‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 176 sur 453 · FIE · texte numérisé non relu

FIE

Fictif, Fictive. Adj. qui ne sp mot qu'après son subst. ; T'itre fictif, proprictis fictires.

Fidèle. Adj. des tlciix genres. I,'Ac;ul('mi'! dit (idèl-e en ses promesse-t ; Racine a dit âdèle en ses menaces. (Atlwlie, act. I, se. i, 112) :

Et Dieu trouve fidèle en toutes ses meuMes.

Dclille a dit fidèle à ses desseins {Enéide, VI[, StiO):

Alors Juiion, fidèle à ses affreux desseins. . .

Cet adjectif peut se inellre avant son subst , en consultant l'oreille et l'analogie: Un fidèle nmi, une fidèle ipouse. On ne dirait pas un fidèle Jiomme, une fidèle femme. Voyez Adjectif,

FiDÈLEjiKNT. Adv. On peut le placer entre l'auxiliaire et le participe : // s'est acquitté fidèlement do sa commission, ou il s'est fidèlement acquitté de sa commission.

Fieffé, Fieffée. Adj. On peut le mettre avant son subst., en consullant l'oreille et l'analogie : C'est un fripon fieffé, ou un fieffé fripon. On ne dirait pas vn fieffé ivrogne, à cause de l'hiatus. Voyez Adjectif.

FiEr.. V. a. de la 1" conj. On dit se fieréi, se fier en, se fier sur. Voici comment nous croyons qu'on peut expliquer les différences qui doivent exister entre ces trois manières de s'exprimer. Nous nous fions à quelqu'un, parce que nous croyons qu'il ne nous trompera pas. On ne sait à qui se fier, parce qu'on craint d'ôlre trompé. Nous nous fions à V7ic chose quand nous croyons qu'elle ne trompera pas notre espérance.

Plus il se Ce à tous, plus je dois espérer.

(Volt., Brut., act. II, se. iv, 22.)

Vous fiez-Tous encore à de si faibles armes ?

(Rac, Iphig., act. T, se. ii, 13.)

Se fier en quelqu'un, se dit par opposition à toute autre personne en qui on aurait pu se lier : Je me fie en vous, je ne me fie qu'en vous; vous (■'les le seul en qui je metle ma confiance. On se fie sur une personne quand on croit qu'elle a tous les moyens Piéccssaires pour effectuer ce qu'on désire. Dans cette malheureuse affaire, je méfie sur vous pour me tirer d'embarras ; je me fie sur vos talents, sur votre adresse, sur votre éloquence.

. . . Lorsque avec frayeur je parais à vos yeux, Que sur mon innocence à peine je me fie.

(Rac, Britan., acl. II, se. m, 80.)

Fier, Fière. Adj. Le r se prononce fortement. On peut le mellre avant son subst. lorsque l'iiarmonie et l'analogie le permettent : ÔEil fier, mine fière, air fier. Dans cette fière contenance, il bravait son rival. 11 régit quelquefois la pré- [wsition de : Il est fier de celte préférence. Voyez Pierté.

FiÈRE.ME.M. Adv. On peutle mettre entre l'auxiliaire et le participe : Il s'était avancé fièrement vers l'ennemi, ou il s'était fièrement avancé vers l'ennemi.

Fierté. Subst. f. 11 n'a point de pluriel. — Cependant lorsqu'il s'agit non plus du caractère, mais de ses actes, de ses effets, nous pensons, malgré le silence de l'Académie, qu'on peut dire avec Molière les fiertés d'une femme, comme on dit les imprudences, les méchancetés, etc. 'A. I.emaire, Grammaire des Grammaires, p. 147.)

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Fierté est une de ces expressions qui, n'ayant d'abordéléemployéosque dans iMisonso(lieux,ont été ensuiic drtournées a un sens l'avorabl(>. C'est un blàmcqiianil ce mot signifie la vanité hautaine, aiiiôrc, orgueilleuse, dédaigneuse. C'est prestjue une louange quand il signifie la hauteur d'une àme noble. C'est un juste éloge dans un général qui ynarche avec fierté à l'ennemi, l.cs éci'ivains ont loué la fieité de la démarche de Louis XlV; ils auraient du se conlenlcr d'en ronianpicr la noblesse. La fierté de l'âme, sans hauteur, est un mérite compatible avec la modestie. H n'y a (|ue la fierté dans 1 air et dans les manières qui choque; elle déplaît dans les rois mornes. La fierté dans l'extérieur, dans la société, est rex|)rcssion de l'orgueil. La fierté dans l'âme est de la grandeur. Les nuances sont si délicates, qu'esprit fier est un blâme, âme fière une louange. C'est que itnr esprit fier on entend un honni:e(iui pense avantageusement de bii-mcme, et p<\vâiiie fière oa entend dos sentiments élevés. La liorlé annoncée par l'extérieur est i(!llcment un défaut, que les pclits qui louent bassement les grands de ce défaut, sont obligés de l'adoucir, ou i)hilôl de le relever par une épithète, cette noble fierté. Elle n'est pas seulement la vanité, qui consiste seulement à se faire valoir jiar les petites choses ; elle n'est pas la présomption, qui se croit capable des grandes; elle n'est pas le dédain, (]ui ajoute encore le mépris des autres a l'air de la grande opinion de soi-même; mais elle s'allie avec tous ces défauts. On s'est servi de ce mut dans les romans et dans les vers , surtout dans les opéra, pour exprimer la sévérité de la pudeur; on y rencontre partout vaine fierté, rigoureuse fierté. Les poètes ont eu i)eut-éire plus de raison qu'ils ne pensaient. La fierté d'une femme n'est pas simplement la pudeur sévère, l'amour du devoir, mais le haut prix que son amour-propre met à sa beauté. On dit quelquefois la fierté du pinceau, pour signifier des touches libres et hardies. [\tj\\... Die t. philos.)

FiGUu.^TiF, FiGiR.\TivE. Adj. Oii appclIc précepte figuratif, phrase figurative , un précepte, une phrase, i]ui nous enseignent quehjue chose de fait ou de doctrine, pat des similitudes. Il ne se met qu'après son subst.

FiGCRATivE.MENT. Adv. 11 sc met aprèsle verbe.

Figure. Subst. f. Terme de grammaire et de rhétorique. On entend [tar figure, une disposition particulière d'un ou de plusieurs mots, relative à l'état primitif et pour ainsi dire fondamental des mots ou des phrases. Les différents écarts que l'on fait dans cet étal primitif, et les différentes altérations qu'on y apporte, font les Mîéren[cs figures de mots ou de pensées. Ces deux mots Cérès et Bacchus, sont les noms propres et primitifs de deux divinités du paganisme. Ils sont pris dans le sens propre, c'est-à-dire selon leur première destination , lorsqu'ils signifient simplement l'une ou l'autre de ces divinités. Mais comme Cérès était la déesse du blé, et Bacchus le dieu du vin, on a souvent pris Cérès pour le pain, et Bacchus pour le vin; et alors les adjoints ou les circonstances font connaître que l'esprit considère ces mots sous une nouvelle forme, sous une autre figure; et l'on dit qu'ils sont pris dans un sens figuré. Madame Deshoulières a pris pour refrain d'une ballade :

L'amour languit sans Bacchus et Cérè.s.

C'est-à-dire qu'on ne songe guère à faire l'amour quand on n'a pas de quoi vivre.

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Il y a des fisiircs de mots et des figures de peiiscos. Les promitTCS tiennent es^onticUeuienl au matériel des mots, au lien ([ue 1rs liciiies do pensées n'ont besoin des mois que pour être émmccrs. 11 y a dos ligures de mots qu'on appelle figures de constrvctioii. Quaml les mots sont rangés selon l'ordre successif de leurs rapports dans le discours, et que le mot qui en détermine un au Ire est placé immédiatement et sans interruption apré^ le mot qu'il délermino, alors il n'y .i point de ligure de construction. Mais lorsipi'on s'écarte de la simi»licilé de cet ordre, il y a ligure, les principales figures de construction sont l'ellipse, le pléonasme, la syllepse ou synthèse, l'imcrsion ou hyperhaie. Voyez ces mots.

Il y a des figures de mots (ju'on appelle trrprs, à cause du cliangeinent (]ui ariivc alors à la signification propre du mot. Ainsi toutes les fois qu'on donne à un mot un sens différent de celui i)our lequel il a été primitivement établi , c'est un trope. Ces écarts de la première signification du mot se font en bien des manières différentes, auxquelles les rhéteurs ont donné des noms particuliers. Voyez Tropes.

Il y a une dernière sorte de figures de mots qu'il ne faut pas confondre avec celles dont nous venons do parler.

Les figures dont il s'agit ne sont point des tropes, puisque les mots y conservent leur signification propre; ce ne sont point des figures de pensées, puisque ce n'est que des mots qu'elles tirent ce (pi'elles sont. Telles sont la répétition, la synonymie, Vonornatopée. Voyez ces uiols.

Les figures de pensées consistent dans la pensée, dans le sentiment, dans le tour d'esprit; en sorte que l'on consen-e la figure, quelles que soient les paroles dont on se sert pour l'exprimer.

Les figures, ou expressions figurées, ont chacune une forme i)articuliére qui leur est propre, et (]ui les distingue les unes des autres. Par exemple, Vantithèsc est distinguée des autres manières de parler, en ce que les mots qui forment l'antithèse ont une signification o[)poséc l'une à l'autre. L'apostrophe est différenie des autres figures, parce que ce n'est que dans l'apostrophe qu'on adresse tout d'un coup la parole à quelque personne présente ou absente. Ce n'est que dans laprosopopée(\nG\ow fait parler les morts, lesabsentsou les êtresinanimés. lien est de môme des autres figures. Les grammairiens et les rhéteurs ont fail des classes parti<'ulières de ces différentes manières, et ont donné le nom iefifiirres de pensées à colh^squi énoncent les jiensées sous une forme particulière qui les distingue les unes des aiUres et de tout ce qui n'est que phrase ou expression. Ces classes sont en très-grand nombre, et il est inutile de les connaître toutes. Les principales, outre celles que nous venons de nommer, sont Vexclamatinn, l'interrogation, la commv nication , Vénumératinn, la concession, la gradation, la suspension, la rélicence, l'interruption, Vohserration, la périphrase, l'hyper- Me, etc.

Les figures rendent le discours plus insinuant, plus agréable, plus vif, plus énergique, plus pathétique; mais elles doivent être rares et bien amenées. Elles ne doivent être que l'effet du sentiment et des mouvements naturels, et l'art n'y doit |iuint paraître.

Nous parlons naturellement en langage figuré lorsque nous sommes animés d'une violente pas-

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sion. Quand il est de notre intérêt de persuader aux autres ce que nous pensons, et de faire sur eux une impression pareille à celle dont nous sommes frai)pés, la nature nous dicte et nous inspire son langage, .\lors toutes les figures de l'art oratoire (pie Tes rhéteurs ont revêtues de tant de noms pompeux, ne sont <iue des façons de l)arler très-communes que nous prodiguons sans aucune connaissance de la rhétorique. Ainsi le langage figuré n'est que le langage de la simple nature appli(iuc aux circonstances où nous le devons parler.

Rien de plus froid que les ex[)ressions figurées quand elles ne sont pas l'crfet naturel du mouvement de l'àme. Pour(]uoi les mêmes pensées nous i)araisseiu-elles beaucoup plus vives quand elles sont exprimées par une ligure, que si elles étaier.l enfermées dans des expressions toutes simples? C'est que les ex[iressions figurées nianpient, outre la chose dont il s'agit, le mouvement et la pass'ion de celui qui parle, et impriment ainsi l'une et l'autre idée dans l'esprit; au lieu (lue l'expression simple ne marque que la vérité toute nue.

les figures doivent surtout être employées avec ménagement dans la prose, (]m traite souvent des matières de discussion et de raisonnement. On n'admet f)oint le slyie figuré dans l'histoire, car trop de métaphores nuisent à la clarté ; elles nuisent même à la vérité, en disant plus ou moins que la chose même. Les ouvrages didactiques le réprouvent également. Il est bien moins à sa place dans un sermon que dans une oraisou funèbre, parce que le sermon est une instruction dans laquelle on annonce la vérité, l'oraison funèbre une déclamation dans laquelle on l'exagère.

L'imagination ardente, la passion, le dé.'iir souvent trompé de plaire par des expressions surprenantes, produisent le style figuré. La poésie d'enthousiasme, comme l'épopée, l'ode, est le genre qui reçoit le plus ce style. On le prodigue moins dans la tragédie, où le dialogue doit être aussi natmel qu'élevé ; encore moins dans la comédie, dont le style doit être plus simple. C'est le goût qui fixe les bornes qu'on doit donner au style figuré dans chaque genre.

1, 'allégorie n'est point le style figuré. On peut, dans une allégorie, ne point employer les figures, les métaphores, et dire avec simplicité ce qu'on a inventé avec imagination.

Presque toutes les maximes des anciens Orientaux et des Grecs sont dans un style figuré. Toutes ces sentences sont des métaphores, de courtes allégories; et c'est la que le style figuré fait un très-grand effet, en ébranlant l'imagination et en se gravant dans la mémoire. C'est ainsi qu'on a dit n'attises pas le feu avec l'épée, pour dire n'irritez pas les esprits échauffés. Il y a dans toutes les langues beaucoup de proverbes qui sont dans le style figuré.

lorsqu'une figure se présente trop brusquement, elle étonne plutôt qu'elle ne plail; lorsqu'elle n'est pas soutenue, elle ne produit pas tout son effet. 11 faut donc avoir soin de préparer et de soutenir les figures.

f^otis êtes bonne, quand vinis dites que vous avez peur des beaux esprits ! Hélas! si vous saviez combien ils sont empêchés de leur personne, vous les 7iieltriez bientôt à hauteur d'appui.— y4 hauteur d'appui est ici une ligure trop brusque, et qu'on a même de la |)eine à entendre. Mais si l'on dit avec madame de Sévigné : Hélas! si vous saviez combien ils sont empêchés

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de leur personne, et combien ils sont petits de près, vous les rcinetlriez bientôt à hauteur d'appui. \'uila ce (iiii s'ap|tell(' une ligure prejKirc'e. En voici une autre qui ne l'esl pas : On voit peu ePesprits entièrement stupidcs, l'on en voit encore 7Hoins qui soient sublimes et iranscendunts. Le commun des hommes nage antre deux extrémités, (l.a Bruyère, de l'Homme, [). 3'i'7 ) Le mol ««^«T vient mal après ces deux classes d'esprit; cette figure avait besoin d'être préparée. 11 faut ici multiplier les exemples; ils instruiront mieux que les préceptes.

Si Borne a plus porté de grands hommes qu^aucune autre ville qui eût été avant elle. ce n'a foint été le Jiasurd ; mais c'est que l'Etat romain, constitué de la manière que nous avons vu, était pour ainsi dire du tempérament qui devait être le plus fécond en héros. (Bossuet, Disc, sur l'Hist. univ., Z' part., chap. VI, p. 480.) — Constitué prépare tempérament. Cependant, comme Bussuel n'a pas trouvé celte figure assez préparée, il sauve ce qu'elle a de plus brusque, en ajoutant pour ainsi dire. 11 n'aurait pas eu besoin de cette précaution s'il ei'it représenté la république comme un corps, et qu'il eût dit : C'est que le corps de la république, constitué de la «lanière que nous avons vu, était du iempérameni qui devait être le plus fécond en héros.

Que sa vérité propice Soit contre leur artiHce Ton plus invincible mur; Que son aile tutélaire Contie leur âpre colère Soit ton rempart le plus sûr.

(J.-B. Rouss., liv. III, Ode ti, 25.)

Voilà une confusion de figures qui ne sont point préparées. Qu'est-ce, en effet, qu'une véritc qui est un mur contre l'artilice, et qu'une aile (]ui est un rempart contre la colère?

Bossuel a dit : C'est en cette sorte que les esprits V7ie fois émus, tombant de rtiine en ruine, se sont dirisés en tant do sectes. [Orais. fun. de la reine d'Angleterre, p. 27.) — Des esprits ne tombent pas de ruine en ruine, et il faudrait bien des précautions pour préparer une pareille figure.

QueUiuefois c'est à la pensée même, exprimOe dans les lermes propres, a préparer la figure : Je suis sans cesse occupée de vous, ma chère enfant ; je pas!%i bien plus d'heures à Grijnan qu'aux Rochers. (Sévigné.) Je passe bien plus d'heures à Grignan qu'aux BochersC^ixine figure qu'on n'entendrait [)as si la même pensée n'avait pas d'abord été rendue dans les termes propres.

Voici des exemples de figures souteiiiles :

Où sont ces CIs de la terre Dont les Gères légions Devaient :illHmer la guerre Au sein de nos régions?

La nuit les vit rassemblées, Le jour les vit écoulées Comme les faibles ruisseaux Qui, gonflés par quelque orage, Viennent inonder la plage Qui doit engloutir leurs eauj.

(J.-B. Rouss., liv. III, Odex, H.j

Ces mots de légions écoulées font une image (}ui n'est pas assez préparée. Mais toute la suite ofi'i c une figure fort bien soutenue; car, dés quelles sont écoulées, il est très-naturel de les comparer a des torrents qui sont engloutis dans les lieux où ils se répandent. A'oici un autre exemple d'une figure bieu soutenue, à peu de chose près :

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O Dieu! qu'est-ce donc que l'homme f est-ce un prodige? est-ce un asscmbluic monstrueux de choses incompatibles? est-ce une énigme inexplicable? ou bien n'est-ce pas plutôt, si je puis parler de la sorte, un reste de lui même, une ombre de ce quHl était dans son origine, un édifice ruiné qui, dans ses masures renversées, conserve encore quelque chose de la beauté et de la grandeur de sa première forme? Il est tombé en ruine par sa volonté dépravée ; le comble est abattu sur les murailles et sur le fondement; mais qu'on remue ces ruines, on trouvera dans les restes de ce bâtiment renversé, et les traces des fondations, et l'idée du premier dessein, et la marque de l'architecte. (Bossuet.)

Ce tableau est grand et juste dans toutes ses proportions. 11 faut seulement retrancher par sa volonté dépravée, car ces mots ne sauraient se dire d'un édifice; et la régie, pour soutenir une figure, est de ne rien ajouter qui ne soit dans l'analogie de la première figure. Voici un exemple où cette règle est bien observée : Il faut que M. de la Garde ait de bonnes raisons pour se porter à l'extrémité de s'atteler avec quelqu'un ; je le croyais libre et sautant et cou ranl dans un pré; mais enfin il faut venir au timon, et se mettre sous le joug comme les autres. {.Sévigné, lettre du 17 7«(u'l676.)

JNous allons ajouter j)lusieurs exemples de figures mal |)répar6esou mal soutenues, afin «ju'on apprenne à éviter des fautes dont les meilleurs écrivains ne se garanlissenl pas toujours.

Tantôt il s'oppose à la jonction de tant de secours amassés, et rompt le cours de ces torrents qui auraient inondé la France ; tantôt il les défait et les disperse par des c-mibats réitcrés; tantôt il les repousse au delà de leurs rivières. (Fléchier, Oruis. fun. de 2'urennc, \). 110.) — On ne défait pas des torrents, on ne les dissipe l)as jiar des combats, on ne les repousse pas au delà de leurs rivières. Celle figure est donc mal soutenue.

Votre raison, qui jamais n'a flotte Que dans le trouble et dans l'obscurilé, Kt qui, rampant à peine sur la terre.

Veut s'élever au-dessus du tonnerre.

Au moindre ccueil qu'elle trouve ici-lia?, lirouclie, trébuche et tombe à chaque pas: Et vous voulez, fiers de celle étincelle. Chicaner Dieu sur ce qu'il lui révèle !

(J.-B. Rouss., liv. II, Épttre 7, ?9.)

Quand on considère la raison comme une étincelle , peut-on dire qu'elle flotte, peul-on dire qu'elle rampe? Enfin si elle rampe, Orrmcnet-elle, trébuche-t-elle, tombe-t-elle au moindre écueil? Ce n'est là qu'une confusion de fiuures.

Je ne doute point que le public ne soit étourdi et fatigué d'entendre, depuis quelques années, de vieux corbeaux croasser autour de ceux qui, d'un vol libre etd'uiie plume légère, se sont élevés à quelque gloire pur leurs écrits. Ces oiseaux lugubres semblent, par leurs cris continuels, leur vouloir imputer le décri universel où tombe nécessairement tout ce qu'ils exposent au grand jour de l'impression, co/"w<? si oii était cause qu'ils manquent de force et d'iudeine, ou qu'on dût être responsable de cette médiocrité répandue sur leurs ouvrages, (l.a Bruyère.)

Voilà des oiseaux, des ailes, des plumes, dei ouvrages, des écrits exposés au jour de l'inqires-sion, et qui ne sont rien moins qu'une figure sou tenue.

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