‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 301 sur 453 · NOC · texte numérisé non relu

NOC

les plus distingués, on verra qu'il faut toujours mettre cette négative. Il en est de même quand ce verbe parait sous une forme interrogative : Peut-on nier qu'il n'ait avancé cette proposition? — Lorsque le sens de nier est affirmatif^ le verbe de la subordonnée ne i)rend point ne. Je nie qu'il soit venu.

NiGAup, NiGAiDE. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Il est nigaud, elle est nigaude. — On l'emploie souvent substantivement : Un nigaud, une nigaude. Ce mot est familier.

Niveler. V. a. de la 1" conj. On double la lettre / dans les temps de ce verbe où cette lettre est suivie d'un emuet : Je nivelle, je ?nvellerai, il nivellera, il nivellerait. On ne met qu'un l lorsque celte lettre est suivie d<; toute autre lettre qu'un c muet : Je nivelais, j'ai nivelé, ils nivelèreîit.

Noble. Adj. Il se met quelquefois avant son subst., et il y a même des cas où l'on ne peut le pLicer autrement. Ou dit un air noble, une âme tioble, un cœur noble, un style noble, les parties nobles. On peut dire son cœur nob!e, ou son noble cœur; mais il faut dire ces nobles délassements, vn noble loisir, et non pas ces délassements nobles, un loisir noble.

NoBLEMF.NT. Adv. Oii pcut Ic mettre entre l'auxiliaire nt le participe : // s'est comporté noblement, uu il s'est noblement comporté dans cette occasion.

Noblesse. Subst. f. Ce mot n'a point de pluriel : La noblesse de leurs ancêtres, la noblesse de leur style, et non pas les noblesses.

Noblesse est aussi un terme de belles-lettres. Diderot blâme la prétendue noblesse qui nous fait exclure de notre langue un grand nombre d'expressions énergiques. Les Grecs et les Latins, dit-il, qui ne connaissaient guère cette fausse délicatesse, disaient en leur langue ce qu'ils voulaient, et comme ils le vouliient. Pour nous, à force de réprimer, nous avons appauvri la nôtre; et n'ayant souvent qu'un terme propre à rendre une idée, nous aimons mieux affaiblir l'idée, que de ne pas employer un terme noble. Quelle perte pour ceux d'entre nos écrivains qui ont l'imagination forte, que celle de tant de mots que nous revoyons avec plaisir dans Amyot et dans Montaigne ! Ils ont commencé par être rejetés du beau style, parce qu'ils avaient passé dans le peuple; et ensuite rebutés i)ar le peuple même, qui, à la longue, est toujours le singe des grands, ils sont devenus tout à fait inusités. Je ne doute point que nous n'ayons bientôt, comme les Chinois, la langue parlée cl la langue écrite.

Noce. Subst. f. Ce mol s'emploie dans le même sens au singulier et au pluriel : Aller d la noce, ou aux ?ioces.

Nos noces, croyez— moi, ne seront point secètes.

(VotT., l'Indiscret, se. vi, 69.)

D«5 noces que je veux

^CoRW., Uéracl., act. III, se. 11,2.)

Ce mot 7ioces, dit Voltaire, est de la comédie, à moins qu'il ne soit relevé par qucl<iue épithéle terrible. {Remarques sur Corneille.)

Nocher. Subst. m. Ce mot ne s'emploie qu'en poésie :

L'efirovable Caron est nocher de cette onde.

(nELiL., Énrfjd., vr, 588.)

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Nocturne. Adj. des deux genres. On peut ^ueliiuelois le mettre avant son subst. : Fision noctvrtw, apparition nocturne, vne expédition nocturne, cette nocturne expé.dilion ; une retraite nocturne, cette nocturne retraite.

Noir, iNoiur. Adj. Dans le sens propre, il se mel assez souvent avant son subst. : Un habit noir, une hurle noire, de la bile noire. Un noir limon. On ne dit pas un noir crime, ttnc noire wa/jce, mais on dit M« -noir attentat, une noire trahison, ces noirs artifices, ces noirs abîmes.

Son cœur n'enferme point une malice noire.

(Rac, Dritan., acl. Y. se. m, 28.)

NoiBATRE. Adj. des deux genres. Il ne se met guère qu'après son subst. : Couleur noirâtre, eau noirâtre, teint noirâtre.

NoiKADD, iSoiRAUDii. Adj. ijue l'on prend quebiuefois substantivement : Il est noiraud, elle est noiraude. C'est un noiraud, une noiraude. 11 ne se met guère (ju'après son sul)St.

JXoiRcir,. V. a. de la 2'= conj. Ce mot est souvent employé au figuré dans le style noble •

îloi, que j'ose opprimer et noiTCir l'innocence!

(RiC, Phèd., acl. III, se. m, C9.)

Je ne me noircis point pour le justifier.

(Rac, Baj., acl. V, se. vi, 16.)

Pourquoi ta bouche impie, A-t-elle, en l'accusant, osé noirtir sa vie?

(Rac, Phèd., act. IV, se. vi, 100.)

J'ignore de quel crime on a pu me noircir.

(lUc, Britan., act. IV, se. il, 3.)

Je sais de quels forfaits on peut noircir ma vie.

(Volt., OEd., acl. II, se. iv, 5.)

* NoLiTioN. Subst. f. On a quelquefois employé ce mol dans le style didactique, comme le contraire de volition.

Nom. Subst. m. Terme de grammaire.

Un homnnc qui ne saurait aucune langue, recevrait jiar les sens les impressions des objets, se formerait une idée de chacun d'eux, mais sans pouvoir commuuifiuerccs idées à d'autres hommes i)ar le moyen de la parole.

Pour pouvoir parler d'une chose, il faut que celle chose ail un nom, c'est-à-dire qu'il existe un mot établi pour la désigner et en rappeler l'idée : il faut (juc celui qui veut parler de celte chose connaisse ce nom ; et, pour cju'ilsoil compris de ceux à qui il veut en parler, il faut qu'ils le connaissent aussi. Voyez Mut.

Un noyn est donc un mot établi par l'usage d'une langue pour désigner une chose, et rappeler l'idée de cette chose a veux ipii connaissent cet usage. Ainsi, dans la langue française, le mot soleil étant établi par l'usage pour designer l'astre qui nous éclaire pendant le jour, est le nom français de cet astre; et toutes les fois que ce mot est prononcé, il raiipcUe l'idée de oel astre dans l'esprit de ceux qui connaissent cette destination. De même, dans la langue latine, le mot sol rappelle cette même idée dans l'esprit de ceux qui connaissent l'usage auquel ce mot a été consacré dans cette langue.

Les noms sont donc la base de la communication des pensées par le moyen de la parole, c'est-à-dire la base du discours.

Pour donner un nom à une chose, il faut qu'elle existe, ou que nous puissions la regarder

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comme existante. Les mots 7téant, rien, quoiqu'ils expriment la négation de l'existence, sont des noms que nous avons donnés a l'idée que nous nous sommes formée de cotte négation; et cette idée existe dans notre esprit.

Dans la nature, cl^Kpie ol)j(H est un être distinct et séparé de tout autre être ; il a son existence singulière, son existence à part, qui n'appartient qu'à lui, cl ne peut appartenir à un autre. Ainsi, dans une allée d'arbres, le premier arbre est un arbre distinct du second ol de tous les autres; il a son existence a part el qui n'ajipartienl qu'a lui, el l'on peut en dire autant du second, du Iroisiéme et de chacun des arbres dont l'allée est composée. De même mon frère a une existence singulière qui n'est qu'à lui, et qui ne peut être communiquée ni à moi, ni à aucun autre honune ; cl moi, j'ai aussi mon existence (jui m'est propre, et qui ne peut être confondue ni avec celle de mon frère ni avec celle de tout autre homme. Les choses, considérées ainsi en elles-mêmes, et sans rapport avec d'autres choses, sont ce qu'on appelle des individus. Les idées qu'on s'en forme, sont des idées individuelles, et les noms (ju'on leur donne, s'appellent des noms propres. Ainsi un nom propre est un nom donné à un individu, c'est un nom propre à désigner cet individu de manière à le distinguer de tout autre individu. Pierre, t|ui est le nom que l'on a donne à mon frère, est un nom propre, el Jacques, qui est celui que l'on m'a imposé, est aussi un nom. propre. Paris, qui est le nom d'une ville distincte de toute autre ville, est un nom propre.

Dans la nature, il n'existe réellement que dos individus. Il suit de là que, dans la formation dos langues, les hommes ne durent invente'' d'abord que des noms propres, ([u'ils apjili «piérent aux objets individuels, à mesure d'^ besoin qu'ils eurent d'en communiquer ou d'ew rappeler les idées aux autres.

.Mais lorsqu'on eut un grand nombre de no7ns propres, on sentit que leur multitude, loin de faciliter la communication des idées, y portait le désordre el la confusion , par l;i difficullé et même par l'impossibilité de les garder tous dans la mémoire, et (lue plus on en créerait de nouveaux, i)lus on augmenterait le désordre et l'embarras. Je suppose, par exemple, qu'une famille isoli'c n'eut que trente arbres autour de son habitation, cl qu'elle n'en connût point d'autres; je suppose (lu'elle eût donné un nom propre à chacun de ces trente arbres. Jusque-là, la confusion n'est pas grande, parce «lue chaque arbre ayant ou une situation ou une forme particulière bien remanjuable, chaque membre de la famille peut aisément s'en rappeler l'idée lorsqu'il entend prononcer le nom propre qu'on est convenu d lui donner. Mais si, par quelque circonstance assez ordinaire aux sociétés naissantes, celte famille se trouve transportée dans une forêt, alors elle n'a plus de mots pour désigner cha(iue arbre de cette forêt. Elle sent qu'il lui est impossible de donner un nom à chacun d'eux, et <iue, quand même elle le pourrait, ce grand nombre de noms se confondraient dans la mémoire, et ne pourraient servir a les indiquer et à en rappeler l'idée. Le besoin mel donc celte famille dans la nécessité de créer un nom qui puisse convenir à tous les individus qui composent cette forêt. Pour cela, elle remarque des Iraits de ressemblance entre tous ces individus; elle observe qu'ils ont tous un tronc, des branches et des

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ramea'ix; (lu'ils sont lous allacliés à la terre par des racines, qu'ils croissent et s'élèvent i)lus hautijuc toutes les autres productions terrestres; et elle donne un nom commun à lous les individus qui ont ces rapports de ressemblance. Je suppose que ce nom soit arbre. Arbre est alors pour cette famille un nojn commun, qui n'exprime pas, comme tous les autres noms qu'elle a formés jusqu'alors, un seul individu, mais qui est commun à plusieurs individus dont elle a forme une îlasse, d'après les traits de rcssemtjlance qu'ils ont entre eux. Les grammairiens appellent aussi ces nom':, noms appeUatifs.

Le nom commun n'exprime pas, comme le nom propre, une chose qui existe réellement dans la nature, mais une classe d'individus que l'esprit a formée, et qui n'a d'existence que dans l'esprit. Cela est si vrai, que la classe d'individus désignée par le mot arbre, par exemple, comprend indistinctement tijus ces individus, soit qu'ils existent, soit qu'ils n'existent pas; elle comprend et tous les arbres qui existent, et tous ceux qui ont existé, et tous ceux qui existeront ou pourront exister dans la suite.

On sent combien les noms communs ont dû étendre la communication des idées, par le moyen de la parole. Avant leur institution, on ne pouvait parler (jue des individus, c'est-à-dire des choses qui ont une existence réelle; depuis celle institution, on a pu parler des classes, et désigner des opérations de l'esprit.

Supposons que cette famille ait trouvé dans cette foret des arbres qui produisent des glands, des pommes, des poires, des cerises, des i)runes, et d'autres fruits dont elle a appris à faire sa nourriture, elle aura bientôt éprouvé le besoin d'avoir des noms pour distinguer ces arbres de la classe générale qu'elle a formée auparavant; et, remanjuanl ce qui les dislingue de tous les autres arbres, elle aura formé, par leurs différences, des classes particulières, comme elle a formé une classe générale par les ressemblances ; et elle inventera les noms de chêne, pommier, poirier, cerisier, prunier, etc., (jui indi<]ueroiU autant de classes particulières comprises dans la r.asse générale indiquée par le mot arbre. Ces noms seront aussi des noms communs, mais qui comprendront un nombre d'individus moins grand que le nom arbre. On appelle genres les classes générales qui comprennent des classes particulières, et espèces celles qui sont comprises dans des classes générales. Ainsi, les noTTW communs sont, ou des 7ioms de genres, ou des 7wms d'espèces.

Il y a aussi des noms de sortes, c'est-à-dire des noms de classes inférieures aux expèces, cl qui, dans ces espèces, sont distinguées par des apparences ou des formes particulières. Ainsi, dans l'espèce des pommes, la reinette est une sorte de i)omme; et si, dans celle sorte on remarque encore d'autres apparences, d'autres formes parùculiéres, la reinette deviendra une es[)cce de pomme à laquelle ces sortes seront subordonnées.

Celte formation des classes n'empêche pas que les noms qui servent à les indiquer ne puissent servir aussi à désigner les individus qui les composent : on se sert pour cela de certains mots qui en restreignent l'étendue à une ou à plusieurs idées individuelles, comme quand on dit : Le roi, cet homme, l'arbre que vous roijez, cic. Qelques hommes. "N'oyez Article, Adjectif, Pré- ! positif. Ainsi, dans la formation des langues, i

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on a commencé par les individus, puis on a remonté jusqu'aux genres, a|irèsquoi l'o!! a descendu aux espèces, aux sortes, et juscju'aux individus, point d'où l'on était parti.

Les genres, comme je l'ai dit, sont des classes générales qui compiennenl des classes i)articulières que Ion nomme espèces, si on les considère comme contenues dans une classe plus générale que celle qu'ils représentent. Le mot plante, par exemple, exprime une classe plus générale que le mot arbre, et comprend dans sa signification, avec |)lusieurs autres classes, celle qui est exprimée i»ar ce dernier. Ainsi le mot arbre, qui est un nom de genre lorsqu'on le considère comme signilianl une classe générale qui comprend dans son étendue les classes particulières exprimées par les mois chêne, poirier, pommier, etc., est un nom d'espèce si on le considère comme exprimant une classe qui est contenue dans une classe plus générale, exprimée par le mol plante. 11 en est de même des espèces, qui peuvent devenir des genres par rapport aux classes inférieures qu'elles comprennent.

Après avoir ainsi fait des noms propres pour désigner séparément les individus, et des 7ioms communs pour désigner les classes dans lesquelles on les a ranges, on a fait des noms collectifs, pour présenter à l'esprit l'idée d'un tout individuel formépar l'assemblage de plusieurs individus d'une même espèce. Ainsi on a api)clé armée, un tout formé par l'assemblage ou réunion de plusieurs soldats sous la conduite d'un général. Peuple est une collection de plusieurs individus de l'espèce humaine, rassemblés en un corps politique, vivant en société sous les tnémes lois; forêt, l'assemblage d'un grand nombre d'arbres qui sont les uns auprès des autres. Ces noms sont dits collectifs, en ce qu'ils ra.ssemblent sous une idée individuelle les idéesdc plusieurs individus; et, en ce sens, ce sont des noms individuels qui ne peuvent être appliqués que distribulivement aux individus de la collection qu'ils expriment. Mais si 1 on considère l'idée individuelle désignée par le nom collectif comme faisant partie d'une classe d'individus à laquelle on a donné ce nom, alors il est véritablement nom com7nun, puisqu'il peut s'appliquer à tous les individus de celle classe. Ainsi, le mot armée, qui csl no7n collectif par rapport à soldats, est nom cnmviun par rapport à la classe d'êtres que l'on a désignés par le mot armée.

Jusqu'ici, nous avons considéré les noms par rapport à la manière dont l'esprit envisage les êtres. Les grammairiens les considèrent aussi par rapport à la nature même des objets. Sous ce point de vue, ils distinguent Ags noms substantifs cl des 7ioms adjectifs, çiu'ils aiipellent simplement substantifs et adjectifs. A'^oyez ces mots.

Nous n'acquérons la connaissance des objets corporels que par l'impression que leurs qualités l'ont sur nos sens. Lors(ju'un de ces ol)jets frappe nos yeux par la couleur ou blanche, ou rouge, ou noire, etc.; par une forme ou ronde, ou carrée, ou triangulaire, etc. ; qu'il nous jjarait au toucher ou rude, ou poli, ou dur, ou mou; ces qualités, et toutes les autres que nous remarquons réunies, nous paraissent l'être sur quelque chose qui est diflérenl d'elles, <]ui est comme sous elles, et leur sert de soutien. Ce quelque chose que nous ne connaissons pas cl que nous ne connaîtrons jamais, mais dont nous concevons l'existence, nous l'avons appelé substance, des deux mots latins stare sub, être dessous, et de

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là le nom suhstaniif, par lequel on a désigne l»ut nom de subsiaiice corporcUo. Nous avons senti aussi que la réunion des qualités dont nous .•fquérons la connaissance, non immédialenienl par les sens, mais par la rénexion, ne peut exister ■ans un être qu'elles inodilient, et qui leur serve l'omnic de soutien, et nous nous sommes fait une idée des substances spirituelles ou esprits; et nous avons appelé aussi substantifs les noms par lesquels on désigne ces sortes de substances.

Un nom substantif, OU un substantif est donc un mot qui signifie une substance, c'cst-à-dircun élre dont la nature est inconnue, ilans lequel Dous concevons réunies diflV'ientes niodilications que nous apercevons par les sens ou par la rélii'Xion, et dont nous ne pourrions concevoir la ri union sans l'idée d'un èire réel qu'elles modiiicnl et qui les soutient. A proprement parler, le nom de substantif ne devrait être appliqué qu'aux noms qui désignent des cires corporels, l)arce qu'eux seuls désignent des substances proprement dites, mais on l'a applicpié aussi aux êtres spirituels. Les mots arbre, filante, maison, pommier, eau, mer, sabla, ame, ange, Diev, Jonl des noms substantifs.

Apres avoir nommé substantifs les noms oui expriment un cire quelconque modifié par des qualités réunies, on a oiiservé que chacune de ces qualités pouvait cUe-mcnic recevoir différentes modifications ; et , à cause de cette analogie ou ressemblance avec les substances réelles, on a supposé qu'elles étaient le soutien de ces modifications; ou les a rangées dans la classe des substances, et on a nommé substantifs les noms (jui les désignent. Ainsi, par exemple, la blancheur, qui est la qualité d'une substance, peut être considérée à part de cette substance ; on peut, en la considérant ainsi, lui attribuer différentes modifications : blancheur éclatante, blancheur éblouissante, etc., et s\ov?, blancheur est un substantif. On appelle ces sortes de substantifs, substantifs abstraits, parce que ces qualités existent dans notre esprit, comme séparées de tout objet ; et pour les distinguer des autres substantifs que ion nomme concrets, c'est-à-dire qui ilésignent la substance même revêtue do ses quahlés.

Les substantifs abstraits sont aussi des noms comiiiunsqui expriment des classes plus ou moins étendues et subordonnées les unes aux autres. Le niot vice, j)ar exeiuple, exprime une classe générale, dont lu gourmandise, Vivrcgneric, la paresse, l'ingratitude, sont des classes particulières; de même que les mots magistrat, pncte, orateur, peintre, médecin, expriment des classes particulières, comprises dans la classe géncr.le exprimée par le mol homme.

On verra, au mot Adjectif, que les substiîr.'.ifs font quelquefois l'office d'adjectifs.

Les gianunairiens appellent adjectifs, ou noms adjectifs, les mots qui servent à modifier les substantifs, ou, comme ils disent, les /wms substantifs On a tâclié d'expliquer clairement, au mot adjectif, ce qu'on doit entendre par ces dénominations. "N'oyez Abstrait, Adjectif, Complément, Concret, Nombre, Genre.

Nom se prend quelquefois pour renommée, réputation.

Corneille a dit dans Sertorius Tact, n, se. ii, Ifi : - . .

Je n'ose m' éblouir d'un peu de nom fameux.

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Yollairc a fait sur ce vers la remarque suivante : Le mot de peu ne convient point à un nom. Un peu de glaire, tin peu de renommée, de réputation, de puissance, se dit dans toutes les langues; et un peu de nom dans aucune. Il y a une grammaire commune à toutes les nations, ijui ne permet pas que les adverbes de quantité se joignent à des choses qui n'ont pas de (piantité. (»n peut avoir plus ou moins de gloire ou do jinissance, mais non pas plus ou moins de nom. [Remarques sur Corneille)

Nombre. Subsl. m. Il se dit de plusieurs unités considérées ensemble. Un ne fait pas nombre, deux font nombre. Le nombre de dix, de vingt, etc.

Les noms de nombre sont des noms qui exlirimcnt la quantité ou le rang des personnes ou (les choses. Ils sont substantifs ou adjectifs. Les noms de nombre substantifs ])('uveiit être romptés eux-mêmes, et sont toujours jn-écédés par un autre nom de nombre, ou par un article. Tels sont les noms de nombre collectifs ou d'assemblage, comme une dnizainc, un millier; les noms de nombre distributifs, comme la moitié', le tiers, le quart ; les noms de nombre proportionnels, comme le double, le quadruple, le centuple, elc.

Les noms de nombre aii/ec/ip servent à compter. Ils précèdent toujours les substantifs qu'ils modifient, et ne peuvent être précédés que par l'article, ou par les adjectifs pronominaux. On les dislingue en nombres cardinaux et nombres ordinaux.

Les nombres cardinaux servent à marquer la quantité des personnes et des choses, et ré- |)ondent à cette question : Combien y en a-t-il ? Tels sont U7i, deux, trois, quatre, vingt, elc. — Les nombres ordinaux marquent le rang que les personnes et les choses occupent entre elles. Tels sont premier, sccoiid, troisième, vingtième, etc.

Excepté premier et second, tous les nombres ordinaux se forment des nombres cardinaux, en changeant en vième ceux qui finissent en f; en changeant en ième Ve muet de ceux qui ont celle terminaison, et en ajoutant ième à ceux qui finissent par une consonne, le nombre cinq prend en outre u après le q. Ainsi de neuf, de trois, de quatre, de cinq, on fait neuvième, irinsième, quatrième, cinquième. — Unième ne s'emploie qu'après vingt, trente, quarante, cinquante, soixante, quatre-vingt, cent et mille.

On emploie les nombres cardinaux au lieu des nombres ordinaux, en parlant des heures et des années, il est six heures, Van mil huit cent vingt-deux; dans le discours familier, en parlant du jour du mois, le deux de mars, le quatre de mai; mais on dit toujours lepremier de juin, d'août, etc.; en parlant des souverains et des princes du même nom qui ont gouverné le même pays, Louis douze, Henri quatre. On dit cependant François premier, Henri second, parce qu'après les ncms des princes, on ne met \)omi un, deux. — Girauli-Duvivier, so fondant sur l'opinion d'un assez grand nombre de grammairiens, pense qu'on ne dit pas Henri un. Franc- is un, mais qu'on dit assez indilTcrcmmenl Henri second ou Henri deux. — On dit auss Charles cinq, Pnilippc cinq, etc. ; mais on dit Charh'.t-Qiiint, en parlant du cin(iuième eml)ereur d'Allemagne, qui a porté ce nom , et Sixte-Quint, en |)arlant d'un pape contemiwrain d'Henri IV.

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De tous les nombres adjectifs cardiilaux, il n'y a ijuc vingt ci cent <|ui iH-ennenl un s, quand «m les iiiiilli|)lie par un aulre nom de nombre rardinal, c est-à-dire (juaml il est question de plusieurs r//i^/j, ou de plusieurs c<'/i/5; comme (|uand on dit (/nulrc-vinpts, sis-tiug(s, deux cents, trois ce/tts, etc. Mais quand il est «lucstion de dater les années, on ne met point à ces mots la mar.iue du pluriel, cl l'on crrit l'an viil sept cent, l'un mil sept cent quatre-vingt, quoique cent et vinyt soient précédés d'un autre nom de nombre, parce (jue ce sont des nombres cardinaux pour des nombres ordinaux, et qu'il ne s'agit ([ue d'une année, comme s'il y avait Van millième, sept centième, etc. — Vingts au pluriel, ne prend de s (lue quand il est immédiatement suivi d'un nom substantif, quatre-vingts chevaux; mais il s'écrit sans s, lorsqu'il précède un nom de nombre amiuel il est joint. — II en est de même du nombre cent; l'usage veut qu'on écrive neuf cent mille, et nevf cents hommes.

Quant au genre, il n'y a, de tous les nombres adjectifscardinaux, (jue m/;, dont la terminaison varie du masculin.ui réminin,)//i tableau, une bouteille.

On dit vingt et un, trente et tin, quarante et vn, etc., jus(iu'a soixante et dix inclusivement ; maison dit sans la conjonction, vingt-deux, vingttrois, trente-deux, trente-trois, etc., soixantedeux, etc. Enfin, l'on dit sans la conjonction et, quatre-vingt-un, quatre-vingt-oîize, cent M«,etc., comme quatre-vingt-deux, quatre-vingt-trois, c\.^i.

Lorsqu'un nombre cardinal est jirécédé du pronom en, l'adjectif (pii suit ce nombre est ordinairement précédé de la préposition de : Il n'y en a pas un de riche ; il y en eut mille de tués. Mais devant un substantif on supprime ce Je, et l'on prend un autre tour : // y en eut cent qui furent faits prisonniers, Ct non pas, il y en eut f^ent de prisonniers.

Lorsque le substantif est avant le nombre cardinal, nus pour un nombre ordinal, on met ce substantif au sini:ulier, l'an mil sept cent; mais si ce substantif est après le nombre, il se met au pluriel : Notis irons à six heures précises ; il est <]ualre heures.

Quant aux noms de nombre adjectifs ordinaux, et aux noms de nombre substantifs, collectifs, distributifs ou proportionnels, ils prennent la marque du jiluriel : Les premiers, les seconds, deux douzaines, les trois quarts, les trois centièmes, trois millions, etc.

On ap[)elle nombres., en grammaire, des terminaisons qui ajoutent à l'idée principale du mot l'idée accessoire de la quantité. 11 y a deux nombres : le singulier, qui désigne l'unité, et le pluriel, qui manjue pluralité. Cheval, chevaux, présentent en (juebjue manière le même mot sous deux terminaisons différentes : c'est comme le même mot, afin de présenter à l'esiirit la même idée principale, l'idée de la même esjjéce d'animal; les terminaisons sont différentes, afin de désigner par l'une un seul individu de cette espèce, ou cette seule espèce; et par l'autre, plusieurs individus de cette espèce. Dans Ze cheval est utile à Ihumme, cheval signifie l'unité de l'espèce ; dans mon cheval m'a coûté cher, cheval signifie un seul individu de l'espèce; dans, yaiacheté dix chevaux, c/icrowa; désigne plusieurs individus de la même espèce.

11 y a quatre espèces de mots qui sont susceptibles de cette espèce d'accident : Les noms, les prénoms, les adjectifs et les verbes.

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Quand je dis les noms, j'entends par là les noms appellatifs; caries noms propres emportent l'unité, et sont toujours du nombre singulier. Si l'on en trouve tpii prennent la terminaison du pluriel, c'est qu'ils sont employés figurément dans un sens appellatif , comme quand on dit les Cicérons pour les grands orateurs, les Césars pour les grands capitaines, les Plutnns pour les grands philosophes, les Haumaises pour les bons criti(|ues, etc. ; ou (ju'ils sont appliqués à une collection d'individus, comme les Bourbons, etc.

(Juand je dis les deux Corneille, les deux Scipion, il y a ellipse; c'est comme si je disais, les deux hommes, les deux indiviilus qui portent chacun le nom propre de Corneille, de Scipion ; et alors le pluriel tombe sur le mot homme ou sur le moti«(ia-i(fi/,ct nuUcmentsurlemot Cojnet7Ze,ou sur lemot&j/)to/j,(]ui, par conséquent, ne doivent point prendre le signe caractérisliiiue du iiluriel. Mais quand je Ahles Bourbons, BourbnnXi'esi^lui: le nom propred'un individu ; il est devenu le nom propre d'une classe d'individus. On dit les Bourbons, les Sluarts, les Antonins, comme on dit les Français, les Allemands, les Champenois, les Bourguignons. Ce sont des classes dont tous les individus ont un nom commun. Les Romains disaient de même au pluriel, Julii, Antonini, Scipiiines, de même (jue Romani, Afri, Aqxtitunes ; ce sont des noms propres de collections que nous rendons aussi en français par le pluriel, quand nous les traduisons.

Lorsque les noms propres prennent la signification itluricUe, ils prennent ou ne prennent pas la terminaison caractéristique de ce nombre, suivant les cas. S'ils désignent seulement jibisicurs individus d'une môme famille, parce qu'ils sont le nom propre d'une famille, ils ne prennent pas la terminaison plurielle : Les deux Corneille se soîtt distingués dans les lettres ; les Cicéron ne se sont pas également illustrés. Si les noms propres sont pris dans un sens appellatif, ils prennent la terminaison plurielle : Les Corneilles sont rares sur notre Parnasse, et les Cicérons dans notre barreau.

On dit qu'il y a des noms appellatifs qui n'ont point de pluriel. Tels sont les noms de métaux , comme or, argent, fer, plomb, etc. ; les noms des aromates, comme le baume, la myrrhe, le storax, l'encens, l'abiynthe, le genièvre, etc.; les noms des vertus ct des vices, comme la chasteté, la pudeur, la gloire, la charité, la paresse, l'ivrognerie, elc; les adjectifs pris substantivement, comme le beau, le vrai, l'utile, etc. ; quelques mots relatii's à l'homme physi(jue et à l'homme moral, comme le repos, le sang, la pauvreté, la bile, etc. ; l'od<irat, l'ouïe, le toucher, la vue, le goût, l'enfance, l'adolescence, la jeunesse, la santé, etc. ; la plupart des mots qui ont passé des langues mortes ou étrangères dans notre langue, comme des alibi, des alinéa, etc. Mais on ne fait pas attention que ces noms sont réellement des noms propres, ou qui doivent être regardés comme tels.

En effet, les noms de métaux et d'aromates désignent comme individuelle la masse de chacun de ces métaux et de ces aromates; leur nom est, à la vérité, le nom d'une espèce, mais d'une espèce considérée individuelloment, et qui ne renferme point d'individus distincts. Mais quand on les considère comme mis en œuvre, divisés en plusieurs parties, et qu'on y distingue des qualités qui permettent de les ranger dans diffé-

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rentes classes, alors ils prennent un pluriel, el le nom devient un nom commun ou .-ippellatil' : Des ors de couleurs, des fers aigres, les plombs d'vn bitliiiient.

Noire langue, formée à l'imitation de celle des Latins, a donné des noms projires aux venus et aux viees, que ces peuples avaient divinisés; elle a considéré aussi comme individuelles toutes les choses que l'esprit ne peut pas diviser en plusieurs individus distincts; et c'est ainsi que le heaii, le vrai, l'odorat, la vue, le sang, l'enfance, etr., sont devenus des espèces île noms propres qui ne prennent point de pluriel.

Quant aux noms étrangers introduits dans notre lanu'uc, tous se mettent au pluriel, par le moyen dos prépositifs; mais ils ne preiment point la terminaison de ce nombre, parce que leurs terminaisons propres ne se prêtent pas à celte variation, ([uc plusieurs d'entre eux portent le caractère du pUuiel dans la langue d'où ils ont été tirés , comme des errata, des duplicata, des lazzi; cl (pie d'autres, qui sont au singulier dans cette langue, ne pourraient, sans ([uelque apparence de barbarie, prendre le signe de pluralité de la nôtre, comme des te Deum, des quiproquo, etc. (Voyez cliaciue article de ce genre \muv connaître les exceptions et l'opinion de l'Académie.)

Il est une autre classe très-nombreuse de mots qui se mettent au pluriel par le moyen des prépositifs, sans pienilie la terminaison cai'actéristique de ce nombre. Tels scjnt les signes inventés pour représenter une chose ou une idée uni(iue. Les lettres de l'alphabet, les chiffres, les notes de musitpie, cl tous les mots de la langue considérés nial(:Micllement, sont dans oe cas. On dit deux a, deux b; deux un, deux trois, deux quatre; trois sol, deux ut, quatre la; les si, les mais, les que, les qui, etc. Lti marque du pluriel qui précède ces mots indique, non jikisieurs individus distincts de la même espèce, mais la répétition du même signe individuel. Voyez J.

S'il y a des noms qui n'ont point de pluriel, il y en a aussi qui n'ont point de singulier, parce qu'ils expriment plusieurs choses distinctes réunies sous le même nom. Tels sont ancêtres, broussailles, ciseaux, hurdes, vivres, et idusieurs autres que l'on indiquera à leur article. Voyez Substantif, Pronom, Adjectif, f^crbe.

Nombre. Terme de belles-lettres. Il se dit d'une certaine mesure, proportion ou cadence qui rend un vers, une période agréable à l'oreille. Il y a (pielque différence entre le nombre de la poésie et celui de la prose. Le nombre de la poésie consiste dans une harmonie plus marquée, qui dépend du nond)rc déterminé des syllabes, delà richesse du choix, du mélange des" rimes, et enfin de l'assortiment des mois et des sons dont ils sont composés. Le nombre est donc ce qui fait proprement le caractère, et, pour ainsi dire, l'air d'un vers. C'est par le nombre qu'il "st doux, coulant, sonore; et la privation de ce nombre le rend faible, rude, ou dur.

Le nombre de la prose est une sorte d'harmonie simple et sans alîectation, moins mar(|uée que celle des vers, mais (jue l'oreille pourtant aperçoit et goûte avec plaisir. C'est ce nombre qui rend le style aisé, libre, coulant, et (jui donne au discours une certaine rondeur.

La plus belle pensée plait dil'licilement lorsqu elle est énoncée en termes durs et mal arrangés. Si l'oreille est agréablement flattée d'un

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