‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 296 sur 453 · NAR · texte numérisé non relu

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Narine. Subst. f. Delille a dit, en parlant de cheval {Jardins, I, 251) :

Superbe, l'œil en feu, les îiannes fumantes

Un critique a trouvé cette expression ignoble, un autre a prétendu qu'elle était plus noble qur naseaux. Nous sommes de l'avis de ce dernier.

Narrateur. Subst. m. Comme ce mol a rapl)ort aux discours oratoires et d'apparat, et (juc les femmes n'en font pas ordinairemcnl, on ne le dit point au féminin. Si l'on était obligé de l'employer à ce genre, il faudrait dire narratrice. On fait sentir les deux r.

Narratif, Narrative. Adj. : Style narratif, poésie narrative , prncès-verhal narratif du fait; mémoire narratif d'une cérémonie. Il ne se met qu'après son subst. On fait sentir les deux r.

Narration. Subst. f. On fait sentir les deux r. Terme de littérature. Dans l'éloquence et dans l'histoire, la narration est le récit ou la relation d'un fait ou d'un événement comme il est arrivé, ou comme on le suppose arrivé.

On demande quatre qualités essentielles dans la narration : la clarté, la probabilité, la brièveté cl l'agrément.

On rend la narration claire en y observant l'ordre des lemps, en sorte qu'il ne résulte nulle confusion dans l'enchaînement des faits , en n'employant que des termes i)ropres cl usités, et en racontant l'action sans interruption.

Elle devient probable par le degré de confiance que mérite le narrateur; parla simplicité et la sincérité de son récit; par le soin qu'on a de n'y rien faire entrer do contraire au sens commun , aux opinions reçues ; par le détail précis des circonstances et par leur union , en sorte qu'elles n'impliquent point contradiction, et ne se détruisent p.-int mutuellement.

La brièveté consiste à ne point reprendre les choses de plus haut qu'il est nécessaire, et à ne les point charger de circonstances triviales, ou de détails inutiles.

Enfin, en donne à la narration de l'agrômenl, en employant des expressions nouii)reuses, d'ur son agréable et doux, en évitant dans leur arrangement les hiatus et les dissonnances ; en choisissant, ])our sujet de son récit , des choses grandes, nouvelles, inaitendues; en euibellissani sa diction de tropcs et de figures; en tenant l'auditeur en suspens sur certaines circonstances intéressantes, et en excitant des mouvements de tristesse ou de joie, de terreur ou de pitié.

C'est principalement la narration oratoire qui comporte ces ornements: car la narration historique n'exige qu'une simplicité mâle et majestueuse, qui coûte plus à un écrivain que tous les agréments du style qu'on peut répandre sur les sujets qui sont du ressort de l'éloquence.

Narration est un mot dont on fait usage particulièrement en poésie , pour signifier l'action ou l'événement principal d'un poème. Les actions dont le récit est sous une forme artificielle, ou active, constituent les poèmes dramatiques. Celles qui sont seulement racontées par le poëte, comme historien , forment les poëmes épi- (jues. Narré. Subst. m. On fait sentir les deux r.

N.ARRER. V. a. de la 1" conj. On fait sentir les deux r. L'Académie explique narrer par raconter, et raconter par narrer. Il parait quô

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narrer se dil plus parliculiorement de l'exitusition et du dévelopiicmcnt des faiis, dans les ouvrages histori(|ues, ou dans les discours oratoires.

Nasal, Nasale. Adj. Terme de grammaire. Il se dil d'un son modilio par le nez, ol ne se met qu'après son subsl. : Sf/i nasal, prammciation nasale, voyelle nasale, os nasaux. On dislingue dans r.dphabet des voyelles et des consonnes nasales. I.es voyelles nasales sont celles qui reprcsenieraienl des sons dont l'émission se ferait en partie par l'ouvcrinre do la bouche, el en partie par le canal du nez. Nous n'avons point de caractères destinés exclusivement à cet usage ; nous nous servons de 7« ou de n après une voyelle simple pour en marquer la nasalilé, an ou am, ain ou aim, vn ou «m, on ou nm. On donne quelquefois aux sons mômes le nom de voyelles; el, dans ce sens, les voyelles nasales sont des sons dont l'émission se fait en partie par le canal du nez. Les consonnes nasales sont les deux m et n ; la première labiale, et la seconde linguale et dentale; toutes deux ainsi nommées, parce que le mouvement organique qui produit les articulations qu'elles représentent , fait passer par le nez une partie de l'air sonore qu'elles modifient. (Beauzée.) Voyez Lettre, Voyelle, M, N.

Natal, Natale. Adj. L'Académie dit qu'il n'a point de masculin au pluriel. Cependant on appelle jriix natals, des jeux par lesquels les anciens célébraient la naissance des hommes illustres. Cet adjectif se dit du temps et du lieu de la naissance. 11 ne se met qu'après son subst. : Sa terre natale, sa ville natale. — Molière a dit {École des Femmes, act. V, se. ix, 27) :

L'obli2;ea de sortir de sa natale terre.

Mais il ne doit pas être imité en cela. — On dit respirer l'air natal, pour dire respirer l'air du lieu où l'on est né.

Natif, Native. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Un homme natif de Paris. — De l'or natif, de l'argent natif.

En parlant des personnes, on dit né à Paris, et natif de Paris. iVa ^/su ppose le domicile fixe des parents, au lieu (jue né suppose seulement naissance. Celui qui nait dans un endroit paraccident, est 7ie dans cet endroit; celui qui y naît parce que son père et sa mère y ont leur séjour, en est natif.

Ce mot, dit Mercier, appliqué jusqu'à présent aux per.sonnps, peut aussi l'être aux choses. Par exemple : Tout ouvrage étranger perd infiniment de sa couleur native daiis une traduction française, arec rjuelqve précision el quelque énergie qu'on en puisse rendre les idées, les images et les sentiments. — Plusieurs l'ont employé ainsi. En ISS.*), l'Académie donne les exemples suivants : // 7i'a pas encore perdu sa candeur native ; il a toute sa simplicité, toute sa pudeur native.

Nation. Subst. L On dit indifféremment les peuples de l'Asie OU d'Asie ; mais après le mot nation, on met toujours l'article : Les nations de l' Asie, les nations de l'Europe.

Une nation est bien, comme le dil l'Académie, un terme collectif par lequel on désigne la totalité des personnes nées ou naiuraliséesdans un pays et vivant sous un même gouvernement ; mais comme, dans le sens littéral el primitif, le mot natinn marque un rapport commun de naissance, d'origine, il est naturel d'appeler nation la totalité des races nées ou établies de père en flls dans le

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même pays, et désignées par une dcnominaUon commune, comme le nom à l'égard des familles. Dans cette acception, natùm com])rcnd tous les naturels du pays, clpuiple tous les hahilanls. Politiquement parlant, la nation est une grande famille politique à l'instar de la famille naturelle; le peuple est une grande muliilude ras-emblée et réunie par des liens communs. La nati'm est allachée au pays par la culture, elle le possède; \e peuple est dans le pays, il l'iiabitc. Dans plusieurs États, le peuple esi distingué de la nation comme un ordre particulier; la nation est le tout, le peuple est la partie, el celte partie est composée d'une grande multitude. La nation se divise en plusieurs ordres, et \c peuple en esl le dernier.

National, Nationale. Adj. Il ne se met qu'après son subst. : Asscmhlic nationale, concile national, les conciles nationaux, troupes nattionales.

Ce mot s'emploie substantivement au plurel masculin : Les étrangers et les nationaux.

Naturaliser. V. a. de la 1'= conj. L'Académie ne dit pas se naturaliser. Raynal a dit, engager les princes à envoyer leurs enfants a Goa, pour s'y naturaliser en quelque manière avec les mœurs et les pHncipes de la cour de Lisbonne.

Naturaliste. Subst. m. L'Académie n'indi(|ue par ce mol ([ue celui qui a étudié la nature. Il a une autre acception qu'elle a omise.

On appelle aussi naturalistes ceux qui n'admettent point',de Dieu, mais quicroicnt qu'il n'y a qu'une substance matérielle revêtue de diverses qualités qui lui sont essentielles, et par le moyen desquelles tout s'exécute nécessairement dans la nature, comme nous le voyons. Naturaliste en ce sens est synonyme de matérialiste.

Natcre. Subst. f. Autrefois on employait ce mot sans article :

C'est un lEiiTrc où nature a fait lous ses eHorts. (Malherde, liT. y, sonnet, r, 2.)

Aujourd'hui on ne le dit sans article que dans quelques expressions, comme crime contre nature,peindre d'après nature, représenter d'après nature

Corneille a dit dans HéracUus (act. IV, se. I, 9) :

Vous, pour qui son amour a forcé la naturt.

Voltaire dit, au sujet de ce vers : Il eût clé mieux, je crois, de dire a dompté la nature; car forcer la nature signifie pousser la nature trop loin. [Remarques sur Corneille.)

N.ATCREL, Naturelle. Adj. Il ne se met guère qu'après son subst. : La loi naturelle, les lumières naturelles, les forces naturelles, les sentiments naturels, l'histoire naturelle. — Fils naturel, fille naturelle. — Du vin naturel, un style naturel.

Une pensée naturelle est nécessairement vraie; mais loule pensée vraie ne parait pas toujours naturelle, parce que le rapport réel qui peut se trouver entre des idées n'est pas toujours sensible. Nous ne jugeons une pensée naturelle que lorsqu'elle se présente d'abord à \'e^m\. ; si elle lui échappe, ou (lu'elle ne se laisse qu'entrevoir, nous ne manquons pas de nous en prendre à rai>leur. Notre anour-iiropre nous persuade aisément que ce rue nous ne concevons pas sans

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effort n'a pu être produit sans beaucoup de travail. [Encyclop.) Voyez le mot suivant.

Naturel, adjectif , est employé substantivement dans cette phrase : Les nuturels du pays ; mais cela n'a lieu qu'au pluriel; on ne dit pas c'est vil naturel, c'est une naturelle du pays. — Girault-Duvivicr reni;u-que (lue ce mot ne s'emploie pas avec les noms des nations européennes, et qu'on s'exprimerait mal en disant les naturels de France, les naturels d' Espaçjne. [Grammaire des Grammaires, p. 1200.)

NatoIucl. Subst. m. Terme de belles- lettres. Le naturel est un sentiment de la belle nalure joint à une grande facilite pour la peindre. L'art, dit CondiUac, entre plus un moins dans ce que nous nommons naturel. Tantôt il ne craint pas de paraître, tantôt il semble se cacher; il se montre plus dans une ode que dans une épîlre, dans un poëme cpiipie que dans une fable. Si quelquefuis il disparait dans la prose, s'il faut même qu'il disparaisse, ce n'est pas qu'on écrive bien sans art ; c'est que l'art est devenu en nous une seconde nature, (^uand le style n'a pas tout l'art que le genre d'un ouvrage annonce, il est au-dessous du sujet; et, au lieu de paraître naturel, il parait familier ou trop commun; quand il en a plus, il est forcé ou affecté. Il n'est donc naturel qu'aiilanl (pie l'art est d'accord avec le genre dans lequel on écrit, et cet accord en fait toute l'élégance. xMais ce sont la des choses difficiles à déterminer lorsqu'il s'agit du style poétique, parce (pi'il y entre plus d'arbitraire (jue dans celui de la prose.

Nous nous imaginons volontiers avoir des idées absolues de luutes les choses dont nous parlons, jusque-là qu'il faut quelque réflexion pour remarquer que les xaols grand et petit ne signifient que des idées relatives. Ainsi, lorsque nous disons que i'-acine, Despréaux, Bossuet et madame de Sévigné écrivent naturellement, nous sommes portés à prendre ce mot dans un sens absolu, comme si le naturel était le même dans tous les genres; et nous croyons toujours dire la même chose, parce que nous nous servons toujours du même mot. iN'ous ne tombons dans cette erreur que parce que nous ne remarquons pas tous les jugements que nous portons , et que néanmoins nos jugements sont différents, suivant les dispositions où nous sommes; dispositions que nous ne remarquons pas davantage, et auxquelles nous obéissons à notre insu. En effet, au seul titre d'un ouvrage, nous sommes disposés à désirer dans le style plus ou moins d'art, parce que nous voulons que tout soit d'accord avec l'idée que nous nous faisons du genre ; nous ne disons pas à la vérité ce que nous entendons par cet accord, nous ne déterminons rien à cet effet ; contents de sentir confusément ce que nous désirons, nous approuvons, nous condamnons, et nous supposons que le naturel est toujours le même, parce (jue la notion vague que nous attachons à ce mot se retrouve dans toutes les acceptions dont il est susceptible. Mais si nous savions observer le sentiment, qui, en pareil cas, nous conduit mieux que la réflexion, nous verrions que toutes les fois que les genres diffèrent, nous sommes disposés différemment, et qu'en conséquence nous jugeons d'après des règles différentes. — Lorsque je vais commencer la lecture de^ Racine, mes dispositions ne sont pas les mêmes que lorsque je vais commencer celle de madame de Sévigné. Je puis ne pas le remarquer, mais je le sens- et en conséquence je m'attends à

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