‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 229 sur 453 · IM.M · texte numérisé non relu

IM.M

Immédiatfmf^t. Adv. L'i initial conserve la prononciation qui lui est propre, et les deux vi se font sentir. Il doit être place après le verbe : // tient iinmédiutoncnt ses pouvoirs du souverain. Lorsqu'il niodilie un autre adverbe, il doit le précéder : Innnédiate/neni après.

Immémoui*!., bniKiioniALE. Adj. 1,'z initial conserve sa jH'onouciation naturelle, et les deux m se font sentir. Il ne se met qu'a|irès son subst. : Usage immé moriA.il , possession immémoriale. Cet adj. se dit de ce qui passe la mémoire des hommes qui sont actuellement vivants, et dont on ne connaît point le commencement. On dit, par exemple, «pie de temps immtnnnrial o-n en a w.Ç(; ainsi, on que \ on a une possession inimérnoriaie d'un héritiige. La possession de trente ou (juaraiitc ans, et même de cent ans, n"esl point im- /«e«iori(//e dés qu'on en connaît l'origine.

Ijimekse. Adj. des deux genres. \Ji conserve sa prononciation naturelle, et oh fait sentir les deux wi. Cet adj. peut se mettre avant son subst., lorsque l'analo^iie et l'iiarmonie le permettent : Une étendue immense, une immense étendue. Cet adjectif exprimant une espèce de superlatif, n'est susceptible ni de plus ni de moins; on ne peut donc dire ni plus immense, ni moins immense. Dclille a dit fort heureusement {Énéid., IV, 775) ;

Sur le monde assoapi régnait un calme immente.

Nous pensons qu'il n'a pas si bien réussi en disant {Enéid., II, 73) :

A CCS mots, saisissant sa jareline immcTue.

Une javeline immense semble un peu étrange. On dit bien une hauteur immense, parce que le mot hauteur présentant l'idée d'une dimension, peut s'allier dans toute sa signification avec l'idée à'iin?-cnse. 11 n'en est pas de même du mol javeline, qui, loin de présenter par lui-même l'idée d'une dimension, exclut au contraire celle d'une surface, qui s'alliele plus naturellement avec l'idée d'immensité. Il n'y a donc entre l'adjectif et le substantif qu'une analogie éloignée que l'esprit ne saisit pas d'abord, ce qui empêche l'idée d'être claire. Peut-être pourrait-on ne lias désapprouver le vers suivant du même auteur (Enéid., V,519):

Il montre lenr vigueur, montre sa taille immense.

Taille présente Tidée d'une hauteur, d'une élévation, et a, ])ar cette raison, une analogie plus directe avec l'adjectif immense.

lM.MENsiiMF.NT. Adv. L'i conscrvc sa prononciation naturelle, et on fait sentir les deux m. On peut quelquefois le placer entre l'auxiliaire et le participe : Il a perdu immensément dans cette entreprise. Il a immensément perdu dans cette eni.-cprise. Féraud veut qu'on écrive et qu'on prononce immensément, sans accent sur l'e qui suit Ys ; mais l'usage exige cet accent.

Immensité, I3IMERSI0N. Dans ces deux mots l't initial conserve le son qui lui est naturel, et on fait sentir les deux m.

Immeuble. Adj. qui se prend subslîintivement. L'i conserve sa prononciation naturelle, et on fait sentir les deux m. Comme adj., il ne se met qu'après son subst. -.Des biens immeubles.

Imminence. Subst. f. L't initial conserve sa proiionciation naturelle, et les deux m se font sentir, ^'ecke^a dit Vimmincnce du danger. —

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L'Académie a mis ce mot dans la dernière édition de son Dictionnaire.

Imminent, Imminente. Adj. L't initial conserve le son qui lui est propre, et on fait sentir les deux m. On peut le mettre avant S'Hi subst., en consultant l'oreille et l'analogie : Dans ce péril imminent, dans cet imminent péril. \o^czÉ minent.

Immiscer, bnnxnos. Dans ces deux mots, 1'» initial conserve sa prononciation naturelle, cl on l'ait sentir les deux m. YiSin?, immixtion, ii conserve sa prononciation naturelle.

Immobile, Immobilieiî, Immobilité. Dans ces trois mots, \'i initial conserve sa prononciation naturelle, et on fait sentir les deux m. Les deux adjectifs, immobile et imm<ibiiier, immubilière, ne se mettent qu'après le subst. : Un homme immobile. Une succession immobilière.

Immodéré, Immodérément. Dans ces deux mois, l'î initial conserve sa prononciation naturelle, et on fait sentir les deux m.

Immodéré, immodérée, CS^ UT\ a^lj. qui nîSft met qu'après son subst. : Zèle immodéré, passion immodérée, désirs immodérés.

L'adverbe immodérément ne se met point entre l'auxiliaire et le participe : Il a bu immodérément, et non pas il a immodérément bu.

I.^iMODLSTE, Immodestement, Immodestie. Dans ces trois mots, l't initial conserve sa prononciation naturelle, et on l'ait sentir les deux ju. Iminodeste, adj. des deux genres, peut se mettre avant son subst., lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent : Des regards immodestes, ces immodestes regards. L'adverbe immodestement ne se met point entre l'auxiliaire et le participe : // a parlé immodestement, et non pas il a immodestement parlé.

Immolation, Immoler. Dans ces deux mots, Vi initial conserve sa prononciation naturelle, et on l'ait sentir les îh. Dans immolation, ii se prononce comme ci.

Immoler signifie quelquefois, surtout dans le style poétique, tuer, massacrer, égorger. Voltaire a dit dans la Mort de César (act. II, se. iv, 12U) :

Courons au Capitule ; C'est là qu'il nous opprime, et qu'il faut qu'on l'immole

Immonde, Immondice. Dans ces deux mots, Vi initial conserve sa prononciation naturelle, et on fait sentir les deux m. Immonde, adj. des deux genres, ne se met qu'après son subst. : Des animaux immondes, des viandes immondes. Immondice, subst. f., ne se met qu'au jjluriel quand il signifie ordure; et l'Académie elle-même, qui le met au singulier en ce sens, ne donne (jue des exemples du pluriel : Oier, nettoyer les immondices, les rues sont pleines d'inimnndices. — Ii n'a de singulier que dans le sens d'impureté légale, qui lui est donné dans l'Écriture sainte : Immondice légale.

Immoral, Immoralité. Dans ces deux mots, l'i initial conserve sa prononciation natuicUe, et on fait sentir les deux m. Immoral, immorale, ne se met qu'après son subst. : Un caractère immoral, un ouvrage immoral, — Immoral, dit Domergue, est un mot de nouvelle création que je trouve fort bon. Mais que doit-il signifier ? le contraire de moral, comme injuste, inexact, signifient le contraire de juste, d'exact. Or, que signifie moral? — (La (pii a Irait aux mœurs, ce qui est propre a inspirer les bonnes mœur.s : // ne faut négliger ni l'éducation physique, ni l'é-

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ducatinn morale. Les coûtes moravx de Marmontel. L'éducation morale est la partie de l'cdiicaliou iiiii a trait aux mœurs, qui forme los niirurs. Lcx contes moravx de Mnrnumlt'l oui élc l'ails dans l'intention d'inspirer de bonnes mœurs. Un impôt immoral est un impôt tjui tend à dépraver les mœurs; tout ce qui est imm rul est tnut ce qui est contraire aux bonnes mœui"S On voit il\\\' immoral s(t dit des choses et non des personnes. — Moral ne signilie pas qui a des mœurs; immoral no peut donc pas signi— lier qui n'a point de mœurs.

Toutes les belles raisons que je viens de donner, ajoute Domergue, n'ont pas empêché l'adoption de ce mot dans le sens que lui donne Mirabeau ; sens que Domergue vient de combattre.

Nous pouvons ajouter que l'Académie a donné |)our exemple de l'emploi de cet adjectif, c'est l'hovivie le plusimniiiral que je co7i?iaisse. Rien n'empèehe de dire immoraux au pluriel masculin.

Immortaliser , Immortalité , Immortel. Dans ces trois mots, Vi initial conserve sa prononciation natiuelle, et on fait sentir les deux m. Immortel, immortelle, adj., peut quelquefois se mettre avant son subsl. : Vieux immortels , âme immortelle. — Monument immortel , immortel inonument, des exploits immortels, d'immortels exploits. Cet adjectif n'est pas susceptible de comparaison, soit en plus, soit en moins. On n'est pas plus ou moins îmmoi-tel.

Immuable, Immdaclement, Immctabilité. Dans ces truis mots, Vi initial conserve sa prononciation naturelle, et on fait sentir les deux m.

Imviuahle, adj. des deux genres, peut se mettre avant son subst., en consultant l'oreille et l'analogie : Les décrets immuables de la Divinité, les immuahles décrets de la Divinité.

L'adv"rbe immuuUement est peu usité.

IsiMDNiTÉ. Subst. f. L'i initial conserve sa prononciation naturelle , et on fait sentir les deux m.

Impair, Impaire. Adj. Il ne se met qu'après son subst. : Un nombre impair, les années impaires.

Impalpable. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. ; Poudre impalpable.

Impardonkadle. Adj. des deux genres. La Gravnnuire des Grammaires prétend qu'on s'cxiirimerait incorrectement en disant une perso?ine pardonnable , une personne impardonnable, parce que le verbe pardonner n'a pour régime direct qu'un nom de chose. Si cette règle était adoptée, il faudrait dire aussi qu'on s'exprimerait incorrectement en disant une personne irréprochable, parce que le verbe reprocher n'a pour régime direct qu'un nom de chose. Cependant on dit tous les jours qu'une personne est irréprochable, (ju'clle est irréprochable dans ses mœurs, dans sa conduite ; et on dit de même, vous êtes impardonnable d'avoir agi ainsi.

Quand impardonnable et irréprochable se disent des chcises, ils signifient, qu'on ne peut pas pardonner, qu'on ne peut pas reprocher ; quand on les dit des personnes, ils signiiient, à qui on ne peut pas pardonner, à qui on ne peut rien reprocher.

Je conviens que pardonnable et rcprochable ne doivent se dire que des choses.

Lcxlj. impardonnable ne se met qu'après son subst. t-a parlant des personnes. En parlant des choses, il j^^ut se mettre avant ou après, en consultant l'oreil\Q et l'analogie : Une effense impardonnable. Cette impardonnable offense Une

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faute impardonnaUe. — L'Académie ne le dit que des choses.

Imparfait, Imparfaite. Adj. 11 ne se met guère (pi'après son subsl. : Une j'oie imparfaite, vu ouvrage imparfait.

En termes de grammaire, on appelle /irt/cVî/ imparfait, ou simplement imparfiit, un temps (lui a rapport a une époque déteriuinée |iar la suite du discours ou par (pichiue circonstance. Voyez Temps. L'imparfait de l'indicatif se l'orme "du participe présent, en changeant la finale avt en ais, comme aimant, j'aimais ; emplissant, j'emplissais ; recevant, je recevais ; rendant, je rendais.

Les terminaisons de l'imparfait de l'indicatif sont les mêmes dans tous les verbes, tant réguliers qu'irréguliers, sans aucune exception. Pour le singulier, elles sont, ais, ais, ail', j'aimais, tu aimais, il aimait; et pour le pluriel, ions, iez, aient; nous aimions, vous aimiez, ils aimaient.

L'imparfait du subjonctif se forme du passé simple, en changeant aien asse, pour la première conjugaison ly'aiwrtz, que j'aimasse ; et pour les autres conjugaisons, en ajoutant se à la terminaison du passé simple : Je finis, qjie je finisse; je crus, que je crusse; je rendis, que je 7'cndisse.

L'imparfait se rapportant à une époque déterminée par la suite du discours, doit avoir souvent un rapport de correspondance avec des temps qui expriment ces époques. L'imparfait de l'indicatif correspond ou à son propre temps , je lisais quand vous écriviez; on au passé simple, je lisais quajid vous écrivîtes; ou au passé composé, je lisais quand vous avez écrit.

L'imparfait du subjonctif correspond ou à l'imparfait de l'indicatif, jV voulais que tu vinsses; ou aux passés simple et composé, je voulus, j'ai voulu que tu vinsses; OU aux deux conditionnels, jVi'o?/dr«js,y'a?<rafs voulu que tu vinsses.

Dans les phrases où il y a subordination do propositions, c'est une règle générale que quand le verbe régissant est à l'imparfait de l'indicatif, le verbe régi soit à l'imparfait du subjonctif: Je voulais qu'il partit, je désirais qu'il s'éloignât. Féraud a eu raison de relever dans la phrase suivante de Bossuet une faute que j'aimerais mieux attribuera l'ignorance d'un éditeur ou d'un imprimeur, qu'à l'inatten'iion de cet illustre écrivain : Les preuves indicatives du Messie devaient être distribuées de telle sorte, qu'elles soient déclarées chacune en son temps. Il fallait qu'elles fussent déclarées.

C'est une règle générale que lorsipie dans une phrase il y a deux verbes correspondants dont le premier est au passé, le second doit être à l'imparfait. Ainsi il faut dire, /'ai cru qu'il avait raison, je croyais qu'il avait tort. Mais cette règle estelle sans exception? et peut-on dire j'ai cm que Dieu était juste, je savais que deux et deux faisaient quatre^ L'Académie , consultée sur une phrase qui présentait cette difficulté, a fait^ une réponse qui peut nous servir do guide dans l'examen de cette question, cl les observations que Domergue y a opposées nous fourniront l'occasion d'entrer dans des détails qui pourront nous aider à l'éclaircir.

Un magistrat de Lyon avait dit dans un mémoire sur la jurisprudence : « Pénétré de cette vérité avouée par les (grands magistrats et les vrais jurisconsultes, j'ai tâché d'absoudre mon ouvrage de ce reproche [d'être aride); j'ai regardé comme un devoir de mettre un peu plus a

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la portée de inut le monde les lois que tout le mimde doit suivre ; j^ai cru que le caractère essentiel d'un livre classique de jurisprudence est de rendre la jurisprudence plus aimable et moins rebutante. »

(JiK'lques personnes pensaient, d'après la règle, qu'au lieu du présent est, il fallait nietlre l'imparfait était; d'autres soutenaient ipic le jnésent devait être employé dans cette phrase.

On consulta l'Académie. Elle lit la réponse suivante par l'entremise de d Alembcrt, son secrétaire perpétuel.

« L'.\cadémic pense que dans la phrase

proposée, et dans toutes celles du même genre, l'usage, en cela conforme à la syntaxe, autorise généralement l'imparfait au second membre, dans le cas même uù la chose dont il s'agit n'est pas contingente; mais il y a ce[)endant des cas où il est permis, et pcut-élre mieux, d'employer le |irésenl, surtout quand la chose dont il s'agit est une vérité incontestable, nécessaire, et généralement reconnue; par exemple, une proposition de géométrie, etc., ou (juand le premier membre de la phrase exprime une assertion absolue, comma j'ai prouvé , j'ai démontré, quoique la proposition ne soit pas même alors à l'abri de toute difficulté. En conséquence de ce princi|)e, l'Académie croit que la phrase ne portant ni le caractère d'une assertion absolue, ni celui d'une vérité incontestable, on doit mettre l'imparfait au second membre. »

Nous conviendrons avec Domcrgue que celte décision n'est pas exprimée en termes fort clairs; mais cela ne nous empochera pas d'y reconnaître lcprinci|ie qui peut servira éclaircir parfaitement la difficulté. Suivons Domergue dans sacrilicjue.

« Les mots, dil-il, offrent le tableau des pensées. Le substantif exprime l'objet dont l'image se peint dans l'esprit ; l'adjectif rend la modilicalion sous laquelle l'esprit considère tel ou tel objet. Le temps grammatical doit être, par conséquent, l'expression du temps qui existe dans l'esprit ; et nous devons employer le présent, le passé ou le futur, suivant que ré'po(iueque nous avons en vue est présente, passée ou future. Ce principe ne peut éire contesté; il porte sa démonstration avec lui : le langage, en effet, n'est rien, s'il n'est pas la (lensée écrite ou parlée, n

Nous ne contesterons point ce principe, et nous l'admcllons comme la base de notre examen, de même que Domergue en a fait la base du sien. 11 ne s'agit donc plus (pie d'examiner quelle pensée on doit avoir dans res[irit pour employer le présent, et quelle autre pour se servir de l'imparfait.

« Pour savoir, continue Domergue, si l'auteur a eu raison d'emi)loyer le présent," il suffit d'examiner si répo(]ue (ju'il a en vue est actuellement existante, si le caractère essentiel d'un livre classique de jurisprudence est, etc., puisque c'est d'après ce principe qu'il travaille à son ouvrage, etc. «

Ici le criticjue s'écarte déjà de son principe. Il vient de nous dire que le temps grammatical lioit être celui qui existe dans l'esprit ; et maintenant, au lieu d'examiner quel est le temps qui existe dans l'esprit, il veut que nous examinions si ce temps, quel qu'il soit, est actuellement existant, c'est-à-dire, sans doute, s'il est com[)ris dans une période écoulée ou non écoulée.

Il ne s'agit pas d'examiner si l'époque que l'auteur a eue en vue est actuellement existante, mais bien (|uelle epoipic il a eue en vue; et s'il l'a considérée autrement que comme existante au momcDl où il parlait, et par rapport à la circon-

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slance exprimée dans son discours. Je m'explique. Quoi(}u'unc vérité soit existante de toute éternité, on peut, en la croyant telle, ne l'exprimer que sous le rap|)ort du moment où l'on parle, et des circonstances qui en dépendenl. Dieu est ban csy une vérité éicinclle. <^)uand je dis absolument , et sans rapport à aucune autre circonstance, je pensais que Dieu est bon, je considère l'existence de la bonté de Dieu dans toute son étendue, et comme une vérité éternelle. Mais si, étant sur le point de in'abandonner au désespoir, je reprends courage par l'idée de la bonté de Dieu, applicable à la circonstance où je ine trouve, je pourrai dire, /p pensai que Dieu était bon ; et alors, tout persuadé tjue je suis de l'existence éternelle de la bonté de Dieu, je ne pré- .senle pas cette existence dans toute son étendue, mais, j'applique une partie de celte étendue à la circonstance où je me trouve; et c'est cette simultanéité |)articuliére d'époque qui nécessite el justifie l'emploi de l'imparfait.

« Quoi ! dit Domergue, l'auteur rendant compte de sa manière de penser, pleinement convaincu qu'il faut écarter de l'étude des lois la sécheresse, mère du dégoût, s'est fait de ce principe une règle invariable, une règle toujours présente à son esprit, et l'on veut qu'il exprime cette e.uslence actuelle par un temps passé I Ce serait renverser l'ordre des choses, présenter une image fausse, et mettre en contradiction les mots avec les pensées. »

Il est vrai que l'auteur s'est fait un principe, une règle invariable, une règle toujours présente à son esprit, mais il n'est pas vrai (ju'd ait eu intention de présenter cette règle d'une manière absolue, et dans toute l'étendue de son existence. 11 a voulu seulement appliquer l'existence de cette règle à la circonstance où il se trouvait. Il n'a pas voulu dire simplement et absolument, j'ai cru que le caractère essentiel des livi'es classiques de jurisprudence est de rendre la jurisprudence plus aimable; mais il a voulu dire, pénétré de

cette vérité j'a i tâché j'a i regardé cum me

vn devoir de mettre mon ouvrage un peu plus à la portée de tout le monde ; olddns cette circonstance j'ai considéré le caractère essentiel de tous les livres classiques de jurisprudence , comme devant être appliqué au mien, j'ai cru que le caractère d'un livre classique de jurisprudence était de rendre la jurisprudence plus aimable et inoins rebutante.

« En vain, continue le critique, en vain l'aije appelé d haute voix, dirais-jcen parlant d'un homme éloigné; 7'fli vu qu'Une //t'entendait pas. En vain lui ai-je sauvent adressé la parole, di— rais-je en jiarlant d'un sourd, y'at vu qu'il /('entend pas. Le temps n'est plus où l'homme éloigné était ne m'entcndant pas; voilà pourquoi, dans la première plirase, il faut un leini)s |iassé. Le temps est encore où le sourd est n'entendant pas; voilà pourquoi, dans la seconde, il faut un temps présent. »

Dans l'une et l'autre de ces phrases, je n'ai eu l'intention d'exprimer ni l'existence d'une chose qui n'e.>t plus actuellement, ni l'existence d'une chose ijui est encore; mais seulement l'existence d'une chose à une époque que je désigne, et cette simultanéité d'existence exige l'inijtarfait dans l'un cl l'autre cas. Au moment où j'ai adressé la l)arole a l'homme éloigné, il ne m' entendait pas; au moment où j'ai adressé la parole à l'homme sourd, il n'entendait pas; ']& n'ai pas voulu exprimer la cause, mais la sunultauéité de l'exi-

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stencc de reffel avec rcxislence (U; ifia parole.

Mais si je doistlire d'un liomme sourd, c/i i-ain je lui ai Ao^n•('llt adresse la parole, jai vu qu'il «'cnlcnd pus, par la raison ([ue la surdilé cxisle encore, il faudra donc, avant de in'exprimer ainsi, que je urinforme si l'homine dont il est question n'est pas guéri de sa surdilé; car, dans ce cas, la phrase serait ridicule, et l'on pourrait me répondre : A'ous vous trompez; vous voulez dire sans doute qu'il n'entendait pas alors, car actuellement il entend très-bien. Certaincmeul, en disant qu'un homme n'entend pas au moment où je lui parle, je ne veux pas assurer qu'il n'entend pas pendant dix ou vingt années.

Domergue prétend «pie ces deux phrases : Je vous ai dit que mon frère était malade, je vous ai dit que mon frère est malade , sont deii.X phrases également bonnes en soi, avec celte différence essentielle, (xw'ctail /«aZo^e signifie qu'il a cessé d'être malade, et est malade, qu'il l'est encore.

Notre critique s'embrouille ici de plus en plus, par les efforts qu'il fait pour soutenir l'erreur qu'il a avancée, nuoi! (|uand je vous ai dit que mon frère était malade j'ai voulu vous dire (|ue sa maladie avait cessé! mais si j'avais eu cette intention, je vous aurais dit tout simplement, oto/j frère n'est plus malade. Quoi ! quand je vous ai dit dans im lemps jtassé qve mon frère est malade, }'n\ voulu vous dire qu'il l'est encore dans un temps futur! L'absurdité est évidente. Comment ai-je pu vous assurer, il y a quinze jours, par exemple, l'existence d'une chose contingcnle qui est présente au moment où vous me pariez, mais qui aurait pu ne pas l'être? Je n'ai pas pu vous dire il y a (piinze jours que mon frère est malade aujourd'hui; tout ce que j'ai pu vous dire, c'est <iu'il était malade au moment où je vous ai parlé.

Ce n'cbl donc pas en examinant si la chose dont il est question existe ou n'existe pas actuellement, qu'on peut s'assurer s'il faut employer l'imparfait ou le présent; mais en examinant si celui qui a parlé a voulu présenter cette chose comme ayant une existence permanente, ou seulement comme ayant une existence relative aux circonstances. Dans le preuiiercas, il faut mettre le présent, je vous ai dit que Dieu est bon; dans le second, l'imparfait, je vous ai dit que yuan frère était malade, et jamais est vuilade, à moins que le premier verbe ne soit au présent, comme dans/e vous dis que mon frère est malade.

Le critique, confondant ainsi les principes, prétend (jue nos meilleurs écrivains sont sur ce point en contradiction avec eux-mêmes, et qu'ils emploient indifféremment dans le même sens, tantôt le présent, taniôl l'imparfait. Nons allons dé- .nontrer que c'est toujours dans des sens différents, et conformément à la règle que nous venons d'indiquer.

Entre les pattes d'un lion, Un rat sortit de lerre assez à l'étourdie; Le roi des animaux, en cette occasion.

Montra ce qu'il était, et lui donna la vie.

(La Font., liv. II, fabl. ii, 5.)

Que signifie, dit Domergue, montra ce qu'il était? Cela signifie évidemment, montra que la générosité est une de ses qualités essentielles permanentes, et par conséciuent une ([ualilé existante actuellement dans l'esprit du poëte. La phrase peut être rendue ainsi : Le lion est géné-

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revx ; il lui a donné la vie; il y a donc ici un temps passé pour unecpocpie i)réscnlc.

Non, cela ne signifie pas l'csistcnce permanente d'une qualitc présente, cela manpio simultanéité d'une i)artie de l'existence permanente d'une ijualité avec une circonstance iiarticulicre, montra ce qu'il était, c'est-à-dire, ap|>li()iia à la circonstance la preuve de lexistence do ses (pialitcs essentielles. Ce n'est point un temps passé pour une époque présente, c'est lui lemps présent relativement à uneépocjue passée; c'est l'imiiarfait. Montra ce qu'il est serait un contre-sens; il romprait une correspondance <]ui existe entre le second verbe et les circonstances qui doivent servir à déterminer l'époque de l'existence.

La daine au nez pointu répondit que la terre Était au premier occiipanl.

(La Vost., liv. Yll, r.ibl. xvi, 16.)

La terre est au premier occupant, répondit la belette. Ces deux phrases ont cxaclemeni la même sienificalion, dit Domergue.

tes deux i)hrases ne signifient pas exactement la même chose : la [tremière veut dire ([ue le principe général, la terre est au premier occupant, est applicable à la circonstance; et la seconde ne fait {[u'exprimer absolument le principe général, sans rapport à aucune circonstance.

Voici deux exemples du même auteur, où Domergue trouve un accord parfait cuire la pensée et l'expression, quoique le premier verbe soit an passé, et le second au présent.

Mais que t'a-l-il dit à l'oreille?

Car il s'approchait de bien prés, Te retournant avec sa serre.

Il m'a dit qu'il ne faut jamais Vendre la peau de l'ours qu'on ne l'ait mis par terre (La Font., liv. V, fabl. xx, 3i.)

Comme me voilà fait! Comme doit être un ours. Qui t'a dit qu'une forme eit plus l)elle qu'une autre? (La Font., liv. XII, fabl. m, 09.)

Dans ces deux exemples, on a employé le présent, parce qu'il s'agit d'une vérité générale dont l'existence est présentée dans toute son étendue, et n'est pas restreinte aux circonstances particulières de la i)hra.se. 11 n'y a pas réellement de correspondance entre les doux proposilions il m'a dit et il ne faut, qui t'a dit et (pi'M/;e firme est; il n'y a (pi'une suite de deux [iropositions isolées par le sens, et liées senleincnt par la conjonction C'induciivc que, qui mène de la première à la seconde, comme à un complément. Cela est si vrai, que, si vous ôlez cette conjonction, les propositions seront vraies en elles-mêmes, el la seconde ne parailra avoir aucune liaison avec la première . Il m'a dit, il ne faut pas vendre la peau de l'ours, elc. Qui l'a dit, ou y a-t-il quelqu'un qui t'a dit, Une forme est plus belle qu'une autre?

A la vérité, l'ours personnifié, en disant il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir jeté par terre, a bien intention <pic rajiphcation de cette vérité générale soit faite a la circonstance particulière; mais il ne veut pas lairc lui-méuie cette application. Il laisse a cciui a qiu il parle le soin de la faire. Il ne veut donc exprimer (lue la proposition générale, sans exprimer qu'il en fait l'application a la circonstance. Son idée doit être rendue par le présent, qu'il m

faut. ,. ., , j-, r ■>

Mais quand on dit, il m'a dit que son freflt

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était malade, il y a onlre les verbes dit et était une ccirrcsi)ondance réelle de pensées , el non une simple iiîiison de complément. Si j'ùlc le qup, lii seconde proposition n'est plus vraie isolement; elle présente un cai"ictérc de correspondance d'idées avec une autre proposition qui doit i)récéder : // via dit — son frère était malade. Son frère était malade, considéré isolement, ne signiiie rien, jiarco (|ue était suppose une correspondance d'idées, une simultanéité avec une époque qui doit précéder, el celte époipie n'est pas exprimée. Dans il m'a dit — son frère est malade, la dernière prop<JSilion est vraie , indépendamment de la première; elle n'a plus aucune correspondance nécessaire avec le verbe précédent; donc c'est l'imparfaii (pii marque celle correspondance d'idées, cette simullanéilé d'époques avec un verbe pr(!'céilcnt mis au passé; donc on doit employer rimparfait toutes les fois qu'on veut marquer celte correspondance; et, comme on n'a pas eu rinlenlion de marquer cette correspondance, celte simullanéilé, en disant, il m'a dit qu'il ne faut pus rendre la peau de l'ours, etc., qui t'a dit t\u'v/ic forme est plus belle qu'une autre, mais (|u'on a voulu seulement énoncer une vérité générale sans en faire expressément l'application à la circonstance, on a dû se servir du présent, qu'il faut, (\v\'une forme est.

Voici d'autres exemjjles par lesquels Domergue prétend prouver que Boileau csl à cet égard en contradiction avec lui-même. Nous allons lâcher de montrer que celle contradiction n'existe pas, et que Boileau a eni|)loyé le présent ou l'imparfait, d'après les principes que nous venons d'exposer {sat. XII, 277) :

Soudain, an grand honneur de l'église païenne, On entendit prêcher dans l'école chrétienne, Que sous le joug du vice un pécheur abattu Pouvait sans aimer Dieu ni même la vertu. Par la seule frayeur au sentiment uuie. Admis au ciel, jouir de la gloire infinie; Et que les clefs en main sur ce seul passe-port. Saint Pierre à tout venant devait ouvrir d'abord.

« On entendit prêcher qu'un pécheur /joi/raii; que sjiint Pierre devait; el quelques vers plus bas (,Idem, 297) :

C'est alors qu'on apprit qu'avec un peu d'adresse. Sans crime un prêtre peut vendre trois fois sa messe. Pourvu que, hiissant là son salut à l'écart. Lui-même, en la disant, n'y prenne aucune part ; C'est alors que l'on sut qu'on peut, pour une pomma, Sans blesser la justice assassiner un homme.

« On ajiprit qu'un prêtre peut; on sut qu'on feut.

« Dans l'esprit des théologiens qu'ont tourné en ridicule Boileau et l'ingénieux auteur des Provinciales,c(i sont des maximes invariables, et par conséquent lutijours présentes, qu'un homme peut être un saint sans aimer Dieu, et que saint Pierre doit lui ouvrir le paradis; qu'j/?» prêtre peut vendre trois fois sa messe', qu'un peul «*sassiner pour une pomme. Kt cependant ces maximes, loules actuellement existantes dans la pensée, sont exi>rimées, les unes par le passé, les autres par le présent. «

J'observerai, en passant, que Domergue affecte toujours de donner à l'imparfait la dénomination de passé, ce qui n'est pas exact; il devait dire : Mt cependant ces maximes, toutes actuellement existantes dans la pensée, sont exprimées, les unes par l'imparfait, et les autres par le présent;

IMP

ce qui n'est point contradictoire, puisque cela veut dire : Les unes par un temps qui les marque comme présentes à une certaine époque passée, les autres comme présentes et sans rapport à aucune époque.

« Oue coiielure de là, continue Domergue? qu'il y a doux usiiges, dont l'un délruit l'autre; qu'il n'y a de vraie autorité que celle de la raison, et que l'auteur de la phrase contestée a trèsbien fait d'exprimer par le présent une époque qui n'a |ias cessé d'être présente à son esprit. »

Je ne nie point que les maximes dont il est question n'aient paru à ces docteurs des maximes invariables, et qu'ils ne les aient eues toujours présentes; mais je nie (jue, dans tous les exemples cités, ils soient censés les avoir proposées comme telles. Dans celte phrase, on entendit prêcher qu'un homme ne pouvait être un saint sans aimer Dieu, le prédicateur, quehpie persuadé qu'on le suppose de la maxime (ju'il nrèchc, ne la présenle point à ses auditeurs comme une vérité invariable, inconleslable, mais plutôt comme un problème (ju 'il s'efforce de résoudre. C'est ce que prouve le mot prêcher, qui suppose raisonnement, discours pour persuader, et non pas énoaciation simple d'une chose regardée comme incontestable. Ainsi, ceux qui ont prêché qu'itii pécheur pcuvait être un saint, n'ont pas eu l'intention de i)résenlcr celle maxime ccinme inconleslable , mais seulement de prouver par des raisonnements qu'elle est inconleslable. Ainsi l'on a dû dire: On entendit prêcher quon jtouvait, etc.

11 n'en est pas de même des deux autres exemples. On apprit qu'un prêtre peut vendre trois fois sa messe ; on sut qu'on [jCUI assassiner pour une pomme. Ici les verbes on apprit, on sut, indiquent, non des problèmes à résoudre, non des maximes sur lesquelles on a besoin d'être prêché, mais des maximes invariables et conslanics. Quand on a appris, quand on sait des ma.ximcs constantes ou regardées comme telles, on les adopte dans touie retendue de leur existence. J'ai appris, j'ai su que deux et deux font quatre, et non pas que deux et deux faisaient quatre. J'ai appris, j'ai su qu'un prêtre peut vendre trois fis sa messe , et qu'on peut assassiner un homme pour une pomme; el non pas pouvait vendre, pouvait assassiner; mais ou a été obligé de me prêcher longtemps que cela était, avant que j'aie appris, avant (juc j'aie su que cela est. Ainsi Builcau n'est point opposé a lui-même dans ces divers exemples, mais il a suivi la raison el observé les règles.

Examinons maintenant l'examen que fait Domerp ue de la décision de l'Académie, et suivonsle dans ses erreurs.

« Remettons, dit-il, sous les yeux la phrase condamnée, et osons examiner le jugement qui la condamne.

« Phrase proposée : Pénétré de cette vérité, avouée par les grands magistrats et les vrais jurisconsultes..., j'ai cru que le caractère essentiel d'un livre de jurisprudence est de rendre la jurisprudence plus aimable.

« Jugement de V Académie française. L'Académie pense (jue, dans la phrase proposée et dans toutes celles du même genre, l'usage, en cela conforme à la syntaxe , autorise généralement l'imparfait au second membre; maisil y a cependant des cas où il est permis, et peut-être mieux, d'employer le présent, surtout quand h chose dont il s'agit est une vérité incontestable, néces-

LMP

saire, ou géncraleniciil reconntic, par exemple, une pruposili'Mi de L'ouiiictrie; ou (|u;iiid le prciiiier nieiiilire de la piirase exprime une asseriion absolue, vo\\\mc j'ai proui-é, j'ai démontré, quoique la propnsilJon ne soil pas monie alors à l'abri de toiiio dil'licuilé.

« IJi conséquence de ce principe, l'Académie croit tpic la phrase proposée ne portant ni le caractère d'une assertion tibsolne, ni celui d'une vérité incontestable, on doit mettre l'imparlait au second membre. »

« Ce jugement, dit Domergue, me paraît manquer de cfarté dans la rédaction, de vérité dans les motifs, de justesse dans l'application.

« Oue signifie l'usage en cda conforme à la syntaxe^ Si par syntaxe on entend les règles de l'usage, je ne vuis pas ce que veut dire L'vsage conffrrme at/a- règles de l'usage. Si l)ar syntaxe on entend les principes de la raison, on devait prouver la conlormité de l'une avec l'autre, etc.

« Après avoir posé la règle générale (jui, dans ces sortes de phrases, veuf l'imparfait au second membre, l'Académie ajoute : Mais il est des cas où il est permis , et peut-être mieux , d employer le plé^ent. Une chose permise fait entendre qu'une chose est ordinairement défendue; ce qui esl permis est à peine bien; conunent pourrait-il être mieux? D'ailîeurs, ou vous mettez le présent quand il s'agit d'une chose présente, et alors il n'est pas besoin de permission, vous obéissez à la sensation que vous éprouvez; ou vous mêliez l'imparfait, qui esl un temps passé, quand il s'agit d'une chose qui n'est point du tout passée, cl alors qui peut <lonner la permission? La raisonne saurait permettre d'aller contre la raison.

w Essayons de dégager la règle académique de l'ombre qui l'obscurcit, et nous verrons à la fausseté des raisons qui motivent le jugement, que ce n'est pas sans in.enlion qu'on a mis quelque soin à l'envci ipper de ténèbres.

« Lors(|ue dans une phrase il y a deux verbes correspondants, dont le premier est au passé, le second doit être à l'imparfait. Exemple : J'ai appris que vous étiez marié. — Que j'étais marié! que dites-vous ? je n'ai pas cessé de l'être ; je suis marié actutUement, au moment où vous parlez ; vous devez dire, d'après voire pensée : J'ai appris que vovs êtes marié. »

On sent, d'après ce que nous avons dit, combien cette criti(]ue est absurde. J'ai appris que vous cV\cz ?n a rié i\ l'époque où on me l'a appris; mais je n'ai pu apprendre à celle époque <|ue vous êtes encore marié aujourd'hui. Si je dois dire, selon que vous êtes encore, ou cpie vous n'êtes plus marié, j'ai appris que vous êtes viarié, ou que vous étiez marié, ce (jue j'ai ajjpris dépend donc du sort qui a conservé ou enlevé voire épouse; et, pour savoir si je dois me servir de l'une ou de l'autre expression, il faudra que vous me disiez auparavant ce qui en est. Cependant, ce que j'ai appris il y a un an, par exemple, je lai bien véritablement apjiris, bien absolument appris, indépendammcni de la mort de votre épouse; et c'est que vous éiiez marié à l'époque où on me l'apprenait. Je n'ai appris que cela, je n'ai pu apprendre que cela ; car on ne pouvait pas m'assurer que votre fenune ne mourrait pas le lendemain.

« Autre exemple : J\ii lu dans un uiiieur que le mariage était un enfer ou un paradis. — Élait un enfer ov vn paradis^ Cela est toujours dans l'esprit de cet auteur. — Hé 'jien! puisqu'il n'a pas change d'opinion, puisque cette maxime est dans sa pensée une vérité invariable, et par conséquent

IMP

toujours présente, la pensée exige le présent : J'ai lu dans vn autour que le mariage est un enfer ou un paradis. Le second verbe, couune le premier, comme tous les verbes possibles, exprime une épotpie dont le type esl dans l'esprit ; le temps grammatical doit être la copie de l'original intellectuel. »

Rappelons ici nos princi[)cs. Dans la phrase, j'ai lu dans un auteur que le mariage est un paradis ou un enfer, il n'y a pas correspondance réelle d'idées entre les deux propositions, mais seulement une liaison de deux propositions par la conjonction que, qui conduit de l'une a î'au.rc. Elles ne sont liées que parce que b' prû- :nière est incomplète, et que la seconde lui sert de complément ; mais celle seconde serait vraie isolément; cl par conséquent, elle n'a aucune correspondance nécessaire d'idées avec la i)remiôrc: Le mariage est un enfer ou un paradis. Ainsi, quoique le verbe de cette piuase doive être au présent, ce n'est pas une preuve de la fausseté de la règle. Il n'y a point de correspondance d'idées entre les deux verbes, donc le second ne doit pas être mis à l'imparfail.

Cette correspondance d'idées entre les deux propositions dépend du point de vue sous lequel celui qui a parlé a considéré la dernière. S'il l'a considérée connne générale et isolée, la correspondance n'existe point. J'ailudans un auteur que le mariage est vn enfer ou un paradis. S'il l'a considérée comme une vciilc existant particulièrement au moment où il a parlé, ou comme pouvant être appliquée à la circonstance de son discours, la correspondance d'idées existe. Ainsi je pourrais dire, en parlant d'une personne que j'ai voulu détourner du mariage, je lui ai dit que le mariage était vn enfer. Ici je n'ai pas voulu seulement présenter cette vérité comme générale et isolée, mais j'ai eu intention d'en montrer l'existence en correspondance avec la circonstance : j'ai formé dans mon esprit une liaison entre l'existence de cette vérité et cette circonstance, et c'est en consétiucnce de celle liaison que je dois employer l'imparfait.

« Exception de VAcadi-mie. On met le présent, quand le premier verbe exprinic une assertion absolue, comme j'ai prouvé, j'ai démontré que vous êtes marié.

« Est-ce que l'actualité de mon mariage, dit Domergue, dépend de votre preuve, de votre démonstration? et si votre assertion était moins absolue, ne serais-je plus marié? Oui, qu'au lieu Ad j'ai prouvé, j'ai dmo/j^re, vous eussiez mis j'ai dit ou j'ai appris, il n'y avait pas une assertion absolue, et j'étais veuf de par l'Académie. Cette plaisante consé(iuence est sérieusement déduite du |)rincipe iiue je combats. »

Observez que l'Académie ne dit i^as, comme l'avance Domergue, ([u'o« met le présent quand le premier membre exprime une assertion absolue; mais elle dit qu't'/ y a des cas où il esl permis, et peut-être mieux, d'employer le présent, surtout quand le premier membre deja phrase exprime une assertion absolue, commej'uî prouvé, j'ai démontré. Voila exactement ce «pic dit l'Académie. Ainsi, selon l',^î;".'émie,^il v a des cas où, après avir ilh j'ai proure,j ai démontré, W est permis, et peut-être mieux, d employer le présent dans la phrase suivante. Or, celle exception esl vraie, et il n'a mamiue à 1 Académie que d'indiquer quels sont ces cas. Nous allons essayer de le faire.

Quand je dis j'ai [trouve, j'ai démontre, je

IMP

puis avoir dessein ou d'exprimer rcxistence d'une chose ù l'cpcfnic où j'ai prouvé, où j'ai dt'niontfé, ou lexislence dune clioso sur hKiuolle ma preuve, ma dcmonslralion iiilUic eniure, jku- la raison que celle chose exislc encore acluellcincnl. Dans le premier cas, je dirai, par exemple, /ai prouvé que vous éliez marié; el celte iilnase sera jusie, soil que vous soyez encore marie aclucilemenl, soil (jue vous ne le soyez plus. Dans le second cas, je d\n\,j\iiprouié que vous clcs vturié ; Cl cela voudra dire, comme j'ai prouve précédemmenl que vous cliez marié alors, et connue vous l'cles encore à présent, ma preuve, ma dcniunslralion tombe aussi bien sur l'existence actuelle de votre mariage, que sur son existence antérieure, puisqu'il s'agit du même mariage. C'e.''l ce que dira encore à sa partie un avocat,"en sorlani d'un tribunal où il vient de prouver la validité du mariage de cette partie; il lui dira, vos adrersciires perdront leur procès, car j'ai prouvé, j'ai démontré que vous êtes marié. Voilà donc des cas où, quand le premier membre exprime une assertion absolue, il est permis, et même mieux, d'employer le piésent ciuc l'iuqjarfait. Dans ces phrases, on pourrait dire, j'ai prouvé que vous étiez marié, c'est-à-dire l'existence de votre mariage au moment où je prouvais; mais si l'on veut faire l'applicalion de la preuve à l'existence actuelle, il est mieux de à\vc, j'ai prouvé que vous êtes marié.

Observons encore que, loin que dans ces phrases les propositions /'ai joroj/rt;, fai démontré, j'ai dit, j'ai appris, doivent influer, comme le dit pomergue, sur l'existence actuelle de mon mariage, c'est au contraire cette existence actuelle, ([uand clic est dans l'esprit de celui qui parle, qui influe sur le sens des premières propositions. De ce que votre mariage existe actuellement, il s'ensuit qu'ayant prouvé il y a un an qu'il existait, j'ai prouvé qu'il existe encore aujourd'h.ii, parce que la preuve tombe sur le mariage a lous les moments de son existence. Mais de ce i^uc j'ai dit il y a un an que vous étiez viarit, il ne s'ensuit pas que j'aie dit que vous êtes marié actuellement, quoique vous le soyez en effet; car mon dire n'étant pas une assertion absolue, n'a pu tomber que sur l'existence de votre înariage au moment où j'ai dit, el nullement s.,r votre mariage dans lous les temps de son e.\!?lencc. J'ai dit (luc vous étiez marié, et cela pouvait être ou ne i)as être vrai, el cela peut encore actuellement être ou ne pas être vrai; aussi nulle conséipiencc du passé au présent. J'ai

montré que vous êtes marié, c'esl-à-d ire j'ai U la vérité de l'existence, de la validité de »-..e mariage, vérité qui se trouve encore établie aujourd'hui, parce que votre mariage dure encore, el qui restera établie tant que ce mariage durera.

« 6'' ite de l'exception. On met encore le présent quand le second nuMnbre exprime une vérité incontestable et généralement reconnue.

u Le rcsulial ilc deuxajoulé a deux est quatre incontestablement. Cependant on ne pourrait pas dire je croyais que deux et deux font quatre; il faut nécessairement faisaient. La présence des vérités, même mathématiques, grannnalicalement parlant, dépend non de leur nature, mais de l'opinion de celui ipii les énonce. La règle la plus sure, et en même temps la plus claire, est que l'cpixine (pi'on a dans l'esprit est précisément celle ([u'il faut peindre par la parole ou 1 tracer sur le papier.» I

IMP

Icf, comme dans l'article précédent, Domergue commet une mfidélilé. L'Académie n'a point dit on met, mais elle a dit il est des cas où il est permis, et peut-être mieux, d'employer le présent, quand le second membre exprime une vérité incontestable el généralement recoimue.

Celle leçon étant rétablie dans sa pureté, il n'y a plus de diffu-ulic; el d'après les nouveaux principes qu'établit Domergue dans ce paragraphe, il va se trouver d'accord avec l'Académie el avec nous.

On a vu, au commencement de cet article, que Domergue a prétendu ^\\^Q, pour savoir si l'on doit employer le présent, ou l'imparfait, il suffit d'examiner si Vépoqve que l'auteur a eu en vue est actuellement existante. Ici, ce n'est plus cela; il convient (|ue la présence des vérités même mathématiques, grammaticalement pariant, dépend, non de leurnatnie, mais de l'opinion de celui quiles énonce; et il nous donne comme la règle la plus sûre et la plus claire, celle que nous avons taché d'établir dans tout le cours de cet article, savoir, que Vépnque qu'on a dans Vesprit est précisément celle qu'il faut peindre par la parole ou tracer sur le papier.

D'après cela, il est certain cpie, quand le second mevihre exprime une vérité incontestable, et généralement reconnue, il y a des cas où il csl permis, et ]néino mieux , d'employer le présent.

Par exemple, l'existence de la vérité de celte proposition deux et deux font quatre, peul-étre considérée ou dans toute son étendue, on seulement dans une i)arlie de celte étendue. Si je la considère dans toute son étendue, je dois employer le présent, car j'ai dans l'esprit une époque véritablement et éternellement présente. Si je la considère seulement dans une partie de son étendue, que j'appli(iue à une époque passée, je dois exprimer mon idée par rinq)arl'ait; car j'ai dans l'esprit une époque présente l'clalivemenl à une épo(iue passée. Je dirai donc je croyais que deux et deux font quatre, si je veux exprimer que je considérais celle vérité dans toute l'étendue de son existence; et je dii-ai/c' croyais que deux et deux faisaient quatre, je me rappelai que deux et dtux faisaient quatre, si je veux exprimer que je ne considérais l'existence de celle vérité que comme correspondante à mon action de croire ou de me rappeler. Supposons un homme si borné qu'on ne puisse lui faire presque rien comprendre, on pourra dire de lui, je suis parvenu à lui faire croire que deux et deux faisaient quatre; el on voudra dire parlà (lue, ne pouvant pas [jarvenir à lui faire comprendre (jue deux et deux font quatre est une vérité toujours existante, on est parvenu du moins à lui faire croire (jue celte vérité existait relativement aux exemples qu'on lui mettait sous les yeux. L'idée qu'on a dans l'esprit ne serait pas exactement rendue, en disant que deux et deux font quatre. Yoilà donc l'exception de l'Académie parfaitement justiliée.

Justilions de même les excnq)les suivants, où Domergue prétend que d'Alendjert est en contradiction avec la règle de l'Acadonue.

« Massillon pensait que c'csl un plaisir bien vide d'avoir affaire d des yens qui nous admirent.

« Les sages remontrances de Massillon furent saîts effet, et il apprit, par sa propre expérience, qu il est souvent moins difficile de ramener les mécréants que de concilier ceux qui

IMP

auraient tant d'intérêt de se réutiir pour les confondre.

« L'ahbé de Saint-Pierre pensait que, dans les controverses théologiques, quelque fois siutiles, et tôt/jours si dangereuses, un gouvernement sage doit fermer sévèrement la bouche à ceux qui les excitent.

Il // croyait que la devise de Vhonime vertueux est renfermée dons ces deux mots : Donner et pardonner. ■'■<

Dans tnuies ces plirases, il n'y a point de correspondance d'idées entre les verbes, mais seulement des rapports d'expressions incomplètes, avec leurs complcinents. Les secondes propositions sont vraies indépendamment des premières. Ces exemples ne sont donc ponU contraires à la régie de rAcadémie, prise dans son véritable sens.

Tout ce que nous venons de dire confirme la règle que nous avons donnée au commencement de cet article, savoir, que, lorsque dans une phrase il y a deux verbes correspondants dont le premier est au passé, le second doit être ci l'imparfait .

Celte règle n'a point d'exception ; mais, pour s'en convaincre , il faut bien comprendre ce qu'on entend par correspondance des verbes.

Il faut cnlendre ici, par celte expression, la simultanéité d'existence des choses exprimées, et non des rapporls d'expression incomplète avec son complément, ou tout autre rapport d'une autre nature. Dans ces phi'ases, j'ai appris que vous étiez marié. J'ai cru qu'il me craignait, il y a correspondance entre les verbes; dans la première, parce que l'existence du mariage est exprimée comme présente à l'époque où je l'ai apprise ; dans la seconde, parce que l'exislence de la crainte est exprimée comme présente au moment où j'ai cru qu'elle exislail. Mais dans j'ai appris que vous êtes marié, il n'y a point de correspondance entre les verbes , parce cjuc l'existence du mariage n'est pas exprimée comme présente à l'époque où je l'ai apprise, mais seulement comme une vérité permanente existante indèpendannnent de celle époque.

Par la ménje raison, il n'y a point de correspondance entre les verbes de ces phrases, j'ai appris quil partirait , j' ai su qu'il viendrait ; il y a seulement rapport d'une expression incomplète avec son complément. J'ai appris une chose, savoir, qu'il partirait ; j'ai su une chose, savoir, qu'il viendrait.

Lorsqu'il s'agit d'une vérité incontestable, nécessaire et généralement reconnue, la correspondance existe ou n'existe pas entre les verbes, suivant qu'on a eu o\i (pi'un n'a pas eu dans l'esprit l'idée de la simulianéitc d'existence. Dans cette phrase, je sentis alors que Dieu était bon, il y a correspondance, parce que l'existence de la bonté de Dieu est exprimée comme présente à l'époque où j'ai éprouvé ce sentiment. Dans cette autre, au contraire, j'ai soutenu que Dieu est bon, il n'y a point de correspondance, parce qu'on n'a pa? marqué la simultanéité de l'existence de la bonté de Dieu avec l'époque où l'on a soutenu que cette bonté existe. Il en est de même dans les phrases où le premier membre exprime une assertion absolue.

Imparfaitement. Adv. Il se met après le verbe.

Impartial, I.mpartiale. Adj. On peut le mettre

avant sonsubsl., surtout en parlant des choses,

si l'analogie et l'harmonie le permcilent : Cet

examen impartial, cet impartial examen. Un

IMP . ?

juge impartial, et non pas un impartial jnae. Kien n'empêche qu'on ne dise impartiaux au pluriel masculin. La Harpe a dit des juges îîi.'partiaux. {Cours de littérature.) — L'Acadci^îf n'indiipie pas ce pluriel.

Impasse. Subst. f. Ce mot, proposé par Y'»' taire, a remplacé généralement celui de cul-(^.f~ sac. Voyez Cul.

Impassible. Adj. des deux genres. 11 ne se me", qu'après son subst. : Un coi-ps impassible, «:-. juqe impassible.

I.^iPATUMMKNT. Adv. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe: Il a attendu impa tiemment votre retour, OU il a impatiemment attendu votre retour.

IMPATIE^T, Impatiente. Adj. T.n parlant des personnes, il ne se met qu'aprèr son subst. : Un homme impatient, et non un impatient homme. Ln parlant des choses, on peut le mettre avant, en consultant l'oreille et l'analogie : Son humeur impatiente, son impatiente humeur. 'Voyez Adjectif. Bouhours prétendait que cC adjectif ne souffre point de régime. Ménage n'était pas de cet avis. L'Académie, dans ses dernières cditionr, a adopté l'opinion de Ménage, ou i)luiô' elle a reconnu l'usage. On dit/e suis impatient de savoi, de ses nouvelles; et en poésie, impatient di' jovg, impatient du frein. Voltaire a dit d'v. coursier [Hcnriade, VIII, J38) :

Impatient du frein, vole et bondit sur l'iierbe.

Un grammairien moderne prétend qu'on '^t peut employer impatient que devant un sut'"'..- Il traite de barbarisme toute phrase où ce oiOi est employé autrement. En conséquence, il n garde et condamne comme telles les phrast!.": 3'!ivantes: Pourquoi voit-on si souvent le peuple impatient du joug des lois? (Marmontel, Btlis., ch. XI, p. 102.)

Impatient du frein, vole et bondit sur i'Iierbe. ^ (i/enr., YII, 138.)

Le peuple impatient de celle mort cruelle, L'attend comme une fêle auguste et solennelle.

(Volt., Lois de afinos, ad. lY, se. m, 12.)

Cette critique n'a pas été approuvée.

Impatienter (s').V. pronom, de la 1" conj. La Grammaire des Grammaires prétend que ce verbe ne prend point de régime. J.-J. Rousseau ne pensait pas ainsi. Il a dit: Tu t' impatiejites de savoir oiij'en veux venir.

Impayable. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : Un homme impayable, un ouvrage impayable.

Impeccable. Adj. des deux genres. Il no se met qu'après son subst. : Un être impeccable.

Impénétrable. Adj. de: deux genres. En parlant des jKîrsonnes, il ne se met qu'après son subst. En parlant des choses, ou peut le mettre avant, en consultant l'oreille et l'analogie : Un honme impénétrable, vue femme impénétrable, un dessein impénétrable, cet impénétrable dessein. Il régit quelquefois la préposition a: Un cuir impénétrable il Veau .

Impénitent, Impénitente. Adj. H se ne me» qu'après son subst. : Un homme impénitent.

Impératif, Impérative. Adj. Il ne se met qu aprés son subst. : Un ton impératif, un air impératif. , . . ,1 . '

Mode impératif ou substantivement l impératif Terme de grammaire.

IMP

L'impératif est un mode du verbe qui exprime la coexistence du sujet avec i'ailriliui, comme devant être une suite d'un commamiement, d'une prière, dune exhortation.

les grammairiens duimcnt à ce mode un présent.

/^oi.s,pourle singulier; faites, pour le pluriel. Ces mots paraissent au présent, parce cpic celui qui commande semble vouloir (pie la chose se fasse à l'instant même. Cependant ce sont de vrais futurs, puiscju'on ne peut obéir que postérieurement au lommandenient.

.iyez fait, autre forme de l'impératif, est également un futur. Jijcz fait quand j'arriverai est, pour le fond, la même chose que vous aurez fuit quand f arriverai. \ oilà tous les temps de ce mode. Il n'a point de passé, et l'on voit qu'il n'en j)eut pas avoir.

Le futur de l'impératif n'est qu'un simple commandement ; celui de l'indicatif, quand il est employé dans le mémo sens, est un comnjandement plus positif, une volonté plus absolue, dont on ne permet pas d'appeler. Si , après avoir dit faites ou ayez fait, on ne paraissait pas disposé à m'obéir, j'insisterais en disant: f^ovs ferez, vous aurez fait ; et par là, je déclarerais que je ne veux ni excuse ni retardement.

Ce mode n'a point de i>rcmière personne au singulier, parce que quand on se parle à soiinêm«, on ne peut se parler qu'à la seconde personne.

Impératif. — Présent ou futur simple. .. fais. Ce temps indique un présent jiar rapport à l'action de commander , et un futur par rapport à l'action commandée.

Futur coiriph.ié ayez fait.

Ce tciftp? -«xprime un futur relatif à une époque future.

La seconde personne singulière de l'impératif se forme de la première personne singulière du présent de l'indicatif en en ôtant seulement le pronom je : J'aime, je soufre, je finis, je reçois, je rends; aime, souffre, finis, reçois, rends. 11 n'y a que quatre verbes dont l'impératif ne suive pas celle formation ; savoir : J\ii, impératif aie; je vais, impératif va; je sais, impératif sache; et je suis, impératif, sois.

La seconde personne de l'impératif étant formée de la première personne du présent de l'indicatif, ne doit point prendre de s à la fin, lois- «jue <ette dernière n'en a point. Ainsi, il faut écrire aime, souffre, cueille, parce qu'on écrit j'aime, je souffre, je cueille, etc. ; mais il faut conserver le s dans les verbes où il termine la première personne du présent de l'indicatif. On écrira donc à l'impératif etnplis, reçois, rends, Jjarce qu'on wyW. j'emplis, je reçois, je rend.'-,.

Lorsque la seconde personne singulière de l'impératif doit se terminer par un c muet , et qu'elle doit être suivie de l'un des pronoms y ou en, alors, pour éviter un hiatus, on ajoute un s euplionique, et l'on écrit donne.s-en, portes-y. On ne fait point usage de la lettre euphonique lorsqu'après le verbe terminé par un e muel, c'est la ()réposition en qui suit : Admire en quel état le voilà, et non pas admires en.

On doit mettre un tiret entre l'impératif et le pronom qui le suit, mais seulement quand ce pronom est régi par le verbe (jui est à ce mode. Ainsi, l'on doit écrire dites-lui, montrez-vous. Mais (juaiid le pronom qui suit l'impératif est régi par le verbe suivant, il ne faut point mettre un tiret entre l'impératif et ce pronom.

IMP

Ainsi il faut écrire sans tiret : Prenez vw parler, va te récrét r, parce (juc 7ne et te ne sont pas régis [)ar l'impératif venez et va, mais |»ar l'inliniiiï parler et récréer. On dit transportez-vousy, envoyé z-y-7n(4, donnez-m'en, donne-t'en, et ainsi des autres verbes; mais lusage ne permet pas de dire traiisportc-t'y, enroyez-y-nous ; il faut dire transportes-y-toi, envoycz-nous-y.

Ouelqucfois on se sert de la première personne du pluriel de l'impératif, quoiqu'il ne s'agisse que d'une personne. Un homme se dira à luimême écrivons-lui, oublions ses torts.

jMais observez que, de même qu'en parlant à une seule personne le participe ne prend pas la marque du pluriel, quoiqu'on ait fait usage du pronom vous, el (|ue l'on dise Ahmsieur vous êtes estimé, de même on met l'adjectif nu singulier lorsqu'une personne, en se parlant à ellemême, se sert de la première personne du pluriel do l'impératif :

Soyons indigne sœur d'nn si généreux frère.

[CoR>'., Hor., act. IV, se. IT, 46.)

Ah! soyons sage; i! est bien temps de l'être.

(Volt., Enf. prod., acl. III, se. VI, 58.)

On emploie aussi l'impératif dans le sens de Vous auriez beau fairo,vous auriez beau être, etc.: Siiycz savant, habile, vertueux, instruises les houivtes, sauvez la patrie, etc.; voris êtes méprisés si vos talents ne sont pas relevés par le faste. (Fénelon, Télém.)

Impérativement. Adv. 11 peut se mettre quelquefois entre l'auxiliaire et le participe: Il m'a parlé impératireynejit , il m'a impérativement recomvinndé de suivre cette affaire.

Imperceptible. Adj. des deux genres : Une odeur imperceptible, l'art est imperceptible. On peut le mettre avant son subst., en consultant l'analogie et l'harmonie : Cette imperceptible adresse.

Imperceptiblement. Adv. Il se met avant ou après le verbe neutre, ou entre l'auxiliaire 2t le participe : Imperceptiblement il est parvenu à son lut; il est pnrrenu imperceplihlement à son but; il est imperceptiblement parvenu à son but.

Imperdable. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : Un procès imperdable, y n je u imperdable .

Impérial, Impkriale. Adv. Il ne se met qu'après son subst. : Autorité impériale , couronna impériale, troupes impériales, ornements impériaux.

Impérieusement. Adv. Il ne se met qu'après le verbe: Il a parlé iynpèricuscment, il traite impérieusement tous ses inférieurs.

Impérieux, Impérii use. Adj. On le dit de l'homme, du caractère, du geste et du ton. L'homme impérieux veut commander partout où ilest; cela est dans son caractère, il a le ton haut et fier et le geste Insolent. Les liommes impérieux A\cc\(inYS égaux sont impertinents ou vils avec leurs supérieurs; impertinents, s'ils demeurent dans leur caractère, vils, s'ils en descendent. L'ainour est une passion impérieuse. Cet adjectif jicul se mettre ayant son subst., en consultant l'oreille et l'analogie : Un homme impérieux, une femme impérieuse. Cet impéneux despote, cet im.péricux caractère.

Impérissable Adj. des deux genres. On peut

IMP

U mettre avnnt son subst., lorsijue l'analogie et riiarmonie li' pcmicltcnt : Plusieurs philosophes anciens croyaient la luaiière impérissable. Les impérissables atomes.

iMPF.nMÉABLE. Adj. des deux genres. On peut le meiirc avant ou après son subst., en consultant rdrcillo cl l';inalo^ie : Matières imperméables; les imperméables corpuscules.

IjiPF.nsQjiNEi., Impersonnei.lk. Adj. Terme de grammaire. Le mot personnel signifie qui est relatif aux porsonnes, ou qui reçoit des iullexioiis "elalives aux personnes, (.^'est dans le premier >ens que les grammairiens ont distingué les pronoms personnels, parce que chacun de ces pronoms a un rapport lixe a l'une des trois personnes; et c'est dans le second sens qu'on peut dire que les verbes sont personnels, quand on les envisage comme susceptibles d'inllexions relatives aux personnes. Ce mot impersonnel est composé de l'adjectif /jeî-.wn/icZ, et de la parliculc privative j/t. 11 signifie donc qui n'est pas relatif aux personnes, ou qui ne reçoit pas d'inflexions relatives aux personnes. Les grammairiens qualilient d'impersonnels certains verbes «jui n'ont, disentils, que la troisième personne du singulier dans tous leurs temps, comme il faut, il importe, il pleut, e[c. Cette notion, comme on voit, s'accorde assez peu avec l'idée naturelle qui résulte de l'étymologie du mot, et mèn:c elle la contredit, puisqu'elle suppose une troisième personne aux verbes que la dénomination indique comme privés de toutes les personnes.

Les modes sont personnels ou impersonnels, selon que 1-e verbe y reçoit ou n'y reçoit pas des inflexions relatives aux personnes; et cette différence vient de celle des points de vue sous lesquels on y envisage lu signilicalioii essentioUo du verbe. L" indicatif, fimpéraiif, le subjonctif, sont des modes personnels. L'inlinitif et le participe sont des modes impersonnels . les premiers sont personnels, parce que le verbe y reçoit des inflexions relatives aux personnes : à l'indicatif, j'aime, tu aimes, nous aiuions ; à l'impératif, aime, aimons; au subjonctif, que j'aime, que nous aimions. Les derniers sont impersonnels, parce que le verbe n'y reçoit aucune inflexion relative aux personnes : à l'infinitif, aimer ; au participe, aimant, aimé.

Les verbes impersonnels ont cela de particulier, qu'étant précédés du pronom il, ils ne paraissent pas avoir de sujet. Dans les verbes personnels , le pronom il tient lieu d'un nom déjà exprimé, et qu'il n'est pas difficile d'y substituer, comme dans cette phrase : Un homme sage ne s'étonne de rien; il sait que, etc. On voit (pie cet il est mis pour homme sage. Mais dans les verbes appelés impersonnels, on ne peut mettre à la place de il aucun mol qui ait déjà été exprimé; comme dans il faut se contenter de sa fortune.

On peut distinguer deux sortes de verbes impersonnels, savoir : les verbes impersonnels de leur natui'c, c'est-à-dire ceux qui ne sont jamais employés qu'à la troisième personne, comme il pleut, il neige, etc.; et ceux qui sont tantôt impersonnels et taïuôt personnels, c'est-à-dire qui ne sont quelquefois susceptibles que de la troisième personne, et quelquefois s'emploient à toutes les autres. Tels sont conveuir, arriver, qui sont impersonnels dans ces phrases : Il convient que nous rapportions à Dieu toutes 710s actions ; il arrive souvent que, etc.; et personnels dans celies-ci, pardonnez à votre fils, il convient qu'il

a tort ; votre père n'est pas encore arrivé, mais il arrivera demain.

QueUiues grammairiens mettent au nombre des verbes impersonnels ceux qui sont i)réccdés du mot on, comme o/( voit, nn rfi/; mais, à ]n'oprcment jiarle;', ni ces verbes, ni tcux (pie nous venons d'indiquer, ne sont inqiersonncls. On est un |)ronom général qui désigne, |)ar l'idée précise de la troisième personne, un sujet d'une nature quelconque; et conséquemment il n'y a ])oint (i'impersonnalité partout où on le rencontre. Dans les autres exemjdes, il remplit la inèine fonction, avec cette difierence, que on lixe plus particulièrement l'attention sur les hommes, et que il détermine d'une manière plus générale. On dit, les hommes di.sent; c'est-à-dire, des hommes disent : Il pleut, c'est-à-dire l'eau pleut, le ciel pleut. A'oyez II, On.

Imperson>'ellement. Adv. Il ne se met qu'après le verbe : Ce verbe peut être employé impersonnellemenl.

iMi-Er.TiNEJiMEM. Adv. Ou pcut Ic mcttrc entre l'auxiliaire et le participe : // a répondu ijupertinemment, il a iinpcrtincmuient répondu.

lMPF.r,TiNE\cE. Subst. f. L'u.sagc a changé le sens de ce mot. 11 exprimait autrefois une action ou un discours opposé au sens commun, aux bienséances, aux petites règles qui composent le savoir-vivre. On ne s'en sert guère aujourd'hui que pour caractériser une vanité dédaigneuse, conçue sans fondement et montrée sans pudeur. Voyez Impertinent.

lJIPE^.Tl^ENT , Lmpertinf.nte. Adj. et subst. Comme adj. on peut le mettre avant son subst., en consultant l'oreille et l'analogie : Un hnmme impertinent, une femme impertinente, une action impertinente . C'est un impertinent auteur; voilà un impertinent coquin. Une réponse impertinente, une impertinente réponse.

i'M«/)er^t/ic/ice se dit du caractère de l'homme, et d'unj action qu'il aura faite. On dit <le l'homme, c'est un impertinent; de faction, c'est une imj.ertinence. 11 faut cependant observer <|u'-l en est de l'impertinence comme du inensongC; de finjustice, et de la plupart des autres (iu;,:ilés bonnes ou mauvaises. Celui (]ui a dit un mcnsongo ou qui a commis une injustice, n'est pas pour cela un homme injuste ou un menteur; et celui tpii a fait une impertinence n'est pas jiour cela un homme impertinent. L'impertinent ne distingue ni les lieux, ni les circonstances, ni les choses, ni les i)crsonnes; il parle, il offense; il parle encore, et il offense encore. 11 n'est pas toujours sans esprit, mais il est sans jugement, sans délicatesse; il rebute, il aigrit, on le hait, on le fuit; c'est un fat outré.

Imperturbable. Adj. des deux genres. On peut le mettre avant son subst., en consultant l'oreille et l'analogie : Une mémoire imperturbable. Son imperturbable mémoire le servit lien dans cette occasion. — Cet adjectif ne se dit guère que de la mémoire. Un prédicateur dont la mémoire ne se trouble jamais a une mémoire imperturbable. Cependant on dit encore d'un homme (|u'aucuiie objection n'ébranle, qu'il est imperturbable dans ses principes; alors cela est relatif a la dispute. C'est par l'étude, les connaissances acquises, la réflexion, l'intérêt, le caractère, que nous nous rendons imperturbables dans nos sentiments, dans nos projets, dans nos résolutions, etc. Il faut avoir la raison pour soi, sinon, d'imperturbable qu'on était, on devient entêté, opiniâtre.

Impertcrbablemem. Adv. On peut le mettre

IMP

etilre l'auxiliMiro cl le participe : Il est attaché irperturlulleincnt à ce projet, ou il est impertiirbabl ente lit attaché à ce projet.

lupÉTRABLE. Adj. (Ics litMix gcnres qui ne se incl qu'après S' n siibsl. . Grâce impctrable, bé- Ttéfice iiiipêtruble

Impétuk.lsejiknt. Adv. On prononce tueu en deux sylliibcs. On pcul (luelipiefois nicHre cet adverbe entre l';iuxili;iirc et le pailicipe : /igir ijiipétueitiemihi Un fleure qui coule impétueusement. Il s'est jeté impétueusement sur l'ennc- «jt, ou il s'est impétueusement jeté sur l'ennemi.

Impétuecx, Iju'ÉTUtisE. Adj, Tueu se prononce en deux syllabes. Cet adjectif est relatif a la violence du monvcnicnt : Le vent est impétueux, les fliits de la mer sont impéiueua- ; le Blwnc est impétueux. Il se dit au ligure de la jeunesse, delà colère, du caractère, du zèle, du style, du discours, et de presque toutes les qualités (jui peuvent péclier par excès. — On peut le mettre avant son subst., si lliarnionie el l'analogie le perinetlent : Un vent impétueux, un torrent 'impétueux, vn homme impétueux. Un impétueux torrent. Sun ardeur impétueuse, son impétueuse ardeur.

Impie. Adj. des deux genres. 11 ne se met qu'après son subst. : Un homme impie, une femme impie, des discours impies, des pensées impies, des paroles impies, ouvrage ivipie, action impie, culte impie

Impiété. Subst. f. lé fait deux syllabes.

Impitoïable. Adj. des deux genres. On peut le mettre avant son subst., lorsipie l'analn^io et l'harmonie le permettent : Un hommeimpitayaUc , vue âme impitoyable, vnjuge impitoyable, vu censeur impituyahlc , vn impitoyable censeur; une loi impitoyable, une impitoyable loi.

l.MPrroYABLEMEM. Adv. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe : On l'a traité impitoyablement; on l'a dépouillé impitoyablement, OU on l'a impitoyablement dépouillé.

Implacable. Adj, des deux genres. On peut le îno'tre avant son subst., en consultant l'oreille et l'an;^logie : Un homme implacable. Un ennemi implacable, un implacable ennemi. 11 ne se dit que des personnes cl des cbascs qui y ont rapport : Une haine implacable, une colère implacable. On ne dit point des (lots implacables, une tempête implacable . ^

Implanter. "\'. a. do la 1" conj. Etreimplanté , c'est avoir son origine et son attache profondément en (luelquc endroit : Les oreillettes et les artères s'implantent dans le cœur.

Implexe. Adj. des deux genres. Terme de littérature qui se dit des poèmes épi(iMes et des ouvrages diamati(pies. C'est l'oppose de simple. L'ouvrage est simple quand il n'y a point de renversement dans la furtune du héros. Il est implexe si la fortune du héi'os devient mauvaise de bonne qu'elle était, ou do mauvaise devient bonne.

Implicite. Adj. des deux genres. C'est le contraire à'cTplicitc. Il signifie n<jn explicjuc, non développé. On appelle volonté implicite, celle (]ui se manifeste moins par des paroles que par des circonstances et par des faits. Telle clause, par exemple, sans être énoncée dans un contrat, y est censée contenue, parce qu'elle suit de la volonté implicite et primitive des conlraclanls, laipiellc se démontre, tant par la nature de l'acte (pic par d autres clauses é(piivalentes el netieinent exprimées. On appelle foi implicite un acipiicsccmenl général et sincère a tout ce que l'Église nous

IMP

propose, sans que le fidèle porte sa vue ni sa foi sur tel ou tel article de croyance, qu'il ignore le plus souvent. 11 ne se met ipi'après sonsubst. : Volonté implicite, condition implicite.

Impliciteme.nt. Adv. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe : Cette clause est contenue implicitement dans le contrat, ou est implicitement contenur danslc contrat.

Implorer. \. a. C'est demander avec toutes les marques de 1 instance : On implore du secours, on implore la justice. Implorer rassistance, le secours de quelqu'un, implorer Dieu dans son affliction. Féraud prétend qu'on ne le dit point des personnes. Voici des exemples du contraire :

Hélas ! ils m'imploraient contre leurs assassins.

(YOLT., Mer., acl. I, se. i, 76.)

Klle implore la Mort, elle est lasse du jour.

(Dblil., Énéid., IV, 678.)

Ici la Mort est personnifiée.

Impoli, Impolie. Adj. Une se met qu'aiirèsson subst. : Un homme impoli, une femme impolie, un air impoli, un ton impoli.

Impollue.nt. Adv. Il ne se met qu'après le verbe : Parler impolinient .

Impolitique. Adj. des deux genres. Qui n'est pas politique. On peut le mettre avant son subst., en consultant l'oreille el l'analogie : Une conduite impi'litiqxte, une démarche impolitique. — Ces impolitiques discours , cette impolitique maxime.

Importance. Subst. f. Terme relatif à la valeur d'un objet. S'il a, ou si nous y attachons une grande valeur, il est important. On dit d'un meuble précieux Mrt meui/e d'importance ; d'un projet, d'une affaire, d'une entreprise, qu'elle est d'importance, si les suites en peuvent devenir ou très-avantageuses ou très-nuisibles. Le mal et le bien donnent cgalcinent de 1 imjwrtance. Voltaire remarque que gens d'importance est une expression p ipulaire el triviale que la prose el la poésie réprouvent également. {Remarques sur Corneille.)

Important, Importante. Adj. D'importance oa a fait important, qui se pi-end à peu près dans le môme sens. On dit il est important de bien commencer, d'aller vite. Il faut que le sujet (Tun poème épique ou dramatique soit important. Cet adjectif a deux acceptions particulières. On dit d'un homme qui pcul beaucoup dans la place qu'il occupe, c'est un homme important. On le dit aussi de celui qui ne peut rien ou peu de chose, et qui met tout en œuvre pour se faire attribuer un crédit ([u'il n'a pas. En ce sens, on l'emploie subsianlivcmcul ; C'est un important, il fait l'important. L'adjectif peut se mettre avant son subst., lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent ; Un avis important, un mot important, une affaire importante ; vn important avis, une importante affaire.

Quel important besoin Vous a fait devancer l'aurore de si loin?

(Rac, Jphig., se. I, 3.)

Importer. \. n. de lai" conj. Il ne s'emploie qu'à l'infinitif, et aux troisièmes personnes du singulier : Cela ?ie lui peut importer de rien, ne lui importe de rien. Souvent on l'emploie impersonnellement , lorsqu'il est suivi d'un infinitif [irécèdé de la préposition de : Il vous importe de partir promptement; ou lorsqu'il est

TMP

suivi d'un nom, précéiki de lu préitnsition ii : Il importe a votre frère que mus rereniez hie/itot. II faut employer de avec l'iiifinilif (|uaiid le second verbe se" iai)|)orte au régime. // importe à votre frère (.le partir, signifie îl iuiporlc (juc voire frère parle. Mais <|uand li; second verbe ne se rapporte pas an i-égimc, il faut niellrc que^ avec le subjonctif: Il importe à votre frère que vous parties.

On demandes! qu'importe peut régir la préposition de. Montesquieu a dit : Si en général le caractère est h n, qu'importe de quelques défauts qui s'y trouvent^ [Esprit des lais.) El Kacine dans Bérénice (ad. IV, se. ii, 12) :

El que m'importe, liclas! dt ces vains ornements?

L'abbé d'Olivct a critiqué ce vers, mais l'abbc Desfonlaiiics el Kacine le fils l'onl défendu. En 47(>2, l'-Xcadcmie pensait comme l'abbé d'Olivet; mais dans les dernières éditions de son Dictionnaire, elle a cru devoir admellre ce régime; et, selon elle, on dit qu'importe de so7i amour ou de sa hat/te? qu'importe du beau ou du /«aurais temps? — 11 nous semble que les phrases de ÎSIonlcs(|uieu et de Racine ne doivent pas cire regardées comme des exemples à imiter, mais comme des négligences autorisées peut-être par l'usage dans le tciiq)s où ils écrivaient. En effet,

3ue signifie le verbe importer? L'Académie le éfinit être d'importance, de conséquence. Ainsi, qu'importe signifie de quelle importance est?... et qtie m'importe, de quelle importance est pour moi? Or, ces phrases exigent pour complémenl un nom sans pié[)osilion. Que m'importent cc.^ vains ornements, signifie de quelle importance sont pour moi ces vains ornements. ]\lais comment analyser que la importe de ces vains ornements? cela signiliera-l-il de quelle importance est pour mi de ces vains ornements? Celle phrase est absurde, cl tout à fait contraire à l'analogie de la langue. 11 en est de même de celle qu'elle représente. Nous pensons, en conséquence, qu'il faut s'en tenir au sentiment de l'Académie de 1762, et dire décrire comme tout le monde dil et écrit aujourd'hui, que m'importent ces vains ornements? qu'importe son amour uu sa haine? clc. 3.-3. Rousseau a dil; C)u"imporie la vérité de l'imitation , pourvu que l' illusion y soit? — M. Lemaire justifie ainsi les exemples critiqués dans cet article: «Pour nous, le véritable sujet c'eslle pronom yi/e absolu, el la phrase s'explique tout n;ituicllemenl : Que, quelle chose de ces vains ornements m'importe , est d'importance pour moxl [Grammaire des Grammaires, p.525 )

IjiPoiiTLN, Lmportlke. Adj . On peut le mellrc avant son subst., en consultant l'oreille cl l'analogie : Un homme importun, une femme importune. — Ses vi.tites importunes, ses importunes visites ; sa présence importune, son importune présence; son bahil importun , son importun babil. Voyez Adjectif

Importunémem. .\dv. On peut quelquefois le mettre entre l'auxiliaire cl le participe : Il m'a pressé importunément de lui prêter de l'argent, il ma importunément pressé, etc.

Importuner. \. a. de la 1" conj. L'Académie ne dit pas que ce verbe peut régir la préposition de. On dil importuner quelqu'un de quelque chose. Je vous prie de me laisser en repos, et de ne m' importuner plus de vos querelles. (Montesquieu, Xl^ lettre persane.)

liiposANT Imposamte. Adj. verbal tiré du v.

im

imposer. 11 se dil de tout ce qui imprime un sentiment de crainte, d'admiration, de respect, d'cgard, de considération. On iieut le mellre avant son subst. , lorsque l'analogio et l'harmonie le permellent : Un homme imposant, une figure imposante ; une gravité imposante, une imposante gravité.

Imposer. V. a. de la 1" conj. Ce verbe sienilie prendre sur queUpi'un un ceiiain ascendant qui, en lui faisant illusion, l'empéclie de juger connue il voudrait, ou comme il devrait juger ; d'agir comme il voudrait, ou devrait agir. C'est ce qui est bien décrit dans ces vers ^^■oll., Mort de César, acl. I, se. i, 101) :

Son superbe «ourage Flatte en secret le mien, mime alors qu'il l'outrée. Il m'irrite, il me plaît; son cœur indépendant Sur mes sens étonnes prend un lier ascendant. Sa fermeté m'impose.

Sémiramis veut parler de ce même ascendant quand elle dit qu'Assur pense lui imposer:

Je demandais Arsace, afin de l'opposer

Aux complices odieux qui pensent m'impoier.

(Volt., Semir., act. I, se. v, SO.)

Il nous semble (jne les deux expressions imposera en imposer renferment également un sens d'illusion, de fausse apparence, mais que la preluière s'emploie lorsque les moyens d'illusion opèrent sans intention de la j)art de celui (pii les possède; et qu'on se sert de la seconde lorscjuc ces moyens sont mis en usage à dessein de faire illusion ou de tromper.

Ainsi César a dû dire de Brulus, sa fermeté m'impose. Brulus n'avait pas l'intonlion d'en imi)oscr à César par sa fermeté, ou du moins César n'avait pas dessein d'exprimer celle intention. Sémiramis aurait dû dire d'Assur II pense m'imposer, car les moyens i)ar lesquels Assur pensait imposer à Sémiramis n'avaient pas élé inventés par lui à dessein de la tromper, mais ils étaient une suite ualurclle d'événemcnls antérieurs qui avaient eu un autre objet.

Un magistrat, par l'air grave qui est habituel en lui, m'impose; un homme qui affecte avec moi un air impérieux ou menaçant, dans le dessein de m'amencr à ses fins, m'en impose. Un vieillard respectable impose, un spadassin qui menace eji impose aux poltrons. L'air noble cl simple de l'innocence impose; l'air composé d'un hyiiocritee« impose. La majesté du trône impose ; queli]ucfois le lasli: d un sol en impose. L'honnête homme (jui dit franciienicnl la vérité impose ; le fripon qui cherche a se tirer d affaire par des mensonges en impose.

D'après celte' règle, Orosmane, pour parler exactement, n'aurait pasdii dire à Nércsian:

Tu m'impo$ais ici pour me déshonorer;

(YoLT., Zaïre, acl. V, se. x, 5.)

mais tu m'en imposais; car il croyait que Néreslan avait dessein de le tromper. Boilcau n'aurait pas dû dire Afin qu'il ne m'accuse pas de lui imposer [1' Rt flexion critique sur Longin.) ; carie verbe «ccî/ser suppose une mauvaise intention reprochée; il fallait dkc .-ifin qu'il ne m'accuse pas de lui en imposer. De même Massillon aurait dû dire [Petit-Carême, Ville sermon, Écueils de la piété des grands, t. I, 0. .59S.) On craindra de vous en imposer, quand L'imposture n'aura plus d attendre que

IMP

votre colère; et non pas de vous imposer. — I.e mol (Ti'iipnsture marque ici l'inlenlion, le dessein di' tromper. Mais Yollaire s'est exprimé confnniiéinenl a notre règle lorsqu'il a dit (Oz/^A. de la Chine, act. I, SC. i, 49) ;

Lui qui traîne après lui tant de rois ses soÎTants, Dont le nom seul impose au resta des virants.

Les exemples suivants la coniirment encore :

Loin du faste do Rome et des pompes mondaines, Des temples consacres aux tanilés humaines, Dont l'app irell suprimo impos' à l'univers. L'humble religion se cache en des déserts.

(Volt., Henr., IV, 263.)

D'où Tient qu'une bergère, assise sur les (leurs. Simple dans ses imbits, plus simple dans ses raœnrs, /mpo(« à ses amants surpris de sa sagesse ?

(Bernis, Religion vcngét^ V.)

Qui ne s'y fiit trompé? jamais l'air d'un visage, Si ce qu'il dit est vrai, n'imposa davantage.

(Mol., Étourdi, ad. III, se. Il, 55.)

Ils demandent un chef digne de leur courage. Dont le nom seul impose à ce peuple volage.

(VuLT., Brut., act. I, se. IV, 48.)

Demandez aux, Scythes, aux SaT^mates et aux Esclavons, si l'Ébre, le Danube, le Tanaïs, sont des lanières qui leur imposent. (Marmontei, Bélisaire, chap. XI, p. 90) :

La dame qui, depuis longtemps Connaît à fond votre personne, A dit: Hélas! je lui pardonne D'en vouloir imposer aui gens.

(v'oLT., rfpi'Jrs Y, 8.)

// (le théâtre' doit en imposer aux yeux, quil faut toujours séduire lespremiers. (Volt., Dissertation sur la tragédie, II' partie.

Qu'elle ne pense pas que par de vaines plaintes. Des soupirs affectes, et quelques larmes feintes, Auiyeut d'un conquérant on puisse en imposer, VYOLT., Orphelin de la Chine, ad. III, se. I, 25.^

L'Académie remarque que en imposer a élé j)ris souvent dans le sens de inspirer du respect, de l'admiration, delà crainte ; mi\?, qu'il signifie plus exactement iroOT/jer , abuser, en faire accroire. Il vaut d(-nc mieux observer strictement cette distinction, à laquelle aujourd'hui tout le monde semble se ranger. (A. l.emaire, Grammaire des Grammaires, p. 117(5.)

Liipossini.E. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : C'est vne chose impossible. On ne doit pas employer cette expression avec le verbe /)oj«-oîV. Il y aurait de la néglinencc dans celle phrase : Il est impossible qu'un puisse imaffiner la douleur que cette mort lui cause, parce que le verbe pouvoir ne dit rien de l'ius que ce qui a étédil par h; mol impossible. Ainsi il faut dire : On ne peut 'bimariincr, ou bien il est impossible de s'imaginer, etc. Voyez Peut-être.

Imposteur. Subst. m. qui se prend adjectivement. Comme adjectif, il ne se met qu'après son subst. : Un ion imposteur, vn air impostiur. 11 n'y a point d'exemple du féminin, ni pour le substantif, ni pourradjerljf.

Imposture. Subst. f. Ce mol vient du v. imposer, dans le sens d'e/i imposer. Or, on en impose aux hommes par des actions et par des discours. Toutes les manières possibles dont on abuse de

LMP

la confiance ou de limbécillité des hommes sont autant d'impostures. — L'imposture est le masque de Ici vérité, dit A'auvcnargues ; la fausseté une imposture naturelle; la dissimulation une imposture réfléchie; la fmrbcrie une imposture

3ui veut nuire; la duplicité une imposture à eux faces.

I.MPOTENT, Impotente. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Un homme impotent, une femme impotente , un bras impotent.

Impraticable. Adj. des deux genres. Qui ne peut être pratiiiué. Il se dit des chutes cl des personnes : Les chemins sont impraticables ; c'est un homme impraticable . Il se dit aussi de tout ce qui fait un obstacle insiu'montable à l'exercice de nos facultés. Il ne se met qu'a[)rés son subst. : Une chose impraticable ; un projet impraticable ; un homme impraticable; un esprit impraticable ; une maison impraticable ; un appartement impraticable ; des chemins impraticables. Voltaire a dit, en parlant de certains sujets de tragédies, ce sont les sujets les plus ingrats et les plus impraticables. JSi l'analogie, ni l'usage, dit Féraud, n'admeltenl ce mot en ce sens. Justiu'à ce qu'on dise pratiquer un sujet de tragédie ou de comédie, il semble que sujet impraticable n'est pas propre. — Celle critique de Fcraud est absurde. Il n'a pas fait attention qu'on ne pratique pas un esprit, un caractère, une humeur, une maison, un appartement, et qu'on dit cependanl xin esprit impraticable, un caractère impraticable, une humeur impraticable, une maison impraticable, un appartement impraticable.

Imprécaîiok. Subst. f. Ce terme, dans l'acception commune, désigne proprement des vœux formés par la colère ou par la haine. On appelle imprécations, les expressions (|ue le désir de la vengeance nous arrache, lorsfjue, nous sentant iro; faibles pour nuire par nous-mêmes à ce qu'- nous haïssons, nous osons réclamer le secenrs de la divinité, et l'inviter à épouser nos ressentimonls.

On Vi\)\i(i\\c -imprécations, en littérature, une figure de rhélorique par la<iuelle l'orateur souliâite des malheurs à ceux à qui il parle, ou dont il parie. Elle est quelquefois dictée par l'horreur pour le crime et pour les scéléi'als, comme celle-ci du grand prêtre Joad dans VAlhalie de Racine (act. 1, se. ii, 428) :

Daigne, daigne, ninn Dieu, sur M.ilhan et sur elle, lîépaiidre cet esprit d'imprudence et d'erreur, De la chute des rois funeste avant-coureur.

Quelquefois elle est l'effet de l'indignation, mais le plus souvent celui de la colère et de la fureur. Ainsi, dans Bodogunc, Cléopàlro expirante souhaite à son fils Anliochus et à cette princesse tous les malheurs réunis (act. "V, sf. IV, 214) :

Puisse le ciel tous deux vous prendre pour victime», El laisser choir sur vous la peine de mes crimes! Puissiei-vous ne trouver dedans votre union Qu'horreur, que jalousie, et que confusion ! Kl, pour vous souhaiter tous les malheurs ensemble. Puisse naître de vous un lils qui me ressemble !

{Encyclopédie.)

* Imprégnation. Subsl. f. Le g se prononce dur, et sans mouiller. — L'Académie ne reconnail pas le mot imprégnation. .Mais nous ne voyons pas de raison pour changer la prononciatiou d'un mot à un aulrc, et nous nous rangeons de

IMP

l'avis de M. N. Landais, qui vent (ju'on mouille gn dans impn'g nation comme dans imprrgner. C'est un mol, au reste, dont on peut se passer. (A. LcLuairc, Grammaire des GramTnaires , p. 45.)

Imprégner. V. a. délai" conj. On mouille le ifn.(De Wailly.)

Imprknable. Adj. des deux genres, qui ne se met qu'après son subst.

Imprescriptible. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst.: Droits imprescriptibles.

Imprévoyant, Imprévoy.xnte. Adj. Il peut quelquefois se mettre avant son subst. : Jeunesse imprévoija nie, imprévoija nte je u nés se .

Impi-.évi', l.MPRÉvuE. Adj. Il ne se met qu'après son si!l>sl. : (In accident imprévu, une chose imprérue, vivrt imprévue.

Ibiprobable. .\dj. dos deux genres. Il ne se met qu'apivs son subst. : Une chose improbable.

iMPiioBATEUR. Adj. qui se prend quelquefois substantivement. En pariant d'une femme, on dit improbatrice.

I.1IPR0BITÉ. Subst. f. Ce mot originairement latin, dit La Harpe, a dû passer naturellement dans noire langue, dérivée en grande partie de la langue latine, et n'a fait qu'en prendre la terminaison. On peut remarquer seulement que si improbitas signifie en latin méchanceté, il n'exprime en français (}ue la privation de la probité. — Nous observerons ici que de la privation de la probité il résulte une mauvaise qualité, réelle et positive, i]ui empêche de se conduire avec probité, et (ju'ainsi l'improbilé n'est pas purement la privation de la probité. Quand je dis son iviprvbit- lui uttucra quelque mauvaise affaire, j'indiiiue une mauvaise qualité réelle, une cause qui doit produire un effet. Voyez In.

Impromptu. Subst. m. Selon la règle générale qui dit que les substantifs tirés des langues étrangères ne prennent point de s au pluriel, on ne met point cette lettre à la fin de ce mot lorsqu'il est au i)luriel : Un impromptu, des impromptu. — On donne ce nom à une petite pièce de poésie assez semblable au madrigal ou à l'épigramme, mais dont le caractère propre cl distinctif est d'être fait sans préparation sur un sujet qui se présente. L'impromptu, dit le comte Hainilton, est

... un certain volontaire Enfant de la table et da vin, Difficile et peu nécessaire, Vif, entreprenant, téméraire, Etourdi, négligé, badin.

Jamais reTcur ni solitaire, Quelqnefoi.'î délicat et lin.

Mais tenant toujours de son père.

(Lettre à M. de Mimure, 1" juillet 1705.) Impropre. Adj. des deux genres. Il ne se met

qu'après son subst. : Un ternie impropre, un

mot impropre .

Impropre, en grammaire, se dit d'un terme qui

n'exprime pas exactement le sens qu'on a voulu

lui faire signifier.

Voici quelques exemples de termes impropres

que Condillac trouve dans Boileau. Ce poêle,

voulant dire qu'un esprit qui se flatte ignore

souvent combien il a peu de talent, et s'aveugle

sur son peu de génie, s'exprime ainsi {A. P., I,

li») :

Mais souvent un esprit qui se flatte et qui s'aime Méconnaît son génie et s'ignore soi-même.

IMP

MccnnnaUre signifie proprement ve pas reconnaître, ou même ne pus vouloir reconnaître. D'ailleurs ne pas reconnaître sua génie signilierait ignorer combien on a de talents; et Despréaux veut dire ne connaît pas combien il en a peu. Au lieu de soi-même , il faudrait luimême. Peut-on dire un esprit qui méconnaît son génie'* Enfin qui s'aime n'a été ajouté que pour rimer avec soi-même.

Pour dire : Variez votre style, si vous voulez méHter les applaudissements du public, il prend ce tour {A. P., I, 69) :

Voulez-vous du public mériter les amours, Sans cesse en écrivant variez vos discours.

Varier ses discours, c'est, proprement, écrire sur différents sujets. Les amours pour les applaudissements est mal encore. En écrivant est

inutile.

Improprement. Adv. Il ne se met qu'après le verbe : Il a parlé improprement.

Impropriété. Subst. f. Terme de grammaire. Les grammairiens distinguent trois sortes de fautes dans le langage, savoir : le solécisme, le barbarisme, et l'impropriété. Celle-ci so commet quand on ne se sert pas d'un mot propre et qui ail une signification convenable; comme si on disait vn grand ouvrage en parlant d'un ouvrage prolixe et diffus. Le mot ^7-awrf serait impropre, ;)arce qu'il serait équivoque , grand ouvrage pouvant se dire d'un ouvrage long, mais bien lait et utile, et il ne serait pas aussi net, aussi expressif que diffus, qui caractérise un défaut "N'oyez Impropre.

Improvisatecr. Subst. m. En parlant d'une femme on dit improvisatrice.

Imprudemment. Adv. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe : Il s'est conduit imprudemment dans cette circonstance, il s'est imprudemment conduit dans cette circonstance.

Imprudence. Subst. f. Ce mot n'a point de pluriel quand il signifie le vice ; Leur imprudence est connue. On lui en donne un quand il se dit des effets de l'imprudence, des actes d'imprudence : Il a commis bien des imprudences.

Imprudent, Imprudente. Adj. On peut le mettre avant son subst., lorsque l'analogie et rharinonie le permettent : Un homme imprudent , -une femme imprudente. — Une conduite imprudente, des discours imprudents, des actions imprudentes ; cette imprude nte conduite ; tant d'imprudents discours , d'imprudentes actions le perdirent.

Impudemment. Adv. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe : // a menti impudemment, il m'a imj)udeninient trompé.

bipuDENCE. Subst. f. L'Acadéuiie le définit effronterie, man(iuede pudeur. On peut le définir, une hardiesse insolente à commettre de gaieté de cœur des actions dont les lois, soit naturelles, soit morales, soit civiles, ordonnent qu'on rougisse: car on n'est point blâmable de n'avoir pas lionte d'une chose qu'aucune loi ne défend; mais il est honteux d'être insensiiile aux choses qui sont déshonnétcs en elles-mêmes.

Ce mot n'a point de pluriel quand il signifie le vice auquekon donne ce nom; mais il en a un lorsqu'il se dit des actes particuliers d'impudence: Je le ferai repentir de ces impudences. Y . Impudent.

Impudent, Impudente. Adj. On le met souvent avant son subst. : Un homme impudent, une

IMP

femme impudente ; vn vientetir impudent, un impudent menteur ; une jeunesse impudente, une impudinte jeunesse. Observez ù Paris, dans une assemblée, l'air suffisant et vain, le ion ferme et tranchant d'une impudcnlc jeu- 7iesse, tandis que les anciens, craintifs et modestes, ou n'osent ouvrir la bouche, ou sont à peine écoutés. (J.-J. Kousseau.) S'uycz Adjectif.

Impudecr. Subst. f. Mol nouveau, dil Domerguc, que rien n'emoèclic de laisser enlrcr dans la langue, maisfpii na pas, selon mol, dans les ccrils du leniiis, la signilicalion que l'analogie lui assigne. L'impudeur doil signifier la nonpudeur, le contraire de la pudeur. Or, qu'csl-cc (]ue la pudeur? une cerlainc honte, un mouvement evcilé |)ar ce qui blesse rhunnélelé ou la niùdcslie. D'aprcscc principe, Domergue se plaint de ce qu'on le confond trop souvent avec l'iwj>udence, qui est un allental contre la pudeur. Celle observation de Domergue nous parait juste. '\'oyez Impudence.

].MPi'DiQUE. Adj. des deux genres. On peut le mettre avant son subst., lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent : Une femme impudioue, désirs impudiques, regards impudiques ; chansons impudiques. D'inipttdiques discours, d'impudiques regards.

L'une fut impuctique et l'autre parricide.

(CoRx., Cin., act.Y, se. Il, 33.)

Phèdre seule cliarmait les impudiques yeux.

(Ric, Plicd., act. lY, se. II, 82.)

Voltaire a dit, au sujet du premier vers : Ce mot impudique ne se dit plus guère dans le style noble, parce (lu'il présente une idée qui ne l'est Jias. [Remarques sur Corneille.)

Impldiqdemem. Adv. 11 ne se met qu'après le verlje : Vivre impudiquement.

Impuiss.^ncf.. Subst. f. L'Académie n'attribue ce mot qu'aux personnes : Je suis dans l'impuissance de vous servir. L'impuissance où je suis de vous rendre service. Racine a dit dans Iphigénie (acl. I, se. v, 29) :

Seigneur, de mes ciïorls je connais V impuissance.

Impuissance se dit plus particulièrement de l'incapacité d'avoir des enfants, causée ou par un vice de Conformation, ou j)ar quelque accident. En ce sens, il ne se dit que des hommes. En parlant d'une femme qui est incapable d'avoir des enfants, on dit (\nelle est stérile.

Ce mot n'a point de pluriel.

I.MPL1SSANT, Impuissante. Adj. On peut souvent le mettre avant son subst. : Un ennemi impuissant, un impuissant ennemi; une colère impuissante, une impuissante colère; faire des efforts impuissants, faire d'impuissants efforts. A oyez. Adjectif.

Impunéue.nt. Adv. Il ne se met qu'après le verbe : Voler impunément. Il a trahi ùnpunévient son devoir.

Impuni, Impunie. Adj. 11 ne se met qu'après son subsl. : Une faute impunie, un crime impuni. Cet adjectif exprimant une qualité absolue, n'est point susceptible de comparaison, soit en plus, soit en moins

Impur, Impure. Adj. Au |iropre, il ne se met qu'après son subst. : Des métaux impurs, un sang impur. Au ligure, on peut le faire précéder lorsque 1 unalogleel l'harmonie le permellent: Des amours impures, d'impures amours.

IN

Imputer. V. a. de la 1" conj. L'Académie ne dit i)as que ce verbe s'emploie aussi avec le pronom i)ersonnel.

Ne «ou» imputez point le mallieur qui m'opprime. (Rac, tlilhrid., acl. IV, se. ii, 36.)

Is. Particule prépositive qui se met au commencement de certains mots. Celle particule a, ainsi qu'en latin, deux usatrcs très-différents : i" Elle conserve en plusieurs mots le sens de la préposition latine 171, ou de notre particule française en, el par conséquent elle marque position ou disposition. Voyez En. Position, comme incarnation, infuser, ingrédient, inhumation, initier, inné, inoculation, inscrire, intrus, invasion ; disposition, comme inciter, induire, influence, innover, inquisition, insigne, inlentioîi, inversion. In cl en ont telleincnt le mémo sens quand on les considère comme venues de la préposition, (]uc l'usage les partage quelquefois entre des mots simples qui ont une même origine et un même sens individuel, et qui ne diffèrent que par le sens spécifique : Inclination, enclin; inflammation , enflammer; injonction, enjoindre ; intonation, entonner.

2" //t est souvent une paiticule privative qui marque, dit-on, l'absence de l'idée individuelle énoncée par le mot simple : Inanimé, inconstant, indocile, inégal, infntuné, ingrat, inhumain, inhumanité, inique, injustice, innombrable, inouï, inquiet, inséparable, intolérance, involontaire, inutile, etc. Quel que puisse éire le sens de celte particule, on en change la finale n en m devant les mois simples qui commencent par une des labiales b, p ou m : imbiber, imbu, ijnbécile, impétueux, imposer, impénitence, immersion, imminent, immodeste. N se change en l devante, el en r devant r; illuminer, illicite, irruption, irradiation, irrévérent, etc.

Je ferai quelques observations sur les mots dans la composition desquels entre cette particule. Il me semble qu'on n'a pas bien indiqué la signification de ces sortes de mots, en disant (ju'ils marquent l'absence de l'idée individuelle énoncée par le mol simple.

Je remarque dans l'absence d'une qualité exprimée par un mot simple, deux choses bien distinctes: 1° cette absence en elle-même; 2'' une qualité contraire à la qualilé exprimée par le mot simple. Par exemple, si je considère dans l'al»sence de la justice celte absence en elle-même, abstraction laite des effets qu'elle peut produire, je dirai, pour rai)pli(]iier a une personne, ([ue cette personne n'est pas juste ; et je ne puis me servir ici que d'une expression négative, puisque l'idée est entièrement el absolument négative. Mais si je considère que l'absence de la justice produit une mauvaise qualilé réelle cl positive, qui est opposée à la justice, dont les elïcts sont sensibles el les suites fâcheuses, je n'ai plus alors dans l'esprit l'idée d'une négation, m.iis l'idée de quelque chose de réel et de positif qui ne peut être exprimé que d'une manière aflirinaiive; et alors je dirai d'un homme auquel j'attribuerai celte mauvaise qualité, qu'il est i?ijuste. H y a donc celte différence entre n'être pas juste el être injuste, (juc la première phrase exprime la négation d'une qualité, el la seconde l'existence d'une qualité ; différence rendue sensible par celle des expressions donl l'une est négative el l'autre affirmative.

On conviendra aiséiDent de la justesse de celte

IN

observation, si l'on fait attention que les adjectifs

3iiiex[)riinont iine<iiialilé dont i'aljseuee ne prouit puint une iiiuiiité conliairc, ne s'associent point a la particule in, et qu'on ne peut exprimer cetic absence que par des négations. Par exemple, on ne dit pas qu'i//j homme est inaimahle, inlniuiblc, inudniiiahU', (larce que l'alisencc des qualités (pii rendent aimalde, louable, admirable, ne produit point une (]ualilé réelle contraire. Celui qui n'est [jas aiinuble n'est [)as pour cela haïssable; celui qui n'est |)as loiiuhle n'a pas une mauvaise qualité réelle contraire à la ([ualitéquc l'on désigne par le mot louable ; celui qui n'est |)Oinl admirable n'a pas une (]ualilé léelle contraire à ce ([ui produit l'admiration. 11 n'y a dans CCS trois individus que des négations, îles absences, et rien de réel ni de positif.

Au contraire, celui qui est inconstant a une mauvaise qualité réelle , produite par l'absence lie la constance, qualité (lui se numifesle ordinairement dans les diverses circonstances de sa vie.

Je me crois donc fondé à penser que ces expressions que l'on nomme privatives, et dont les particules in, im, il, ir, sont les signes caractéristiques, n'ont élc inventées que pour exprimer l'existence d'une qualité réelle résultant de l'absence de la qualité exprimée par le mot simple.

A l'égard des adjectifs tirés des participes passifs des verbes, il faut examiner si la négation de l'action exprimée i)ar le verbe influe ou non sur l'état du sujet. Dans le premier cas, la particule in peut se joindre à l'adjectif; dans le second, elle ne peut |)as s'y joindre. Qu'une personne ne soit pas aimée, ne soit pas désirée, ne soit pas battue, ne soit pas blessée, ne soit pas tuée, il n'en résulte en elle aucun changement, aucun état nouveau, et vuilà pourquoi l'on ne veut pas dire i\\ïiinc persenne est inaimée, indésirée, imbatiue, iiiiblessée, intitée ; mais qu'une personne ne soit pas animée, qu'elle ne soit pas soumise connue elle devrait l'être, il en résulte en elle un état particuliei" ipii lait qu'on peut dire qu'eZ/e est inanimée, ([u'ellc est insoumise.

11 en est de même des choses. On dit qn'iine maison est inhabitée, [)arcc que l'absence ou le défaut d'habitants la met dans un état différent de l'éiat ordinaire ou de l'état précédent; mais on ne dit |)as ([u'une maison est inlouée, est invendve, parce (]u'il s'agit ici de circonstances qui ne changent rien à l'état actuel de la maison en elle-même.

Je sais bien qu'on dit qu'un homme est incirconcis, que des marchandises sont invendues, quoiiiue l'absence de la circoncision et le défaut de vente ne change rien à l'état de l'homme ou des marchandises; mais ces ex[)ressions ne se disent (jue dans un sens d'opposition. On dit les incirconcis par opposition à ceux qui sont circoncis, et pour établir une différence entre les uns et les autres. C'est une expression établie parmi les juifs et les musulmans. Chez nous, où il n'est pas d'usage de faire une distinction nominale entre ceux ijui sont baptisés et ceux qui ne le sont pas, on ne dit pas les imbaptisés. On dit de niéuietiuc des marchandises sont invendues, par opposition aux marchandises ([ui sont vendues, et pour distinguer leur état de l'état de ces dernières. Mais sans l'idée de celte opposition, et sans qucUpie circonstance qui la fasse sentir, on ne pourrait pas dire (ju'une marchandise est invendue. Si j'ai mis i)lusieurs marchandises en vente, je pourrai dire par opposition, relalivc-

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