‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 310 sur 453 · ORA · texte numérisé non relu

ORA

Or. Siilist. m. Ce mot n'a point de pluriel (jurind il désigne comme individuolle la masse du mi'lal qu'il signifie : Une boite d'or, vue yuontre d'or, de l'or cil barre. Mais quand on considère l'or comme mis en œuvre, divisé en plusieurs i)arlics, et (ju'on y distingue des qualités qui permettent de le ranger dans dilTérenles classes, alors ce mot prend un [iluriel : Des ors de couleur, une bnt/e de deux ors. Voyez Nombre.

Orage. Subst. m. Corneille a dit dans Jiodogune {ncl. III, se. vi, li):

Cependant allons Yoir si nous vaincrons l'orage.

f^aincrc l'orage., dit Voltaire, est impropre. On détourne, on calme un orage, on s'y dérobe, on le brave, etc. On ne le vainc pas. {Remarques sur Corneille.)

Orageux, Orageuse. Adj. On peut le mettre avant son subst., lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent: Une mer orageuse, un temps orageux, une saison orageuse. — Une cour orageuse, une rie orageuse, une liberté orageuse. Ces orageuses délibérations. Voyez Adjectif.

Oraison. Subst. f. Discours. Subst. m. Ces deux mots, en gn:mmaire, signifient également }'éi)pnciation de la pensée par la parole, et en cela ils sont synonymes.

Dans le discours, on envisage surtout l'analogie et la ressemblance de renonciation avec la pensée énoncée. Dans Voraison, on fait plus d'attention à la matière physique de renonciation, et aux signes vocaux qui y sont employés. Ainsi lorsqu'on dit en latin, ÎJens est œternus ; en français, Dieu est éternel; en italien eterno è iddio; en allemand, Gotl isl ewig, c'est toujours le même discours, i>arce que c'est toujours la môme pensée énoncée par la parole et rendue avec la même fidélité ; mais Voraison est différente dans chaque énonciation, parce que la morne pensée n'est pas rendue partout par les mêmes signes vocaux; Icgi tuas lilteras, tuas legiUtleras, litteras tuas legi, c'est encore en latin le même discours, parce que c'est renonciation fidèle de la même pensée. Mais quoi(iue les mômes signes vocaux soient employés dans les trois jihrases, Votaison n'est pourtant pas tout à fait k même, parce que l'ensemble pliysi(pje de renonciation varie de l'une à l'autre.

Le discours est donc plus intellectuel; ses parties sont les mêmes que celles de la pensée, le sujet, l'attribut, et les divers comidéments nécessaires aux vues de renonciation; il est du ressort de la logique.

L'oraison est |)lus matérielle; ses parties sont les différentes espèces de mots, l'interjection, le nom, le |)ronom, l'adjectif, le verbe, la préposition, l'adverbe et la conjonction, que l'on nomme les parties d'oraison. Elle suit les lois de la grammaire.

Le style caractérise le discours et le rend précis ou diffus, élevé ou rampant, facile ou embarrassé, vif uu froid, etc. La diction caractérise Voraison, et fait (pi'clle est correcte ou incorrecte, claire ou obscure, etc.

L'étymologie peut servir à confirmer la distinction que Ion vient d'établir entre disrours et oraison. Lc mot discours, en latin discursus, vient du verbe discurrere, courir de place en place, ou d'idée en idée, parce <iue l'analyse de la pensée, qui est VoW]H du discours, lîionlrc l'une après l'autre les idées partielles, et passe en quelque manière de l'une à l'autre. Le mot

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