‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 290 sur 453 · MOE · texte numérisé non relu

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li?nr(S le mr'ltre avant son subst., en consultant l'oreille et l'analogie : Corps mobile, roue vv'bile, caractère mobile, ce mobile caractère ; une iiitu- •jination mobile, cette mobile imagination. y Q'^GZ Adjectif.

MoBii.'Tï .^ubst. f. L'Académie ne dit [)i)int ta mobilité de la physinnomif, expression dont on se sert souvent, surtout en parlant des acteurs : Cet acteur a une grande mobilité dans la physionomie.

Mode. Subs!. m. Terme de grammaire. Voyez rerbc.

MoDÉnATF.cr.. Subst. m. En parlant d'une femme, on dit modératrice.

Modération. Subst. f. H n'a point de pluriel.

MoDKRÉ, MoDF.nKE. Ailj. 11 uc sc inct (|u'a[ircs son subst. : Esprit modérée httmeur modérée. — Feu modéré, chaleur modérée.

Modérément. Adv. Il ne sc met qu'aprôs le verbe : // .•s'est comporté modérémetit, et non pas il s'est modérément comporté.

Moderne. Adj. des deux genres. On le met avant son subst., en consultant l'oreille et l'analogie : Les auteurs modernes , ces modernes auteurs ; une invention moderne, cette moderne invention. \'oyo7. Adjectif.

Modeste. Âdj. des deux genres. On peut le mettre avant son subst., en consultant l'oreille et l'analogie : Air modeste, visage modeste. Un maintien modeste, son modeste maintien; sa contenance modeste, sa modeste contenance ; ses désirs modestes, ses moàestes désirs. Voyez .adjectif. Humilité.

IMoDESTEMENT. Adv. On peut quelquefois le mettre entre l'auxiliaire et le participe. Il s'est comporté modeste mc/il ; il s'est modestement comporté dans cette occasion.

Modestie. Subst. f. Ce mot n'a point de pluriel quand il signifie en générai la vertu à la(]uelle on donne ce nom. Il en a un lorsqu'on veut distinguer des nuances dans cette qualité appliquée à plusieurs individus. Bossuet a très-bien dit, C'était là de ces modesties que la crainte inspire. — Bossiict l'a dit aussi moins beuieusemenl pour discours modestes : Au milieu de ces modestie». On ne peut l'employer en ce sens. Voyez Humilité.

MoDiFicATiF , MoDiFicATiVE. Adj. qui ne se met qu'après son subst., et qui se prend ijuelquefois substantivement -.Un terme modifcatif, une expression modificative. Un modificulif.

Modification. Subst. f. V. Construction.

MoDiQDE. Adj. des deux genres. 11 se met avant ou après le subst.: Une somme modique, une modique somme; uti repas modique, un modique repas ; un revenu inodique, un modique. revenu Voyez Adjectif.

MoDiQCF.MF.NT. Adv. Il ne se met qu'après le s erbe : // paie modiquement ses domestiques.

MoDULKr.. \ . a. et n. L'Académie dit moduler un air. Dclillc dit moduler sa voix {Enéide , Vll,dl.)

Il vole; il voit doj.\ le trop f.imcux séjour Où la belle Circi', fille du dieu du jour, Uodtitant arec .^rl sa voix mélodieuse.

Charme de ses doux sons son ile insidieuse

Moelle. Subst. f. Substance grasse, oléagineuse, qu'on trouve en masse dans le milieu des longs os. On dit au propre, la moelle des os. Féneliin l'a dit au figuré pour signifier le fond de rame : Les hommes, à un certain âge, ne peuvent presque, plus se plier eux-mêmes contre

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certaines hahitude.i qui ont vieilli avec eux, et qui sont entrées jusque dans la moelle de leurs os. [Ttlém., liv. X^'l, t. ii, p. 475.) Féraud observe avec raison que celle expression n'est pas fort noble, et (pi'elle seniblc peu diiine d'un poëme, même en prose. Mais il prétend que l'on dit lu moelle d'un livre, ])(iiir dire ce qu'il y a de meilleur dans un livre ; et nous pensons que cetic expression n'est bonne ni en vers ni eu prose.

Moelleux, Moelleuse. Adj. Au propre, il sc met toujours après son subst. : Un os moelleux. An figuré, on peut le mettre avant, en consultant l'oreille et l'anaiOgie: Des discours moelleux, ce moelleux discours. — Des contours moelleux, de moelleux contours, ^'oyez Adjectif.

Moedrs. Subst. m. plur. Le s final ne se prononce qu'avant une voyelle ou un h non aspiré. Ce mot, à l'égard 'de l'épopée, de la tragédie ou delà comédie, désigne le caractère, le génie, l'humeur des persoimages (ju'on fait parler. Ainsi, le terme de inmirs ne s'emploie point ici selon son usage coiniiiun. Par les mœurs d'un personnage qu'i>n introduit sur la scène, on enicnd le fond, (juel ([u'd soit, de son génie, c'est-a-dire les inclinalions, bonnes ou mauvaises de sa part, qui doivent le constituer de telle sorte que son caractère soit fixe, permanent, et (pi'on entrevoie lonl ce que la personne représentée est capable de faire, sans qu'elle puisse se détacher des prcinicres inclinations par où elle s'est montrée d'abord ; car l'égalité doit régner d'un bout a l'auircde la pièce.

Il y a une autre espèce de mœurs qui doil l'égnerdans tous les poèmes dramatiques, et qu'il faut s'attacher à bien caractériser: ce sont les mcpurs nationales. Corneille a conservé précieusement les mœurs ou le caractère propre des Romains; il a même osé lui donner plus (Télévation et de dignilé. H n'a pas essuyé pour cela les reproches (]iie l'on fait à Racine, d'avoir francisé ses héros, si ou peut parler ainsi.

le terme de mœurs veut donc être entendu fort différemment, et même il n'a trait en aucune manière à ce «lue nous ajjpelons morale, quoiqu'en quelque sorte elle soit le véritable objet de la tragédie, qui ne devrait avoir d'autre but que d'attaquer les passions criminelles, et d'établir le goût de la vertu, d'où déi)end le bonheur de la société. (Extrait deVEnojclopédie.)

Mor. Pron. de la 1'' pers. du sing. et des deux genres, dont la fonction [)i-ineipalc est de servir de complément à des prépositions. Il ne se dit (]uc des personnes ou des ehoses i)ersonnifiées. Après une préposition, il n'y a que le pronom tiioi qui puisse exiirinier la première personne du singulier :/^0(/5 servircz-vous de moif Pense-t-un à moi? Ils auront besoin de moi. Ils auront affaire à moi. Selon moi, vous avez raison. I'\iiles cela pour moi. F'ous ne serez pas arrivé avant mm. H en est de même ai)rès une conjonction : Mon frère et moi, mon frère ou mai, nul autre que moi.

7l/ot s'cnq)loie aussi soit comme régime direct, soit comme régime indirect des verbes actifs; mais c'oit seulement à l'impératif, cl alors vini est toujours |)lacé après le verbe, avec lequel il est joint par un trait d'union : Aimez-moi, régime direct; donnez-moi, régime indirect; c'est comme donnes à moi.

Cependant donnez-moi, sans préposition, ou donnez à moi avec la préposiiien «,ne s'emploient pas indiriércinmcnl l'un j'our l'autre On dit don'

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•/(««-wiozMorsqu'onscbornpàdemnndcnincchosc; el l'on dit donnez à moi, lorsqu'on I;i dciiuuiilo à quelqu'un ([ui, paraissant ne savoir à qui lu ilonncr, esl au moment de la donner à un autre.

A tout autre mode que riin|i(Tatif, vioi ne peut se construire seul. Quehiuei'ois il se con- .-Iruit avec je, et sert a donner plus d'cnerçie au sujet : Moi, je mus dis; moi, je prétends. Moi, jV souffrirais vne pareille insolence!

Moi, que j'ose opprimer el noircir l'innocence!

(Ràc, Phèd., act. III, se. m, 69.)

D'autres fois il se construit avec me, et sert à donner plus d'énergie à ce (ironom, soit comme régime direct, soit comme régime indirect, ou bien il sert à tenir la place de ce pronom, pour le lier à un |ironnm conjonctif. Fous me chassez, i.'mi ! vous vie donnez si peu de chose, à moi! il me méprise, mai! qui lui ai fuit tant de bien ! Quand il n'est mis que pour donner plus d'énergie à me, on y ajoute quelquefois même, qui en donne davantage encore, et qui se joint là moi par un trait d'union. Vous me chassez, moi, ou moi-même ; vous me soutenez cela, à moi, OU à mtri-méme.

Dans ce vers de Corneille [Médée , act. I, se. V, 48) :

Dans un si grand revers que tous resle-t-il ? — Moi.

Moi rappelle l'idée d'un phrase entière; il signifie/e me reste.

Quand moi est régime direct ou indirect d'un verbe à l'impératif suivi du pronom y, il se met après ce pronom : fous allez à l'Opéra, menez-y-moi; vous avez là votre voiture, donnez-y-moi une place ; et alors y se met entre deux tr<iits d'union. A la seconde personne du singulier, le nronorn jnoi se met à la mémo place, el si le verbe finit par un e muet, on met après ce verbe un 5, que l'on place entre deux traits d'union , afin d'éviter la dureté de la prononciation : Mc/ie-S-y-moi ,donne-S-y-nioiu}ie j:lace.

Lorsque moi est présente connue sujet d'une proposition incidente, il doit régir le verbe à la première personne, el l'on doit dire moi qui t'aimai, et non pas moi qui t'aima; si c'était moi 5;//' eusse, el non pas si c'était muiquimK.

Suivant la règle, mni doit régir me, et il faut dire c'est moi qui me nonum: Pierre, Cl lion pas c'est moi qui se nomme Pierre.

Féraud, dans son Dictionnaire critique, en approuvant cette règle, iirélend que l'usage y esl contraire, el que l'oreille esl choquée d'entendre dire, si c'était vioi qui l'eusse fait, si c'était moi qui prêchasse. Je pense que Féraud s'est trompé, et ipie tous les gens qui se piquenl de bien parler et de bien écrire ne manquent jamais à cette règli-. Voyez Qui.

Si le pronom moi esl joint à un autre pronom personnel ou à un substantif pour former le sujet d'un verbe, on nict ensuite le pronom personnel nous, (jui devient le sujet de la proposition .Vous et moi nous lui rendrons visite. Mon frère et moi nous irons à la campagne. Sur quoi il faut remarquer que la politesse française demande que la personne qui jiarle se nomme toujours la dernière. Vous el moi, et non pas moi et vous ; cependant, dans le cas d'une grande infériorité, celui qui parle pieui se nommer le premier. L'n père dira moi et mon Als ; un maître, moi et mon domestique. Voyez jipostrophe.

De moi, pour moi. quant « moi, expression adverbiales. De moi était très-usité autrefois. .Malherbe s'en sert souvent; Ménage le croyait propre à la poésie, el réservait pour moi pour li prose. De moi ne se dit iilus, el l'on dit pour moi en vers et en prose ;

Pour moi, soit que le ciel me soil dur ou propice. (ConN., Cin., ad. 1, se. m, 116.)

Quant « 7noi a été proscrit par Vaugelas, et déiciulu par Chapelain. Il s'est soutenu dans le slyle familier. — A moi! est une sorte d'exclamation pour appeler quel(]u'un auprrs de soi : A moi, soldats! — De vous à moi^ esl une façon de parler familière qui signifie, je vous le dis en confiance, de mus à moi, je ne crois pas que la chose réussisse.

Moindre. Adj. comparatif des deux genres. C'est le comparatif de petit, et il signifie plus petit: Cette somme est inoindre que l'attire. Il s'einploie qucl(]uefois absolument sans la conjonction que : Votre douleur en sera moindre. — Le moindre en est le superlatif : C'est la moindre satisfictioii qu'on lut doive. Au moindre bruit il s'éveille. — Avec la négati\ e, il signifie aucun : Je n'en aipus la moindre appréhension.

Moins. Adv. On prononce le s devant un mot qui commence par une voyelle ou un h non aspiré. C'est le comparatif de peu, le superlatif est lemoijis : Parlez moins, parlez moins haut. C'est le moins que l'on puisse faire Mnins d'urgent, moins de soldats, etc. Il a cinq ans de moins que son frère. — Moins se place après les temps simples des verbes; et quand il esl seul et qu'il n'est jias suivi d(> que, il se met, dans les temps composés, entn; l'auxiliaire el le participe. Les poêles s'affranchissent cpielquefois de celle règle, et Voltaire a dit dans OEdipe i^act. 111, se. I, 54] :

Si je

! eusse aime moins.

Fn prose, il faudrait dire Si je l'eusse moins aimé. — Si moins est suivi de que, on peut le inetlre devant ou après le participe dans les temps composés : Si je l'eusse moins aimé que vous, ou si je l'eusse aimé moins que vous — Si moins est suivi d'un autre adverbe, il doit être mis après le participe : Ilsontcombattu mo'wscouroffeusement. Ces mêmes règles doivent s'observer devant un infini i if: Vous ne pouvezmo'ïn^ faire, ou fairemo'ms pour l'un que pour l'autre. On l'a vu combattre moins courageusement. — A muins, devant un nom, régit la préposition de : A moins à,' un prompt secours. A moins, devant un verbe, régit que avec le subjonctif et la négative : A moins que vous ne changiez de conduite. — A moins que se construit aussi dans le même sens, avec l'iiifiiiilif el la préposition de, et alors on supi rime la négative : Je ne pouvais pas lui parler plus fortement, à moins (jue de le quereller. On peut aussi supprimer le que • A moins d'être fou, on ne peut parler ainsi.

Lorsque au moins, ou du inoins, commencent une phrase, le pronom, sujet du verbe suivant, peut être mis après ce verbe : S'il n'est pas riche, du moins il a, ou du moins a-til de quoi vivre.

Mois. Subsl. m. Avec les noms dénombre cardinaux, on dit sans préposition : Le trois janvier, le six mai, etc. Mais avec les noms de nombre ordinaux, il faut que le nom du mois

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soit précédé tle la proposilion de : Le troisième jour Je janvier, le sixième de mai, ou du mois de mai-

iMoisiR (se). V. n. de la 2' coiij. Se couvrir d'une certaine mousse blanche qui inaniuc un couinienceuienl de curru|)lion. Beauzée dit que moisir et chancir dilfércnl en ce que celui-ci se dit des premiers signes de changement, celu> là du cliansenicnl entier. l)e^ confitures sont chaticies lorsqu'elles sont couvertes d'une pellicule blanchâtre; elles sont inoisies (juand il s'clcvc de cette pellicule une erflorcsccnce en mousse blancliùlre ou verdàlre. Un pâté , un jambon qui se chancissc/it, doivent ciio niangés proin|itciiicnt; ([uand ils sont moisis, ils ne sont plus mangeables.— L'Académie n'inditiuo aucune différence entre ces deux mots; elle remarque seulement que chancir est vieux.

Moisson. Subsl. f. L'Académie dit au figuré: Moisson de lauriers, et vioisson de. gloire. Pour moisson de lauriers, il n'y a i)oinl de doute :

Ces moissons de lauriers, ces lionneurs, ces conquêtes. (Rac, Iphig., acl. V, se. ii, 53. |

Mais peut-on dire également des moissons de gloire^ Certainement on ne dirait pas des 7noissons d'il: iiiieiir , des moissons de rtpuiation ; gloire semble être dans le même ordre d'idées. Ilest vrai que Racine a dit dans Iphigénie (acl. V, se. 11, 25j :

Songez, seigneur, songez à ces moissons de gloire Qu'à Tos vaillantes mains présente la victoire.

Mais c'est, ce me semble, une licence qui est justifiée par le second vers. Ce second vers donne, pour ainsi dire, a gloire, le sens de lauriers;

Qu'à vos vaillantes mains présente la victoire.

La victoire ne présente pas la gloire aux mains; mais elle présente aux mains les lauriers qiii procurent de la gloire. S;ins ce second vers, je crois <1U'' lu licence serait trop forte. — On trouve dans les poètes classiques d'autres exemples de cette expression. Boileau a dit [A. P., IV, 22j):

Que dt moissons de gloire en courant amassées

Et La Fontaine (liv. VII, fab. xviii, 50} :

Mars nous fait recueillir d'amples moissons de gloire.

Quelques-uns disent proverbialement, porter la faux dans la moisson d'autrui, pour dire, entreprendre sur les droits, sur les fonctions. C<' proverbe vient du latin. Riclielct et l'Acadérnic disent, mettre la faucille dans l-a moisson d'autrui, et cela est mieux ; car pour faire la moisson , on se sert de faucilles et non pas de faux.

Moissonner. V. a. de la 1" conj. Ce terme est fréquemment cmi)loyé dans la poésie et dans le style soutenu. L'Académie dit moissoîmer des palmes, moissonner des laurier», la mort a moissonné un grand /inmbre d'iwmrnes ; sa rie a été moissonnée dans sa fleur. ' .Mais on dit aussi qu'un homme, que des hommes ont été moissonnés, pour dire (lu'ils ont été tués, ou qu'ils sont morts.

MOM

J'ai perdu, dans la fleur de leur jeune sii<oa.

Six frcre

Le fer moissonna tout

(RjkC, Phéd., acl. H, se. l, 57.)

Il le faut avouer, parmi cts courtisans.

Que fnotsaonna le fer en la Heur de leurs ans.

(Volt., tlenr.,iu, 201.)

El le peuple, étonné de cette fin terrible. Plaignit un roi si jeune, et sitôt moissonne.

{Idem, III, 28.)

Tel d'un bras foudrojant fondant sur les relellcj, Il motesonne en courant leurs troupes criminelles {Idem, VI, 303.)

Il reconnaît surtout ces généreux Troyens Que moissonna le fer dans tes champs phrygiens. (Dblil., Énéid., vi, 617.)

MoissoNKEUR. Subst. m. Moissonneuse. SubsL f. Quoique moisson et nwissoimer s'cmploienl au figuré, il n'en est pas de même de moissonnevr.

Moite. Adj. des deux genres : Draps moites, mains vioites, inurailles moites. 11 nc se luel qu'après son subst. Quelques poètes ont dit le moite empire, le moite élément, pour dire la iner. Rousseau a dit le moite élément, et Gresset {Carême impromptu, 65) :

Quelijue autre curé plu? savant...

Bravant les fougues de la bise, Se serait livré sans remise Aux périls du motte élément.

Celte expression nc serait guère admise aujourd'hui que dans le style badin.

Moitié. Subst. 1'. L'Académie dit quil se prend dans une signification particulière, et se dit figurément et lamiliérement d'une fenune à l'égard de son mari : Covi.vicnt se porte votre moitié? Il a perdu sa chère moitié. Beaucoup d'écrivains ont employé cette expression dans le style noble :

Laissez à Méncla? racheter d'un tel prix Sa coupable moitié dont il est trop épris.

(Rac, Iphig., act. IV, se. IT, 104.)

Tandis que plein d'amour, d'horreur et de pitié, Je vole sur les pas de ma chère moitié.

(Délit., Énéid., II, 1027.)

Delille la dit d'une sœur à l'égard de sa sœur :

0 toi qui de mon âme es la chère moitié. Ma sœur, lis avec moi dans mon cœur ellrayé.

(Bni^id., IV, 13.)

Moitié s'emploie souvent sans article : J'ai moitié dans cette succession, cette ville perdit moitié de ses habitants.

Mollasse. Adj. des deux genres, qui ne se met qu'afirès son subst. : Chair mollasse, étoffe mollasse.

Mollement. Adv. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe : // s'est conduit mollement dans cette affaire, il s^est mollement conduit.

Mollesse. Subsl. f. Ce mot n'a point de pluriel.

Mollet, Mollette. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Un lit mollet, des coussins mollets, du pain mollet.

AloMENTANÉ, MOMENTANÉE. Adj. Ou disait autrefois momentanée au masculin Comme au l'cmi-

MON

nin. On dit aujourd'hui momentané, et l'Académie l'indique ainsi. Il ne se met qu'a])r6s son subst. : Un efj'ort momentané, vu plaisir m.omentané, une action momentanée.

Momentanément. Adv. 11 ne se met qu'après le verbe : Ce météore n'a paru que momentanément.

Mon. Adj. possessif qui répond à la prcmiàre persoime. 11 fait ma au féminin, el mes au pluriel dos deux genres. Il s'emploie toujours avec des substantifs, et ne peut jamais être précédé de l'article.

Lorsqu'un nom féminin, s<Mt substantif, soit adjectif, ciimmtMice par une vnycllc ou par un h non aspire, et qu'il suit innnéiiialcmcnt ce pronom, on met mon au lieu de ma, afin d'éviter l'hiatus qui résulterait de la rencontre des deuK voyelles : J\Io?i âme, mon ipce , mon aimable amie, el non pas ma âme, ma épée, ma aimable amie ; et devant un /; aspiré on dit mu au féminin: ma hache, ma haranque.

Quand le pronom personnel sujet du verbe indique assez le sens de l'adjectif possessif, on ne met point ce dernier. Ainsi l'on dit ^'ai mal à la tête, et non pas j'ai mal à ma tète, parce que le pronon jV indi(]ue assez qu'il s'au'it do la ,téte de celui qui p;irlc ; car on ne peut pas avoir mal à la icte d'un autre. On dit de nicniey'oi reçu vn coup au bras, à la jambe, et non pas à mon Iras, à ma jambe. Mais quand le pronom qui est sujet ne désigne pas clairement (jue la chese dont il est question appartient à celui q\ii parle, il faut mettre l'adjectif jiossessif. Par exemple, si je disais/e mis que la jambe s'enfle, je n'indi(]uerais pas assez qu'il est question de ma jambe, car je puis voir de môme enfler la jambe d'un autre. 11 faudrait donc dire, si je voulais indiquer que je veux parler de ma jambe, et non de celle d'un autre, je vois que majajube s'enfle. C'est par la même raison qu'il faut û\re j'ai perdu mon argent, je perds tout mon sang, ijuand on parle de son propre argent, et de son propre sang. Ces équivoipics ne peuvent pas avoir lieu avec les verbes réfléchis; et quand je dis je me suis blessé à la main, on entend bien que je veux parler de ma main et non de celle d'un autre. Cependant l'usage veut que l'on dise, ye me suis tenu toute la journée sur mes jambes, peut-être pour mieux exprimer la fatigue de cette position : de même qu'on dit, pour augmenter l'énergie de l'expression, je r«i vu de mes propres yeux, je l'ai entendu de mes propres oreilles.

L'adjectif jiossessif mo7i, ma, mes, se répète devant chaque substantif et devant chaque adjectif, à moins (pie ces adjectifs n'aient à peu près le même sens. On dit donc, mon père et ma mère sont venus, et non pas mes père et mère sont venus. Mon père, ma mère, mes frères et m.es sœurs sont morts; je lui ai montré mes beaux el mes vilains habits; je lui ai îiiontré mes beaux et brillants équipages.

Il est clair que dans la dernière phrase les adjectifs beaux et brillants sont appliqués au même substantif; et (]ue si l'on disait mes beaux et 7nes brillants équipages, on indi(]uerait par là que l'on veut parler de deux espèces d'équipages , dont les uns sont beaux et les aunes brillants. Voyez Adjectifs possessifs, Accord.

Mo.N,vcAL, Monacale. Adj. 11 se dit par mépris de tout ce qui a rapport à l'état de moine : f^ie monacale, petitesses monacales, intrigues ma-

MON

nacafes. Il n'a point de pluriel au masculin. Voyez Monastique.

MoNACALEMENT. .\dv. D'uuc façon monacale. Il ne se met qu'après le verbe : // a toujours vécu monacalement. C'est un terme de mépris.

MoNAncHiQUE. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : Gouvernement monarchique. Etat monarchique.

MoNARCHiQUEM^NT. Adv. Il uc sc met qu'après le verbe : Il a gouverné monarchiquement, et non p;is z7 a monarchiquement gouverné.

Monastique. Adj. des deux cernes. Il ne se met qu'ai)rès son sulist. : V^ie monastique, discipline monastique, les ordres monastiques. 11 diffère de monacal, en ce qu'il se prend toujours en bonne part, et que le dernier ne se dit qu'en mauvaise part et par mépris.

.Mondain, Mondaine. Adj. îles deux genres. On peut lo mettre avant son subst., lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent : Femme mondaine, parure mondaine; ces mondaines pO" rurcs. Voyez .Idjcctif.

MoNDAiNEMENT. Adv. Il 116 se mct qu'après le verbe : Il a toujours vécu mondainement.

Monologue. Subst. m. Terme de littérature. Scène dramatique où un personnage parait el parle seul. Le monologue est un raisonnement et un discours (pic quelqu'un se fait à lui-même. Les monologues doivent être rares, extrêmement courts, el même ne doivent être employés (lue dans la passion.

Monopole. Subst. m. Le monopole ne consiste pas à vendre seul , mais à s'être rendu maitrc d'une denrée pour la vendre seul. Lu homme qui aurait dans un pays la propriété d'une mine unique qui y existerait , ne commettrait pas un monopole en vendant seul les produits de sa mine; ou du moins cette espèce de monopole n'cmporlcrait pas le sens odieux (lue l'on attache ordinairement à ce mot. — Monopole se dit du trafic illicite et odieux que fait celui (lui se rend seul le mailre d'une sorte de marchandise, pour en être le seul vendeur, et la mettre à si haut prix que bon lui semble, ou bien en surprenant des lettres du prince pour être autorisé à l'aire seul le commerce d'une certaine sorte de marchandise, ou enfin lorsque tous les marchands d'un même corps sont d'intelligence pour enchérir les marchandises ou y faire quelque all(;ration.

MoNosYLLAnE. .^dj- m (lue l'on prend substantivement. Ce mot est composé de deux mots grecs, monns seul, et sullabê syllabe, qui se pn)noncent comme si ces deux éléments étaient séparés et (ju'on écrivit mono-syllabe. La lettre s, (lui, se trouvant entre deux voyelles, devrait être prononcée comme a, se prononce s, parce (lu'au moyen (le celle séparation mentale, elle est considérée comme initiale.

Il se dit des mots d'une syllabe. On lit dans ï Encyclopédie, a l'article Monosyllabe, qu'une langue qui abondera en monosyllabes sera prompte, énergique, rapide; mais qu'il est difficile qu'elle soit harmonieuse.

Vaugelas, Ménage et .Marmontel n'étaient point de cet avis, et ils citent pour exemple ces deux vers (le Malherbe :

El moi ie ne îois rien quand je ne la vois pas...

tLiv. V, Stonce», T. 14.)

Et tout ce que je 'ois n'est qn'un poinl à mes yenx. (Liv. V, chanson, V. 30.)

MON

Il n'est pns vrni, dit Marmontcl, comme on l'a dit tant de fois, qu'un vers compose de monosyllabes soil i-oimnniicmcnl dur, cl «pie l'on diiive l'éviler. On doit savoir le coiii|)oser de sons pleins et ti'ariicuialions liantes qui se succèdent sans peine; et nlors une suite de monosyllabes fera un vers mélodieux. On cite comme une exce|)tion rare ce vers de Racine [Phèdre, act. IV, se. II, 78} :

Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur.

On en trouvera cent dans nos bons poètes, tels que ceux-ci:

Mon père Tcrlueui, Fait le bien, suit les lois, et ne craint que les dieux... (Volt., Jfe'r., .ict. II, se. ii, 75.)

L'art n'est pas fait pour toi, tu n'en as pas besoin; (YoLT., Zaïre, act. lY, se. ii, 63.)

lesquels ne sont ni moins coulants, ni moins harmonieux nue ceux de Racine.

On pourrait encore ajouter à ces exemples Ce vers de Racine, dans Buiazet (act. I, se. m, 63): J V ^ ,

Quand je fais tout pour lui, s'il ne fait tout pour moi.

— On trouve aussi dans les œuvres deRcgnier un assez grand noinbre de vers qui, bien que composés de monosyllabes, n'ont rien de désagréable pour l'oreille. Nous avons recueilli ceux-ci :

Par Dieu, les plus grands clercs ne'sont pas les plus fins. [Sat. 111,256.)

Et moi qui ne leur dis ni bonsoir ni bonjour.

[Sat. XI, 524.)

Tout le mal que tu sens, c'est toi qui le le fais.

[Épitre I, 130.)

Quant aux suivants, ils pourraient à bon droit être cités par les criti(iiies qui accusent les vers composés de monosyllabes d'être durs cl rocailleux :

Ha-: que ne suis-je roi pour cent ou six-vingts ans ! (Sot. VI, 60.)

Et sont ceux qu'on peut dire et saints et gens de bien. (Sot. XII, 112.)

Monotone. Adj. des deux genres. Il ne se met fuére (lu'ajyrès son subsl. : Chaiit monotone, prononciatiiin monnlfine, style mnnotone.

Mo^OTOM^:. Subsl. 1 Défaut de variation du ton. 11 y a la monotonie de la voix, la monotonie de la déclamation, la monotonie du style. Voyez Style.

MoNS. Expression familière; abréviation méprisante du nwKvionsieur :

Mais mont ton fils, le sieur de Fierenfat, Me semble avoir un procédé bien plat,

(YoLT., Enf. prod., act. I, se. i, 5.)

Cest moi seul, mon» Damis, qui fais ce mariage. [L'Indiscret, se. III, 7.)

MoKSEiCNEtjR. Subsl. m. II s'écrit en un seul mot quand on jtarie aux houunes : Monseigneur

le prince de On l'écrit en deux mois quand on

parle i\ Dieu : Min Seiynenr et won Dieu. — Il n'en faut pas mciire deux de suite dans la même

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