‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 199 sur 453 · GAU · texte numérisé non relu

GAU

Garder. V.a. delal^conj.Ondildans Icsiylc noble, garder à quelqu'un une haine éternelle :

Moi, je gard» à ce fourbe une haine éternelle.

(Volt., JUahom., act. I, se. l, 37.)

Dans le sens i'observer, on dit garder le jeûne:

, .. Que tous les juifs dans Suzc répandus, A prier avec vous jour et nuit assidus, 3Ie prélent de leurs vœux le secours salutaire. Et pendant ces trois jours gardent un jeune austère. (Rac, J£sth., act. II, se. i, 85.)

Ce verbe, dans le sons de prendre garde, s'ein- [iloie quehiuefois sans pronom personnel ; mais c'est en poésie seulement. Employé ainsi, il exige ne dans la proposition subordonnée •

Gardez qu'une voyelle à courir trop hâtée, -Ye soit d'une voyelle en son chemin heurtée.

(BoiL., A. P., I, 107.)

Gardez qu'avant le coup votre dessein n'éclate.

(Rac, Androm., act. III, se. l, 93.)

Gardez, pour vous punir de cet orgueil étrange, Que le ciel à la fin ne souffre qu'on vous venge. (Cohn., Cid, act. Y, se. it, 41.)

GARt<EMENT. Subst. in. On ne le dit guère seul, et sans le faire précéder de quelque épithéte : Un franc garnement, un mauvais garnement.

Que cet objet charmant Soit préservé d'un pareil garnement .

(YOLT., Enf. prod., act. I, se. I, 69.)

La Fontaine a dit (liv.III, fable xviii, 18) :

Le peuple des souris croit que c'est chltimenf. Enfin qu'on a pendu le mauvais garnementi

Garrot. Subst. m.Le t final ne se prononce pas.

Gate-e>fant. Subst. des deux genres. Dans ce mol composé, le pluriel ne peut tomber sur gâte, qui est un verbe; mais il peut quelquefois tomber sur le substantif enfant. S'il n'est question que d'un seul enfant, et d'une seule [lersonne qui le gâte, il faut dire un gâte-enfant, vne gâteenfant. S'il est question de plusieurs personnes qui gâtent un enfant, il faut dire au pluriel, vous êtes des gàte-enfaïU. Alors la pluralité ne tombe que sur les personnes ([ui gâtent. Mais si l'on veut dire de plusieurs personnes qu'en général elles gâtent les enfants, il faudra dire voits êtes des gâte-enfants.

Gate-métier, Gate-pate. Dans ces substantifs composés, la pluralité ne peut tomber ni sur gâte, qui est un verbe, ni sur les substantifs métier oupâte; car il ne s'agit toujours que d'un métier et de la pâte au singulier. La pluralité ne tombe donc que sur les personnes qui gâtent, et il faut écrire au pluriel des gâte-métier, des gâte-pâte.

Gacche. Adj. des deux genres. 11 ne se met qu'après son subst. : La main gauche, le pied gauche; l'aile gauche d\n bâtiment, d'une armée; la rive gauche, un air gauche, des manières gauches.

GAUC1IEME^T. Adv. Il ne se met qu'après le verbe : Il se présente gauchement, il travaille gauchement, il s'y prend gauchement.

Gaucherie. Subst. f. L'Académie le définit, action d'un homme gauche ; ce qui n'est pas fort clair, car gauche ne se dit que d'un homme

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dont les mouvements du corps sont gênés, embarrassés, et gaucherie se dit aussi i)ar rapport à l'esprit. Une gaucherie, dans cctle dernière acccplion, est uiu; rcsululion. uiio (léiiiarchc, une action (|ui miiripic peu de jugiMiioni ci de sagacité de la part de iclui (pii en est l'auleur, et qui doit nécessairement tourner a sou désavantage, ou i)roduii;e le contraire de ce qu'il s'était proposé : f^ous avez fait là une grande gaucherie. Ce serait une gaucherie de proposer la paindans cette circonstance. Cet ambassadeur u fait plusieurs gaucheries qui ont obligé sa cour à le rappeler. H csL familier.

Gaulis. Subst. m. L'Académie le définit, branches d'un taillis qu'on alaisseescroitre.il paraitrait, par cette définition, que gaulis n'a point de singulier. On dit cependant lier avec du gau~ lis, ou avec des gaulis.

Gadlois, Gauloise. Adj. 11 ne se met qu'après son subst. : Probité gauloise , franchise gauloise.

Gaz. Subst. m. On prononce le z.

Géant. Subst. tu. En parlant d'une femme on dit une géante. On a dit autrefois ^e'ojte, on ne

i le dit plus aujourd'hui.

j Gélatineux, Gélatineuse. Adj. 11 ne se met

I (]u'aprés son subst. : Suc gélatineux, inaltérés

■■ gélatineuses.

Gémir. V. n. de la 2' conj. Les poètes le disent des choses :

I La rive au loin gémit, blanchissante d'écume.

(Rac, Iphig., act. V, se. vi, 62.)

Il entendit gémir la voix de sa patrie.

(Volt., Henr., III, 8.)

L'airain couvrait le seuil de son palais divin, Et les gonds gémissaient sous des portos d'airain. (Delil., Énéid., I, 619 )

GÉMISSANT, GÉMISSANTE. Adj. vcrbal tiré du v. gémir. On peut quelquefois le mettre avant son subst. : P^oix gémissante, peuple gémissant; colombe gémissante. Une gémissante voix.

Gènakt, Gênante. Adj. verbal tiré du v. gêner, 11 ne se met qu'après son subst. : Uîie personne gênante, une posture gênante.

Généalogique. Adj. des deux genres qui ne se met (pi'après son subst : Arbre généalogique, table généalogique.

Général, Générale. Adj. 11 se dit des choses et des persoimes, et ne se met (pi 'après son subst. : Règlement général, maxiuie générale, assaut général. Au pluriel masculin il fait yenéraux : Des principes généraux. — En parlant des personnes qui ont des emplois supérieurs : Officier général, lieutenant général, receveur général, contrôleur général.

11 se dit aussi quelquefois d'une femme: Marguerite d'Anjou, femme de Henri f^I, roi d'Angleterre, fut active et intrépide, général et soldat. (Thomas, Essai sur les femmes.)

11 y a cette différence entre général et universel, que le premier comprend la totalité en gros; le second, la totalité en détail. Le général aduicl des exceptions, l'universel n'en admet point. Il n'y a point de règle si générale qui ne souffre quelque exception. On regarde comme un principe universel une maxime dont tous les esprits sans exception reconnaissent la vérité, dès qu'elle leur est présentée en termes clairs et précis. — Dans les sciences, le général est opposé auj?articulier; l'universel à l'individuel. La gram-

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inaire générale envisage les principes qui sont ou peuvent être communs à toutes les langues ; V\{iec d\>\i<i ffrarnmairi; miiverselle esl une iiioe chimériiiue, pane que nul lioniine ne pcul savoir les princi|)es parliculieis de luns les idiomes, el que (|uand on les saurait, on ne pourrait j)as les réunir en un corps.

GÉ^iÉRALKMENT Adv. Il pcut sc mettre entre l'anxiliairc el le participe : On l'a blâmé qénéralement, ou on l'a généralement bhimé. Celle opinion esl reçi/e (jénéralemeiit, ou l'st généralement reçue. On le joint quolciuefois avec le participe p«r/a«/, et alors il sc met ou au commencement uu à la lin de la phrase : Généralement padaitl, cela est vrai, ou cela est vrai généralement parlant. \ oyez Général.

GÉMillATKDB, GlÎNKRATRICE. Adj. Il nC SC mCt

qu'après son subst. : Point générateur d'une ligne, ligne génératrice d'une surface. — f^ertu génératrice.

GÉ>Ér.ATiF , Générative. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Principe génératif, faculté généralité.

Généreusement. Adv. Il peut se mettre entre l'auxiliaire et le participe : On l'a récompensé généreusement, ou on Va généreusement récompensé.

Généreux, GÉ^KREUSE. Adj. On peut le mettre avant Son subst. lorstpie l'analogie el l'harmonie le permettent : Ami généreux, généreux ami; résolution généreuse, généreuse résolution. On ne dit \YdSgénéreux homme, généreuse âme. — On dit H7^ vin généreux, el on ne dit pas un généreux vin.

Générique. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : Lu différence générique.

Générosité. Subst. f. L'Académie ne donne point de pluriel à ce mot. Il n'en a point quand il sii'iiiiîe la vertu à laquelle on donne ce nom : La générosité est la vertu des héms. Il en a un lorstiu'il signifie des actes particuliers de générosité, jirise dans le sens de libéralité. On fait des générosités à ses amis.

Génie. Subst. m. Dans le sens de talent, ce n'est autre chose que la disposition à réussir dans un art. Quand on dit i|u'un homme a du génie, on désigne par là un talent très-supérieur. Le génie sans goût commet souvent des fautes gi'ossières; le génie conduit par le goût n'en commettra jamais. Voyez ce que dit La Harpe des niols^oiî^ cl génie. {Cours de littérature, Introdvcl., l. I, p. 14.)

On appelle expression de génie Mnc G\\)YCis\on que l'un |)arail avoir créée pour rendre avec une UnxG ou une grâce inouïe la pensée ou le senlimenl. — On appelle ^fCrttc d'«/i<? langue, son aptitude à dire, de la manière la plus courte et la plus harmonieuse, ce que les autres langues expriment moins heureusement. Le français, par la marche naturelle de toutes ses constructions, et aussi jiar sa prosodie, est plus propre à la ccnver.satiun qu'aucune autre langue.

Génie se pi'end ipiclquefois pour la personne qui a du génie; maison ne peut l'employer dans toutes les occasions où l'on emploierait le nom de cette personne. On dira bien ce grand génie a co7itHhué plus que tout autre à fixer lu langue française, ce grand génie a illustre, sa nation, parce (|ue dans ces jihrases il esl question de choses <|ui ont rapport au génie; mais oh ne dirait pas ce grand génie était lualade, ni comme un grammairien, en parlant de Corneille, deux jours après la mort de ce grand gé?iie, le roi lui

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envoya des inarques de sa libéralité. La mort d'un génie esl une expression bizarre, à cause du défaut d'analogie enlre les deux termes. Voyez Industrie.

Genre. Subst. m. Terme de grammaire. Dans le langage ordinaire, genre ou classe sont à peu près synonymes, cl signifient une collection d'objets réunis sous un point de vue qui leur esl comiMun cl propre. Il e^l probable que c'est dans le même sens que le mot genre a clé introduit dans la grammaire, el (ju'on a voulu mar(]uer par là une classe de noms réunis sous un poinl de vue commun.

La distinction des sexes semble avoir occasionné celle des genres pris dans ce sens, puisqu'on a f distingué le genre masculin et le genre féminin; et pour marquer cette différence jusque dans les noms, on leur a donné des terminaisons différentes, suivant la différence des sexes, leiles que lion, lionne ; chien, chienne. En conséquence,on a dit, les noms sont de deux genres.

Maison a souvent tout à fait oublié ce premier motif de la distinction des genres, et on a distribue des noms masculins el des noms féminins, sans faire aucune aticnlion au sexe des animaux. Par là un mot d'un seul genre a servi «luelqucfois à distinguer Ions les individus d'une espèce, tant mâles que femelles; lehsoM perdrix, lièvre, carpe, brochet. Yoyc'i Epicène.

La distinction des genres étant une fois établie, on l'a étendue à tous les noms. »1uelques-uns avaient été terminés différemment, selon la diffénce des sexes, c'en fut assez pour voirie masculin dans certaines terminaisons, et le féminin dans d'autres.

Mais une règle si peu fondée ne pouvait être constante. Ainsi un mot a sou vent été d'un genre, quand, par la terminaison, il aurait dû être d'un autre; quelques-uns ont été des deux.

Les genres ne sont que les difl'ercnles classes dans lesquelles on a rangé les noms pour servir à déterminer le choix des terminaisons des mots qui ont avec eux un rajiporl d'identité. Dans les mots qui ont avec eux ce rapport d'identité, les genres sont les diverses terminaisons qu'ils prennent dans le discours, relativement à la classe des noms leurs corrélatifs. Ainsi parce qu'il a plu à l'usage que le nom homme fût du genre masculin, et que le nom femme fût du genre féminin, il faut que l'adjectif prenne avec le premier la terminaison masculine, vn bel homme ; avec le second, la teruiinaison féminine, une belle femme. C'est le même mot sous deux terminaisons différentes, parce que c'est la même idée rapportée g des objets dont les noms sont de deux genres différents.

Ainsi, si la plupart des substantifs sont toujours de l'un ou l'autre genre, les adjectifs, au contraire, peuvent toujours être des deux; et on leur donne l'un ou l'autre, suivant le genre des substantifs auxquels on les joint : Un lion furieux, une lionne furieuse. Par ce moyen, on indique i)lus sensiblement le substantif que l'ad jeclif modifie.

L'usage seul peut donner la connaissance des genres des noms. Cependant les grammairiens ont établi à ce sujet (jnelques règles «pic nous croyons devoir faire connaître à nos lecteurs, malgré les nombrcusesexceiitions dont elles sontsusceptibles.

1" Il n'y a que les substantifs lerminés par un e muet seul, ou suivi d'un s, selon que ces substantifs sont au singuUer ou au pluriel, qui soient féminins : Fcmvie, abeille, caresses, plain-

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tes, etc. Tous les substantifs, au contraire, terminés autrement que par l'e muet, sont masculins, comme t'clat, portrait, carquois, etc.

Les mots dans lesquels IV muel est précédé d'une voyelle sont ordinairement du féminin.

Il faut en (excepter colysée, apogée, périgée, pygmée, 7/tausolée, incendie, génie, et plusieurs autres qui sont du masculin.

2° Les noms des jours, des mois et des saisons de l'année, sont masculins, sans en excepter atftomne,i\y\\ était autrefois des deux genres, et (juc l'on fait aujourd'hui masculin, ^'()ycz ce mot.

Quand on joint le diminutif 7«i à un nom de mois, le nom composé devient féminin : la mijuin, la ini-uoût, la mi- septembre. Mi est là pour moitié; c'est comme s'il y avait la moitié de juin, la moitié d'août, etc

3" Les noms d'arbres, d'arbustes, de couleurs, de minéraux, de métaux, sont masculins.

4» Les noms des vents sont masculins, à l'exception de bise cl tramontane.

5» Les noms de montagnes sont masculins, quelle tjue soit leur terminaison, à Le.xception des Alpes, des Pyrénées, des CordUih'es, des Cévennes et des Vosges.

6» Les noms des villes sont en général masculins, à l'excepiion de ceux ([ui se lermincnt par une syllabe féminine et de ceux ([ui portent avec eux l'article féminin. Cependant quand on personnilie une ville, on la met au féminin : Malheureuse Tyr, en quelles mains es-tu tombée! (Fénel.) Telein., liv. IIL l. i, p. 137.)

7o Les noms d'Htats, d'empires, de royaumes, qui ne sont pas terminés par un e muet, sont masculins : le Piémont, le Pérou, le Portugal, lu Prusse, la Hollande, la Bussie.

8° Tous les noms de personnes qui sont affectés aux hommes sont masculins, et tous ceux qui sont affectés aux femmes sont féminins, (juelle que soit leur terminaison. Les noms comnmns des deux sexes, tels que ceux de famille, .sont de l'un ou de l'autre genre, selon le sexe auquel on les applique : Le savant et la savante Dacier.

9" Les noms de nombres ordinaux, distributifs et proportionnels, les inlinilifs des verbes pris substantivement, sont masculins.

10° Les diminutifs suivent le genre du nom d'où ils dérivent. Globule est masculin, parce qu'il dérive de gl<'be, ([ui est ujasculin; pellicule est féminin, parce qu'il dérive de peau. Je n'en excepterai pas, comme Lévizac, le mol monticule; car ce mol est masculin partout, excepté dans le Dictionnaire de Boisle, et dérive de mont, qui est du même genre.

dd" Les noms des vertus et des vices sont féminins, à l'exception de courage et orgueil.

Nous explitiuerons les diflicultés relatives aux genres des noms, à chaipic mol qui en sera susceptible. Quant aux geiu'cs des pronoms et des adjectifs, voyez ces mots. Voyez Accord, Covtm.un.

Notre langue a plusieurs mois tantôt masculins, tantôl féminins, sans aucune règle pour nous diriger dans le choix du genre. Est-ce donc encore une de ces bizarreries si souvent invoquées pour trancher adroitement toutes les diflicultés? Il est plus naturel de penser que chaque genre imprime a ces mots versatiles le caractère qui le dislingue lui-même.

Le masculin exprime, et par conséquent imprime au sujet un caractère de force, d'énergie, d'activité, de vertu, un caractère mâle. Le féminin exprimera et imprimera un caractère op-

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posé, par la raison des contraires. Cette observation est prouvée par elle-même. Ainsi, le masculin renforcera l'idée du substantif, et le féminin l'affaiblira. Ainsi, lorsque le même mot sert également a désigner la cause et l'effet, vous désignez la cause par le genre mascidin, et l'effet [)ar le féminin. Lorsque le mot aura un seirs passif et un sens actif, l'article la s'emparera du i)remier, et Tarlicle le du second. Far le masculin, vous annoncerez l'agent supérieur, son exercice et sa puissance; et par le féminin, l'agent inférieur, subordonné, dirigé par celle pui.ssance. Nous qualilions de noble le genre m.ascuiin; il donne donc une idée plus grande, plus relevée, plus forte de l'objet. Celle remai(iue n'est que l api>!icalion des premiers éléments de la grammaire. Au lieu d'une bizarrerie légèrement imputée, elle donne à l'usage des substantifs à double genre une raison philosophi(|ue, une nouvelle espèce de richesse et de beauté, un moyen simple de lever les équivoques, cl d'ajouter à l'énergie, connue a la clarté du discours. Les exemples aideront peut-être à conlirmer celte règle en i'éclaircissant.

Le physicien considère la foudre comme un elTct naturel; mais pour animer A-olre tableau et relever l'action, vous direz le foudre et les foudres vengeurs. Jupiter lance la foudre; elle n'est qu'un instrument passif et soumis. Mais si la foudre est un dieu, il est alors la puis-sance foudroyante : on dira un foudre, et non iine foudre de guerre, fût-il i]UCSlion d'une femme, [tarce qu'il s'agit de designer l'auteur et la grandeur des exploits. L'usage favorise donc mon opinion.

Équivoque êlaitautrefois des deux genres, et non sans raison; car il y a l'équivoque qui, dans l'intention de l'auteur, veut tromper et abuser, et réquivo(]uequi, sans dessein, se rencontre dans le discours et le langage. Le moraliste qui juge le vice de l'action aurait dû dire «k équivoque, et le grammairien, qui juge de la régularité de la phrase, aurait plutôt dit U7ie équivoque, [iour en indiquer la faute ou le défaut.

On a dit aussi un rencontre et une rencontre, et ce mot est un de ceux qui ont un sensactifet un sens passiL Jîenconlrean masculin indicpierait l'action de celui (lui cherche et qui rencontre; au féminin, il indiquerait l'événeincnt arrivé à celui qui ne cherchait pas et qui est rencontré. Cette duplicité de genre esl évidemment propre à distinguer dans une action l'agent et le liatient. TJn dueF s'appelait particulièrement wh rencontre, ce quiexprimaitunc action violenleel réciproque.

Plusieurs grammairiens font horoscope niast;ulin cl féminin, quoique l'usage du masculin l'ait emporté, conformément à l'Académie. Ce substantif n'est pas moins suscepl.ble des deux genres, puisqu'on prend également horoscope <ians le sens actif, pour l'observation de l'élat des astres a l'instant de la naissance de qucl(iu'un,dans la vue d'en tirer des prédictions, et pour la piédiciion tirée de celte observation aslrologiiiue. Ainsi ce mot désigne également l'opération et son résultat, ce qu'il serait bon de distinguer.

Amour est quehjuefois féminin en poésie assez à propos, s'il ne faut exprimer (pic la douceur, la tendresse, la mollesse de celte passion ; mais moins convenablement, si vous voulez en décru-e l'ardeur, l'impétuosité, la violence. Observez qu'il vous sera facile de trouver, en i»oésie, Vamou r maternelle; mais Vamour paternelle, vous auriez de la peine à le découvrir; l'esprit semble y répugner. Quant au pluriel, qu'on dise d'éter-

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nelles, de constantes amours, il ne s'agit là que de leur durée. Observez encore qu'amour au pluriel désigne plutôt la continuité d'un connucrce réciproque que la force de la passion.

^igle est m;isculin lorsqu'on parle de l'oiseau même, et ce genre convient parfaitement à son caractère. Il est féminin quand il ne sert pliis<pie de signe, comme dans Vaigle romuinf, Vaigle inipt l'iule.

Je n'exclus pas d'autres causes de la duplicité de genre. Ainsi, lorsqu'on dit d'un côté de bonnes gens, et de l'autre des gens savants, je conviens que l'oreille l'emporte souvent sur la raison et sur la régie. (Laveaux, Dictionnaire synonymique delà langue française, iS2i'), art. Foudre.)

Genre, terme de littérature, se dit pour le style. On distingue le genre simple, le genre sublime, le genre médiocre.

t.liaque genre, dit Voltaire, a ses nuances différentes; on peut au fond les réduire à deux, le sinii)le et le relevé. Ces deux genres, qui en embrassent tant d'autres, ont des beautés nécessaires qui leur sont également communes. Ces beaulés sont la justesse des idées, leur convenance, l'élégance, la propriété des expressions, la pureté du langage. Tout écrit, de quelque nature qu'il soit, exige ces qualités; les différences consistent dans les idées propres à chaque sujet, dans les Iropes. Ainsi, un personnage de comédie n'aura ni idées sublimes, ni idées philosophiques; un berger n'aura [)oint les idées d'un conquérant ; une épître didactique ne respirera point la passion, et dans aucun de ces écrits ou n'emploiera ni métaphores hardies, ni exclamations pathétiques, ni expressions véhémentes.

Entre le simple et le sublime, il y a plusieurs nuances; et c'est l'art de les assortir qui contribue à la iierfcction de l'éloquence et de la poésie. La tragédie peut s'abaisser, elle le doit même ; la simplicité relève souvent la grandeur. Ainsi ces deux beaux vers de Titus, si naturels et si tendres (Rac, Bérénice, act. II, se. ii, 208) :

Depuis cinq ans entiers chaquejourje la vois, Et crois toujours la Toir pour la première fois.

ne seraient point du tout déplacés dans le haut comique; mais ce vers d'Antiochus {idem, act. I, se. IV, 93) :

Dans l'Orient désert quel devint mon ennui !

ne pourrait convenirà un amant dans une comédie, parce que cette belle expression {igiirée, dans l'Orient désert, est d'un genre trop relevé pour la simplicité du brodequin. Est-il une affectation plus ridicule que celle d'un auteur qui, en écrivant SU' la i)hysi(pic, prétend (ju'il y a eu un Hercule physicien, et ajoute qu'im ne pouvait résister à un philosuphe de cette firce? ou celle d'un autre qui, écrivant contre l'utilité de l'inoculation, dit (pie si on mettait en usage la petite vérole artificielle , la mort serait bien attrapée? 1! y a un autre défaut qui n'est que celui de la négligence, c'est de mélOT au style simple et noble qu'exige l'histoire ces termes populaires, cesex- ])ressions triviales que la bienséance réprouve. On trouve trop souvent dans Mézeray, et même dans Daniel, qui, ayant écrit longtemps après lui, devrait être plus correct, qu'un général, sur ces entrefaites, se mil aux trousses de l'ennemi; qu'A suivit sa pointe, qu'il la battit à plate couture. On ne voit point de pareilles bassesses de style dans Tite-Live, dans Tacite, dans

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Guichanlin , dans Clarendon. ( Dict. philos. )

Gens. Subst. i)lur. m. et f. Ce mot tros-bizarre signifie un grand nombre de choses, et est d'une construction trcs-diflicile. Il signifie tantôt les hommes, tantôt les domesti«iues, tantôt les soldats, tantôt les officiers de justice d'un prince, et tantôt les personnes qui sont de même suite et de même parti. Il est toujours masculin en toutes ces significations, excepté quand il veut dire personne; car alors il est féminin si l'adjectif le précède, et masculin si l'adjectif le suit. Par exemple, dans j'at ru des gens bien faits, l'adjectif bien fait, après gens, est masculin. Au contraire, on dit de vieilles gens, de bonnes gens; ainsi l'adjectif devant gens est féminin. H n'y a peutêtre qu'une seule exception, qui esl pour l'adjectif tout, qui, étant mis devant gens, esl masculin: Tous les gens de bien. On met aussi tout au masculin lorsqu'il est suivi d'un adjectif des deux genres qui précède le mol gens .-"J'ous les honnêtes gens. Mais quand cet adjectif n'est que du genre féminin, tout redevient féminin : Toutes lea vieilles gens.

Le |)ére Bouhours demande si, lorsque dans la même phrase il y a un adjectif devant, et un adjectif ou un participe après, il les faut mettre tous deux au même genre, selon la règle générale; ou si l'on doit m.ettre le féminin devant, et le masculin après; par exemple, s'il faut dire il y a de certaines gens qui sont bien sots, ou bien sottes; ce sont les meilleures gens que j'ai jamais vus, OU vues. Les meilleurs grammairiens croient qu'il faut dire sots et vus, au masculin, par la raison que le mot gens veut toujours le masculin après soi.

Domcrgue nous a rendu celte règle sensible dans les deux cxemi)les suivants : L'homme sage évite de se familiariser avec les petites gens, parce qu i\s en abusent. Certaines gens étudient toute leur vie ; à la mort ils ont tout appris, excepté à penser.

On demande si l'on doit dire dix gens, quatre gens, en nombre déterminé, comme un dit beaucoup de gens, beaucoup de jeunes gens. Vaugclas. Ménage et le père Bouhours s'accordent unanimement a prononcer que gens ne se dit point d'un nombre détermine; de sorte que c'est mal |)arler de dire dix gens, six gens, quatre gens. ils ajoutent qu'on dit fort bien mille gens, mais c'est parce que le mot mille, en cet endroit, est un nombre indéfini; et par cette raison on pourrail dire aussi cent gens, sans la cacophonie. Cette décision est d'autant mieux fondée que, si en effet il y avait cent personnes dans une maison, ou bien mille, de com|)te fait, ce serait mal ])arler de dire il y a cent gens ici, j'ai vu mille gens sur cette place. 11 faudrait sc Servir du mol personne.

Cependant, quoiqu'il soit formellement décidé (lue c'est mal parler de dire dix gens, on dira fort bien dix jeunes gens, trois honnêtes gens, en parlant d'un nombre déterminé. Il faut conclure de là que, quand il y a un adjectif ou un nom quelconque avant le mot gens, on peut faire précéder ce mot d'un nombre déterminé : Dis jeunes gens, trois honnêtes gens. C'est pour cela qu'on dit très-bien, en prenant gens pour soldai ou pour domesli(]ue, cet officier accourut avec dix de ses gens; le prince n'avait qu'un de ses gens avec lui.

Il faut remarquer qu'on dit c'est vn honnête homme, mais qu'on ne dit poinl, en parlant indéfiniment, ce sont des honnêtes hommes; il faut

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dire ce sont d'honnêtes gens. Cependant on dit c'est 'tu des plus honnêtes hommes cjuc je connaisse. Corneille a dil dans Pompée (act. IV, se. 111, 4U7) :

Acliillas et Pholin sont gens à dédaigner.

Ce mot gens, dil a eelte oceasion A'oltaire, ne doit jiiinais entrer dans le style no\A&. [Remarques sur Corneille.) Voyez Hoimne.

Gens pe lettp.ks. Au singulier, homme de lettres. L'Académie donne cette expression [wur exemple au mot ^e/i*- ; nuiis cela ne nous apprend pas ce ([u'on doit entendre par là. Ce mol, dit ^■oltaire, répond préiisénieiil à celui de grammairiens, chez les anciens. Ciiez les Grecs et les ■Romains, on entendait par grammairien, non-seulement un homme versé dans la granmiairc proprement dite, qui est la base de toutes les connaissances, mais un lionimc (jui n'était pasctranijer dans la géométrie, dans la philosophie, dans l'histoire générale cl particulière, (jui surtout faisait son étude de la poésie et de l'élo(iuence: c'est ce i|ue sont nos gens de lettres d'aujourd'hui. On ne donne point ce nom à un homme qui, avec peu de connaissances, ne cultive qu'un seul genre. Celui qui, n'ayant lu que des romans, ne fera ijuc des romans; celui qui, sans aucune littérature, aura composé au hasard quelques pièces de théâtre; qui, dépourvu de science, aura fait queUpies sermons, ne sera pas compté parmi les gens de lettres. Ce litre a, de nos jours, encore plus d'étendue que le mol grammairien n'en avait chez les Grecs et les Latins. Les Grecs se contentaient de leur langue, les Romains n'apprenaient que le grec; aujourd'hui l'homme de lettres ajoute souvent à l'étude du grec et du latin celle de l'italien, de l'espagnol, et surtout de l'anglais. La carrière de l'histoire est cent fois plus étendue qu'elle ne l'était pour les anciens, et l'histoire naturelle s'est accrue à pio|)orlion decelle des peuples. On n'exige pas qu'un homme de lettres appiofondisse toutes ces matières; la science universelle n'est plus à la portée de l'honane. Mais les véritables gens de lettres se inellcnt en étal de porter leurs pas dans ces différents terrains, s'ils ne peuvent les cultiver tous.

iJn homme de lettres n'est pas ce qu'on appelle un bel esprit. Le bel esprit seul suppose moins tle culture, moins d'étude, et n'exige nulle philosophie. 11 consiste principaleiuentdans l'imagination brillante, dans les agréments de la conversation, aides d'une lecture connnune. Un bel esprit peut aisément ne point mériter le titre d'homme de lettres, et l'homme de lettres peut ne point prétendre au brdlanl du bel esprit. 11 y a des gens de lettres qui ne sont point auteurs. [Dict. philds.)

Genï. Subsl f. Ce mol, pris dans la signilication de nation, se disait autrefois au singulier. Mais aujourd'hui, il n'est d'usage a ce nombre que dans la poésie burlesque. On dit le ayait des gens. 11 faut remarquer que dans ce mol on retranche au pluriel le t final.

Gent, Geme. Adj. qui se disait autrefois dans tous les styles pour gentil, joli, mais qui ne se dit plus aujourd'hui que dans le style inarotique. Il ne se met qu'avant son subst. : Une gente demoiselle, une yenta fillette, le gent amour. — Cependant l'Académie, dans sa dernièie édition, donne l'e-xemple suivant : Une fille au, corps gent.

Gemtil, Gemilli:. Adj. Au masculin, on ne prononce point le / devant une consonne, gentil cavalier ; on le mouille devant une voyelle, gen-

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