HON
patrie, à sa nation, à son pays. Un bon o'jvrage fait honneur « son auteur.
Du reste, le mol honneur est souvent prodigué à tort el à travers dans les formules de la civilité. On a l'honneur de vous voir, de vous parler, de vous entcnd'T, de vous rencontrer, de fous offrir quchiue chose. 11 faut se soumettre a ces formules ridic\ilcs ; car il y a des gens qui ne vous pardonneraient pas si vous n'aviez que le plaisir do les voir ; ils veulent absolument que ce soit pour vous un honneur.
Honorable. Adj. des deux genres. Cet adj. peut se mettre avant son subst., en consultant l'oreille et l'analogie : Poste honorable ; profession, condition, emploi honorable ; des blessures honnrulh's, d'honorables blessures. — On appelle amende honorable un acte par leiiuel un criminel m., en chemise, demande publiquement pardon à Dieu, au roi et à la justice, en exécution du jugement qui l'a condaumé. 11 n'y a rien de si déshonorant que celle amende honorable, et il faut convenir qu'ici l'usaçc a bien abusé du terme.
HoKORADLE.MENT. Adv. 11 pcut sc mettre entre l'auxiliaire et le participe .• Il a été reçu honorablement, il a été honorablement reçu, on Va traité honorablement, on l'a honorable ment traité.
Honoraire. Adj. des deux genres qui ne se met qu'après son subsl. : Conseiller honoraire, tuteur honoraire.
Honte. Subsl. f. Ce mot n'a point de pluriel; il paraît qu'autrefois on lui en donnait un. La Bruyère a dit : La plus brillante fortune ne mérite point ni It: tourment que je me donne, ni les huviiliations, ni les hontes que j'essuie.
Corneille a dit aussi [Pomp., acl.V, se. m, 41) :
Pour résenrer sa têle aux honte$ d'un supplice.
Cependant on trouve dans certaines éditions, à l'affront d'un supplice. Enfin il a dit dans Rodogune (act. IV, se. m, 51) :
.... Vous avez dû garder le souvenir
Deê hontes que pour vous j'avais su prévenir.
Voltaire dit au sujet de ce dernier vers : La honte n'a point de pluriel, du moins dans le style noble. — Ainsi il ne le condamne pas expressément dans le langage ordinaire.
On dit avoir honte de faire quelque chose, et avoir honte de quelque chose Féraud prétend qu'avec le verbe avoir, honte se dit toujours sans la préposition de, même quand la phrase est négative. 11 re|)roche à Fénelon d'avoir dit . N'ayez point de honte à attribuer à leurs instructions ce que vous ferez de meilleur ; et à l'Académie d'avoir donné pour exemple : Naves-vous point de honte. Il nous semble que Féraud est ici dans l'erreur. La honte est im sentiment susceptible de plus ou de moins. Quand on dit je n'ai pas honte d'avoir dit cela, honte est j)ris dans un sens général el indéterminé. Mais dans je n'ai point de honte d'avoir fait cela, hotite est considéré comme suscci)lible de plus ou de moins, il est [Mis dans un sons partitif; c'est comme si l'on disiiii je n'ai pas le moindre sonlimenl de honte; et il y a une nuance entre ces deux manières de s'exprimer. On dira, aans un sens général el indéterminé, il ne faut pas avoir honte de foire une bonne action, et non pas i^ ne faut point avoir de honte, etc. Mais si un homme a commis une acticn de nature à produire la honte la plus grande dans une âme tant soit peu honnête, je
UON
lui dirai : N'avez-vous point de honte d'avoir fait une telle action? c'est-a-dirc celte action si propre à exciter dans toute âme hoimête la honte la plus grande, n'a-1-elle pas produit dans la vôtre le plus léger sentiment de honte? 11 n'y a donc rien à reprendre, ni à la phrase de Fénelon, ni à celle de l'Académie.
Une autre faute que Féraud reproche à Fénelon dans la même phrase, c'est d'avoir dit n'ayez point de honte d attribuer, de. 11 paraît, dit-il, que Fénelon a confondu dans cette occasion le verbe aroi;- actif, avec avoir impersonnel. On dit il y a de la honte à être méchant, il n'y a pas de honte à être pauvre ; mais on dit il y a honte d'être pauvre, il n'a pas honte d'être pauvre.— ki les erreurs de Féraud se multiplient. On ne dit pasi.' y a de la honte à être méchant, il n'y a pas de honte à être pauvre ; mais il y a de la honte d'être méchant, il- n'y a pas de honte d'être pauvre. La phrase de La Bruyère, que cite lui-même Féraud, en est une preuve suffisante : Quelle plus grande honte y al-il, d'être refusé d'un poste que l'on mérite, ou d'y être placé saîis le mériter? (De la Cour. ch. Vlll.) Dans ces sorlesde phrases, soil que le verbe avoir soitaclif ou impersonnel, on emploie à ou de, selon (|ue le verbe suivant exprimé uneactionou un état : Il a honte à mentir, il a honte d'avoir menti. Il y a de la honte iivo\cr;il y a de la honte d'être un voleur. Quand je dis selon que le verbe exprime une action. il ne faut pas entendre par là une action que l'on fait actuellement ; car une action que l'on fait actuellement peulêireconsidéréc comme unétat, relativement a celui qui la fait. Si unhommeesl sur le point de commettre un mensonge, el qu'il rougisse de honte avant de le prononcer, il a honte à mentir ; s'il rougit en le prononçant, il a honte de mentir. Quand Fénelon dit n'ayez point de honte à attribuer à letirs instructions ce que vous ferez de meilleur, attribuer n'exprime pas une action que l'on fait actuellement, mais une action que l'on doit faire. dans la suite; et voilà potu'quoi il emjjloie la préposition à. 11 aurait dil, dans le cas contraire, pourquoi avez-vous honte d'attribuer à leurs instructions ce que vous avez fait de 7nei!lcur? Certainement, en employant la préposition à, Fénelon a eu l'intention d'exprimer la nuance dont nous parlons, car l'hiatus que l'orment les deux mots à attribuer est tro|< sensible pour qu'il ne l'eût pas évité en employant la construction conununo, s'il l'avait crue exacte. Si l'on rejetait cette manière de parler, autorisée par cet e.xempie de Fénelon, je demanderais s'il existe véritablement une nuance entre les deux locutions. On ne pourrait le nier, caria honte que l'on éprouve a la vue d'une action que l'on est sur le point de faire est différente de celle que l'on éprouve eu la faisant ou après l'avoir faite. Alors je demanderais s'il y a dansla langue une autre manière d'exprimer celte nuance; et si Ton convenait «lu'il n'y en a point, j'insisterais, d aprèf l'exemple d'un de nos i)lus illustres écrivains, sur la nécessité de celle que je viens d'indiquer.
" La Fontaine a dit dans la fable des Deux Anus (liv. VIII, fableXI,24):
Qu'un ami véritalile est une dnuce chose!
Il clierclievos besoins au fond de voire cœur;
Il TOUS épargne la pudtur
De les lui découvrir vous-même.
Le mot d&pudeur, dit Voltaire, n'est pas propre ici. On ne peut dhe j'ai la pudeur de parler
eoR
devant tous, au lieu de ilïrcj'ai honte de parler devant vous.
HOMECSEMEAT. Adv. On peut le mcllre cnlre l'auxiliaire et le parlicipo : H a fui honteusement, il a été chassé honteusement, ou il a été honteusement chassé.
HoMTEDx, Ho^TECSE. Adj. Oh pcut le meure avant son subsl., lorsque ranalogie cl rharmonu; le permettent : Une conduite honteuse, celte honteuse conduite ; un procédé honteux, ce ho nteruv procédé, une fuite honteuse, vne honteuse fuite ; un crime honteux, un homme honteux, et non pas un honteux crime, un honteux homme :
Fier du fcontcux honneur d'avoir su l'éviter.
(BoiL., J. 7>.. IV, 218.1
Il régit quelquefois la préposition de : Il est honteux de sa faute. On dit aussi être honteux devant quelqu'un, en présence de quelqu'un.
Horaire. Adj. des deux genres. 11 ne se met qu'après son subst. : Mouvement horaire.
IIouDE. Subst. f. Voltaire, dit La Harpe, fit entendre pour la première fois, dans / Orphelin de la Chine (acl. I, se. ii, 10), un mot peu usité jusqu'alors, et (jui a fait depuis une grande fortune: c'est celui «.le horde, affecté originairement aux tribus errantes des Tariarcs. Ce mot était parfaitemeut à sa place dans V Orphelin, et peut s'appliquer aussi à toute peuplade guerrière ou uouiuwc. On en a fait depuis un abus ridicule en le niellant partout, même dans le langage familier, à la place de tourbe, qui serait le mut convenable. C'est ainsi que la multitude ignorante confond et dégrade les expressions réservées pour le style noble, qui en devient tous les jours plusdifticile. [Cours de littérature.')
Horizontal, Horizontale. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Ligne horizontale, plan horizontal, cadran horizontal.
Horizontalement. Adv. Il ne se met pas cnlre l'auxiliaire et le participe : Un cadran placé horizontalement.
Horoscope. Subst. m. L'Académie, dans les premières éditions de son Dictionnaire, a fait ce mot féminin. Richelet et Trévoux le font masculin et féminin ; Ménage ne le veut (jue masculin, et Wailly lui donne aussi les deux genres. Les variations de l'Académie ont produit cette incertitude. Enfin l'Académie, dans ses dernières éditions, s'est fixée au genre masculin, ei aujuurd'hui on lui donne généralement ce genre.
Horreur. Subst. f. On prononce les deux r : Avoir horreur de quelque chose, avoir do i'horreur pour quelque chose. — On dit une sainte horreur, une divine horreur, pour dire un saisissement mêlé de crainte et de respect :
Le ciel brille déclairs, s'enlr'ouTre, et parmi nous Jette une tainte horreur qui nous rassure tous.
(Rac, Iphij., act. T, se. VI, 64.]
D'une divi*ehorrmr son âme est pénétrée.
;VOLT., Henr., VI, 551.)
Horreur c^i une expression dont on abuse souvent dans la conversation. Les femmes surtout disent d'une chose tant soil peu difforme, qu'elle fait horreur, qu'eiZe est à faire horreur. Je suis toiffée à faire horreur. Ces sortes d'exagérations sont ridicules.
J'ai pris dans l'horreur même où je suis parvenue Une force nouvelle, etc.
(YoLT., Or^iheUn de la Chine, act. V, se. i, 51.)