‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 252 sur 453 · LAT · texte numérisé non relu

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lorsqu'il embrasse un srand sujet. Une réponse, une lelire, ne peuvent être à la fois longues et laconiques.

Laconique suppose une sorte d'iiffectalion ot une espèce liedcraut ; concis emporte pour l'ordimire une idce de pcrfeclion : f^oilà xtn compliment bien laconique; voilà un discours bien concis ci bien i ncrgique.

Lacomsme. Suhst. m. C'est-à-dire langage bref, anime et senlenlieux. Mais ce mot désigne proprement l'expression énergique des anciens Lacédémoniens, qui avaient une manière de s'énoncer succincte, serrée, animée et louchante.

Lachymal, Lacrymale. Adj. C'est un terme d'anatomic. 11 fait lacrymaux au pluriel masculin. On dit conduits lacrymaux, points lacrymaux.

Lacs. Subst. m. plur. On ne fait presque point sentir le c.

Lactée. Adj. f. qui ne se met (ju'après son SUbsl. : La voie lactée, les veines lactées.

Ladre. Adj. des deux genres. Il ne se mot qu'après son subst.. : Une truie ladre. — Un homme ladre.

L'Académie prétend qu'en prenant substantivement cet adjectif, on dit ladrcsse en parlant d'une femme. Si ce mot est usité, ce n'est que parmi la populace.

Laid, Laide. Adj. Il se dit des hommes, des femmes, des animaux, qui manquent des proportions ou des couleurs dont nous formons l'idée de beauté. 11 se dit aussi des dilTérenlcs parties d'un corps animé. Mais quoi qu'en disent les auteurs du Dictionnaire de Trévoux, et même ceux du Dictionnaire de rAcadémie, on ne doit pas dire et on ne dit pas, quand on parle avec noblesse et avec précision, une laide mode, une laide maison, une étoffe laide. Quoiqu'on dise de beaux vers, on ne dit pas des vers laids. On fait usage d'autres épithètes ou de périphrases pour exiirinicr la privation des qualités qui nous rendraient agréal)les les êtres inanimés. Il en est de même des êtres moraux, et ce n'est plus que dans quelques proverbes qu'on emploie le mot de laid dans le sens moral.

L'Académie donne pour exemples familiers de l'emploi de cette expression, c'est un laid magot, en parlant d'un homme extrêmement laid; et une laidegvenon, en parlant d'une femme qui est dans Je même cas. Ces exemples sont empruntés du iaujage des halles. On peut le mettre avant son subst., en consultant l'oreille et l'analogie: Un homme laid, une femme laide ; une laide bote, un laid animal. On dit proverbialement il n'y a point de laides amours. — C'est une laide chose que de mentir. Voyez Adjectif.

Laideron. Subst. f. Jeune fdle ou jeune femme laide : C'est une laide femme.

Lainedx, Laineuse. Adj. qui ne peut se mettre qu'après son subsl. : Un drap laineux, une étoffe laineuse.

Laisser. V. a. de la 1" conj. On dit sans la négation, je voîis laisse à penser s'il profita de r occasion; et avec la négation, il ne faut pas laisser d'aller son chemin. On dit ne pas laisser de faire, pour dire continuer de faire, ne pas cesser de faire, malgré quelque opposition. Plusieurs auteurs emproienl que dans ces sortes de phrases: I^os pliilosophes savent que cette petite supercherie ne laisse pas que d'en imposer aux sots. (Marmontcl.) Thomas Corneille pensait que '

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I ce que est inutile, et tout le monde est aujour-

' d'hui de cet avi-,cxceplé l'Académie, (|ui, laissant

' à chacun la liberté de s'exprimer de l'une ou de

' l'autre manière, donne pour exemples, dans les

deux dernières éditions de son dictionnaire, cette

I chose ne laisse pas ((ue d'être vraie, ne laisse

I pas d'être vraie. L'Acadéude de 17(12 n'emploie

jamais ce que. — ^Montesquieu a dit dans la

XAX' lettre persane : Tant d'honneurs nf.

lais.tent pas d'être à charge, et Buffon : Ces

grands affaissements ne laissent pas de tenir

une des premières places entre les principaux

faits de l'histoire de la terre. {Théorie de la

terre, l. I, p. 427.)

Racine a dit dans Mithridate (act. III, se. v, 58):

Je veux iai'sscr de vous jusqu'à »olre mémoire.

On ne peut pas dire, laisser la viémoire de quelqu'un, pour, en perdre le souvenir. Voyez Participe.

Laiteux, Laiteuse. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Plantes laiteuses.

Lambeau. Subsl. m. 11 se dit figurément en parlant des ouvrages d'esprit ; mais il se prend toujours en mauvaise part. On ne dit pas des lambeaux précieux, des lambeaux éloquents, comme on dit des ?norceaux précieux, des morceaux éloquents. Cepciidaiil l'Académie dit on n'a retenu que quelques lambeaux de ce discours ; elle aurait mieux fait de dire quelques morceaux.

LAMBl^F,R. V. a. de la 1" conj. Mercier nous apprend l'origine de ce mot. Lambin, dit-il, célèbre commentateur de Lucrèce, de Cicéron, de Piaule, elc. , ennuya même des savants par le soin minutieux qu'il a conslamment de raii[)orler avec la plus scrupuleuse exactitude les diverses leçons des auteurs qu'il commente. Il lit uailrele mot lambiner dont on se sert encore queiiiucfois. quoique le règne des commentateurs soit passé.

Lamentable. Adj. des deux genres. On le met assez souvent avant son subst. : Une mort lamentable, un accident lamentable. — Une voix lamentable, des cris lamentables. Voyez .adjectif.

Ce vieillard vénérable A jeté dans mes bias un cri ixlamentabU.

(Volt., Uahom., act IV, se. IV, 57.)

— Cette lamentable mort, ce lamentable évént" ment, ces lamentables cris.

Des troupeaux expirants les lamentabht voix.

(Delil., Georg., m, C31.)

Lamentablement. Adv. On le met quelquefois entre l'auxiliaire et le participe : Après avoir lamentablement raconté ses malheurs.

Lamentation. Subsl. f. C'est une plainte forte et continue. Lsl plainte s' c\\\Y\mc par le discours, les gémissements accompagnent la lamentation.

L.AMENTER. V. a. dc la V conj. Déplorer, regretter avec plaintes et gémissements. Il est vieux en ce sens; on ne dit filus lamenter la mort de ses parents, la ruine de .■sa patrie. Les poêles seuls ont la liberté de l'employer. — Il ne s'emploie en prose que neutralement, ou avec le i)ronom personnel : // ne fait que lamenter. Des femmes qui se lamentent. F'ous vous lamentez en vain.

Lancer. V. a. de la 1" conj. Selon l'Académie

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on dil se lancer, pour dire, se jeter avec iinpétuosiU', avec clïort : Il se lança au travers des ennemis, il se lança dans le bois. — Nous peilsoiii, avec Fcraud, qu'on le disait autrefois, mais qu'aujourd'iini on dit en ce sens s'élancer : S'élancer à travers les ennemis. Il s'élwnça dans le bois.

Langage. Subst. m. Le langage n'est ni l'idiome, ni la langue d'une nation. Si, dit Beauzée, dans la totalité des usaiies de la Noix |)ropres à une nation, on ne considère ([uc l'expression et la communication des pensées, d'après les vues de l'esprit les pins universelles et les plus communes a tous les hommes, le nom de langue exprime parfaitement cette idée générale. Mais si l'on prétend encore envisager les vues particulières à celle nation, et les tours singuliers qu'elles occasionnent nécessairement dans son élocutiun, le terme d'/(/t<;/«e est alors celui (jui convient le mieux à re.\[)ression de cette idée moins générale et plus resircintc. La différence est encore bien plus considérable enlrc langue et langage. C'est le matériel des mots et leur ensemble qui délermine une lam/uf; elle n'a rapport qu'aux idées, aux conceptions, à l'intelligence de ceux qui la parlent. Le langage paraît avoit plus de rapport au caractère de eelui qui parle, à ses vues, à ses intérêts; c'est l'objet du discours qui détermine le langage : chacun a le sien, selon ses passions, dit CondiUac. Ainsi la môme nation avec la même langue peut, dans des temps différents, tenir des langages différents, si elle a changé de mœurs, de vues, d'iutcrcis. Deux nations, au contraire, avec différentes langues, peuvent tenir le même langage si elles ont les mêmes vues, les mêmes intérêts, les mêmes mœurs. C'est que les mœurs nationales tiennent aux passions nationales, et que les unes demeurent stables ou changent comme les autres. 11 en est à cet égard des hommes Comme des nations. On dil le langage des yeux, du geste, parce que les yeux et le geste sont destinés i)ar la nature à suivre les mouvements que les passions leur inq)rimcnl, et conséquemmenl à les exprimer avec d'autant plus d'énergie, que la corrcsiiomlance est jilus grande entre le signe et la chose signiliée qui le produit. Tous les articles de ce Dictionnaire sont consacrés à la pureté du langage.

On dit lu langue maternelle, la langue française, anglaise, etc., et non pas, le langage via~ ternet, le langage français, etc. On dit, bien parler sa langue, et non pas bien parler son langage.

Le mot langage s'emploie très-bien dans le style noble :

Et depuis quand, seigneur, tenez-vous ce langag': ? (Ui.c., /phtj., ad. I, se. I, 13.)

Juste ciel '.Puis-je entendre et soullrir ce langage. (Idem, acl. lY, se. vi, 47.)

You», mourir 1 ali '. cessez de tenir ce langage.

[Idem, acl. Y, se. ii, 17.)

Langage. Le moyen le plus sûr et presque le seul d'ac(]uérir une connaissance parfaite des lincsses de notre langue, et surtout de ci'S exce|)tions qui paraissent si contraii'csaux règles, c'est de converser souvent avec un homme instruit. Vous a|)prendrez plus dans quclijues entretiens avec lui, que dans une lecture, (jui laisse presque

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toujours des doutes. Nous avons beau lire au jourd'hui les auteurs latins, l'étude la .olus assidue ne nous api)rendra jamais quelles fautes les copistes ont glissées dans les manuscrits, ((uels mots impropres Salluslc, Tite-Live, ont employés. Nous ne i)ouvons presque jamais discerner ce qui est hardiesse heureuse d'avec ce qui est licence condamnable.

Les étrangers sont, à l'égard de nos auteurs, ce que nous sommes tous à l'égard des anciens. La meilleure méthode est d'examiner scrupuleusement les excellents ouvrages.

La lecture assidue des bons auteurs est encore plus nécessaire à celui qui veut se former un style pur et correct, que l'étude de la plupart de nos grammaires. Ce (pi'on apprend sans peine et parle secours du plaisir, se fixe bien plus fortement dans la mémoire, que ce qu'on étudie avec des dégotits dans des préceptes secs, souvent trèsmal digérés, cl dans lesquels on ne trouve que trop de contradictions. (Extrait des œuvres de Voltaire.)

Langoubeusement. Adv. On peut quelquefois le placer entre l'auxiliaire et le participe : Jl a répondu langoureu.icment, il a la ngoureusament répondu que...

Langolt.ecx, Langocrecse. Ailj. On peut le mettre avant son subst., en consultant l'oreille et l'analogie: Un homme langoureux, un ton langoureux, vn air langoureux, des regards langoureux ; de langoureux regards, de langoureux accents. Voyez Adjectif.

Langde. Su!)St. I. ^'oycz Langage, Analogue.

Langue française. 11 ne nous reste aucun monument de la langue des anciens Vclchcs, ([ui faisaient, dii-on, une partie des peuples celtes ou keltcs, espèces de sauvages dont on ne connaît que le nom, et qu'on a voulu en vain illustrer par des fables. Tout ce que l'on sait, c'est (pie les peuples que les Romains appelaient Galli, dont nous avons pris le nom de Gaulois, s'appelaient Velches; c'est le nom qu'on donne encore aux Français dans la Basse-Allemagne, comme on appelait cette Allemagne Tcuich. La province de Galles, (lonl les peuples sont une colonie de Gaulois, n'a d'autre nom (]ue celui de Velch. L'n reste de l'ancien patois s'est encore conservé chez quelques rustres dans cette province de Galles, dans la Basse-Bretagne, dans quel<iucs provinces de France.

Quoique notre langue soit une corruption de la latine, inélée de queli]iios expressions grecques , ilalieiincs, espagnoles, cependant nous avons retenu iilusicurs mots dont l'origine parait être celtique. Mais il importe peu de connaître quelques restes de ces ruines barbares, quelques mots d'un jargon cpii ressemblait, dit l'empereur Julien, au hurlement des bétes. Songeons à conserver dans sa pureté la belle langue qu'on parlait dans le siècle de Louis XIV.

Ne commence-t-on pas à la corrompre? N'estce pas corrompre une langue que de donner aux termes employés par les bons auteurs une signification nouvelle? t.}u'ariiverait-il si vous changiez ainsi le sens de tous les mots? On ne vous entendrait, ni vous, ni les bons écrivains du grand siècle.

11 est sans doute très-indifférent en soi qu'une syllabe signifie une chose ou une autre. J'avouerai même que si on assemblait une société d'hommes (lUi eussent l'esprit et l'oreille justes, et s'il s'agissait de réformer la langue qui fut si barbarie dans son origine, on adoucirait i?. rudesse «*

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plusieurs expressions; on donnerait de l'embonjwinl à la sécheresse de i]uel(iiics autres, et de l'harmonie à des sons rel)Ulanls. Oncle, ongle, radoub, perdre, borgne, auraient |tu élrc adoucis. Epieu, lieu, Dieu, moycti, feu, bleu, peuple, nuque, plaqvc, porche, anraienl pu être plus harmonieux. Quelle diilercnce du mol théos, au mot Dieu, ûcp'ipulus à peuple, tic locus à lieu.'

Quand nous couuneiivàmos à parler la langue des Romains nos vainquwirs, nous la corronipimes; \ï Augusius , nous i'inics aoust, août; de puvn paon, de Cudumnm (!aen, de Junius juin, à'unctus oint, de purpura jjourpre, de prelium prix. C'est une propricté di'S bai'l)ares d'abréger tous les mois, .\insi les Allemands et les Anglais tirent d'ccclesia kirk, cliurcii, de foras furlii, de condemnure danin. Tous les nombres romains devinrent dos monosyllabes dans |)resquc tons les patois de l'1'.iu-ope. Et noire mot vingt pourviffinti n'allesle-l-il pas encore la vieille rusticité de nos pères? l.a plupart des lettres que nous avons retranchées, et que nous prononcions durement, sont nos anciens habits de sauvage; chaque peuple en a des magasins.

Le plus iiisuj)portable reste de la barbarie velche et gauloise, est dans nos terminaisons eu oin : coin, foin, oint, gronin, soin, marsouin, tintouin, pourpoint. 11 faut (ju'un langage ait ^d'ailleurs de grands charmes pour faire pardonner ces sons, qui tiennent moins de l'homme que de la plus dégoûlante espèce des animaux.

Maisenfin, chaque langue a des mots désagréables , que les hommes éloquents savent placer heureusement , et dont ils ornent la rusticité. C'est un très-grand arl; c'est celui de nos bous auteurs. 11 faut donc s'en tenir à l'usage qu'ils ont fait de la langue reçue.

Il n'est rien de choquant dans la prononciation d'ot'//, quand ces terminaisons sont accompagnées de syllabes soiiores. Au contraire, il y a beaucoup d'hai'monie dans ces deux phrases : Les tendres soins que j'ai pris de votre enfance. Je suis loin d'être insensible à tant de vertus et de charmes.

Mais il faut se garder de dire comme dans la tragédie de Nicomède (acl. II, se. m, 47) :

Non; mais il m'a iîurloat laissé ferme en ce point. D'estimer beaucoup Rome, et ne la crainxlre point.

Le sens est beau ; il fallait l'exprimer en vers plus mélodieux. Les deux rimes de point choquent l'oreille. Personne n'est rcvoUé de ces vers dans Y Andromaque (act. V, se. m, 67) :

Nous le verrions encor nous partager ses soins; Il m'aimerait peul-ètrc ; il le feindrait du moins. Âdicu, lu pcui partir; je demeure en Epire. Je renonce à la Grèce, à Sparte, à son empire, A toute ma famille, etc.

"\oyez comme les derniers vers soutiennent les premiers, comme ils répandent sur eux la beauté de leur harmonie!

On peut reprocher à la langue française un trop grand nombre de mots simples auxquels manque le composé, et de termes composés qui n'ont point le simple primitif. Nous avons des architraves et point de trares; un homme est implacable et nesl point placable ; il y a des gens inaimahles, cependant inaimable ne s'est point encore dit.

C'est parla même bizarrerie que le moi garçon est très-usité, et que celui de garce est devenu

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une injure grossière, f'émis est un mot charmant ; vénih-ien donne une idée affreuse.

11 me semble que lorsqu'on a eu dans un siècle un nombre suffisant de bons écrivains devenus classi(jues, il n'est plus guère permis d'employer d'autres expressions que les leurs, et (pi'il faut leur donner le même sens, ou bien dans peu de temps le siècle présent n'entendrait plus le siècle passé.

Vous ne trouverez dans aucun auteur du siècle de Louis XIV que Rigault ait peint les portraits «m yx/r/inV; que Bensorade ait pcrsifflé la cour, que le surintendant Fouijuet ait eu un goût décide pour les beaux-arts, etc.

I.e ministère prenait alors des e?)^a(7e»îe«<s, et non \)?^iAcs errements. On tenait, on remplissait, on accomi)lissait ses promesses; on ne les réulisuil |)as. On citait les anciens, on ne faisait pas des citations. Les choses avaient du rapport les unes aux autres, des ressemblances, des analogies, des conformités; on les rapprochait, on en tirait des inductions, des conséciuences : aujourd'hui, on imprime (ju'un article d'une déclaration du roi a trait a un arrêt de la cour des aides. Si l'on avait demandé à Patru, à Pcllisson , à Boileau, à llacinc, ce ([ue c'est qu'avoir irait, ils n'auraient su que répondre. On était e.xact, sévère, rigouleux, minutieux même ; à présent on s'avise d'être strict. Lin avis était semblable à un autre; il n'en était pas différent, il lui était conforme; il était fondé sur les mêmes raisons; deux personnes étaient du même sentiment, avaient la même opinion, etc., cela s'entendait. Je lis dans vingt mémoires nouveaux , que les états ont eu un avis parallèle à relui du parlement ; que le parlement de Rwuen n'a pas une opinion parallèle a celui de Paris, comme si parallèle pouvait signifier conforme; comme si deux choses parallèles ne pouvaient pas avoir mille différences.

Aucun auteur du bon siècle n'usa du mot fixer, que pour signifier, arrêter, rendre stable, invariable :

Et fixant de ses tocux l'inconstance fatale, Phèdre depuis longtemps ne craint plus de rivale. (Rac, Phéd., act 1, se. i, 25.)

C'est à ce jour heureux qu'il fixa son retour. Egayer la chagrine, et fixer la volage.

Quelques Gascons hasardèrent de dire j'ai fixé celte dame, pou"* j<? l'ai regardée fixement, j'ai fixé mes yeux sur elle. De là est venue la mode de dire fixer une personne. Alors vous ne savez point si on entend i)ar ce mot j'ai rendu cette personne moins incertaine, moins volage; ou si on entendre l'ai observée, j'ai fixé mes regards sur elle. V^oilà un nouveau sens attaché a un mot reçu, et une nouvelle source d'équivoques.

Presque jamais les Pellisson, les Bussuet, les Fléchier, les 31assillon, les Fcnelon, les llacine, les Quinault, les Boileau, Molière même et La Fontaine, qui tous deux ont commis beaucoup de fautes contre la langue, ne se sont servis du terme vw-«-t;w, que pour exprimer une jjosition de lieu. On disait l'aile drHte de l'année do Scipion, vis-à-vis l'aile gauche d'Annibal. Quand Plolomée fut vis-à-vis de César, il trembla.

ris-â-vis est l'abrégé de visage-à-visage, et c'est une expression qui ne s'emploie jamais ni dans la jwésie noble, ni dans le discours oratoire.

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Aujourd'hui l'on commence à dire coupable vis-à-vis de vous, bienfaisant vis-à-vis de n'uis, difficile vis-u-vis de nous, mêconteiil vis-à-vis de nous; au lieu de Coupable, liieiifaisanl envers nous, diflicile enrers nous, mccoulcnl de nous.

J'ai lu dans un ccril puldic: le roi mal satisfait vis-à-vis de son parlement. C'e^l un amas de barbarismes. On ne pcul p;is èlie mal satisfuit. Mut e^[ le conliaire de satis, qui siçnllie assez. On est peu content, mécontent, on se croit mal servi, mal obéi. On n'est ni satisfait, ni mal satisfait, ni content, ni mécontent, ni bien, ni mal obéi, vis-à-vis de quelqu'un, mais de quelqu'un. Mut satisfait est de l'ancien style des burcau.v. Des écrivains peu corrects se sont permis cette faute.

Presiiue t(jus les écrits nouveaux sont infectés de l'euqiloi vicieux de ce mot vis-à-vis. On a négligé ces expressions si faciles, si heureuses, si bien mises à leur place par les bons écrivains: envers, pour, avec, à l'égard, en faveur de. Vous me dites qu'i/n homme est bien disposé vis-à-vis Je moi; qu'il a un rcssenliment vis-àvis de moi; que le roi veut se conduire en père vis-à-vis de la nation. Dites que cet homme est bien disposé pour moi, à mon égard, en ma faveur; qu'il a du ressentiment contre moi; que le roi veut so cunduirc en père du peuple, <iu'il veut agir en [lère avec la nation, envers la nation ; ou bien vous parlerez fyrt mal.

Quelques auteurs qui ont parlé allobroge en français, on dit élogier, au lieu de louer, on faire un éloge; par contre, au lieu de au contraire; éduquer, pour élever , ou donner de l'éducation.

C'est un défaut trop commun d'employer des termes étrangers pour exprimer ce qu'ils ne signifient pas. Ainsi de celata, qui signifie un casque en italien, on fit le mol salade dans les guerres d'Italie ; de bowlingreen, g;izon où l'on joue à la boule, on n kni boulingrin ; rosi beef, bœuf rôti, a [iroduit chez nos maitres-d'hôlel du bel air, des bœufs rôlis d'agneau, des bœufs rôtis de perdreaux; de l'iiaiiii de cheval riding coat, on a fait redingote. Si l'on continue, la langue française, si polie , redeviendra barbare. Notre théâtre l'est déjà par des imitations abominables ; notre langue le sera de même. Les solécismes, les barbarismes, le style boursoufflé, guindé, inintelligible, ont inondé la scène depuis Racine, (]ui semblait les avoir bannis pour jamais par la pureté de sa diction toujours élégante.

La prose n'est pas moins tombée. On voit dans des livres sérieux et faits pour instruire, une affectation qui indigne tout lecteur sensé.

// faut mettre sur le compte de Vamour-propre ce qu'on met sur le compte des vertus.

L'esprit se joue à pure perte dansées questions où l'on a fait les frais de penser.

Les éclipses étaient en droit d'effrayer les hommes.

Épicure avait un extérieur à l'unisson de son âme.

L'empereur Clavdius renvia sur Auguste.

Lareligion était en collusion avec la nature.

Cléopâtre était u ne beauté priviléyiée.

L'air de gaieté brillait sur les enseignes de l'armée.

Le triumvir Lépide se rendit nul.

Un consul se fit chef d'émeute dans la république.

Mécénas était d'autant plus éveillé qu'il affichait le sommeil.

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Julie, affectée de piété, élève à son amant set tendres supplications.

Elle cultiva l'espérance.

Son âme ipuisre se fond comme l'eau.

Sa philosophie n'est point parlière.

Son amant ne veut pas mesurer ses maximes à sa toise, et prendre une unie aux livrées de la 7naisiin.

Tds sont les excès d'extravagance où sont tombés les demi-bcaux-csprits qui ont eu la manie de se singulariser.

On ne trouve pas dans Rollin une seule phrase qui tienne de ce jargon ridicule, et c'est en quoi il est très-estimable, puisqu'il a résisté au torrent du mauvais goût.

Le défaut contraire à l'affectation est le style négligé, lâche et rampant, l'emploi fréquent des expressions populaires et proverbiales.

Le général poursuivit sa pointe.

Les ennemis furent battus à plate couture.

Ils s'enfuirent à vauderotite.

Il se prêta à des propositions de paix, après avoir chanté victoire.

Lesléginns vinrent au-devant de Drusus par manière d'acquit.

Un soldat romain se donnait à dix as par jour, corps et âme.

La différence qu'il y avait entre eux était, au lieu de dire dans un style plus concis, la difjférence entre eux était. Le plaisir qu'il y a à cacher ses démarches à son rival, au lieu de dire, le plaisir de cacher ses démarches à son rirai.

Lors de la bataille de Fontenoy, au lieu de dire, dans le temps de la bataille, à l'époque de la bataille, tandis, lorsque l'on donnait la bataille.

Par une négligence encore plus impar>lonnable, et faute de chercher le mot propre, (juelques écrivains ont imprimé il l'envoya faire la revue des troupes. 11 était si aisé de dire, il l'envoya passer les troupes en revue ; U lui ordonna d'aller faire la 7-e vue!

Il s'est glissé dans la langue un autre vice: c'est d'employer des expressions poétiques dans ce qui doit être écrit du style le plus simple. Des auteurs de journaux, et même de quelques gazettes, parlent des forfaits d'un coupeur de bourses condanoné à être fouetté dans ces lieux. Des janissaires ont mordu la poussière. Les troupes n'ont 1)11 résilier à l'inclémence des airs. On annonce une histoire d'une petite ville de province, avec les preuves et une table des matières, en faisant l'éloge de la magie du style de l'auteur. Un apothicaire donne avis au public qu'il débile une drogue nouvelle à trois livres la bouteille; il dit qu'il a interrogé la nature, et qu'Ul'a forcée d'obéir à ses lois- Vu avocat, à propos d'un mur mitoyen, dit que le droit de sa partie est éclairé du flambeau des présomptions.

Un historien, en parlant d'une sédition, vous dit qu'il alluma le flambeau de la discorde; s'il décrit un petit combat, il dit que ces vaillants chevaliers descendaient dans le tombeau en y précipitant leurs ennemis victorieux.

Ces puérilités ampoulées ne devaient pas reparaître après le plaidoyer de maître Petit-Jean dans les Plaideurs. Mais enfin, il y aura toujours un nombre d'esprits bien faits (jui conservera les bienséances du style et le bon goût, ainsi que la pureté du langage. Le Hcste sera oublié. (Volt., Dict. philos., au mot Français.)

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La:(cuir. V. n. de la 2' conj. Voltaire a dit {Henr., 11, 17'J) :

Cotign/ languitsait dans les Iras du repos.

LA^GUIssAMMENT. Adv. Il ne se met qu'après le verbe : Parler lanjuissainment, regarder languissamment. On ne dirait pas il m'a langnissammeiit regardé.

Langiissant, Languissante, Adj. On le mot avant son subsl., lorsque l'analogie et riiarnionie le perniellciit : Un h-mme languùsant, un animal languissant. — Un style huigiiissant, un discours languissant. — Ce languissant discours, cette languissante démarche. Voyez Adjectif.

Lapis. Subsl. m. I.e s se prononce fortement.

Laps. Subsl. m. On prononce le p et le s.

Laqde. Subsl. f. Sorte de guninie résine d'un rouge jaunâtre. On dit quelijuefois adjectivement gomme larjue. — 11 se dit aussi d'une terre alumineuse teinte d'un suc colorant (]u'on emploie dans la peinture: Laque de f^enise, de Florence.

Laque se dit encore du beau vernis de la Chine, ou noir ou rouge, et des meubles (]ui eu sont revêtus. Ea ce sens il est masculin. (Acad. J83o.)

Large. Adj. des deux genres. On peut le mettre avant son subsl., en consultant l'oreille cl l'analogie : Un habit large, une étoffe largr, un ruhunlarge ;un large ruban, une large épée. Voyez yidjectif.

Au large, au long et au large, en long et en large, du long et du large, phrases adverbiales qui ne se mettent qu'après le verbe : // est logé au large ; il s'est étendu au long et au large ; il s'est promené en long et en large; on lui en a donné du long et du large.

Largement. Adv. On peut le mettre entre l'auxiliaire ol le participe, lorsque l'harmonie et l'analogie le permettent. On ne dit pas, on l'a largement récompensé , à cause de la cacophonie produite par l'a lar; mais on dit il a été largevient récompensé, on l'avait largement récompensé.

Largesse. Subsl. f. L'Académie ne nous avertit point que ce mol ne s'emploie guère qu'au pluriel.

Aux maltieureux chrétiens prodiguei mes largesses. iVoLT., Zaïre, ad. V, se. i, 59.)

On dit, pour se moquer de quelque présent de peu de valeur, voilà une belle largesse! A'oycz Aumône.

Larme. Subst. f. On verse des larmes dans la douleur, mais on en verse aussi très -souvent dans la joie, dans l'admiration, dans le plaisir. L'amitié, l'amour, la reconnaissance, ont leurs larmes.

Leurs yeux étaient remplis de ces heureuses larmes, De ces larmes qui font les plaisirs des amants,

(Volt., Henr., IX, 294.)

Certainement les larmes que versent dans les spectacles un grand nombre de femmes, d'enfants, et même d'hommes, ne sont ni des larmes de douleur, ni des larmes d'affliction. Il arrive assez souvent qu'o/t rit a us larmes.

De là on peut tirer la principale différence qu'il y a entre les larmes et les pleurs. Les larmes sont une lymphe renfermée dans le sac lacrymal, et qui en sort soil pour humecter !a cornée, et l'entretenir nette et transparente, soit lorsque ce

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