‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 200 sur 453 · GES · texte numérisé non relu

GES

tu amant. Au féminin on mouille les deux l. Cet adj. se met souvent avant son subsl. : Un homme gentil, une femme gentille ; cet enfant est gentil. Un gentil cavalier, une i/cntille inrention Ironiiiuement, un gentil garçon, un r/entil métier, un gentil personnage. Voyez .Idjectif.

Gentilhomme. Subst. m. Le l se mouille. Au pluriel, il fait gcntilshomnfes, et le l ne se prononce pas : genti-zhommes.

Gentiment. Adj. 11 se dit ordinairement par une espèce de dérision ; mais on l'emploie <|uel- (luefiiis sérieusement : Il s'est arquiliê oontimentde sa commissio7i. Il a jouê gentiment son rôle. Madame de Scvignéa dil : J'ai été fort aise do savoir que le petit discours a été bien et gentiment prononcé.

Géocentriquk. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : Lieu géocentrique , latitude géocentrique.

Géodésique. Adj. des deux genres qui ne se met (ju'aprèsson subst. : Opérations géndésiqucs.

Géographique. Adj. des deux genres qui ne se met qu'après son subst. : Description géographique, carte géographique.

Géométkal, Géométrale. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Plan géométral.

Géométrique. Adj. des deux genres. 11 ne se met qu'après son subst. : J\léthode géométrique, démonstration géométrique , proportion géométrique, esprit géométrique.

Géométriquement. Adv. 11 peut se mettre entre l'auxiliaire et le participe : Cela est démontré géométriquement, ou cela est géométriquement démontré.

Ger. Terminaison de l'inhnitif de certains verbes, comme /«^er, tnaiiger, obliger, etc. Dans les temps de ces verbes où il se rencontre un a ou un 0, il faut ajouter devant ces voyelles un e, qui ne se prononce point, et qu'on ne met tiue pour donner au g un son doux qu'il n'a pas naturellement devant l'a et Vo : Jvgeant, il jugea, nous jugeâmes, nous jugeons, il jugeait, etc.

Germain, Germaine. Adj. Dans le discours ordinaire, il ne se dit ([u'avec cousin cl cousine, de ceux ijui sont sortis des deux frères ou des deux sœurs, ou du frère et de la sœur : Mon cousin germain, ma cousine germaine.

Autrefois on faisait germain substantif. On disait il est mon germain, nous sommes germains. Bossuet a dil : Les mariages se pou raient faire entre germains. Il est encore aujourd'hui substantif dans l'expression suivante : Cousins issus de germains.

Germanique. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : Style germanique, droit germanique.

Germe. Subst. m. On dil au figuré le germe de la haine, le germe de tu vie.

Delà tiaine déjà le germe est dans les cœurs. (Delil., £neïd.,VII, 56P

Sur celle terre liorriblu tt des anges haie. Dieu n'a point répandu le qerme de la vie.

(Volt., Henr., Vil, i33.)

Gérondif. Xoyez Participe.

Gésir. V. n. et défectueux de la i' conj., qui signifie être couchè. Il n'est plus en usage (jue dans il git, 7wus gisons, ils gisent, il gisait, gisant. Les épitaphes commencent ordinaireinenl par Ci-git.

Glsticulateur. Subst. m. Qui fait trop de gestes. L'Académie ne dit pas coiiimenl il laudrail dire en parlant d'une fenmie qui aurait ce défaut.

GLA

Nous pensons que l'analogie permellrait de dire gesticulati'icc.

GiBBEUx, GiBBEDSE. Adj. On prononce les deux b. Il ne se met qu'après son subsl. : Jm partie gijbbevse.

Gir.BosiTK. Subst. f. On prononce les deux h.

GinET. Suiisl. ni. On ne prononce pas le t.

GiBiEi!. Subsl. m. On ne prononce jias le ?•.

GinitïLux, GiBOïKOSE. Adj. 11 ne se uict qu'après son subst. : Une terre giboyeuse, un parc jibnyeux.

GiG.\NTESQCE. Adj. dcs dcux genres. On peut quelquefois le mellre avant son subsl., eu consultanl l'oreille et l'analogie: Une taille gigantesque, une figure gigantesque. Ces gigantesques expressions firent Hre leurs auditeurs. De gigantesques projets. ^'oyez Adjectif.

GiNGDET, GciNGcETTE. Adj. Il uc sc inct iiu'ajtrcs son subst. : Un hahit ginpvet, du vin ginguct.

Gl.^ce. Subsl. f. On dit figurémcnl P'isage de glace, air de glace, cœur de glace. — On dit aussi être de glace :

L'homme est âe glace aux vérilés, Il est de feu pour les mensonges.

(La Font., Ht. IX, fable VI, 35.)

Que le mensonge un instant vous outrage. Tout est en feu soudain pour l'appuyer : La vérité perce enfin le nuage.

Tout est de glace à vous justiKer.

(VOLT., Èpttre XXXV, 115.)

Glacer. V. a. de la 1" conj. L'Académie ne dit pas glacer la tendresse, glacer de peur, d'épouvante, etc.

Ses froids embrassements ont glacé ma tendresse. (Rac, Phéd., act. IV, se. i, 26.)

Quoi ! la penr a glacé mes indignes soldats.

(Rac, Âth., act. V, se. v, 32.)

Cent présages affreui la glacent d'épouvante.

(Dblil., Énéid., IV, 680.)

Ne crains rien de ce peuple imbécile et volage. Dont un faible malheur a glacé le courage.

IVOLT., Henr., IV, 150.)

Ma langue glacée Se refuse aui transports de mon âme offensée.

(Volt., Zaïre, act. III, se. vu, 1.)

Trouverai-je l'amant ff!ac^ comme le père ?

(Rac, Jphig., act. II, se. m, 35.)

Glacial, Glaciale. Adj. Il peut quebiuefois se mettre après son subst., lorsque l'analogio et l'b.'irmonie le i)crmettent : Un vent glacial, un accueil glacial, une réception glaciale, un air glacial. Ce glacial accueil, cette réception glaciale m'interdit. ^'oyez Adjectif Selon l'Académie, cet adj. n'a point de masculin au pluriel. Bailly l'astrononie lui en a do'uiè un. Il a dit des vents glacials.

Gladiateob. Subst. m. Il n'y avait point de gladiatriccs chez les anciens, et par conséquent ce mot n'a pas de fc^minin.

Glaikf.ux, Glaikecse. Adj. qui ne se met qu'après son subsl. : Humeur glaireuse, mnlicrc glaireuse.

Glaive. Subst. m. Ce mot est employé trèsfréquemment en poésie :

J'ai plongé dans son flanc LepJot'Dc con?ai.rc qn> .it îjr^erson sang.

(Volt., âfahom., act. iV, se. iv, 54.)

GLO

Le glaive de Thémij, Ce grand sontien du trAne, à lui seul «st soumis.

(Volt., !Uér., act. Il, se. vi, 15.)

Ce glaive à notre Dieu vient d'être consacré.

(Volt., Mahom., act. IV, se. iv, 18.)

Une invincible main suspend sur votre tHe Le glaive menaçant que la vengeance apprête.

(Volt., OEd., act. III, se. «V, 70.)

Celui qui des chrétiens se dit encor le père Met aux mains de ses fils un glaive sanguinaire.

(Volt., Henr., III, 351.)

Qnand l'arrêt des destins eut, durant qnelqnos jours, A fcnnl de cruautés permis un libre cours, Et que des assassins, fatigues de leurs crimes, Los glaives émoussés manquèrent de victimes.

(Volt., Ilenr., III, 1.)

Je doute qu'on puisse dire le glaive des assassins. Glaire emporte une idée de justice, de vengeance, de colère divine : Le glaive de Injustice, le glaive des lois, le glaire de Tliémis , le glaive sacré, le glaire de la vengeance ; mais non pas le glaire des assassins, le glaire des brigands.

Glapissa?(t, Glapissante. Adj. verbal tiré du V. glapir. On peut quelquefois le mcltrc avant son subst., en consuliant l'oreille et l'analogie: Ton glapissant, rois glapissante. J'entendis une glapissante voix.

GLIssA^T, Glissante. Adj. verbal tiré du v. glisser. Au propre, il ne se met qu'après son subst. ; au figuré, on peut le faire procéder, lorsque l'analogie et l'harmonio le permettent : Un chemin glissant, un pas glissant ; une carrière glissante, dans cette glissante carrière. A''oyez Adjectif.

Gi.onsE. Subst. f. L'Académie dit que la gloire est l'honneur, l'estime, les louanges, la réputation que les vertus, le mérite, les grandes qualités, les grandes actions ou les bons ouvrages attirent à quelqu'un. Cette définition n'est pas bien daire. Écoulons Voltaire; il va nous faire comprendre beaucoup mieux que l'Académie ce qu'on doit entendre par ce mot.

La gloire est la réputation jointe à l'estime; elle csl au comble (pmnd l'admiration s'y joint. Elle supi)ose toujours des choses éclatantes en actions, en vertus, en talents, et toujours de grandes difficultés surmontées. César, Alexandre, ont eu de la gloire. On nn jjeut guère dire que Socrateen ait eu. Il attire l'estime, la vénération, la pitié;on éprouve de l'indignation contre ses ennemis ; mais le terme de glaire serait inqiropre à son égard. Sa mémoire est respectable plutôt que glorieuse.' Attila eut beaucoup d'éclat; mais il n'a point de gloire, parce que l'histoire, qui peut se tromper, ne lui donne point de vertus. Charles XII a encore de la gloire, parce que sa valeur, son désintéressement, sa libéralité, ont été extrêmes. Les succès suflisciii pour la répuialion, mais non pas pour la gloire. Celle de Henri IV augmente tous les jours, parce que le temps a fait connaitre toutes ses vertus, qui étaient incomparaldement plu? grandes que ses défauts. La gloire est aussi le partage des inventeurs dans les l)eaux-arts; les imitateurs n'ont que des applaudissements. Elle est encore accordée aux grands talents, mais dans les arts sublimes. On dira bien la gloire de P^irgile, de Cicrron, mais non la glone de Martial ou d'Aulu-Gcllc. On a osé dire la gloire de Dieu; il travaille pour la gloire de Dieu; Dieu a créé le monde pour .sa gloire. Ce n'est pas «[ue l'Etre suprême puisse avoir de la gloire; mais les hommes n'ayant point d'expressions qui lui con-

GLO

Tiennent, cinpluient })our lui colles dont ils sont le plus flattés.

IM taine gloire est celle petite ambition qui se contente des apparences, qui s'étale dans le grand faste, et cjui ne s'élève jamais aux grandes choses. On a vu des souverains qui, ayant inie gloire réelle, ont encore aimé la vainc gloire, en recherchant trop de louanges, en aimant trop l'appareil de la représentation.

La fausse gloire tient souvent à la vaine gloire; mais souvent clic porte à des excès, cl la vainc se renferuic plus dans des petitesses. Un prince qui mettra son honneur à se venger, cherchera une gloire fausse plutôt qu'une gloire vaine.

Faire gloire, faire ranilc, se faire honneur, se preinieni quelquefois dans le même sens, et ont aussi des sens différents. On dit également U fait gloire, il fait vanité, il se fait honneur de son luae, de ses excès; alors gloire signifie fausse gloire : Il fait gloire de souffrir pour la bonne cause, et non pas il fait vanitr. Il se fait honneur de son bien, et non pas il fait gloire OU vanité de son lien.

Bendrc gloire signifie reconnaître, attester : Bendez gloire à la vérité, reconnaissez la vérité.

Au Dieu qu-; vous servez, princesse, rendez gloire. (R.4C., Ath., act III, se. iv, 49.)

Attestez le Dieu que vous servez.

La gloire est prise pour le ciel : Il est au séjour de la gloire.

Oii les conduisez-vous? — A la mort . — A la gloire. (Cork., Pol., ad. V, se. m, 99.)

On ne se sert de ce mot pour désigner le ciel que dans notre religion. Il n'est pas permis de dire que Baichus, Hercule, furent reçusdans la gloire, eu parlant de 'eur apothéose. {Dict. philos.)

Gloire n'a point de pluriel, excepté en parlant des gloires que font les peintres.

Gloiuedsement. Adv. Il est toujours pris en bonne part, et peut se mettre entre l'auxiliaire et le participe . Il a rempli gloineusement sa car- Hère, ou il a glorieusement rempli sa carrière.

Glorieux, Glorieuse. Adj. Quand il est ru|)iihéle d'une chose inanimée, il exprime toujours une louange : Bataille glorieuse, paix glorieuse, affaire glorieuse. Rang glorieux- signilie rang élevé, et non pas rang qui donne de la gloire, mais dans lequel on peut en acquérir. Homme gloHeux, esprit glorieux, est toujours une injure; il signifie celui qui se donne à lui-même ce qu'il devrait mériter des autres. Ainsi on dit un règne glorieux, et non pas un roi gloi"ieux. Cependant ce ne serait pas une faute de dire au pluriel les plus gloiieux conquérants ve l'aient pas un prince bienfaisant; maison ne dira pas les princes glorieux, pour dire les princes illustres. ÇVo\K., Dici. philos.)

GLOr.iELX. Subst. m. Le glorieux n'est pas tout à fait le fier, ni l'avantageux, ni Vorgueilleux. Le fier lion'. de l'arrogant et du dédaigneux, et se couununique peu. \Javantagevx abuse de la moindre déférence qu'on a pour \\n. L'orgueilleux étale l'excès de la bonne opinion qu'il a de lui-même. Le glorieux est plus rempli de vanité; il cherche plus à s'établir dans l'opinion des hommes; il veut réparer par les dehors ce qui lui manque en effet. L'orgueilleux se croit quel-

r chose , le glorieux veut paraître quelque se. Les nouveaux parvenus sont d'ordinaire

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