‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 315 sur 453 · ORT · texte numérisé non relu

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ORTHOGRAPnE. Subsl. f. Tcrmc de grammaire.

Ce mot, jinr sa valeur élynmlogique , signifie peinture ou représenlutioii régulière. Dans le langage des grammairiens ipii se sont approprié ce terme, c'est, ou la représentation régulière de la parole, ou l'art de représenter régulièrement la parole.

Il ne peut y avoir qu'un seul système de principes pour peindre la parole qui soit le meilleur et lovéritable; car il y aurait tmp d'inconvénients à trouver bons tous ceux ([uc l'un peut imaginer. Cependant on donne également le nom d'orZ/fographe à tous les systénies d'éeriture que différents auteurs ont publiés; cl l'on dit l'orthographe de Dumarsais,de DucU)S,de f^oltaire, etc., pour désigner les systèmes particuliers que ces écrivains ont publiés ou suivis. C'est que la régularité indiquée par Tétymologie du mol n'est autre chose (pie celle (lui suit nécessairement de tout corps syslémaiicpie de princi|)cs, ipii réunit tous les cas pin liiuliers sous la même loi.

Aussi n'appcllo-t-on pas orthographe la manière d'écrire des gens non instruits, (|ui se rapprochent tant qu'ils peuvent de la valeur alphabéti- (pie des lettres, qui s'en écartent en queUiucs cas, lorsqu'ils se rappellent la manière dont ils ont vu écrire (pielques mots; qui n'ont et ne peuvent avoir aucun égard aux différentes manières d'écrire qui résultent de la différence des genres, des nombres, des personnes, et autres accidents arammaticaux; en un mot, qui n'ont aucun principe stable, et qui donnent tout au hasard; on dit simplement qu'ils ne savent pas l'orthographe, qu'ils n'ont point d'ortlv graphe, qu'il n'y en a point dans leurs écrits.

Si tout système d'orthograjibe n'est pas admissible, s'il en est un qui mérite sur tous les autres une préférence exclusive, lâchons d'en assiancr ici le fondement, et d'indiquer les caractères qui le rendent reconnaissable.

Une lansTue est la totalité des usages propres à une nation pour exprimer les pensées' par la voix. D'où vient celle ncccssiié de ne reconnaître dans les langues que les décisions de l'usage? C'est (jue l'on ne parle que pour être entendu; que l'on ne peut être entendu qu'en employant les signes dont la signification est connue de ceux pour qui on les emiiloie; qu'y ayant une nécessité indispensable d'employer les mêmes signes pour tous ceux avec qui l'on a les mêmes liaisons, afin de ne pas être surchargé i>ar le grand nombre, ou embarrassé par la dislinition qu'il faudrait en faire, il est l'galemenl nécessaire d'user des signes connus d'^aiitorisés par la multitude; et que, pour y parvenir, il n'y a pas d'autre moyen (]uc d'employer ceux qu'emploie la multitude elle-même, c'est-à-dire ceux qui sont autorisés par l'usage.

Tout ce ipii a la même lin et la même universaliié doit avoir le même fondement, et l'écriture est dans ce cas. C'est un autre moyen de communiquer ses [len^^^ées, p;ir la peinture des sons usuels qui en constiuicnt l'expression orale. La pensée, étant purement intellectuelle, ne peui cire représentée par aucun signe matériel ou sensible qui en soit le type naturel. Elle ne peut relie que par des signes conventionnels, et la conreiition ne peut être autorisée ni connue que par l'usage. Les productions de la voix, ne pouvant être <pie du ressort de l'ouïe, ne peuvent pareillement être I représentées par aucune îles choses qui ressortisscnt au tribunal des autres sens, à moins d'une convention qui établisse entre les éléments de la voix et certaines figures visibles, par exemple,

os

la relation nécessaire pour fonder celte siçnifioalion. Or, coite convention est île nièiiie n;itiiie que la première: c'est l'usage qui doit l'autoriser cl la faire coniiaiire.

11 y aura peut-être des articles de celte convention (lui auraient pu être plus généraux, plus analogues à d'autres articles anlécédeuls, plus aisés à saisir, plus l'acilcs et plus sim|)Ies à exécuter. Qu'importe? vous devez vous conformer aur décisions de l'usage, (luclque capricieuses et quelque inconséquentes qu'elles puissent vous paraître.

Nul particulier ne doit se flatter d'opérer subitement une révolution dans les choses qui inlcrcssent toute une grande société, surtout si ces choses ont une existence permanente; et il ne doit pas i)lus se promettre' d'altérer le cours des variations des divises dont l'existence est passagère et dépendante de la multitude. Or, l'expression de la pensée par la voix est nécessairement variable, parce (ju'elle est iiassagérc, cl que par la elle fixe moins les traces sensibles qu'elle peut mettre dans rimaginalion. Au contraire, l'expression de la parole par l'écriture est permanente, parce qu'elle offre aux yeux une image durable, que l'on se re|iréscnte aussi souvent et aussi longtemps qu'on le juge à propos, et qui par conséquent fait dans l'imagination des traces plus profondes. C'est donc une iirétention cliiniérique que de vouloir mener l'ccriLure parallèlement avec la parole; c'est jjervertir la nature des choses, donner de la mobilité à celles qui sont essentiellement i-ermanenles, et de la stabilité a celles ([ui sont essentiellement changeantes et variables.

Devons-nous nous plaindre de l'incompatibilité des natures de deux choses qui ont d'ailleurs entre elles d'autres relations si intimes? Applaudissons-nous, au contraire, des avantages t]ui en résultent. Si l'orthographe est moins sujette que la voix à subir des changements de forme, elle devient par la môme dé|)osilaire et léiiioiu de l'ancienne prononciation des mots, et elle facilite la connaissance des élymologies. Voyez Né(graph is m e .

On trouve les règles générales de l'orthographe aux divers articles de grammaire qui y ont rapport, et les règles particulières aux mots susceptibles de quelque observation relative à cette matière.

OnTHOGR.\pniQiJE Adj. des deux genres qui ne se met qu'après son subst. : Diclioniiaiie orthi graphique.

Orthologie. Subst. f. Terme de grammaire adopté par quelques grammaiiiens. La grammaire considère la parole dans deux étals, ou comme prononcée, ou comme écrite : voilà un motif bien naturel de diviser en deux classes le corps entier des observations grammaticales. Toutes celles ipii concernent la parole prononcée sont de la première classe, à laquelle on a donné le nom d'arthologie, parce (jue c'est elle qui apprend tout ce qui appartient à l'art de parler. Toutes celles (|ui regardent la parole écrite sont de la seconde classe, qui est ajipelée urlhngruphe, parce que c'est elle qui apprend l'art d'écrire.

Os. Subst. m. Gatlel prétend qu'on doil prononcer le A- final, surtout au singulier et à la fin de la phrase. C'est probablement d'a|)rès cet auteur (juc tant de beaux parleurs et de belles parleuses aifecient de pronoacer ce mol comme si l'on écrivait osse. On ne prononce pas ce 5 final, à moins que le mot os ne soit suivi immé-

ou

diatement d'un mot commençant par une voyelle on un h non aspiré : Ses us êiaienl cariés. Un amas d'os ci de chairs.

OsEiî. V. a. et n. de la 1" conj. Dans le sens neutre, on supprime souvent pas : Je n'ose, je n'oserai Vous le dire; je n'oserai le faire. Mais quand ce verbe est actif, il faut mellre ne pas : f^ous a m'es raison de ne pas l'oser. Féraud condamne en conséquenco celte phrase tie liossuet : Il a fait ce que l'auire n'avait osé. 11 fallait dire n'avait pas osé.

Ostensible. Adj. des deux genres qui ne se mel iju'après son subst. : Lettre ostensible, instructions ostensibles, par opposition à instructions secrètes.

Ostensiblement. Adv. 11 se met après le verbe : Je lui ai écrit ostensiblement, et non pas, je lui ai ostensiblement écrit.

*0sTENT.\TEUr., OSTENTATRICE. Adj. Mot HOU-

veau employé par J.-J. Rousseau : Un régime purement négatif n'est pas celui qui convient à une philosophie ostenlalricc (/i/i /je veut que des œuvres d'éclat, et n'apprend rien tant à ses seciateurs qu'à beaucoup se montrer. {Rousseau juge de Jean-Jacques, 2' dial.)

Ou. Conjonction atlernalivc. Il faut remarquer qu'on ne mel jamais l'accent grave sur 1'» de ou conjunclion. On peut le répeter devant chacun des mots qu'il joint, ou ne le mettre (pic devant le second : Ou vous ou lui ; vous nu lui ; vous ou lui ou moi. 11 se joint (luclquefois avec bien, dans le discours familier, ou lorsiju'on veut le mieux distinguer de l'adverbe où. — Après ou, il faut répéter l'article, le [ironom, ou la pré[ osilion, dont on s'eslservi auparavant. Corneille a dit :

Ucduit à te déplaire, ou saufTrir un atTronl.

11 fallait répéter la préposition, et dire réduit à te déplaire ou à souffrir un affront. — Lorsque soit doit être redoublé, on mel (pieliiuefois ou au lieu du second soit : Soit que vous ayes fait cela, OH que vous ne l'ayez pas fait. — Ou ne doil élre employé que dans le sens affirmalif. Dans le sens négatif on se sert de ni. C'est donc avec raison qu'on a critiqué ces vers de Corneille {Cid, acl. I, se. I, 5, éd. de Volt.) :

Ce n'est pas que Cliimène écoute leurs soupirs, Ou d'uo regard propice anime leurs désirs.

Il fallait mettre ni d'un regard propice.

On a demandé s'il faut dire lequel des deux fut le plus intrépide, de César ou A' Alexandre'^ ou en supprimant la préposition de, lequel des deux fut le plus intrépide. César ou Alexandre f 11 est certain (jue plusieurs écrivains emploient de dans ces occasions, et que d'autres l'omeitcnt. (^)uelques grammairiens se sont élevés contre la première de ces locutions, et onl exposé ainsi leurs raisons :« L'analyse fait coimaitre le vice de celte locution. Dans cette phrase, lequel des deux fut le plus intrépide , de Cé:^ur ou d'Alexandre, je distingue trois propositions : d" Lequel des deux fut le plus intrépide ? 2° César fut-il plus intrépidequ' Âlexandre'f Z" Alexandre fut-il plus intrépide que César ^ César el Alexandre fout donc chacun le sujet d'une proposiiion. Or, le sujet d'une proposition ne saurait cire précédé d'une préposition; il doit être énoncé jiurcmenl et simplement. Il s'ensuit donc (ju'on doit dire lequel des deux fut le plus intrépide, César ou Alexandre? C'csl ainsi que parlent les Latins, les Anglais, les Italiens, et tous les peuples qui

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