‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 254 sur 453 · LAV · texte numérisé non relu

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pleurant, mais versant quelques larmes qu'arrachent la jalousie el la fureur, a-l-il eu raison de préforor la manière collective?— Ainsi, selon Do- Tnergue.Orosinancdcvraitdire, rnj/o /e^pj-ewiè/T^ larmes qui coulent de vies yvux. Celle phrase seule, comparée au vers de Voltaire, réfute Domergue. C'est une expression faible, au lieu d'une expression énergique. D'ailleurs, Orosnuine ne pouvait pas dire ipi'il n'avait jamais versé de larmes ; car, au moins dans leur enfance, les cni-

Eereurset les rois en versent comme les autres ommes.

La critique que fait Domergue d'un vers de Legouvé, dans sa tragédie iV Épùharis et Néron, est aussi déplacée (Act. V, se. ii, 22) :

Que d'échafauds dressés me pairoiil mes douleurs ! Il faut une Tictime à chacun de mes pI:u>-«.

Douleurs exige ici pleurs , non pas seulement pour la rime, mais pour l'analogie des idées : Il faut une rictime à chacune de mes larmes, serait par trop ridicule.

Larmoyant, LAnMOYANTE. Adj. verbal tiré du verbe larmoyer. Ce mot est vieux, il ne s'emploie plus que dans le langage familier, et le plus souvent en mauvaise part. Si l'on dit encore 7e coinique larmoyant, la comédie larmoyante, c'est pour jeter quelque ridicule sur ce genre, dont le véritable nom est drame, ou tragédie bourgeoise.

Larmoyi-r. V. n. de la i." conj. Ce verbe se conjugue comme emplcyer. 11 est vieux et peu usité, quoique l'Académie ne le dise pas.

Larron. Subst. m. Celui qui dérobe et prend furtivement linéique chose. En parlant d'une l^mme, on dit larronesse.

Las, Lasse. Adj. 11 ne se met point avant son subst. Las régit de devant les noms et les verbes : Je suis las de tout cela; il est las de toujours demander sans j'a i/iais ohtenir.

Lascif, Lascive. Adj. 11 ne se met guère qu'aprés son subst. : Un homme lascif. — Une posture lascive, une danse lascive, des regards lascifs.

Lascivement. Adv. On ne le met point entre l'auxiliaire et le participe: // a dansé lascivement, et non pas, il a lascivement dansé.

Lassant, Lassante. Adj. verbal tiré du verbe lasser. Il ne se met ordinairement qu'après son subst. : Un travail lassant, unebesngne lassante.

Latéral, Latérale. Adj. On ne le met point avant son subst. : Chapelle latérale, porte latérale. Il h\\.latcraux au pluriel masculin.

Latin, Latine. Adj. (jui ne se met jamais avant son subst. : La langue latine, les muses latines, expression latine, V Eglise lutine.

Lattis. Subst. m. Le s ne se prononce pas, mais il sert à faire allonger la dernière syllabe.

Lavement. Subst. m. Un journaliste nous a donné depuis peu l'histoire de ce mot, de la manière suivante:

n Dans le temps où la pudeur était pl'is dans les choses que dans les mots, on désignait l'injection pour laquelle la seringue est faite par le mot grec clystère. Des gens délicats y substituèrent longtemps après le mol lavement. On l'adopta quoique vague ; mais les ecclésiastiques s'en scandalisèrent, parce «lue ce substantif est employé dans les cérémonies de l'Eglise. Grande rumeur à la cour et chez madame de Maintenon. Les jésuites gagnèrent l'abbé de Saint-Cyran, et employèrent leur crédit auprès de Louis XIV, pour obtenir que le mot lavement fiit mis au nom-

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bre des expressions doshonnétes; en sorte (juc l'abbé de Saint-Cyran l)l;'mia publicpiemcnt le père Garasse qui s'en était servi. Mais, disait le i)èrc Garasse, je n'entends par lavement ([u'un bain local, une ablution; ce sont les apoliiicaires qui l'ont profané on l'appliquaiil à un usage incsséant. Il fut décidé qu'on substituerait le mot remède à celui de lavement; n-mcdc comme équivoque, parut plus honnête. Louis XIV accord i celle grâce au père Le ïcilier. Ce prince ne demanda plus de lavement,\\ demanda son remède, el donna ordre a l'Académie française d'insérer ce mot dans son Dictionnaire avec l'acception nouvelle. » Ainsi on substitua pendant quelque temps remède à lavement.»

-Malgrécette décision et cet usage, malgré Saint- Cyran, les jésuites, Le Tellicr et les daines de la cour, le mol lacement est resté dans la langue, et il a reparu dans le Dictionnaire de V Académie. Les médecins el les apothicaires s'en servent exclusivement, et les dames qui, sans être malades, prennent ciia(iue matin un lavement pour conserver la fraîcheur de leur teint, ne donnent plus le nom de remède à cette injection qui ne remédie à rien. Je ne [)ailc pas ici des dames qui ont conservé religieusement la tradition des us et coutumes de l'ancienne cour.

Laver. V. a. de la l"" conj. On dit proverbialement, laver la tête à quelqu'un, pour dire lui faire une sévère réprimande. Maisciuaiid on emploie cette expression ligurée, il faut conserver la convenance dos idées, el ne pas dire comme A'oltaire, dans \' Enfant prodigue (act. I, se. ii, 49) :

Lavons la Icte à ce large visage.

On ne lave point la tête à un visage.

Lavis. Subst. m. Le * ne se prononce pas, mais il sert à faire allonger la dernière syllabe.

Laxatif, Laxative. Adj. (pii ne se met qu'après son subst. : Remède laxatif, tisane laxative.

Lazzi. Subst. m. On j)rononce lazi. Ce nom, comme tous ceux i]ui sont empruntes des langues^ étrangères, ne prend point de s au pluriel : Des lazzi.

Le, La, Les. Adjectifs prépositifs, que les gTammairiens appellent aussi articles. Voyez Jdjeclifs prépositifs.

Le, La, Les. Pronoms de la troisième personne. Ces pronoms sont réellement l'article le, la, les, amiuel on donne ce nom lorsqu'il n'est pas suivi d'un substantif qu'il modifie. Ainsi, \\ est aisé de distinguer si ces mots sont articles ou pronoms. Ils sont articles quand ils sont joints à des noms; ils sont pronoms quaml ils sont joints à des verbes. Dans fui acheté les sermons de Massillon, les est article, parce qu'il est suivi d'un nom, sermons ; ci ûans je le défendrai Jusqu'à lu mort, le est pronom, parce qu'il est suivi d'un verbe, défc7idrai.

Les pronoms Ze, la, les, se disent des personnes et des choses, et font toujours l'oflice de régime direct. Ze est pour le masculin, /« pour le féminin, et les pour le pluriel des deux genres : Je le verrai, je la renverrai, je les ai perdu s.

Les p-ronoms le, la, les, doivent se répéter devant tous les verbes dont ils sont régimes : Je veux les voir, les embrasser, les consoler; je vous le dis it vous le dirai toujours. Je veux vivre pour l'estimer et la chérir.

M. Lévizac prétend qu'on ne doit pas répéter les pronoms devant les verbes qui, composés du premier, expriment la répétition de la même ac-

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tion. En conséquence, il veut (ju'on diso.jV iy<i/* le dis et redis. Nous ne sommes point du loul de l'avis do M. Lévizac. Quand, après un verbe (jui exprime une action, on en met un autre composé du premier, qui ex|)rimc la répélitiun de la même action , c'est ordinairement pour aiipuyer sur celte répétliion, el alors rien de ce qui i)cul l'aire mieux ressortir cette répétition ne duit être omis. Je pense donc (juc le caractère d'une phrase de celle nature exige la répétition du pronom, cl qu'il faut dire : Je vous le dis et rous le redis ; il le fait et le refuit; et en eflc!, c'est ainsi qu'on s'exprime, reut-élre, quand on ne veut pas appuyer sur la répétition, dit-on qucliiuefois, il le fait el refait; mais c'est le cas le plus rare.

Les pronoms te, la, les, ne peuvent pas se rapporter à des mots pris indéterminéuicnl. On ne peut pas dire, vous avez droit de chasse, et je le trouve lien fondé; il m'a fait grâce, et je Yai -■içue avec reconnaissance, parce que droit et grâce sont *ies substantifs pris indétcrminément, auxquels le pronom ne peut pas se rapiiorler. 11 faut, dans ce cas, ou réf-n-ler le substantif en le déterminant, ou le déterminer par un article ou quelque chose d'équivalent, ou chercher un autre tour ; f^uus avez droit de chasse, et je trouve ce droit bien fondé. Il ma accordé ma grâce, etie l'ai reçue avec reconnaissance, liacine a dit (3ii/À/-.,act. 111, se. V, 18):

Quand je me fais justice, il faut qu'on se la fasse.

Mais cette phrase est irrégulière; et faire justice ne pRUt pas plus cire suivi du i)ronoin que faire grâce.

Dans les phrases expositives, les pronoms le, la, les, comme tous les autres pronoms qui sont régimes des verbes, doivent être placés avant les verbes i/e le verrai, je la consolerai, je les applaudirai. Mais quand plusieurs pronoms sont régimes du môme verbe, et qu'a ce titre ils doivent le précéder, les pronoms me, te, nous, vous, prennent la première place; ensuite viennent le, la, les, puis lui, leur ; y cl en sont toujours les derniers : Je me le promets, je te Vussure, il se les assujettit, il nous la rendra, nous vous les rendrons, je la lui promets, nous la leur ahandonnoiis.

Dans les phrases impératives, le, la, les, se mettent après le verbe, mais seulement (juand ce verbe n'est pas pris dans un sens négatif: TraitezAn bien, grondez-Vd, ('pargnez-la; no Vj perdez pas, île la chagrinez pias, ne les effarouchez pas.

Souvent les pronoms le, la, les, rappellent , n nom exprimé auparavant, avec toutes les modifications qui ont été données à ce nom : Avez-cous vu la belle maison de campagne qui vient d'être vendue"^ Je l'ai vue; la, c'est-à-dire lu belle viaison qui vient d'être vendue. Cette phrase, qui est déterminée par l'article la, n'est ipi'unc seule idée, comme elle n'en serait qu'une si elle était exprimée par un seul mot.

Nous avons dit que le, la, les, ne peuvent se rapporter qu'a un nom déterminé; cc|)eudant il arrive souvent que le pronom le rappelle plutôt les idées qu'on a dans l'esprit que les molsiju'on a prononcés : f^otdez-vous r/uc j'aille vovs voir? Je le veux ; le, c'cst-à-dirc que vous veniez »;/<? voir. Dans ce cas, le n'est ni masculin, ni féminin, puisqu'il se rapporte à une phrase entière, et qu'une phrase entière n'a point de genre. C'est pour celte raison que l'on dira ; Si le public a eu

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quelque indulgence pour moi, je le dois à votre protection ; et non pas, je lu dois, car le pronom ne se rapporte pas à indulgence, mais à la phrase le public a eu quelque indulgence pour moi. Oo dirait au contraire: L'indulgence que le public a eue pour moi, je la dois à votre protection ; parce qu'alors le pronom se rapporte au substantif indulgence, dont il doit i)ar coiiscqueiit prendre le genre et le nombre. H arrive aussi que le a rajH portà un adjectif ou à un suiistantif |)ris adjectivement, et alors, comme dans le .as précédent, ce pronom reste dans sa tignilication primitive, sans prendre ni noinJ)re ni genre. I.'ne femme à qui l'on demande : Etes-rcus mulude? ou, étcsvous la malade dont on m'a parlé, rc|)orid à la Jircinjèrc question je le suis, parce ([uc malade, étant un aJjoclif, n'est i)as plus du masculin que du féminin, du singulier (pie du iiluriel, et le pronom (|ui s'y rai)porte ne peut prendre aucune (le ces variations. A la seconde question, la femme répondra ^e la suis, i)arce qu'ici le pronom se ra[)porle a un substantif déterminé qui est du féminin, et doit par conséquent s'accorder avec ce substantif. Si l'on demande à une femme, étesvous mère'} elle répondra, je le suis, et non je la «Mîs; parce q\ic le substantif mère étant indéterminé, est pris adjectivement, et que par conséquent il ne doit pas s'accorder autrement avec ce nom qu'avec un adjectif. Mais si l'on demandail, êtes-vous la mère de cet enfant? ii faudrait rél)ondre, je la suis, parce qu'ici le substantif wèz-e étant détermine par l'article, exige le pronom au même genre cl au même nombre. C'est conformément à cette règle (jue La Bruyère a dit : La même justesse d'esprit qui ?ious fait écrire de bonnes choses, nous fait appréhender qu'elles ne le soient pas assez pour mériter d'être lues. (Ch. I. Des ouvrages de l'esprit, p. 2'')3.) El Molière {Amants magnifiques, ail. L SC. ii) : Je veux être mère, parce que je le suis; et ce serait en vain que je ne le voudrais pas être. Et Voltaire : Une pauvre fille demande à être chrétienne, c/ on 7ie veut pus qu'elle le soit. [Correspondance.)

C'esl par une raison semblable que le ne prend ni genre ni nombre, lorsque, joint avec plus, moins, ou mieux, il forme avec eux un superlatif adverbe. C'est ht chose que j'aime \e plus, cl non pas, la plus. Ce sont les biens que je désire le moins, et non pas les moins. Nous devons parler le plus sagement, et nous énoncer le Jilus clairement qu'il est possible. Il en est de même lors(iuc CCS adverbes sont suivis d'un adjectif, el qu'il n'y a pas dans la phrase une idée de comparais'jn : Nous ne pleurons pus toujours lorsque nous sommes \e plus affligés. Dans cet exemple, on ne veut point comparer son affliction à celle de queliiucs autres personnes. Mais si une comparaison était indiciuéc dans la phrase, le pronom reprendrait sa fonction ordinaire, cl s'accorderait avec le substantif. Ainsi l'on dirait : La personne qui pleure moins que les autres n'est pas la moins affligée. Voyez Superlatif, Pronom, Ampliibologie. Construction.

Quebiues grammairiens modernes ont élevé des difliculti'S sur la prononciation du pronom le après un impératif. Les unsprèlendent qu'on doit prononcer gardez-le, luissez-lc, etc., comme s'il n'y avait point d'c; gnrdez-V, laissez-l', etc. D'autres soutiennent (jue le mot le représentant la personne ou la chose, tient en quehiue sorte la place d'un substantif, et (|u'ainsi on doit le prononcer et dire en toutes lettres; ^ardea-ie, lais~ sez-le.Qic.

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M. Dubroca a parfaitement bien éciairci ?a question dans le Manuel des amateurs de la langue française, \o\c\ ce qu'il dit :

a Le monosyllabe le a deux sons bien distincts dans ce cas, ei l'allemativc ne peut jamais être indifférente. Le premier est celui de IV muet , tel qu'on le fait entendre à la fin du mot idole ; et le second, celui de l'f guttural, dont la modification est à peu |irès eu. Mais dans quelles circonstances le pronom le se prononcc-t-il avec l'un ou r:iutrc de ces deux sons? La question est d'autant idus difficile à résoudre iju'aucun grammairien, qne je saclie, ne s'est encore occupé de la traiter. Cependant elle me parait infiniment utile; l'usage fréquent que nou^ faisons des locutions dans lesquelles nous plaçons le pronom h après un verbe a l'impératif, semblait devoir exiger qu'on s'en occupât. J'ai vu des hommes très-instruits manifester de l'hésitation dans ce cas, et avouer IVanchement leur embarras. C'est ce qui m'a engagé à faire la recherche du principe qui pourrait diriger la prononciation dans cette occurrence. Nous en avons un connu cpii m'a servi de base, et qui est dans le génie de la prononciation française.

« Rarement nous prononçons deux syllabes muettes de suite ; et quand cela arrive, nous donnons a l'une d'elles une insistance qui dispense en quelque sorte d'une pulsation sur l'autre. C'est de ce principe que j'ai tiré la conséquence ou plutôt la règle que voici :

« lorsque la finale de l'impératif qui précède le monosyllabe le est muette, comme dans cette phrase, faites-le savoir à vosa?nis, alors, parla raison que deux syllabes muettes de suite ne se prononcent pas sans qu'il y en ait une qui reçoive une insistance sen^^ible, je prononcerai le avec l'c guttural. Dans le cas contraire, c'est-à-dire si la dernière syllabe du verbe est masculine, connue dans ces phrases, promettez-Ic-moi, instruisez-le de ce (jui s'est passé, je prononcerai le pronom le ai"cc l'e muet, et je dirai, promettez-r moi, iîistruiscz-l' de ce qui s'est passé. Ce principe me parait juste et universellement applicable aux locutions dont il s'agit. Il me semble d'ailleurs que la prononciation de ceux qui parlent biea y est entièrement conforme. D'après cette règle, je prononcerai ainsi ces vers de Racine :

Avoiiez-i', madame, L'amour .l'esl pas un feu qu'on nir.ferme en une îme. {Androm., acl. II, se. Il, 98.)

Du Troyen pu de moi failes-le décider.

(Idem, 112.)

« J'ai été d'autant plus déterminé à poser ainsi les régies de cette prononciation, que je les ai vues s'accorder parfaitement avec celle de la prononciation de ces mêmes locutions dans le cas oit le pronom le est suivi d'un mot commençant par une voyelle.

« En effet, si la finale du verbe est féminine, .ilors le monosyllabe le ne s'élidc pas avec la voyelle suivante, et il se prononce avec l'e guttural. Ainsi on dit Dites-le à vos amis, faitesle entrer, et non pas dites-V à vos amis, faites-l' entrer. Mais lorsque la finale du verbe est masculine, l'e du pronom s'élidc. Ainsi, l'on dit trèsbien : Instruisez-V en mon nom, promettez-V avec sincérité, donnez-V aux piurrcs. La raison de cette différence vient du principe que j'ai posé. Dans le premier cas, il n'y a pas élision, parce que la prononciation de deux svliabes fé-

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