‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 4 sur 453 · TI DISCOURS PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

TI DISCOURS PRÉLIMINAIRE

trouve pas celui qui se préseule à mon esprit comme le plus propre à rendre ma pensée, par quel moyen pourrai-je m'assurer qu'il m'est permis de l'iniployer? Il en est de riiôme des diversis acceptions, dont plusieurs sont aussi omises dans ce Dictionnaire. Je sais que plusieurs adjectifs peuvent se mettre avant leurs substanlils, plusieurs adverbes avant les participes des Verbes qu'ils modifient; ot loin que le Dictionnaire de l'Acadi-mie me donne quelques lumières sur le choix de ces constructions, il évite souvent au contraire de donner des exemples qui pourraient m'instruire, et me laisse presque toujours dans le doute ou linceriilude. Si j'ai recours aux grammaires, elles me disent que l'usage seul peut me servir de guide, et lorsque j'ai besoin d'écrire au moment même, où irai-je chercher l'usage? Il existe des observations oriliques faites par des hommes habiles sur le juste emploi de plui^ieurs mots et de plusieurs phrases; mais ces observations sont disséminées dans une multitude d'ouvnigos, et il n'y en a aucun qui m'indique où je puis trouver celles dont le besoin se présente à chaque instant, et encore moins qui m'enseigne à discerner celles qui sont justes d'avec celles qui ne le sont pas, ou à me décider dans les cas où elles se contredisent. Il faut donc, si je veux être sûr d'écrire purement, ou que j'inculque dans ma mémoire toutes les règles des grammaires et toutes les bonnes observations des critiques, et la vie entière n'y suffirait pas; ou que je m'entoure de tous les ouvrages qui existent sur cette matière, pour y chercher à chaque occasion de quoi régler mon style et diriger mon goût, et ce moyen n'est pas plus praticable que le premier.

C'est dans le dessein de remédier à ces inconvénients, que nous avons entrepris l'ouvrage que nous offrons aujourd'hui au public. Afin de mettre nos lecteurs à même de jouir des découvertes des nouveaux grammairiens, sans être obligés d'apprendre leurs diverses nomenclatures, nous avons réduit en un seul système tout ce que nous avons jugé utile dans les nouvelles grammaires, et nous l'avons soumis à une nomenclature uniforme. Les discussions polémiques ont été écartées, les explications dilluses resserrées, et plusieurs parties qui ne s'assortissaient qu'à un système particulier ont été refondues et appropriées au système commun.

Ce système, que l'ordre alphabétique semble morceler, se trouve lié par le moyen des renvois qui établissent la correspondance des articles entre eux; et le lecteur peut, à son gré, ou ne consulter que des articles isolés, si son besoin se borne là, ou suivre avec ordre toutes les parties, s'il veut approfondir la science.

Les règles générales et les exceptions, qui ne se présenteut ordinairement qu'une fois daus les grammaires, se reproduisent souvent ici par l'application que l'on en fait à chacun des mots qui sont soumis aux unes ou aux autres; de manière que chaque mot susceptible d'une difficulté rappelle ou la règle ou l'exception, et qu'on n'est pas obligé d'avoir recours à chaque instant aux articles qui les expliquent et les établissent.

Mais les règles de la grammaire, qui n'enseignent qu'à écrire correctement, n'offrent qu'un secours faible et souvent incertain à ceux qui veulent écrire avec élégance, et donner au discours le ton, la tournure, les couleurs et les nuances convenables, selon la nature des sujets, le caractère des idées et le besoin des circonstances. Souvent les règles grammaticales sont obligées de céder .aux règles ou aux inspirations du goût, et de grandes beautés brillent quelquefois dans des expressions et des tours où ces règles sont, sinon évidemment violées, du moins élégamment éludées.

11 nous a donc paru nécessaire de joindre aux règles grammaticales proprement dites, les règles du style dans chaque genre de littérature, et de montrer par des exemples comment la perfection résulte de la combinaison des unes avec les autres, de la modification des unes par les autres.

On ne s'imaginera pas sans doute que nous ayons eu la témérité de vouloir refaire un art que tant d'écrivains célèbres ont porté à sa perfection. Le tenter eût été ridicule de notre part, et la nature de notre ouvrage ne l'aurait pas permis à des littérateurs plus habiles. 11 ne s'agit point ici de faire des règles nouvelles, d'établir des systèmes nouveaux, d'indiquer de nouvelles routes; mais de rassembler sous les yeux du lecteur, dans l'ordre le plus commode, tout ce qu'on a écrit de plus clair et de plus méthodique pour le guider dans l'art d'écrire.

Voltaire, Marmontel, le chevalier de Jaucourt, La Harpe, et surtout Condillac, nous ont fourni la plus grande partie de nos matériaux. Tantôt nous les avons insérés sans aucun changement, tantôt nous les avons combinés les uns avec les autres; quelquefois nous avons suppléé, par des articles de notre composition, ceux que nous n'avons pas trouvés ailleurs, ou qui ne nous ont pas paru suffisamment développés ou assez clairement présentés.

Une autre partie de notre ouvrage, qui paraîtra sans doute de quelque utilité, c'est le recueil des observations les plus importantes qui ont été faites sur un grand nombre de mots et de phrases. Nous nous sommes contenté de présenter sans remarques celles qui, n'ayant point trouvé

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