation, sans aucun attribut ; à moins qu'avec l'affirmation il ne renferme le plus général de tous les attributs, (jui est l'être, comme dans celle phrase : Corneille était du temps do liacine, c'est-à-dire existait du temps de Racine.

L'auxiliaire être sert à conjuguer les \erbes passifs dans tous leslemps : Etre aimé, il est aime, il était aimé; les temiiS conqKisi'S des verbes pronominaux, et la plui)art des verbes neutres : Je me suis blessé, j'étais arrivé, il est sorti, etc.

Quand le verbe être est em[)Ioyé comme verbe impersonnel avec des adjectifs eu des substantifs, il rédl de avec l'infinitif, ou i/ve avec le subjonctif: // est bon, il est vtile do faire, de dire, etc.; ou que je fasse, (pic je dise, etc. Le oremier est ordinairement préférable.

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On dit U est des hommes qui, ou il y a des hommes qui. Ces deux façons de parler sonl admises en prose ; mais la dcniicrc n'csl |)as soufferte en vers, à cause do l'Iiialus. Voyez II.

On dilcVs< au maître à parler, c'est au dis- (~iplc d'écouter. Les çraniinairiens disent que de vaut mieux quand le verhe commence par une voyelle ; Cest à nous d'obtir, et non pns à nbrir. Nous ne saurions croire que la raison cle l'iiialus soit la seule qui doive déterminer l'emploi de deux prépositions qui expriment des rapjjorts si diffcrcnls. Il nous semble qu'il faut emiiloyer à lorsqu'il s'agit d'une action a faire par le sujet, et de lorsque lo sujet ne doit pas agir, mais rester seulement dans un état passif. Ainsi l'on dit bien c'est au maître à parler, parce qu'il est question d'une action que doit faire lo mailie; c'est au disciple d^écnuter, parce que le disciple doit rester dans un état passif; dans ce dernier cas, le de n'est pas mis pour éviter l'hiatus, mais poijr marquer l'état. On ne dirait pas c'est au disciple à se taire; il faut dire efe se taire. Je conviens qu'on doit, autant que l'on peut, éviter les hiatus; mais il ne faut i)as le faire aux dépens de la nature des prépositions. H vaut mieux chercher im autre tour.

.Avec la nrgation, est se met quelquefois à la tête de la phrase et avant le sujet : N'est pas toujours gaiquireut.

On dit ce qui est certain, et ce qu'il y a de certain. La préposition de est nécessaire avec ce qu'il y n ; elle serait de trop avec ce qui est.

On dit être d'une simplicité, d'ujie bêtise, d'u?ie curiosité, etc. Les habitants de Paris sont d'une curiosité qui va jv.iquà l'extravagance. (Montesquieu, XXX* lettre persane.)

Étheime. Subst. L L'Académie ne le met qu'au propre. Les meilleurs écrivains l'ont employé au ligure :

Et du nœud de l'iiynien Yétreinte dangereuse Me rend infortuné, s'il ne tous rend heureuse.

(Volt., Zaïre, act. I, se. ii, 57.)

Étroit, Étroite. Ailj. Il se met avant le subst. lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent : Un chemin étroit, une rue étroite; des bas étroits, des souliers étroits ; utie étroite alliance, une étroite amitié; tine étroite v.iiion, une v?iio?i étroite; une liaison étroite, une étroite liaison. \oy(iz yidjectif.

ÉTRoiTKMi.NT. Adv. Il pout sc mettre entre l'auxiliaire et le participe : Il s'est élroitcvtent attaché à la règle. On lui a étroitement défendu de...

Êtdde. Subst. f. Voltaire a dit dans la Mort de César (act. II, se. v, 6) :

T.i fièrc ingratitude Se failHe m'ollcnscr une farouclie étude.

ÉTDDiF.R. V. a. de la 1" conj. L'Académie dit étudier un homme, étudier les inclinations du prince, étudier le monde. —■ On dit aussi étudier te cœur de quelqu'un :

J'étudiai leur cœnr, je flattai leurs Caprices.

(Rac, Ath., act. HI, se. III, 76.)

ÉTYMOt.oGiE. Subst. f. Origine d'un mot, dérivation d'un mot. Le mot d'où vient un autre mol s'appollo primitif, et celui qui vient du primitif s'aiipclle dérive. On donne quelquefois au primitif mcmo le nom A'élymologie ; ainsi l'on dit (\\Xftpater est l'étymolosie de père. L'Académie n'? Doint indiquécetle acception.

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Étymologique. Adj. des deux genres, qui se met toujours après son subst. On appelle art étymologique, l'art de remonter à la source des mots, de débrouiller la dérivation, l'altération et le déguisement de ces inéincs mots, de les dépouiller de ce qui, pour ainsi dire, leur est étranger, de découvrir les changements qui leur sont arrivés, et par ce moyen de les ramener à la sinq)licilé de leur origine.

Eu. Il y a qucliiues observations à faire sur ces deux lettres (]ni se trouvent l'une auprès de l'autre dans l'écriture : 1" Eu, (juoique écrit par deux caractères, ninditiuc ([u'un son .simple dans les deux syllabes du mol heureux. La Grammaire générale de Porl-Rjyal a remarqué il y a long-lemps que eu est un son simple, qu'oitpie nous l'écrivions avec deux voyelles. Car ce qui fait la voyelle c'est la simiilicitc du son et non la manière de désigner le son par une ou plusieurs lettres. Les Italiens désignent le son ou par le simple caractère v, ce qui n'empêche pas que ou ne soil (également un sun simple soil en italien, soit en français. Dans la diphlhongue, au contraire, on entend le son particulier de chaque voyelle, quoiijue ces deux sons soient énoncés par une seule émission de voix , i-é, pitié; u-i, nuit, bruit, fruit; au lieu que dans feu vous n'entendez ni \'e, ni Vu; vous entendez un son particulier tout a fait dilférenl de l'un et de l'autre ; el ce qui fait écrire ce son par deux caractères, c'est qu'il est formé par une disposition d'organes à peu près semblable à celle qui forme \'e et a celle qui forme 1'»/. 2" Eu, participe passif du verbe avoir, a subi plusieurs variations dans l'orthographe. On a écrit heu, puis simplement u; (Milin on écrit communément en, ce qui a donné lieu de i)rononcer e-u, usage qui s'était établi à la cour de Louis XIV, m.ais qui n'a jamais été général. Aujourd'hui le bon usage veut qu'on prononce?/, comme s'il n'y avaii ijn'iin u. 3" Ett s'écrit œu dans a'uvre, .^œur, bœuf, œuf. On écrit comiTiunément œil, el l'on prononce euil. Voyez Diphllwngue.

EucnAiiisTiE. Subsl. f. Ch se prononce comme k, el /z garde sa prononciation naturelle.

F( PHÊMisME. Subst. m. C'est une figure par lafiuelle on déguise des idées désagréables, odieuses ou tristes, sous des noms qui ne sont point les noms propres de ces idées; c'est ainsi que nous disons le maître des hautes œuvres, pour ne pas dire le bourreau. C'est ainsi que nous disons à un pauvre qui nous demande l'aumône. Dieu vous assiste. Dieu mus bénisse, plutôt que de dire /e n'ai rien a vous donner. Stiuvent, pour congédier qucliiu'iin, on lui dit voilà qui est bien, je vous remercie, au lieu de lui dire o//esvous-en.

EcPHOKiE. Subsl. f. Mot emprunté du grec, et qui signifie prononciation facile, agréable. Cette facilité de prononciation donl il s'agit ici vienl de ia facilité du mécanisme des organes de la parole. Par exemple, on aurait de la peine à prononcer 7na âme, ma épée ; on prononce plus aisément mon âme, mon épée. De même on dit par euphonie, mon amie, el même m'umie, au lieu de ma amie.

C'est par la raison de celle facilité dans- la prononciation (jue, pour éviter la peine qtie cause l'hiatus ou bâillement, lors(iu'un mol finit par une voyelle el que celui qui suit connnence pa-une voyelle, on insère quelquefois entre ces deu' voyelles ccitaines consonnes y\\n mettent pius de liaison dans les mois, et par conséquent plus

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