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autre mot, par quelque voyelle qu'il commence, quand mémo ce serait par un i; on dit et l'on écrit si elle t-ient, si on vous dit que, si un j homme se présentait, si Isabelle avait régné plus longtemps.
Lest l'expression abrégée du mot impériale. S. A. I. So7i Altesse Impériale. S. M. 1. Sa Ma' jcsté Impériale. — I signifie t/« dans la numération ordinaire des Romains. — La lettre 1 est celle qui caractérise la monnaie de Limoges. — Dans les gravures, inc, abréviation du mot incidit, accompagne le nom du graveur, et inv., abréviation du mot invenit, celui de l'auteur de la composition.
Ici. Adv. de lieu. Il se dit du lieu même où est la personne qui parle. Mais il comprend une certaine étendue qui varie. Lorsqu'on entre dans une maison, et qu'on demande si le maiire de la maison est ici, l'adverbe ici comprend l'étendue de la maison. L'advcrl)e ici peut comlirendre aussi l'étendue d'une ville. On dira étant à Paris, est-il encore d Londres? et on répondra, non, il est ici, et ici co!n[)rcnd la ville lie Paris. Mais ici ne peut comprendre ni une province ni un royaume. On ne dira pas il est ici pont dire il est dans le département de la Seine, ou pour dire il est en France.
Ici désigne le lieu où est la personne qui parle; là désigne un lieu différent. Fenez ici, allez là. Le premier marque et désigne l'endroit, l'autre est plus vague ; il a besoin, pour être entendu, d'être accompagné de quelque signe de l'œil ou de la main. 11 se met toujours après le verbe, même dans les temps composés : Je suis arrivé ici, et non pas, je suis ici arrivé. Il a passé par ici, il est parti d'ici, il est venu jusqu'ici, et non pas il a par ici passé, etc.
Idéal, Idéale. Adj. En ternies de beaux-arts, il désigne le plus haut degré de perfection auquel ces arts pui^ssent atteindre : perfection qui n'a point de modèle dans la nature, mais (juc le génie peut seul apercevoir. Le genre idéal est opposé au genre imitatif. Le beau idéal. On dit aussi substantivement l'idéal. Cet adjectif ne se met qu'après son subst. : Existence idéale, pouvoir idéal, la beauté idéale, etc.
Le Dictionnaire de l'Académie ne fait pas connaître le pluriel masculin de cet adjectif. Bufltm a iWides êtres idéaux, et je crois qu'on peut 1 imiter en cela.
iDENTigUE. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : P rupositions identiques.
lDf.^TIQTIEME^T. Adv. 11 se met ajjrés le verbe.
Identité. Subst. f. Ternie introduit dans la grammaire pour exprimer ie rapport qui sert de fondement à la concordance.
Un sinqjle coup d'œil jeté sur les différentes espèces de mots, et sur l'unanimité de toutes les langues à cet égard, conduit naturellement a les diviser en deux classes générales, caractérisées par des différences purement matérielles. La première classe comprend toutes les espèces de mots variables, je veux dire les noms, les pronoms, les adjectifs et les verbes, qui, dans la plupart des langues, reçoivent a leurs lerminaisons des changements qui désignent des idées accessoires de rclaiion, ajoulies à lidée principale de leur signification. La seconde classe renferme les espèces de mots invariables, c'est-adire les adverbes, les prépositions, les conjonctions et les interjections, qui gardent dans le discours une forme immuable, parce qu'ils expri-
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ment conslammenl une seule cl même idée principale.
Enlre les indexions accidcnlelles des niol?^ de la première classe, les unes sont connnunes à louies les espèces qui y sont comprises, et les autres sont propres à (pieliiucs-unes de ce? espèces. Les inflexions comiiiuncG sont les nombres, les genres cl les personnes; les temps cl les modes sont des inflexions propres au verbe.
C'est enlre les inflexions communes aux mois qui onl quelque corrélation iiu'il y a et (lu'il doil y avoir concordance dans toutes 1er langues qui admellenl ce^ inflexions. Mais poui établir celle concordance, il faut d'abord déicrminer l'inflexion de l'un des mois corrélaiils; et ce sont les besoins réels de l'énoneialion, d'après ce qui existe dans l'espril de celui «pii parle, qui règlent celle première dèlermination, conformément aux usages de chaque lan.^uc. Les autres mots corrélatifs se révèlent ensuite des inflexions correspondantes par imitation, cl pour être en correspondance avec leur corrélatil, qui leur sert comme d'original Celui-ci est dominait, les autres sont subordoni.és : c'est ordinairement un nom ou un pronom qui est le corrélatif dominant ; les adjectifs et les verbes sont subordonner; c'est à eur. à s'accordei , et la concordance de leurs inflexions avec celle du nom ou du pronom est connue une liviéc qui atteste leur dépendance.
Celle dépendance est fondée sur un rapport qui est, selon les meilleurs grammairiens modernes, un ra|)porl d'idfintilé. On voit en effet que le nom et l'adjectif qui l'accompagne ne font qu'un, n'expriment ensemble qu'une seule et même chose indivisible ; La loi naturelle, la loi politique, la loi évangélique, sont trois objets différents, mais il n'y en a que iroi? ; la loi naturelle est un objet aussi unique que la lui en général. Il en est de même du verbe avec son sujet ; le soleil luit esl une expression qui ne préseule a l'esprit (}u'une seule idée indivisible.
Cependant l'adjectif et le verbe expriment Irèsdistinctemenl une idée attributive, fort différente du sujet exprimé par le nom ou par le pronom ; comment peut-il y avoir identité entre des idées si différentes'
C'est que les noms et les pronoms présentent à l'esprit des êtres détermines, et (jue les adjectifs et les verbes présentent à l'esprit des sujets quelconques, snus une idée précise, applicable à tout sujet déterminé (jui en est susceptible. Or, il en esl dans le discours, de celte idée vague de sujet quelconque, connue de la signification générale et indéfinie des symboles algébriques dans le calcul. De part et d'autre, la généralisation des idées n'a été instituée que [>our éviter l'embarras des cas particuliers trop multipliés; mais de part et d'autre, c'est à la charge de ramener la précision dans chaque occurence, i)ar des applications particulières ou individuelles.
C'est 11 concordance des inflexions de l'adjectif ou du verbe avec t elles du nom ou du pronom qui désigne l'application du sens vague de l'un au sens précis de l'autre, et ridenlificatior. du sujet vague présenté par la première espère, avec le sujet déterminé énoncé par la seconde. (Eeauzée.)
Idiome. Subst.m. L'Académie ie définit, langue propre d'une nation. Cette définition n'est pas exccte. Une langue, dit Beauzée, est la totalité dec usages propres d'une nation pour exprimer ks pensée: par la parole. Si dans le langage oral
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d'une nation on ne considère que l'expression des pensées par la parole, d'après les principes généraux et communs à tous les hommes, le nom de langue exprime parfaitement cette idée; mais si l'on veut encore y ajouter les vues particulières à celte nation, et les tours singuliers qu'elles occasionnent nécessairement dans sa manière de parler, le lermc d'idiome est alors celui qui convient le mieux à cette idée moins générale et plus restreinte. De là vient que l'on doin^e le nom d'xdi'lisiiie aux tours d'élocution qui sont propres à un idiome.
Idiot, Idiote, Adj. que l'on prend aussi substantivement. Comme adjectif, il ne se met qu'aprés son subst. : U/i homme idiot, une femme idiote .
L'n idiot n'est ni un stupide, ni un imbécile, connue le dit l'Académie; c'est celui en qui un défaut naturel dans les organes qui servent aux o[)ératioiis de renlendeuicnl esl si grand, qu'il esl incapabh de combiner aucune idée, en sorte que sa condition paraît a cet égard plus bornée que celle de la bêle. La différence de Vidiot et de \' imbécile consiste en ce qu'on naît idiot, et qu'on devient imbécile. Le stupide pèche par défaut de sentiment. A'oyez Imbécile.
Idiotisme. Subsl. m. Façon de parler éloignée des usages ordinaires, ou des lois générales du langage, adaptée au génie propre d'une langue particulière. C'e^l un tenue général dont on peut faire usage à l'égard de toutes les langues : un idiotisme grec, latin, français, etc. C'est le seul terme que l'on puisse employer dans bien des occasions; nous ne pouvons dire qu'un idiotisme espagnol, portugais, turc, etc.; mais à l'égard de plusieurs langues, nous avons des mots spécifi(pies subordonnés à celui à'idiotisme, et nous disons anglicisme, gallicisme, germanisme, hébraïsme, hellénisme, latinisme, etc.
Idolâtre. Adj. dcr deux genres. Au propre, il se dit toujours absolument, et ne se met qu'après son subsl. : Les nations idolâtres, les peuples idolâtres, eic— Au figuré, il régit la préposition de: Un homme idolâtre d'une feynme, une mère idolâtre de ses enfants, une femme idolâtre de sa beauté.
Idolâtrer. Y. n. et a. de lai" conj.Au propre, il esl neutre : Les Hébreux idolâtrèrent dans le désert. — Au figuré, il esl actif : // idolâtre cette femme., elle idolâtre ses enfants.
Idolatrique. Adj. des deux gei.res qui ne se met qu'après son subsl. : Culte idddtriqite, amour idolatrique , superstition idolatrique.
Idole. Subsl. f. Quand il se prend pour l'objet d'une passion extrême, il so construit quelquefois avec la préposition de : Il est l'idole de sa mère.
Idylle. Subsl. L Petit poëmc champêtre qui conlicju des descriptions ou des narrations de qucicues aventures aeréables Lf. différence qu'il y r. «lire yidylk d. l'églogue eti fort légère, et les auteurs les confondent souvent. Cependant il semble tpie l'usage veut plus d'action cl de mouvemeni dans l'égrogue,et que dans l'idylle on se contente de trouver des images, des récits ou des scnlimonls seulement. Voyez Eglogue.
Autrefois ce mol était masculin et féminin. Boileau a dit les idylles les plus courts, ei uneélé' gante idylle. (A. 1'., 11, G.] Aujourd'hui on ne le fait plus que féminin.
Ignare. Adj. des deux genres. Gn se mouille. Il ne se dit que des personnes, et ne se met qu'a-
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prtS son SUhst. ■■ Vn homme {griwre', une femme ignare.
Igné, Ignée. Adj. On ])roiionce le g dur, comme gue. Cet ;idj. ne se met qu'iiprèsson subst. : Corpuscules ignés. Substance ignée.
IcNicoLE. Adj. des deux genres. I.e g se prononce dur, comme ;/iie. Cet adj. ne se met qu'après son subst. : Un peuple ignicole, une nation ignicole.
Ignition. Subst. f. Le g se prononce dur, comme gue.
Ignoble. Adj. des deux genres. Gn se mouille. Il se dit de l'air, des manières, des sentiments, du discours et du style. L'air est ign-^ble lorsqu'au premier aspect d'un homme qui se présente à nous, nous sommes tentés de le reléguer dans quel(pie condition abjecte de la société. Les manières sont ignobles lorsqu'elles décèlent un intérêt sordide; les sentiments sont ignobles lorsqu'on y remarque la vérité, la justice et lu vertu blessées par la prél'érence qu'on accorde sur elles à tout autre objet; le ton dans la conversutiofi et le style clans les écrits sont ignobles, lorsque les expressions, les comparaisons, les idées sont empruntées d'objets vils et populaires; mais il n'y en a guère que le génie et le goût ne puissent e'nnolijir.
On peut le mettre avant son subst., en consultant l'oreille et l'analogie : Un langage ignoble, des espressions ignobles, des sentiments ignobles. — Ces ignobles espressions, ces ignobles sentiments.
1g>oblejient. Adv. Le gn se mouille. Cet adverbe peut se mettre entre l'auxiliaire et le participe : Il s'est exprimé ignoblement, il s'est ignoblement exprimé.
Ignominie. Subst. f. Gn se mouille. Lorsque ce mot a le sens d'outrages, d'injures, on peut l'employer au pluriel :
Ce vieux rimeur couvert d' ignominies, Organe iaipur de tant de calomnies.
(Volt., Épttre XXXV, 138.)
Ignomimeusement. Adv. Gn se mouille. Il ne se met qu"a[irès le verbe : On l'a traité ignominieusement.
Ignomi.melx, Ignominieuse. Adj. Gn se mouille. On peut le mettre avant son subst., en consultant l'oreille et l'analogie : Mort ignominieuse, supplice ignominieux, traitement ignominicv.v. Cet igominievx supplice le faisait frémir d horreur. Cetignomiiiieu.r traitement le révolta.
Ignorance. Subst. 1', Gn se mouille. Dans le sens de défaut de connaissance, man(iue de savoir, il n'a point de pluriel : C'est un homme d'une grande ignorance .
L'ignorance vaut mieux qu'un savoir alTeclé.
(BoiL., Éfttrt IX, lOi.)
Quand il se met pour faute commise par ignorance, il a un pluriel. Bossuet a dit en parlant d'un ouvrage, On y trouve autant (/'ignorances que de mots; et Boileau : Que serait-ce donc si j'allais lui faire voir ses ignorances sur Platon, etc. {Conclusion des neuf premières réflexions sur Loni/in.) Dieu a permis qu'il soit tombé dans des '\iinax'<iwccs si grossières, qu'elles lui ont attiré la risée de tous les gens de lettres. {Idem.) Ce livre est plein d' ignoriinccs impardonnables. (Acad.)
Ignor.4nt, Ignorante. Adj. verbal tiré du v. ignorer, mais qui a une signification plus étea-
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due que ce verbe. Gn se mouille. On le construit quelquefois avec la préposition de : C'était un jeune métaphysicien firt ignorant des choses de ce monde, (^'olt.) O ranitf, 6 mortels ignorants de leurs destinées! (Bossuet.)— On dit aussi être ignorant en géographie, en astronomie , pour dire n'avoir point de connaissances dans ces sciences. L'Académie dit il est ignorant sur ces matières-là. — L'AcadiMiiie ne dit ignorant (jue des personnes; cependant plusieurs bons auteurs l'ont dit des choses : Leurs ignorantes et iniques décisions. (Bossuet) Choqué de ^ignorante audace avec laquelle il y décide de tout ce qu'il y a déplus révéré dans les lettres. (Boil., Conclusion des 7ieiif premières réflexions sur Longin.)
Un ignorant suffrage X'estpas moins sot qu'un ignorant ouvrage. (Rot'SSEAU.)
Puisqu'on dit une savante décision, une savante interprétation, pourquoi ne dirait-on pas une ignorante décision, une ignorante interprétation? L'un signifie une décision, une interpréiation qui montre, qui dénote de la science, de l'instruction ; l'autre signifierait une décision, une interprétation qui montre, qui dénote de l'ignorance. 11 est probable ([ue l'Académie a oublié d'indiquer celte acception dans son Dictionnaire, et que peu à peu sa négligence aura passé pour une règle. — On vient de voir que cet adj. se met souvent avant son subst. Voyez Ad-
Ignorer. V. a. de la l"' conj. Gn se mouille. Ne savoir pas. 11 signifie aussi ne pas connaître : Ils ignorent les hommes et s'ignorent euxmêmes. (Fénelon, Télémaque.)
Mon cœur, qui s'ignore.
Peut-il admettre un Dieu que mon amant abhorre? Volt., Zaïre, act. I, se. i, 100)
J'ai rangé soustos lois vingt peuples de l'aurore, Qu'au siècle de Bclus on ignorait encore.
(Volt., Sémir., act. III, se. Yl, 56.)
Mais nos concitoyens Sous les armes des Grecs ignorant les Troyens. . . (DELiL.,£netd., II, 543.)
/jncres-vous leur fourbe, ijnorcï-vous Ulysse? [Idem, II, 66.)
Ijnorons-nous le sort et ses jeux inconstants? [Idem, II, 66.)
Le verbe ignorer, suivi de que, régit le subjonctif quand la phrase est affirmative, et l'indicatif quand elle est négative : On ignore communément que Tristan ait mis en vers l'Office de la sainte Vierge. (Wiltaire.) Il ignore qu'on fasse des inforniations contre lui. Il n'ignore pas qn'o7i fait des informations contre lui. Cet usage semble contrarier la règle générale,qui veut que^ dans les verbes (pji expriment la croyance, on emploie l'indicatif quand la phrase est affirmative, et le subjonctif quand elle est négative. Mais le fondement de cette règle générale, c'est que la phrase affirmative marque (luehpie chose de certain, de positii', et (luc la phrase négative marque du doute, de l'incertitude. Or, l'usage que nous venons d'exposer dans l'emploi du verbe ignorer, est conforme à l'esjjrit de cette régie générale. Ignorer, dans une phrase affirmative, a réellement le sens négatif, et indique
du dûulc, «le l'inccrliludc. Ignorer, c'est ne f»a.S savoir : J'ignore qu'il ait fait cela. Dans ane i>lirase uéçalivc, au contraire, ignorer a un sens afiirmatif, et marque fjuehiuc chose de certain et de positif ; ne pas ignorer, c'est savoir : e n ignorepas qu'il u fait cela.
11. ri-oiioai sing. m. do la 3* pcrsoiuie. 11 se il des personnes et des clioses, et est toujours
îjet du verbe; il fuit ils au i)kiriel. Ce pronom te met a la place d'un nom déjà exi)rMLC : J'ai ru votre frère, il m'a dit, etc. J'ai lu cet ouvrage, il est beau.
Il parait quelqiicfoii- ne ])rondrc la |»lace d'aucun nom ; c'est lors(iu'on l'emploie avec les verbes qui n'oM ci première, ri seconde personne, et qu'on nomr.îC verbes in pc. sonne/s. Tels sont il faut, il importe, il toK.:r, il pleut. Dans CCS cas cependant il rappelle toujours l'idée d'un nom exprimé ou sous-cntcndu. Dansi/ faut parler, il est \\o\iv paîlor; c'est comme s'il y avait il parler faut. Dan; il importL de faire, il est pour faire; c'est conunc s'il y avait il faire importe. 11 est vrai que dans il tonne, if pieu f, on ne voit pas dabord le nom auquel il peut se rapporter; il y en a un cependant. Ce sera, par exemple, ciel : il ciel tonne, il ciel pleut. Dans ces cas, comme l'observe Condillac, il se rapproche du sens de l'article le.
Quand le pronom il est après un verbe qui finit par une voyelle, on met, pour adoucir la prononciation, un t euphonique entre le verbe et le pronom : Comment cet homme ose-l-il espérer qu'on lui pardonnera 9
Le pronom il, de même que les adjectifs relatifs (voyez ce mol), ne doit pas se rai)|)orler à un mot pris indèlcnninément, c'est-à-dire dont la sisuilication ne soit pas déterminée par l'article ouï par quelque chose d'équivalent : Une sentence d'interdit fut publiée sur tout le royaume; il dura sept mois. Il ne peut rappeler ici l'idée d'interdit, parce que ce mot, n'étant précédé que de la proposition de, est pris dans un sens indéterminé. Pour rectifier cette phrase, il faudrait dire une sentence d'interdit fut publiée sur le royaume, et cet interdit dura sept mois.
Il faut toujours que l'esprit saisisse d'abord à (lucl nom se rapporte le pronom il. Ne dites donc pas Molière a surpassé Plante dans Unit ce quW a fuit de meilleur; car ici on ne sait si il se rapporte à Molière nu à Piaule.
On demande s'il faut répéter le pronom il dans une phrase où il est le sujet de plusieurs verbes. Nous allons essayer de répondre à cette question.
On A'\\.,il était honteux de sa crainte, et ii'avait pas le courage de la stirmonter. Ici, si l'on ue répète pas il, ce n'est pas, comme certains grammairien? l'ont cru , parce que les deux verbes sont au même tci;:ps, mais parce ijuc ces verbes expriment deux actions simultanées. Dans la phrase suivante, fourbes, adroits, hypocrites, dangereux, ils flattent, ils caressent, ils environnent de séductions, on répèle il, (juoi(|ue les verbes soient au même temps, parce (jue chaque verbe exprime une action dislinctc qui a pour sujet seulement un des noms énonces au commencement de la phrase. C'est conunc s'il y avait, comme fourbes, ils flattent; comme adroits, ils caressent; comme hypocrites dangereux, ils environnent de séductions. U y a réellement là trois pro[iosilions distinctes où le sujet est considéré souE trois points de vue différents. Voilà pourquoi la rcpelition du pronom est nécessaire. Quand Buffon a dit: Ce plan n'est pas encore
le style, mais il en est la base ; il le soutient, il
le dirige, il règle son mouvement, et le soumet à des lois {Disc, sur le style, t. XXA', p. 2fil), il a ré|)èlé le pronom il, non parce que, .sans cette répélilion, l'oreille ne serait [kis saiisfaile, à cause du régime différent du ti'oisième verbe; car je crois iju'il aurait bien pu dire, il le soutient, le dirige, règle son mouvement, et le soumet à ses lois ; mais il a, répété le pronom, |)arce que la ()remié:"c de ces propositions est une preuve, et chacune des propositions suivanlcD une nouvelle preuve de la proposition il en est la base; et c'est pour faire mieux sentir la force de ces preuves, qui se fortifient l'une l'autre, qu'il a fait cette répélilion.
C'est ainsi qu'on dirait à un enfant ingrat : Comment pvuvez-vous ne pas chérir votre père? il vous aime, il vous élève, il vous nourrit, il pourvoit à tous vos besoins, et nest occupé que de votre bonheur. Assurément, on pourrait dire, sans blesser les règles de !a graiiunaire, il vous aime, vous élève, vous nourrit, pourvoit à t"us vos besoins, et n'est occupe que de votre bonheur. Mais ce tour serait froid. C'est donc le besoin d'appuyer sur chacune de ces raisons, et de Caire scniir iju'cUesse renforcent l'une l'aulrc, qui fait répéter le pnmom. La crainte de blesser l'oreille n'y a aucune pari.
Souvent la répélilion du pronom est nécessaire, parce que les propositions sont séparées par des incises ([ui indiiiuenl une action intermédiaire. C'est par la raison de la liaison ou de la séparation des verbes, ijuc l'on voit, dans le passage suivant de Buffon, le pronom tantôt suj)priiûé, tantôt répété.
Bulfon dit en parlant de l'homme : Excité par l'insatiable avidité, aveuglé par l'ambition en~ core plus insatiable, il renonce aux sentiments d'humanité, tourne toutes ses forces contre luir même, cherche à s'entre-détruire, se détruit en effet ; et, après ces jours de sang et de carnage, lorsque la fumée de la gloire s'est dissipée, il voit d'un œil triste la terre dévastée, les arts ensevelis, les nations dispersées, les peuples affaiblis, son propre bonheur ruiné, et sa puissance réelle anéantie.
Concluons de tout ceci que, lorsque le pronoir. il est le sujet de plusieurs verbes, il se répète quelquefois, et (luelquefois ne se répète pas; et que cette répétition est réglée par le caractère particulier que veui donner à sa pensée celui qui parle ou qui écrit, par le rapprochement ou réloignemeut des verbes, par la simulianéité ou la non simultanéité des actions exprimées par ces verbes.
Si je veux exprimer, par exemple, que plusieurs actions ont eu lieu successivement, sans interruption et peur ainsi dire dans le même temps, je dirai ; il soupire, étend les bras, ferml'œil et s'endort. Mais si je veux fixer l'attention sur chaque action en particulier, et les faire considérer l'une après l'autre, je dirai : il m'insulte, il m'outrage., il me charge de fers.
S'il y a une sorte d'opposilion dans les idées, je répéterai le pronom : // me corrige, mais il m'aime; il veut, et il no veut pus ; il donne et \ il reçoit. Mais je dirai, il ne donne ni ne reçoit, \ parce que, loin (ju'il y ait opposition entre ces deux actions, ([ui sont récUemenl différentes, elles sont en (juclque façon assimilées par la négation. Quand je dis il donne et il reçoit, c'est Connue si je disais il fait L'action de donner, et il fait l'action de recevoir; et j'exprime deux ac-
tions différentes: mais dansiZ ne donne ni ne reçoit, il n'y a réelleuionl (]u'une idée, c'est de ne pas faire; C'est comme s'il y avait il ne fuit ni l'action de donner, ni faction de recevoir.
On dira, quoique les verbes ne soient pas au même temps, il pleurait dedcpit, et alla trouver Calijpso errante dans les sombres furets (Fond., Télém., iiv.YII, t. I, p. 252), {larce (|uc l'action de pleiirer et d'aller sont présentées ici connue simulianccs. .Mais si l'on veut exphmer deux actions faites, ou qui doivent être laites dans des temps différents, on répétera le pronom, et on dira, i)ar exemple, «7 désire vaincre, et il vaincra.
Le pronom // se met avant le verbe, excepté dans les phrases iiilcrogalives : Il vient, vientilf Lorsqu'il se met avant le verbe, il le précède immédiaiement, à moins qu'il ne soit suivi d'un autre pronom persoimel, t7 me donne; ou de la partii'ule négative ne, il ne veut pas.
Le pronom //, se mettant à la ])lacc des noms dont on veut éviter la répétition, ne doit pas être employé dans une phrase avec le nom qu'il représente. On ne dira donc pas, mon frère il m'a dit. Mais (luelquefois on l'emploie élégamment dans la nièmc phrase avec le nom, lorsque ce nom vient après. Ainsi l'on dit, ils sont rares les hommes qui conforment leur conduite aux maximes de la sagesse; ils sont passés ces beaux
jours oîi Ce tour s'emploie surtout dans les
interrogations. Où *owi-ils ces gens qui veulent VL accuser d'un crime?
D'a[)rés la première partie de cette règle, il semblerait qu'il y a quelque chose à reprendre dans les vers suivants do Voltaire (Henr., VIL 25.) :
Louis en ce moment prenant son diadème. Sur le front du vainqueur il le posa lui-même.
il est certain qu'en prose il serait mieux de dire, Louis prenant son diadème, le posa lui-même sur le front dti vainqueur. Mais le tour employé par Voltaire peut être admis en vers, lorsqu'il y a dans la phrase deux verbes qui expriment deux actions différentes, et faites en différents temps. Il ne serait pas supportable, s'il y avait, Louis il posa lui-même son diadème sur le front du vainqueur, parce qu'il y aurait évidemment répétition de sujet, et que l'on ne pourrait pas se faire illusion, sur cette faute. Mais dans Louis prenant son diadème, sur le front du vainqueur il le posa Lui-même, on voit deux verbes; et deux sujets ne iiaraissent point étranges,quoi(pj'ils ne soient pas exactement conformes à rexaclitudo grammaticale. Louis parait le sujet de prenant, il\e sujet de poser; et on pense d'autant moint que Louis pourrait servir de sujet aux deux verbes, que ces deux verbes sont à des leuq)S différents. Les mots sur le front du vainqueur, ([ui séparent le premier verbe du second, servent encore à compléter l'illusion, et à faire croire à la nécessité du pronom.
Corneille a dit [Gin., act. II, se. i, J31) :
II passe pour tyran, quiconque s'y fait maître.
Cet U, dit Voltaire, qui était autrefois un tour très-heureux, la tyrannie de l'usage l'a aboli : Il est un tyran, celui qui asservit son pays. Il est un perfide, celui qui manque d sa parole. On a encore conservé ce tour ; Ils sont dangereux, ces ennemis du théâtre, ces rigoristes outrés.
. Il est, il y a. Ces deux expressions, qui sont j souvent employées l'une pour lautre, offrent ce- , pendant (luelquo différence. Il est semble exprii mer quoique chose de plus irénéral, et il y a j quelque chose de plus particulier, déplus applicable a une circonstance particulière, (luand je dis, par exemple, il est des dangers auxquels l homme le plus sage ne saurait ichopper je n'exprime qu'en général l'existence de ces danj gers, et je ne les appli(pie à aucun cas pariicu- ! lier. Mais quand je dis, il y a dans cette affaire ' des dangers auxquels vous ne pourrez échap- I per, je n'indique plus les dangers d'une manière vague et générale, mais Je les sniipose existant réellement d'une manière particulière et déterminée. C'est alors que l'on doit employer j7 y a, et que // est serait une faute : Il y a dans Ilùrace \ des passages qu'on explique difficilement, et non pas il est dans Horace, etc. Il en est de mémo lorsque, par ces sortes de phrases, on veut faire un reproche indirect a quchpi'un. Si l'on veut s'exprimer avec queliiue ménagement, on dit, U est des gens qui ne se comportent pas si sagement; et si, au contraire, on veut faire sentir l>lus vivement l'application que l'oii fait de celte observation à la conduite de la iforsonne à qui l'on parle, ou dira il y a des gens qui ne se comportent pas si sagement, et c'est i)rcs(iue comme si l'on disait, vous êtes du nombre de ceux qui ne se comportent pas si sagement. On remarquera le même sens général dans les vers suivants :
Il est des contre-temps qu'il faut qu'un sage essuie. (Rac. Esth., act. IV, se. i, i6.)
Il est des nœuds secrets, il est des sympathies.
(Cous., Rodog., act. I, se. vu, 61.)
Cependant comme l'expression il. y a forme un hiatus assez désagréable, les poètes et les orateurs préfèrent dans tous les cas il est à il y a. ^'ollaire dit dans Sémiramis (act. V, se. vm, 46) :
// est donc des forfaits Que le courroux des dieux ne pardonne jamais !
Dans l'exactitude du sens, Voltaire aurait dû dire, il y a donc des for faits, ci\r il s'agit ici d'un forfait particulier ; mais il y a n'est pas souffert dans un vers noble
La même différence se remarque entre ces expressions, lorsqu'on les énonce avec la négation. OndiltV n'y aque vous qui puissiez meconsoler,oi\ désiP'ne un être particulier; mais c'est mal s'exprimer, de dire, il n'y u rien qui puisse /«e consoler, parce (pie le sens tombe sur une idée générale; il faut direz'/ n'est rien qui puisse vie consoler. Il n'y a que la religion qui puisse nous consoler des bornes étroites de la rie. (Nicole.) Le sens tombe sur une idée particulière, la religion; il n'est que lu religion qui puisse nous consoler, serait mal dit. // n'est rien que je ne fasse pour vous soulager, il n'est en général aucune ciiose, etc. // n'y a rien à manger, ù boire; il n'y a aucun objet particulier que l'on puisse manger ou boire. // n'y a Hen à faire. Il n'y a rien icipour moi. On ne pourrait pas dire, il n'est rien à manger, à boire, il n'est rien à faire, il n'est rien ici pour moi. Je sais que, dans la conversation, on met indifféremment il y a ou il n'y a dans les cas où le sens général exigerait il est ou il n'est. Mais, si la nuance (|ue nous venons d'indiquer est réelle, pourquoi ne l'exprimerait-
on pns dans le discours? Les poêles, au contraire, incitcni toujours il est el il n'est au lieu de il y (I '"l il n'y a.
Il n'est que les grands cœurs Quisenlentia pitié que l'on doit aux malheurs.
(Li Harpe, PhUoctite,».cU I, se. iv, 238.)
Selon quelques grammairiens, il faul dire il y a plaisir à dcvanl une consonne, cl il y a plaisir de devanl une voyelle : Il y a plaisir à rendre seiTice à un galant homme; il y a plaisir d'être sevl, entouré de bons livres. — Il nous semble que ce n'esl ni In voyelle ni la consonne qui déterminent l'emploi des propositions a ou de, mais bien le sens de la phrase. On dit il y a plaisir à rendre service à un gahnit hovune, parce qu'il s'agit d'uni; action, rendre service; et l'on dit, il y a plaisir d'être seul, parce qu'il s'agit d'un état. On dit irés-bien devant une consonne, il y a plaisir de s'entendre louer, et devant une voyelle, il y a plaisir à écouter les louaiiges qu'on nous donne, ^'oyez Amphibologie.
Illégal, Illégale. Adj. On prononce les deux l. Il ne se met (|u'après son subst. : Convention illégale, assemblée illégale, formes illégales; des actes illégaux.
Illégitisie. Adj. des deux genres. On prononce les deux l. Quand il signifie qui n'a pas les conditions, les qualités requises par la loi, il ne se met qu'après son subst. : Mariage illégitime, en faiit illégitime. — Dans le sens d'injuste, déraisonnable, on peut quelquefois le mettre avant : On ne pouvait se soumettre à ces illégitimes prétentions. "Voyez Adjectif.
Illégitimement. Adv. On prononce les deux l. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe : Il a possédé illégitimement cette terre, ou il a illégitimement possédé cette terre.
Illégitimité. Subsl. f. On prononccles deux ^
Illettré. Subst. m. On prononce les deux l. Qui n'a aucune connaissance des belles-letlres.
Illicite. Adj. des deu.v genres. On prononce les deux /. Il ne se met qu'après son subst. : action illicite, plaisir illicite, amour illicite.
Illicitement Adv. On prononce les deux /. Il ne se met qu'après le verbe : Il a agi ilUcitevient.
Illimité, Illimitée. Adj. On prononce les deux l. Il ne se met qu'après son subst. : Espace illimité, étendue illimitée, autorité illimitée, pouvoir illimité.
Illisible. Adj. des deux genres. On dit inlisible de l'écriture, des caractères que l'on ne |)eut lire, (pie l'on ne peut déchiffrer,- et illisible des ouvrages qui sont si mauvais qu'on ne peut en supporter la lecture : Sa main ne forma que des caractères iniisibles. (Volt., Ilist. de Bussie, II' part., ch. xvii, année 172j.) Pourquoi ces trois hommes ii ont-ils écrit que «^'illisibles ouvrages? (La Harjie, Cours de littérature, II* part.,liv. I, ch. i, t.lV, p. 122.)
S'il ne s'agissait d'exprimer par ces deux mots qu'une seule idée, savoir, celle de ne pouvoir déchiffrer des caractères, il serait inutile d'employer l'un el l'autre; un seul suffirait; et nous pensons avec Féraud (ju'il faudrait préférer illisible; mais puiscjue le besoin de la pensée exige deux cxjjressions différentes, on fera trèsbien de les conserver l'une el l'autre, chacune dans un sens différent.
Il parait i\n'inlisible se dit aussi des ouvrages que la décence, la convenance, ne pcnneitenl pas de lire en jiublic ou devant certaines personnes. D'Alembert a écrit à A'oltaire : F'ous pourriez, au lieu des grossièretés iniisibles publiquement que vous citez de Shakspeare, y substituer quelques autres passages ridicules et lisibles. Ccs deux adjectifs illisible et inlisible peuvent SC mettre avant leurs substantifs, en consultant l'oreille et l'analogie. — Boisle, Noël el Girault- Duvivier partagent l'opinion de I,avcaux relativement au sens qu'on doit donner à ces deux adjectifs ; mais l'Académie, qui semble dire indifl'éiemmenl écriture illisible, ou inlisible, parail cire d'avis de n'einjjloyer que ce dernier mol en parlant d'un écrit dont la lecture n'esl pas sup- IHirtable : Cet ouvrage est inlisible; enfin Charles Nodier dit ])Osiliveincnt dans son Exauien critique des dictionnaires, qu'illisible a rapport à l'écriture, inlisible au style ; mais il ne donne aucun exemple de ces acceptions.
Illuminatif, Illcminative. Adj. On prononce les deux /. Il ne se met qu'après son subsl. : f^ie illuminative .
Illcminer, Illusion. On prononce les deux l
Illusoire. Adj. des deux genres qui ne se met qu'après son subst. : Proposition illusoire, contrat illusoire, demande illusoire, promesse illusoire. On prononce les deux l.
Illusoiiiement. Adv. qui ne se met qu'après le verbe. On prononce les deux l.
Illustration. On prononce les deux l.
Illustre. Adj. des deux genres. On prononce les deux /. 11 peut quelquefois se mettre avant son subst. en consultant l'oreille et l'analogie : Un homme illustre, une femîne illustre, vji corps illustre, uîi auteur illustre, un illustre auteur, une illustre compagnie, une illustre assemblée . — Cet adjectif s'emploie ordinairement en bonne pari; cependant il se joint aussi avec des noms qui marquent les vices, les crimes des hommes trop connus, trop fameux, etc. :
D'illustres attentats ont fait toute leur gloire.
(Volt., Lois de Sfinos, acl. I, se. 1, 48.) [Grammaire des Grammaires, p. 1168.)
Illustrer. V. a. de la 1" conj. Les deux / se prononcent.
Illustrissime. Adj. qui ne se dit guère que des ecclésiastiques élevés en dignité : Illustrissime seigneur. On prononce les deux L
Image. Subst. f. On apiicUe généralement image, en éloquence cl en jioésie, toute description courte et vive (jui présente les objets aux yeux autant qu'à l'esprit. Telle est la peinture qu'offrent les vers suivants dans Athalie (acl. I, se. Il, 79):
De princes égorgés la chambre était remplie; Un poignard à la main, Timplacable Athalie, K\x carnage animait ses barbares soldats, etc.
En parlant du coloris du style, on entend par image celte espèce do métaphore qui, pour donner de la couleur à la pensée, et rendre un objet sensible s'il ne l'est pas, ou plus sensible s'il ne l'est pas assez, le peint sous des traits qui ne sont pas les siens. Toute image est une inéta])horc, mais touic mélnpliorc n'es! p;:s une image. 11 y a lies translations de mois qui ne présentent leur
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Tiouvelobjotquetcl qu'il est en lui-môme, comme, par exoiniile, la clef d'une roiUe, le pied d'une montagne ;^\\ litHi ([ue l'expression «pii l'ait imaw peint avec les çoiilouis de son premier objet la nduvelle idée à laquelle on l'allaclie. C'est ainsi qu'Awsilas, a qui l'on demandait pourquoi l.acédémone n'avait point de murailles, répondit en montrant ses soldats ; f^oilù les murailles de Lacédi'mnne.
L'image supiiose une ressemblance, et renferme une comparaison, et de la justesse de la comparaison dépend la clarté, la transparence de l'image. Mais la comparaison est sous-enlendue, indiquée ou développée. On dit d'un homme en colère, il rugit ; on dit de même c'est un liim; on dit encore tel r/u'uti lion altéré de sang, elc. Il rugit sup[)Ose la comparaison, c'est un lion l'indique, tel qu'un lion la développe.
■Telle image est claire, comme expression simple, qui s'obscurcit dés qu'on veut l'étendre. S'enivrer de louange est une façon de parler familière ; s'enivrer est pris là comme terme primitif; celui (pii l'entend ne soupçonne pas qu'on lui présente la louange comme une liipieur ou connne un parfum. Mais si vous suivez l'image, et que vous disiez un roi s'enivre des louanges que lui versent les flatteurs, ou que les flatteurs lui font respirer, vous éprouverez que celui (jui a reçu sans diflicullé s'enivrer de louange, sera étonné d'enlendre verser la louange, respirer la louange, et qu'il aura besoin de réflexion pour sentir (jue l'un est la suite do l'autre. La diflicullé ou la lenteur de la conception vient alors de ce que le terme moyen est sous-entendu, f^erser et s'enivrer annonce une liqueur. Dans respirer et s'enivrer, c'est une vapeur qu'on suppose. Que la li(iueur ou la vapeur soit expressément énoncée, l'analogie des termes est claire et frappante par le lien qui les unit : Un roi s'enivre du poison de la louange que lui versent les flatteurs; un roi s'enivre du parfum de lu louange que les flatteurs lui font respirer. Tout •ela devient naturel et sensible.
La nectar que l'on sert au maitfe du loraierre. Et dont nous enivrons tous lc:j dieux de la terre, C'est la louange.
La Fom., Ht. X, fabl. i, 0.)
Les langues, à les analyser avec soin, ne sont presque toutes qu'un recueil d'images que l'iiabiludea mises au ran^ des dénominations primitives et que l'on emploie sans s'en apercevoir. Il y en a de si hardies, que les poêles n'oseraient fes risquer si elles n'étaient pas reçues. Les phiijsophes en useul eux-mêmes connue de lermcs abstraits. Perception, réflexion, attention, induction, tout cela est pris de la matière. On dit suspendre, précipiter sou jugement, balancer les opinions, les recueillir, elc. Ou dit que l'âuie s'élève, que les idées s' étendent, (pie la génie étincelle, que Dieu, vole sur les ailes des vents, (\\l'il habite en lui-même, (pie son souffle anime la matière, que sa voix commande au néant, etc. Tout cel;i est familier, non-seulement à la |)ocsie, mais à la philosophie la plus exacte, à la théologie la plus auslère. Ainsi, à l'exception de quelques termes abstraits, le plus souvent confus et vagues, tous les signes de nos idées sont empruntés desobjels sensibles. Il n'y a donc, pour l'emploi des uuages usitées, d'autres ménagemenls à -jrder que V^s convenances du style.
11 est des images qu'il faut laisser au peuple ;
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il en est qu'il faut n'server au langage héroïque; il en est de communes à tous les styles et a tous les tons; mais c'est au goût formé [)ar l'usage à distinguer ces nuances.
Quant au choix des images rarement employées ou nouvellement introduites dans la langue, il faut y apporter beancou|i [dus de circonspeciion et de sévérité. Que ces images reçues ne soient point exactes; (pie l'on dise de l'esprit qu'i7 est solide, de la pensée qu'elle est hardie, de l'attenlion qu'e//e est profonde; celui qui emploie ces imag(;s n'en garantit pas la jnslesse; et si l'on demande pourquoi il allrihue de la solidité à ce (pi'il appelle un souffle (spirllus), de la hardiesse à l'aclimi de peser (pensarc), de la profondeur à la direction du nKuivcment [lendere ad), car tel est le sens primilif d'esprit, de pensée et d'attention, il n'a (pi'un mot à répondre : Cela est reçu; je parle ma langue.
Mais s'il emiiloie de nouvelles images, on a droit iFexiger de lui qu'elles soient justes, claires, sensibles, et d'accord avec elles-mêmes. C'est à quoi les écrivains, même les plus élégants, ont nuuKiuêplusd'uuefois. Brumoi dil «luc la comédie grec(pie, dans son troisième âge, cessa d'être une mégère, et devint un miroir. (Discours sur la comédie grecque, § v.) Quelle analogie y a-t-il entre un miroir et une mégère?
Il y a des images qui, sans être précisément fausses, n'ont pas celle vérité sensible qui doit nous saisir au premier coup d'œil. Vous représenlez-vous un jour vaste par le silence, dies per silentium vastus? c'est l'expression dont se sert Tacite pour exprimer le jour des funérailles de Gerinanicus; mais même, après avoir développé la pensée de Tacite, on ne saisit point encore son image. La Fonlain(!, empruntant cette image à l'historien laliii, a dil :
Craignez le fond des bois et leur vaste silence.
Ici l'image est claire et juste. On se transporie au milieu d'une solitude immense, où le silence règne au loin ; et silence vaste, qui parait Jiardi, est beaucoup plus sensible ([ue silence profond, qui est devenu si familier.
Distinguons cependant une image confuse dune image vague. Celloci peut être claire, (luoi(piC indélinie. L'étendue, l élévation, la profondeur, sont des lennes vagues, mais clairs. Il faut même bien se garder de déterminer certaines expressions doni le vague fait toute la force. Tout était Dieu, excepté Dieu meute, dil Bossuel en parlant des siècles d'idolàlrie; c'est le vague et l'immensité de cette image qui en l'ait la force et la sublimilé.
Pour s'assurer de la justesse et de la clarté d'une image en elle-même, il faut se demander en écrivant, que fais-je de mon idée? une colonne, un fleuve, une plante? L'image ne doit rien représenter qui ne convienne à la i)!anle, a la colonne, au fleuve, elc. La règle osi sim|)le, sûre et facile. Rien n'est plus commun cependant que de la voir négliger, et surtout par les commençants, qui n'ont pas fait de leur langue une élude philosophique.
L'analogie de l'image avec l'idée exige encore plus d'attention que la justesse de l'image en elle-même, comme étant plus dillicile à saisir. jNous avons dit que toute image suppose une ressemblance, ainsi que toute comparaison ; mais la comparaison développe les rapports, l'image ne fait que les indiquer. Il faut donc que l'image soit
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au moins aussi juste qucla comparaison peut l'i^lrc. L'image qui ne s'applitiue pas exactement a ri<l('e qu'elle enveloppe, l'ob^-curcil au lieu de la lenilrc sensible; il faut que le voile ne fasse aucun pli, ou (pic du moins, pour parler le lan^'agc des peintres, le nu soit bien ressenti sous la draperie.
Après la justesse et la clarté de l'imai^e, il faut placer la vivacité. L'effet que l'on se iiruiwse étant d'affecter l'imagination, les traits qui l'affectcnl le plus doivent avoir la iireférence.
Tous les sens contribuent proportionnellement au langage figuré. Nous disons le coloris des idées, la voix des remords, la dureté de l'urne, la douceur du curacicre, Vodcur de la re/imnmée. Mais les objets de la vue, plus clairs, plus vifs et plus distincts, ont l'avantage de se graver plus avant dans la mémoire, et de se retracer plus facilement. La vue est, par excellence, le sens dcriraagination,etlesobjets qui se communiquent à l'àme par l'entremise des yeux, von', s'y peindre comme dans un miroir. Aussi la vue estellc celui de tous les sens qui enrichit le plus le langage poétique. Apres la vue, c'est le toucher; aprésle toucher, c'est l'ouïe; après l'ouïe vient le goûi ; cl J'odoi-af, le plu? faible de tous, fournit à peine une image entre mille. Parmi les objets du même sens, il en est de plus vifs, de plus frappants, de plus favorables à la peinture. Mais le choix est au-dessus des règles, c'est au sens intime à le déterminer.
C'est peu que l'image soit u-nc expression juste, il faut encore qu'elle soit une expression naturelle, c'est-à-dire c]u'ellc paraisse avoir dû se présenter d'elle-même à celui qui l'emploie. Les peintres nous donnent un exemple de la propriété des images ; ils couronnent les naïades de perles cl de corail, les bergères de fleurs, les ménadesde pampre, Uranie d'étoiles, etc.
Les productions, les accidents, les phénomènes de la nature, diffèrent suivant les climats. Il n'est pas vraisemblable que deux amants ijui n'ont jamais dû voir de palmiers, en tirent l'image de leur union. Il ne convient qu'aux peuples du Levant, ou à des esprits versés dans la poésie orientale, d'exprimer le rapport des deux extrêmes par le cèdre et l'hysope. L'habitant d'un climat pluvieux compare la vue de ce (ju'il aime à la vue d'un ciel sans nuages; l'habitant d'un climat brûlant la compare à la rosée. Voyez combien sont opposées l'une à l'autre les idées que présente l'image d'un fleuve débordé à un berger des bords du Nil et à un berger des bords de la Loire. 11 en est de même de toutes les images locales, (pie l'on ne doit transplanter qu'avec beaucoup de précaution.
Les images sont aussi plus ou moins familières, suivant les mœurs, les opinions, les usages, les conditions, etc. Un peuple guerrier, un peuple pasteur, un peuple matelot, ont chacun leurs images haijituelles; ils les tirent des objets qui les occupent, (jui les affectent, ([ui les intéressent le plus. Un chasseur amoureux se compare au cerf qu'il a blessé :
Portant partout le trait dont je suis déchire.
(Rac, l'héd., act. II, se. il, 77.)
Un berger, dans la mémo situation, se compare aux fleurs exposées aux vents du midi.
C'est ce qu'on doit observer avec un soin particulier dans la poésie dramatique. Brihundcus ne doit pas être écrit comme Alhulie, ni Pulycvcte comme Cinna. C'est un heureux choix d'images inusitées parmi nous, mais rendues na-
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lurelles par les convenances, qui fait la magie du style de Mahomet et iV.lIzirc, et qui manque peut-être à celui de Btijazd.
Il y a des phénomènes dans la nature, des opérations dans les arts qui, (|U(ji(pic i)résents à toiu les hommes, ne frappent vivement ([uc les yeux des philosophes ou des artistes. 1 es imaïcs, d'abord réservées au langage des arts et des sciences, ne doivent passer dans le style oratoire ou poétique qu'à mesure <iue la lumière des sciences et des arts se répand dans la société. Le ressort de la montre, la boussole, le télescope, le prisme, etc., fournissent aujourd'hui au langage familier des images aussi naturelles, aussi peu recherchées que celles du miroir et de la balance Mais il ne faut hasarder ces translations nouvelles qu'avec la certitude que les deux termes sont bien connus, et ([ue le rapport en est juste cl sensible.
Le puëie lui seul, comme pacte, peut employer les images de tous les temps, de tous les lieux et de toutes les situations de la vie. De là vient (juc les morceaux épiques ou lyriques dans les- (juels le poëte parle lui-même en qualité d'Iiomme inspiré, sont les plus abondants, les plus variés CD images II a cependant lui-même des ménagements à garder.
1» Les objets d'où il emprunte ses métaphores doivent être présents aux esprits cultivés; 2" s'il adopte un système, comme il y est souvent obligé, celui^ par exemple, de la théologie, ou celui de la mythologie, celui d'Epicure ou celui de Newton, il se borne lui-même dans le choix des images, et s'interdit tout ce qui n'est pas analogue au système qu'il a suivi; 3" les images que l'on emploie doivent être du ton général de la chose; élevées dans le noble, simples dans le familier, sublimes dans l'enthousiasme , et toujours plus vives, plus frappantes tiue la peinture de l'objet même; sansiiuoi l'imagination écarterait ce voile inutile, (^'est ce qui arrive souvent à lalec;ure des poèmes dont le style est trop figuré; 4" si le poëte adopte un personnage, un caractère, son langage est assujetti aux mêmes convenances que le style dramali()ue ; il ne doit se servir alors, pour peindre ses scnlimenls et ses idées, que des images qui sont iirésentes au personnage qu'il a pris'; 5" les images sont d'autant plus frappantes, que les objets en sont plus familiers; et, connue on écrit surtout pour son pays, le style p'iéliiiue doit avoir iliturellcmcnt une couleur natale.
Mais une règle plus délicate et plus difficile à prescrire, c'est l'économie et la sobriété dans la distribution îles images. Si l'objet de l'idée est de ceux que l'imagination saisit et retrace aisément et sans confusion, on n'a besoin, pour la frapper, que de son expression naturelle ; et le coloris étranger n'est plus que de décoration. Mais si l'objet, (juoitiue sensible par lui-même, ncscpnv senle à l'imagination ([uc l'aiblement, confusément, successivement ou avec jjeine, l'image qui le peint avec force, avec éclat, éclaire et soulage l'esiirit autant qu'elle embellit le style.
Mais ce n'est pas assez que l'idée ait besoin d'être embellie, il faut qu'elle mérite de l'être. Une pensée triviale, revêtue d'une image pompeuse ou brillante, est ce «pi'on appelle du phéhiis. On croit voir une ])hysionomie basse et commune ornée de diamants Cela revient à ce premier principe, que limage n'est faite <pie pour rendre l'idée sensible. Si l'idée ne mérite pas d'être sentie, ce n'est pas la peine de la colorer.
En observant ces deux règles, .savoir : de ne jamais revêtir l'idée que r^ur l'embellir, et de ne
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jamais embellir que ce qui mérite d'être embelli, on évitera la iirot'iision des images, on ne les emploiera qu'a propos; c'est là ce qui fait le cliarmc du style «le llacine et de La Fontaine. 11 est riche et n'est point chargé ; c'est l'abondance du génie «lue le goût ménage et répand.
La cuntiiuKilion de la même image est une affectation que l'on doit éviter, surtout dans le dramaliiiue, où les personnages sont trop émus pour penser à suivre une allégorie. C'était le goût du siècle de Corneille, et lui-même il s'en est ressenti.
En changeant une idée, on peut immédiatement i)asser d'une image aune autre; mais le retour du ligure au siuiple est indispensable si l'on s'étend sur la même idée, sans quoi l'on serait oldigé de soutenir la première image, ce qui dégénère en affectation ; ou de présenter le même objet sous deux images différentes, espèce d'inconséquence qui clioquelc bon sens et le goût.
Il est des idées qui veulent être relevées, il y en a d'autres qui veulent que l'image les abaisse au ton du style familier. Ce grand art n'a point de règle, et ne saurait se raisonner.
Dans tous les mouvements impétueux, comme l'enthousiasme, lu passion, etc., le stylo s'euûe de lui-même; il se tempère ou s'affaiblit quand l'âme s'apaise ou s'épuise. Ainsi, toutes les fois quo la beauté du sentiment e.-t dans le calme, l'image est d'autant plus belle, qu'elle est plus simple et plus familière. Les exemples de celte simplicité précieuse sont rares chez les modernes, ils sont communs chez les anciens.
Quanta l'abus des images qu'on appelle jeux de mots, il consiste dans la fausseté des rapports. Les rapports du figuré au figuré ne sont que des relations d'une image à une image, sans que ni l'une ni l'autre soit donnée pour objet réel. C'est ainsi que l'on compare les chaînes de l'amour avec celles de l'ambition, et que l'on dit que celles-ci sont plus pesantes et moins fragiles. Alors ce sont les idées mêmes que l'on compare sous des noms étrangers.
Mais c'est abuser des termes que d'établir une ressemblance réelle du figuré au simple. L'image n'est qu'une comparaison dans le sens de celui qui l'emploie; c'est la donner pour l'objet même que de lui attribuer les mêmes rapports qu'à l'objet, comme dans ces vers:
Brûlé de plus de feux que je n'en allumai.
(Rac, Ândrom., act. I, se. IT, 62.)
Elle fuit, mais en Parthe, en nous perçant le cœur. (Corn., Rodog., act. I, se. v, 3.j
De la fiction à la réalité, les rapports sont pris à la lettre, et non pas de la niélaphurc à la réalité. Par exemple, après avoir changé Syrinx en roseau, le poëtc en peut faire une flùie; mais quoiqu'il appelle des lis et des roses les couleurs d'une bergère, il n'en fera pas un bouquet. Pourquoi cela? C'est que la métamorphose de Syrinx est donnée pour un fait dont le poëte est persuadé; au lieu que les lis et les roses ne sont qu'une comparaison dans l'esprit môme du poëtc. C'est pour n'avoir point fait cette distinction si facile, que tant de poêles ont donné dans les jeux de mots, l'un des vices les plus opposés au naturel qui fait le charme du style poétique. (Extrait ûeMarmonlel.)
Quelquefois on présente dans une description deux images opposées qui, jointes ensemble, se relèvent mututUement. C'est ce qu'où appelle
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dmihle peinture. C'est en usant d'une double I^inturc que Corneille, dans le récit du songe de Tauline, lui fait dire, en parlant de Sévère [Puly. act. I, se. III, 99) :
Il n'était point couvert de ces tristes lambeaux Qu'une ombre désolée emporte des tombeauic; Il n'était point percé de ces coups pleins de gloire, Qui, retranclianlsa vie, assurent sa mémoire: Il semblait triomphant, et tel que sur son char, Victorieux, dans Home entre notre César.
La double peinture est d'un merveilleux effci pour le path(;ti(]ue , mais il faut beaucoup d'adresse pour la ménager et l'employer à propos. [Encyclop , article /'emmure double.)
Imaginable. Adj.des deux genres. Qui peut être imaginé. Fcraud prétend qu'il ne se dit guère qu'avec la négative ou en interrogation. C'est une erreur. Les exemples que donne l'Académie sont une preuve du contraire : On lui a fait tous les remèdes Lmayi/iahles. Tous les malheurs iinagi— nuhles lui sont arricés. On a fait tous les efforts iinuiiinables pour le sauver. Cet adj. ne se met (pi'après son subst.
Imaginaire. Adj. des deux genres. Qui n'est que dans l'imagination. On dit en ce sens un bonheur imaginaire, une peine imaginaire. Sous ce point de vue, imaginaire n'est point opposé à réel; car un bonheur imaginaire est un bonheur réel; une peine imaginaire g^\. une peine réelle. Que la chose soit ou ne soit pas comme je l'imagine, je souffre ou je suis heureux. Ainsi, \'imaginaire peut être dans le motif, dans l'objet ; mais la réalité est toujours dans la sensation. Le malade imaginaire est vraiment malade, d'esprit au moins, sinon de corps. En prose, il ne se met qu'après son subst. : Un bonheur imaginaire, des biens imaginaires. — Un malade imaginaire .
Imaginatif, Imaginative. Adj. Il ne se met qu'après son subst. : Esprit imaginatif, faculté, puissance Imaginative.
Imaginer. "V. a. de la I" conj. Les grammairiens onl remarqué qu'il y a une grande dilfércncc entre imaginer et s'imaginer , soit par rapport au sens, soit par rapport à la syntaxe. T'uagincr, c'est se rcprésenteniuclque chose dans l'esprit; c'est aussi en queUpie sorte créer une idée, en être l'inventeur. S'imaginer, c'est se figurer (luelque chose sansfondemcnt, ou simplement croire, se |)ersuader quelque chose. Imaginer ne peut jamais être suivi d'un que, ni d'un infinitif. On ne doit pas ùlrcj'imagine que cela est; il imagine être un grand homme. ]\Iais i'tviaginer peut avoir à sa suite un que , un nom, un infinitif ou une proposition incidente : On s'imagine ordinairement qu'on a plus de mérite et de perfections qu'on nen a en effet. Celui qui imagina les premiers caractères de l'alphuhcl u bien des droits à la rccotinaissance du genre humain. Les esprits inquiets s'imaginent d'ordinaire les choses tout autrement qu'elles ne sont. La plupart des écrivains polémiques s'iinaginenl avoir bien humilié leurs adcersaires, lorsqu'ils leur ont dit beaucoup d'injures. On s'imagine avoir quelque jour /e temps de penser à la mort; et, sur cette fausse assurance, on passe sa vie sans y penser.
luBÉcii.E. Adj. des deux genres. Il y a une grande différence entre les imbéciles et les fouc. Je croirais fort, dit Locke, que le défaut de:' imbéciles vient de manque de vivacité, d'activité, et de mouvement dans les facultés intellec-
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tucUcs, par où ils se trouvent privés de l'usage de la raison. Les fous, an contraire, semblent éire dans l'exlrcmilc opposée; «-ar il ne parait pas que ces derniers aient perdu la faculté de raisonner; mais il parait qu'ayant joint mal à propos certaines idées, ils les prennent |)our des vérités, et se trompent de lu même manière que ceux qui raisonnent juste sur de faux principes. Ainsi vous verrez un fou cpii, s'imaginant être roi, prétend, par une juste conséquence, être servi, honoré selon sa dignité. D'autres, qui ont cru être de verre, ont pris toutes les précautions nécessaires pour empcrlicr leurcorpsd'élrc cassé. Ce qui constitue vraisemblablement la différence qui se trouve entre les imléciles et les fous, c'est que les fous joignent ensemble des idées mal assorties et extravagantes, sur lesquelles néanmoins ils raisonnent juste; au lieu (pie les imhiciles font très-peu de propositions, ou n'en font ])oint, et ne raisonnent ([ue i)cu, ou point du tout, suivant l'état de leur imbécillité. — 11 se dit, surtout en vers, de la faiblesse du corps :
Prêtres audacieui, imhéciUs soldats,
Du sabre et de l'épée ils ont chargé leurs bras.
(Volt., ifcnr., IV, 353.)
On voit par ces vers qu'il peut se mettre avant son subsl. A'oyez Adjectif, Idiot.
IsiBÉciLr.jiEîiT. Adv. Cet adverbe, que l'on no trouve guère que dans le Dictionmiire de l'Académie et dans celui de Restaut, n'est presque point usité.
Lmcécillité. Subst. f. On fait sentir les deux l sans les mouiller. A'oyez Imbécile.
Imberbk. Adj. m. Il ne se met qu'après son sulist. : Un jeune homme imlerhe. L'Académie le fait des deux genres et donne [)our exemple du Icminin : Plusieurs nations de l'Amérique sont imberbes. Les nations ne sont point imberbes; il n'y a (juc les hommes de certaines nations qui le soient. Ce mot ne se dit que de ceux qui n'ont point de barbe, et qui doivent ou qui devraient en avoir , suivant les idées communes. On dit que les femmes n'ont point de barbe, mais on ne dit pas i[u'elles sont imberbes.
Lmboihe. y. a. de la 4' conj. C'est un vieux mot très expressif, dont nous n'avons conservé que le participe imbu. 11 signifiait recevoir par goùl des idées, des opinions, etc., t;t se les rendre jiroprcs par la force de l'h;ibitudc. On disait 'ii\iss'\ s* imboire. Montaigne a dit : Il faut qu'il imboive leurshumeurs, non qi/' il apprenne leurs préceptes; et qu'il oublie hardiment s'il veut d'oii il les tient; mais qu'il se les sache approprier. [Essuis,\\v.], cb'ip. XXV, t. I, p.4.43.)J.-J. llousscau a fait renaître cette ex|)ression, et quelques écrivains l'ont imité. Celui qui vous parle est un solitaire qui, vivant peu avec les hommes, a moins d'occasions de s'imboirc dz leuîs pr, jugés, {i.-i. nouss., Emile, liv. II, t. v:, p. 146) Nous n'avons aucun nio» (pii exprime convenubleuient l'idée que présence celui-ci; pourquoi donc le rejeter?
liiBBOGMo. Subst. m. On le prononce à l'italienne ein-bro-glio, en mouillant gl. L'Académie <lit qu'on le prononce aussi imbroille, a la française, Cdus faire sentir l't, et en mouillant les /.
Imit.\bi.e. Adj. des deux genres. 11 ne se dit guère qu'avec la négative, et alors il diffère d'inimitable, en ce(iue celui-ci se dit du bien ou du beau auquel on ne peut atteindre, et imitable, des choses qu'il faut se carder d'imiter. Virgile
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est inimitable, Lucain n'est pas imitable. Je sens si virement ce que le père du théâtre a de sublime, qu'il ui'est permis, plus qv'ii personne, de montrer en quoi il n'est pas imitable. (Volt., Dernières remarques sur Sertorius.) 11 en est de même dans le sens moral . Ce trait d'héroïsme est inimitable. Cette actrice n'est pas imitable.
I.MiTATECR. Subst. m. Eli parlant d'une femme, on dit imitatrice. Il se prend aussi adjectivement, et alors il ne se met qu'après son subst. : Un e.<;pril imitateur, un peuple imitateur.
liMiTVTiF, Imitative. Adj. Qui imite. 11 ne se met qu'après son subst. : Termes imitatifs, harmonie imitative, chants imitatifs.
En termes de grammaire et de poésie, on appelle/iferaic imtVn/tVe toute phrase «lui imite en quelque manière le bruit inarticulé dont nous nous servons par instinct naturel, pour donner l'idée de la chose (lue la phrase exprime avec des molsarliculés.
L'homme qui manque de mots pour exprimer quelque bruit extraordinaire, ou pour rendre a son gré le sentiment dont il est touché, a recours nalurcUement à l'expédient de contrefaire ce même bruit, et de marquer ses sentiments par des sons inarticulés. Nous sommes portés par un mouvement naturel à dépeindre par des sons inarticulés le. fracas qu'une maison aura fait en tombant, le bruit confus d'une assemblée tumultueuse, et plusieurs autres choses. L'instinct nous porte à suppléer par ces sons inarticulés à la stérilité de notre langue, ou bien à la lenteur de notre imagination.
Mais les écrivains latins, particulièrement les poètes, qui n'ont pas été gènes comme les nôtres, et dont la langue est infiniment plus riche, sont remplis de phrases imitatives t|ui ont été admirées et citées avec éloge par les écrivains du bon temps.
Nos poêles qui ont voulu enrichir leurs vers de ces phj-ases imitatires n'ont pas réussi au goût des Français, comme les poètes latins au goût des Romains. Nous rions du vers où Dubartas dit en décrivant un coursier (Artifices. 1" jour de la 2' semaine, Jf^' partie, 398) :
Le champ plat, bat, abat...
Nous ne traitons pas plus sérieusement les vei-s suivants, où le vol de l'alouette est décrit en phrase imitative :
Elle guindée du zépliire, Sublime en l'air, vire et revire, Et y décligne un joli cri, Qui rit, guérit, et tire lire Des esprits mieux que je n'écris
Pasquier rapporte i)lusieurs autres phrases imitatives des poêles français, par lesquelles il veut prouver que noire langue n'est pas moins tapaltle que la latine de beaux traits poétiques; mais les exemples qu'il rapporte suffisent jjour réfuter sa pri)|iosilion.
En effet, i)arce qu'on aura introduit quelques phrases imitatives dans des vqis, il ne s'ensuit pas que ces vers soient bons. Il faut que ces phrases imitatives y aient été introduites sans préjudicier au sens et à la conslruction grammaticale. Or, on cilerait bien peu de morceaux de poésie française qui soient de celle espèce, et qu'on puisse opposer en (pielque façon à tant d'autres vers que les Latins de luus les temps ont loués dans des ouvrages de \cuvs poêles. Du Bos ne connaissait en ce genre que la descrip-
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tion d'un assaut qui se trouve dans l'ode de Dcsprt'MUX sur la Prise de Namvr (v. I/18). Le poëie, dit-il, y dépeint en phrase imitative le soldat (]ui LTavil coiiirc une bièche, et qui vient, le fer et la îlannne on la main,
Sur les monceaux de piques
De corps morts, de rocs, de briques.
S'ouvrir un large chemin.
(Elirait do Y Enoyclopèdie .)
Imitation. Subst. f. Eu termes do litlérature, on entend par imilalion l'ciiiprunt des images, des pensées, des seniiiiienls ([u'on jiuise dans les écrits de quehiue aulcur, el dont on l'ait uu usage, soit différent, soit approclianl, soit en enchérissant sur l'original, llieu n'est plus permis que d'user des ouvrages qui sont entre les manis de tout le monde. C'est dans les bons écrits qu'il faut prendre l'abondance et la richesse des termes , la variété des figures, et la manière de composer. Ensuite on doit s'attacher fortement à imiter les perfections tpie l'on y voit; car on ne doit pas douter (lu'une bonne partie de l'art ne consiste dans l'imitation adroitement déguisée Virgile imite tanlôt Homère, lanlôt Théoerilc, tantôt Hésiode, et tantôt les poètes de son lem[)S ; et c'est j)our avoir eu tant de modèles, qu'il est devenu un modèle admirable à son tour.
La première chose qu'il faut faire, c'est de se choisir un bon modèle. 11 est plus facile qu'on ne pense de se laisser surprendre par des guides dangereux; on a besoin de sagacité pour discerner ceux auxquels on doit i- : livrer. 11 ne faut pas nièi. 0 s'attacher tellement a un excellent modèle, ipi'il nous conduise s&ul, et nous fasse oublier tous les autres écrivains. Le discernement n'est j)as moins nécessaire pour prendre dans les modèles qu'on a choisis les choses qu'on doit imiter. Tout n'est pas également bon dans les meilleurs auteurs, et tout ce qui est bon ne convient pas également dans tous les temps et dans tous les lieux. Mais ce n'est pas encore assez que de bien choisir; l'imitation doit être faite d'une manière noble, généreuse et pleine de liberté. La bonne imitation est une continuelle invention. 11 faut, pour ainsi dire, se transformer en son modèle, embellir ses pensées, et, par le tour qu'on leur donne, se les approprier, enrichir ce qu'on lui prend, et lui laisser ce qu'on ne peut enrichir.
C'est ainsi que La Fontaine imitait, comme il le déclare nettement :
Mon imilalion n'est point un esclavage.
{Éfttre à l'évéque d'Avranchcs en lui donnant un Qitintilien, 26.)
« Je n'emploie que l'idée, les tours el les lois que nos maîtres suivaient eux-mêmes. »
Si d'ailleurs quelque endroit plein chez eux d'excellence, Peut entrer dans mes vers sans nulle violence. Je l'y transporte, et veux qu'il n'ait rien d'affecté, lâchant de rendre mien cet air d'antiquité.
{Idem, 29.) (Extrait de l'Encyclopédie.'^
Imiter. V. a. de la 1" conj. Imiter l'exemple se dit de celui qui s'efforce de cojjicr une écriture, un dessin. Dans le sens moral, on dit «mzter l'exemple de qiielqu' un, et suivre Vcxemple de queiqu'xui ; mais suivre V exemple de quelqu'un n'est ^);is toujours une phrase corrccle, et il faui îouvcî^t dire imiler l'exemple de quelqu'un. Sn suit des conseils, des avis; ils indi-
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qucnt, ils tracent une route, et on la suit. Mais qu'est-ce ([u'un exemple? c'est une qualité morale, une action bonne ou mauvaise considérée connue pouvant èlvc imif te. On \\c suit pas une qualité morale, on ne *!/// pas une action bonne. On dit cest une action à imiter, c'est une action qu'il ne faut pas imiler ; ei non pas c'est une action à suivre, c'est une action qu'il ne faut pas suivre. Qu'est-ce ([u'imiler? c'est prendre pour modèle. Or, on ne suit pas un modèle, du moins dans le sens dont il est question ici; on tâche de l'imiter. Bossuot a dit : Imites un si bel exemple, et laissez-le à vos descendants. Boilcau a aussi employé celte expression dans les vers suivants {Épitre Vil, 71) :
Imite mon exemple ; el lorsqu'une cabale, Un flot de vains auteurs follement le ravale. Profite de leur haine et d« leur mauvais sens, nis du ^ruit passager de leurs cris impuissants.
Dans les :;as oij il s'agit de la conduite que l'on tient, des el'i'orls (pu; l'on fait, d'une carrière que l'on parcourt, on peut dire suivre V exemple de quclqu'-in. .Je dirai donc, voyez comme votre frère étudie, et suivez son exemple, f^otre ami s'enrichit par son activité et son travail, suivez Si n exemple. Un grenadier monta à l'assaut, les autres suivirent son exemple. Mais lors(-,ue le modèle (pie l'on propose est complet, lorsqu'il n'y a plus rien à y ajouter, on emploie imiter, f^otre frère .s'est avancé par sa docilité, imitez son exemple, f^otre ami s'est cnrichipar son travail et so?i économie, iîuitez son exemple. On ne suit pas l'exemple des personnes qui n'existent plus, on l'imite; le modèle est complet, il n'y a plus rien à suivre, il s agit d'imiter. On ne dit pas suives les exemples de vos ancêtres, mais imitez les exemples de vos ancêtres.
Immacclé, Immaculér. Adj. On prononce les deux m, et l'i conserve le son qui lui est naturel.
TiiMANGEABLE. Adj. dcs dcux geurcs. On prononce les deux ?«, et Vi initial conserve sa prononciation naturelle. Cet adj., i\m est très-i)cu usilé, ne se met qu'après sou subst. Au lieu de dire cela est immangeable, on dit ordinairement cela n est pas mangeable .
1.MMANQUABLE. Aoj. dcs dcux gcnfcs. Lcs dcux m se prononcent, et Vi garde le son (jui lui est naturel. H ne se dit que des choses, et se met toujours après son subst. : Une affaire immanquahlc.
Immanquablement. AJv. l'i conserve sa prononciation naturelle, et on prononce les deux m. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe : // aura fini inmanquuhlemenl dans deux heures. Il aura immanquablement fini dans deux heures.
Immatérialité. Subst. f. Vi initial conserve sa prononciation naturelle, et Icsdeu.x.OT se font sentir.
Immatériel, Immatérielle. Adj. L'z initial conserve sa prononciation naturelle, el les deux m se font sentir. Cet adj. ne se met qu'après son subst. : Substance immatérielle .
Immatriculation, Imiutricule, Immatriculer Dans ces trois mois, l'j iinlial conscrTC le son qui lui est naturel, cl on prononce les deux m.
Immédiat, Immédiate. Adj. L'i initial conserve le son qui lui est propre, et les deux m se font sentir. Cet adj. ne se met tpiaprès son subet •. Cause immédiate, effet immédiat.