‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 3 sur 453 · DISCOURS PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

naire de l'Acadcmio; mais, n'offrant d'autre amélioration que la suppression de (iiieKjuos eipressions abandonnées, ou l'insertion de quelques mots nouvellement adoptés, elles se sont soutenues avec d'autant plus de peine que, dans cet intervalle, plusieurs hommes de yenie on» répandu sur les sciences grammaticales des lumières qui ont mis au yrand jour les défauts du recueil académique.

En étudiant les systèmes de grammaire de Dumarsais, de Duclos, de Condillac, de Beauzée, on vit que l'Académie avait construit sur des bases fausses ou incertaines; et les explications des synonymes publiées par Girard, Beauzée, Roubaud et quelques autres, démontrèrent la fausseté de plusieurs déilnitions que le vulgaire des lecteurs avait admirées jusqu'alors dans son Dictionnaire.

Les ouvrages des grammairiens célèbres dont je viens de parler conduisirent à des études mieux raisonnées. Mais, contraires les uns aux autres en plusieurs points, ils donnèrent lieu à de nouvelles dillicultés. Il fallait oublier ce qu'on avait appris ; chose que l'amour-propre déconseille presque toujours; il fallait cludior de nouveaux systèmes, les examiner, les comparer, les concilier, se décider pour l'un ou pour l'autre : choses auxquelles la paresse s'oppose le plus souvent. Enlin il fallait soutenir les nouvelles théories contre les partisans des anciennes méthodes, contre l'orgueil et les préjugés des chefs d'instruction. La marche de la réformation fut très-lente, la gothique grammaire de Restant l'emporta longtemps sur les principes raisonnes des grammairiens modernes, et aujourd'hui encore elle est préférée à toutes les autres, dans certaines mai.sons d'éducation où les ouvrages d'instruction ne sont estimés que par tradition

Une autre circonstance paraît encore avoir relardé l'adoption de ces nouvelles doctrines. Leurs auteurs, obligés de combattre les anciennes erreurs, et souvent de discuter entre eux plusieurs points sur lesquels ils n'étaient pas d'accord, se sont vus forcés d'entremêler l'exposition de leurs systèmes de digressions polémiques qui en ont quelquefois rendu l'étude pénible, et l'ensemble difficile à saisir. C'est ce qu'on remarque souvent dans les dissertations de Beauzée, quelquefois dans les longs développements de Dumarsais, rarement dans les sages leçons de Condillac. Si ce dernier appuie beaucoup sur certains points, s'il multiplie les bons et les mauvais exemples, c'est toujours au profil de l'instruction positive, c'est pour fortifier l'habitude de discerner le bon du mauvais, pour établir solidement le goût de l'un et le dégoût de l'autre.

Il suit de ce que nous venons de dire qu'il existe aujourd'hui plusieurs ouvrages pnipres à favoriser les bonnes études grammaticales; que les préjugés qui en arrêtaient les progrès st>nl disparus en grande partie, et que la critique elle-même, lorsqu'elle est sans oassion, abandonne l'autorité lorsqu'elle est contraire à la raison.

Mais il est certain aussi que ces secours, si précieux pour ceux qui veulent jpasser une partie (le leur vie à l'élude de la grammaire française, ne présentent pas des moyens d'instruction bien faciles et bien prompts à ceux qui n'ont ni le loisir ni la patience de parcourir dans tous ses détours le labyrinthe de celte science.

Il existe de bons traités sur toutes les parties de la grammaire française, mais la plupart diffèrent par la nomenclature des objets qu'ils traitent, par le classement de ces objets, par les règles générales qu'ils donnent; quelques-uns sont accompagnés de discussions métaphysiques; qui ne sont pas à la portée du commun des lecteurs, et il est difficile de se décider entre lef opinions qui les divisent. Si je veux m'éclaircir sur tout ce qui a rapport aux compléments des verbes, ici je trouve des accusatifs et des datifs, là des rêgivies directs et indirects, chez un autre des régimes simples et des régimes composés, ou des compléments immédiats OU médiats ; ei il faut, à chaque fois, que j'étudie ce qu'on entend par ces termes techniques, et que j'en conserve dans ma mémoire et les noms et les sens, pour comprendre l'auteur que je consulte. Si je veux connaître la nature des temps, je trouve chez les uns des imparfaits^ ùdf, parfaits et des/j/i/jq ue-par faits ; chez d'autres, ÙGS prétérits de diverses espèces; chez d'autres encore, i\cs passé». Telle grammaire me fait l'énumération de plusieurs espèces de pronoms; dans une autre, la plupart de ces pronoms ont disparu et se trouvent rangés dans la classe des adjectifs. Ici on me dit que le verbe être est le verbe substantif, que tous les autres verbes sont des verbes adjectifs. A peine ai-je imprimé dans ma mémoire ces termes et les sens qu'on y attache, qu'un académicien m'assure que le verbe être est un attribut commun, et les autres verbes des attributs combinés; partout je vois renaître les mêmes difficultés et les mômes obstacles, et je sens que je ne puis profiter des instructions des grammairiens modernes, sans avoir étudié pendant longtemps chacun de leurs systèmes, et m'êlre familiarisé avec leurs nomenclatures et \eurs manières de voir.

Les dictionnaires ne me donnent point de règles et m'induisent souvent en erreur. Celui de l'Académie ne renferme pas, à beaucoup près, tous le* mots que l'usage a consacrés ; et si je n'y

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