‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 177 sur 453 · FIL · texte numérisé non relu

FIL

Dieu redresse quand il lui plaît le sens égaré. (Bossucl.) On ramène ce qui est égaré, on ne le redresse pas.

Jusquesau bord du crime ils conduisent nos pa?. Ils nous le font coinmcllre et ne l'excusent pas.

(Rac, Frérei ennemi», act. III, se. Il, 19.)

Commettre et excuser ne peuvent s'associer avec un crime représenté comme un précipice sur le bord duquel nos jtas sont conduits, l'inissoiis par une ligure bien soutenue :

A peine du limon où le vice m'engage.

J'arrache un pied timide et sors en m'agilanl. Que l'autre m'y reporte ets'embourbe à l'instant.

(BoiL., Épttre III, 90.)

On voit, par ces exemples, qu'une ligure a besoin d'être préparée toutes les fois que le terme substitue n'a pas une analogie assez sensible avec celui qu'on rejette. On voit aussi qu'une figure est soutenue lorsqu'on conserve la même analogie dans tous les termes qu'on emploie. (Dumarsais, Voltaire, Jaucourt, La Harpe, Condillac.) Voyez Trope.

Figuré, Figurée. Âdj. Il signifie exprimé en figures. On à\\.nnhallet figuré, d'un ballet qui représente ou que l'on croit représenter une action, une passion, une saison, ou qui simplement forme des ligures , par l'arrangement des danseurs deux "à deux, quatre à quatre ; copie figurée , parce qu'elle exprime précisénicnt l'ordre et la disposition de l'original; vérité [\- ^'urée par une fable, par vne parabole ; l'Eglise figurée par la jeune épouse du Cantique des Cantiques; l'ancienne Rome figurée /sac Babijlonc ; slyle figuré par les expressions métaphoriques (jui figurent les choses dont on parle, et qui les défigurent quand les métaphores ne sont pas justes. (Volt., Dict. philos.)

Cet adjectif se met toujours après son subst. Voyez Figure, Style, Trope.

FiGURÉMENT. Adv. Il HO se met qu'après le verbe : Ce mot est pris figurément, et non pas est figurévient pris.

Fil. Subst. m. On prononce le l, mais sans le mouiller.

Filial, Filiale. Il n'a point de pluriel au masculin. On ne dit ni filials , ni filiaux. En prose, il ne se met (ju'aprés son subst. : Respect filial, crainte filiale, piété filiale.

FiLiALEMEM. Adv. Il sc luct aprés le verbe : Il s'est comporté finalement envers son père et sa mère.

Fille. Subst. f. L'emploi de ce mot au figuré est fort étendu :

La médisance est la fille immortelle De l'amour-propre et de l'oisiveté.

(Volt., ÉpUrc XXXY, 13.)

La mort auprès de lui, fille affreuse du temps.

(Volt., Henr., VII, 79.)

Colberl, c'est sur tes pas que l'Iieureusc abondance. Fille de tes travaux, vient enricliir la France.

(Idem, VII, 348.)

Et si la perfidie est fille de l'erreur.

(/dem, II, 8.)

Sous le puissant abri de son bras despotique, Au fond du Vatican régnait la politique, Fille de l'inliJrCa et de l'ambition.

[Idem, IV, 222.

Voyez Demoiselle.

FIN

Fils. Subst. m. On ne prononce jamais leZ. On prononce le s final devant une voyelle ou un h non aspiré : Son fU-zaîné. ^'oyez Lis.

Fin, FiNK. Adj. H se met iir.linairenient après Son subst. : Toile fine, étoffe fine ;~pensée fine, raillerie fine, plaisanterie fine, etc. Cependant on pi'Ut din; dansquol<iucs cas une fine ruil'çrie, vue fine plaisanterie. Il précède aussi son subst. dans les phrases suivantes, (pii sont comme consacrées ; Un fin renard, une fine bête, vne fine mouche, un fin matois, en fin fond de forêt. Voy.

.adjectif. Finesse.

Fin. Sut

bst. f. Terme relatif à commencement.

Le commencement est des parties d'une chose celle ijui est ou qu'on regarde comme la première; et la fin celle qui est ou (]u'on regarde comme la dernière. Ainsi on dit la fin d'unvuyuge, la fin d'un ouvrage, la fin de la vie, la fin d'une passion. Cette passion tire à sa fin, cet ouvrage tire à sa fin. Une ouvrière dirait en dévidant un peloton de fil ou en travaillant, je touche à la fin de mon fil; si elle en séparait une petlle portion, voilà un bout de fil ; si elle considérait ce fil comme continu, je le tiens par le bout ; %\ gWq n'avait égard qu'au bout (lu'ollc tient, et qu'il fût sur le point de lui échapper des doigts, tant la partie <iu'cllc en tiendrait serait petite, je n'en tiens plus que l'extrémité.

A LA FIN. Expression adverbiale. On peut la mettre au commencement de la i)iirase : A la fin il convint de tout ; on n^rii-i le verbe, il convint de tout à la fin; ou entre l'auxiliaire et le participe, il est il la fin convenu de tout.

Final, Finalk. Adj. H ne se met (praprùs son subst. : État final, compte final, quittance finale^ impénitence finale, persévérance finale; il fait finals au masculin pluriel, des sons finals. — L'Académie n'indique pas le pluriel. Cet adjectif s'emploie substantivement au féminin, pour signifier la dernière syllabe d'un mot : Finale longue, finale brève. (Acad.)

Finale. SuDst. m. Terme de musique emprunté de l'italien. Morceau d'ensemble qui termine un acte d'opéra : Le finale du premier acte. On dit, dans un sens analogue, finale de symphonie, finale de sonate. (Acad.)

Finalement. Adv. Il peut se mettre au commencement de la phrase : Finalement il en est venu à bout; ou eiUre l'auxiliaire et le participe, il est finalement convenu qu'il avait tort; ou après le verbe, il est convenu finalement qu'il avait tort.

Finaud, Finaude. Adj. Il ne se met qu'après son subst. : Un homme finaud, une femme finaude.

Finement. Adv. Il peut se mettre entre l'auxiliaire et le participe : // a répondu finement, ou il a finement répondu. Il s'est finement tiré d'affaire.

Finesse. Subst. f. Ce mot ne signifie, ni au propre ni au figuré, mince, léger, délié, d'une contexture rare, faible, ténue; il exprime quelque chose de déUcat et de fini. Un drap léger, une toile lâche, une dentelle faible, un galon mince, ne sont pas toujours fins. Ce mot a du rapport avec finir; de là viennent les finesses de l'art. Ainsi l'on dit la finesse du pinceau de JVandcrwerf, de Miéris. On dit un cheval fin, de l'or fin, un diamant fin. Le cheval fin est opposé au cheval grossier; le diamant fin au faux; l'or fin ou affiné i\\'ov mêlé d'alliage. La finesse se dit communrment des ciioses déliées et de la légèreté de la main-d'œuvre. Quoiqu'on dise«?j cheval fin,

FIIN

on ne dit guère la finesse d'un cJiPvaf. On dit la finesse des cheveux, d'une dentelle, d'une éti'ff'e. (Jiiand on veut par ce mot exprimer le défaut ou le mauvais emploi de (pielque chose, on ajoute l'adverbe trop : Ce fil s'est cassé , il était trop fin. Cette étoffe est trop fine pour la saison.

La finesse, dans le sens liguré, s'applique à la conduiic, aux discours, aux ouvrages d'esprit. Dans la conduite, /î/!f55e exprime toujours, comme dans les arts, quelque chose de délie; elle peut (pielquefois subsister sans l'Iiabilelé; il est rare qu'elle ne soit pas mêlée d'im peu de fourberie ; la politique l'adiiiet. et la sociélc la n'prouve. Le proverbe de finesses cousues de fil blanc, prouve que ce mot, au sens ligure, vient du sens propre de couture fine, d'étnff]; fine.

La finesse n'e^l pas tout à fait la subtilité. On tend un piège arec finesse, on en échappe avec subtilité. On a une conduite fine, on joue un rôle subtil; on inspire la déliance en employant toujours /a finesse. On se trompe presque toujours en entendant finesse à tout. — La finesse, dans les ouvrages d'esprit comme dans la conversation, consiste dans l'art de ne pas exprimer direcicment sa pensée, mais de la laisser aisément apercevoir; c'est une énigme dont les gens d'esprit devinent tout d'un coup le mot. Tu chancelier offrant un jour sa protection au parlement, le premier président se tournant vers sa compagnie: Messieurs, ditil, remercions M. le chancelier, il nous donne plus que nous ne lui dcma ndons. C'est là une réponse très-line.

La finesse, dans la conversation , dans les écrits, diffère de la délicatesse. La première s'étend également aux choses piquantes et agréables, au blâme et à la louange même, aux choses même indécentes, couvertes d'un voile à travers lequel on les voit sans rougir. On dit des choses hardies avec finesse. La délicatesse exprime les sentiments d.^ux et agréables, des louanges lines; ainsi la finesse convient plus à l'épigramme, la délicatesse au madrigal. 11 entre de la délicatesse dans les jalousies des amants ; il n'y entre point de finesse. Les louanges que donnait Despréaux a Louis XIV ne sont pas toujours également délicates; ses satires ne sont pas toujours assez fines. Quand Iphigénie, dans Piacine, a reçu l'ordre de son père de ne plus revoir Achille, elle s'écrie :

Dieux plus doux. Tous n'aviei demandé que ma vie! (RlC, Iphig., act. V, se. i, 22.)

Le véritable caractère de ce vers est plutôt la délicatesse que la finesse. (Volt., Dict. philosophique)

Finesse, en morale, est la faculté d'apercevoir, dans les rapports superficiels des circonstances et des choses, les facultés jiresque insensibles qui se répondent, les points indivisibles qui se touchent, les lils déliés qui s'entrelacent et s'unissent. La finisse diffère de la pénétration en ce que celle-ci l'ail voir en grand, et la finesse en petit détail. L'homme pénétrant voit loin; l'homme fin voit clair, mais de prés.

La finesse ne peut suivre la pénétration, mais quelquefois aussi elle lui échappe. Un homme profond est impénétrable pour un homme qui n'est que lin ; car celui-ci ne combine que les superficies; mais l'homme profond est quelquefois surpris par l'homme- fin.

La délicatesse est la finesse du sentiment qui ne réfléchit point; c'est une perception vive et rapide du résultat des combinaisons. Si la déhca-

FIN

iesse est jointe à beaucoup de sensibilité, elle ressemble encore plus à la sugucité qu'à la ^nessc.

La sagacité diffère de la finesse, i" en ce qu'elle est dans le tact de l'esprit, comme la délicatesse est dans le tact de l'àme; 2" en ce que la finesse est superficielle, et la sagacité pénéiranic; ce n'est point une pénétration progressive, mais soudaine, qui franchit le milieu des idées, et louche au but dès le premier pas.

La ruse se dislingue de la finesse en ce qu'elle emploie la fausseté. La ruse exige la finesse pour s'cnveiopper plus élroilement, et pour rendre plus sublils les piégos de l'artifue et du mensonge. La finesse ne sert qucliiuefois q\i'à découvrir et à rompre ces pièges; car la ruse est toujours offensive, et la finesse iicut ne pas l'être. Un honnête homme peut être fin, mais il ne peut être rusé.

Du icsle, il est si facile et si dangereux de passer de l'une à l'autre, cpic peu d'honnéles gens se piquent d'être fins. Le bon homme et le grand honune ont cela de commun, qu'Us ne peuvent se résoudre à l'èlre.

Vas/uce est une (inesse pratique dans le mal, mais en petit; c'est la ^«es^ecpii nuit ou qui veut nuire. Dans l'astuce, la finesse esl jointe a la méchancelé, comme à la fausseté dans la ruse.

La perfidie suppose plus que de la finesse ;c'csi une lausselé noire et profonde qui emploie des moyens plus puissants, ipii meut des ressorts plus cachés que Vastuce et la ruse. Celles-ci, pour être dirigées, n'ont besoin que de la finesse, el la finesse suffit pour leur échapper; mais pour observer et démasquer lu perfidie, il faut h pénétration même. La perfid ie csl un abus de la confiance fondée sur des garants inévitables, tels que l'humanité, la bonne loi, l'auiorilc des lois, la reconnaissance, l'amitié, les droits du sang, etc. Plus ces droits sont sacrés, plus la confiance est tranquille, et plus, par conséquent. Va perfidie esl à couvert. On se défie moins d'un concitoyen que d'un étranger, d'un ami que d'un concitoyen, etc., ainsi par degré la perfidie est plus atroce, à mesure que la "confiance violée était mieux établie. (Marmontel.)

FiM, Finie. Adj. Il ne se met qu'après son subst. : U<i ouvrage fini, un poëme fini, un être fini.

/^t/it signifie, en grammaire, déterminé, appliqué. On divise les modes des verbes en deux espèces, en mode infinilif, et en modes finis. L'infinitif énonce la signification du verbe dans un sens abstrait, sansen faire une application individuelle, comme aimer, lire, écouter; ensorte que l'infinitif par lui-même ne dit point ([u'aucun individu fasse l'action qu'il signifie. Au contraire, les mode.<i finis appliquent l'action par rapjwrt à la personne, au nombre et au temps : l'ierre lit, a lu, lira, etc.— On dit aussi sens fini, c'est-à-dire détermine ; on oppose alors sens fini à sens rague ou indéterminé. — Sens ;Ç//i signifie aussi sens achevé, sens complet; ce qui arrive quand l'esprit n'attend plus d'autre moi pour compicndre le sens de la phrase. On met un point à la fin de la période quand le sens est fin', ou complet. Alors l'esprit n'attend idus d'autre mot par rapport à la construction de la phrase particulière. (Dumarsais.) Cet adj. ne se met qu'après son subst.

Finir. V. a. et n. de la 2'conj. 11 se conjugue comme emplir. Il se joint à un infinitif avec la préposition d^ ou la proposition à : Finir déparier, ^int>- de faire une chose, c'est cesser de la

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