‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 344 sur 453 · FRE · texte numérisé non relu

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Subjonctif. Présent. Que jo puisse, que lu puisses, tiii'il puisse; ([ue nous puissions, (pie vous puissiez, qu'ils i>uisseiit. — ImTpaifait. Que je pusse, «jue lu pusses, (ju'il pùl; que nous Plissions, que vous pus^icz, qu'ils pussent.

Parlii'ipe. — Présent, l'uuvant. — Passé. Pu ; pûiit lie féminin.

11 prend l'auxiliaire «roir dans ses temps composes.

Quoiqu'on nieiio deux »• au futur et au présent du condiliunnci, on n'en prononce qu'un.

Je peu.v se dit quel(iuefois en vers, et dans la convei-sation; mais j<?/)i/ti est préféré. On ne dit pas peux-je, mais puis-je.

Par quel page éclaUnt et digne d'un grand roi, Puis-je récompenser le mérite et la foi?

(RiC, Esth., ad. III, se. v, 10.)

L'univers m'embarraîsc, et je ne puis son^rer Que celfe liorloje existe et n'ait point d'hoiioger. (Volt., les Cabales, 111.)

Enfin, c'est mon plaisir, je veux me satisfaire ; Je ne puis bien parler, et ne saurais me taire.

iBoiL., Sat. VII, 89.)

On (\'\lje ne puis, et je ne puis pas. Dans le premier exemple la négative est moins forte. Je ne puis suppose des embarras, des difficultés, des inconvénients; je ne puis pas, exprime une impossibilité absolue.

On dit familièrement, il se pourra faire que, il se pourrait faire que, pour dire, il pourra, il pourrait arriver que.

Praticable. Adj. des deux genres. Une se met qu'après son subst. : Moyen praticable, chemin praticable. On l'emploie le plus souvent avec la négative : Ce chemin n'est pas praticable, ces moyens ne s-,nt pas yraiicahles; mais or/ dit. ce moyen est priilicublc, il a employé tous les moyens praticables. Des chemins ne scrnt pas praticalles, lorsqu'il est impossible d'y passer, soit à pied, soit à cheval, soit en voilure. Un gué, un marais ([ui n'est pas ])raticable. On dit aussi qw^une chose est ou w'est pus praticable.

PB.iTiQci;. Subst. f. On peut l'employer dans le style noble, dans le sens de menées, d'intelligences secrètes :

J'ai déconrert au roi les sanglantes pratiques Que formaient contre lui deux ingrats domestiques. (Eac, Esth., ad. I, se. i, 99.)

PRATiQrE. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : Instruction pratique, morale pratique, vertu pratique.

Pratiquement. Adv. L'Académie de 1798 Ta mis dans son Dictionnaire et celle de J835ra conservé, mais nous ne croyons pas qu'il soit usité.

Préalable. Adj. des deux genres. Il no se met qu'après son subst. : Question préalable, condition préalable.

Préalablemekt. Adv. On peut le mettre quelquefois entre l'auxiliaire et Pî participe: Il faut préalablement; il a préalablement fallu ou il a fallu préalablement.

Précaire. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : Autorité précaire, pouvoir précaire, possession précaire.

Précairement. Adv. Il se met après le verbe : // en jouit précairement., il en a joui précairement.

Précédemment. Adv On peut le mettre entre

PRE

l'auiiliaire et le participe : Nous avons dit précédemment, nous aviins précéii<;viment expliqué les causes de ce phénomène.

Précédent, Précéde:ste. Adj. On peut le mettre avant son subst. lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent : Le jour précédent, le règne précédent. Les précédentes assemblées ont décidé que. A' oyez Adjectif.

Préceptoral, Préceptorale. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Ton préceptcral, pravité préceplorale. L'Académie, Ticvoux, Fér.iud, Wailly, Gattel, etc., ne donnent point de masculin pluriel à cet adjectif; nous pensons cependant qu'on pourrait fort bien dire des conseih préceptoraux.

* Préceptoriser. y. a. de la 1" conj. Donner des leçons à la manière d'un précepteur. Mol nouveau employé par Diderot : Si la vérité blesse si fréquemment, dil-il, c'est un peu la faute de celui qui la dit: ou c'est un orgueilleux qui nous humilie, ou un ignorant qui nous précepturise, ou un grossier personnage qui 7i"!/.v insulte

Prèchedr. Subst. m. il se dit par dénigrement d'un mauvais prédicateur, et d'un homme qui ne cesse de faire des remontrances à tort et à travers : Les prêcheurs de inorale, dans les livres et ailleurs, dit Diderot, ressemblent assez aux marchands de tisane, qui la vendent bonne, excellente, bienfaisante, maii- qui en boivent fort peu pour leur compte.

Au féminin on dit prêcheuse.

Pr,ÉciEDSE.MENT. Adv. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe: On a conserré précieusement cette tradition, ou on a précieusement conservé cette trnditicn.

Préciedx, Préciedse. Adj. On le met avant son subst. , en consultant l'oreille et l'analogie : Pierre précieuse, des meubles précieux. — Des mornents précieux, de précieux moments ; un avantage précieux, un précieu.v avantage. Tachons de conserver ses jours précieux, ou ses précieux joxirs. — On dit Je précieux corps, It précieux sang de Jésus-Christ ; une relique précieuse, une précieuse relique. Il régit quelipiefoisla préposition à, ou la préposition po(/r .■ Ce souvenir est précieux à 7)ion père. C'est un avantage précieux pour 7noi. Voyez Adjectif.

Précipitamme:»t. Adv. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe : Il s'est avancé précipitamment,ou il s'est précipitamment avancé.

Précipiter. V. a. de la 1'^' conj. ! es poètes remi)loient assea souvent, et quelquefois dans des acceptions que n'indique pas l'Académie :

Que du trono, où le sans l'a dû faire monter, Britannicus par moi s'est vti précipiter,

(Rac, Brîtan., act. I, sc.l, 61.)

Vous trahissez enGn vos enfants raallieureux. Que TOUS précipitez sous un joug rigoureux.

(Rac, Phèd., ad. I, se. ib, 47.)

Guise, tranquille et fier au milieu de l'orage. Précipitait du peuple ou n-tcnait tarage.

(Voi-T., Henr., III, 251.)

Je l'ai TU courir seul et se pTécpiter.

(Voit., Taner., ad. V, se. i, 33.)

Précis, Précise. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Temps précis, jour précis, à l'heure précise ; — demandes précises, mesures précises. Voyez Précision.

PRÉ

^nÉc^SKME^T. Adv. On peut le mettre entre raiixiliairo el le participe : Il a rencontré préeisiinent ce qu'il cherchait, OU i7 a précisément rencontre ce qu'il cherchait.

Pr.KcisioN. Subst. f. Terme de grammaire. C'est une brièveté convenable en parlant ou en écrivant, el qui consiste à ne rien dire de snpordu et à no rien oniellre do nécessaire. La précision a deux opposés, savoir : la prolixité, qui dé;:énore en une abondance de paroles vagues; et l'extrême concision, qui fait qu'on tombe dans l'obscurité. — Il y a de la différence entre justesse el prt'cisinn. La justesse empécbe de donner dans le faux; cl la précision écarte l'inulile. Le discours précis est une marque ordinaire de la justessi' de l'esprit. (Girard.)

La fu-écision est sans contredit une des qualités les plus essentielles du discours. Elle dit beaucoup on peu de mots, el elle atteint de la manicro la |)his pai faite au but du discours. — Il faut distinguer la précision des pensées de la précision des expressions. L'une vient de la richesse de l'imagination, et l'autre d'une sage économie dans les termes et dans la façon de s'exprimer. Celle-ci est la (>lus difficile à obtenir. Il ne faut pas peu d'art pour exprimer un nombre de pensées donné par le plus petit nombre de mots, sans autre expédient que de rejeter tout ce qui est superflu. On ne peut parvenir à cette précision i]u'en examinant à loisir un plan d'idées fort étendu. Lorsque l'on a rassemblé tout ce qui appartient au sujet, il faut, pour être aussi précis qu'il est possible, travailler sur chaque idée en particulier, et la renfermer dans le moins de mots qu'elle le permet. La précision est surtout nécessaire dans les endroits où ronmulli[)lie les images qui doivent promptement produire l'effet qu'on se propose; car plus elles sont serrées, plus elles opèrent.

PnÉcocE. Adj. des deux genres. On peut le mettre avant son subst., en consultant l'oieille et l'analogie : Fruit précoce, arbre précoce. — Un esprit précoce.

De Tolre cœur l'inconstance est précoce. (Volt., Enf. prod., ac. IV, se. iv, 28.)

Instruisez au combat son précoce courage.

(Dei.il., Énéid., Vlir, 733.)

Voye?. Adjectif.

PnÉcoMPTEn. V. a. de la 1"= conj. Le second p ne se prononce pas. Préconter.

Pr.ÉniKE. V. a. cl irrégulier de la i"^ conj. Il se conjugue comme dire, excepté à la seconde personne du i)réscnt de l'indicatif, où l'on dit vous prédisez au lieu de vous prédites On dit aussi prédises à l'impératif.

Pl'.KIiOMlNANT, rRKDOMINANTE. Adj. VCrbal tilé

du V. prédominer. II ne se met (ju'après son subst. : f^ice prédominant , humeur pn'dnwivnnle, passion prédominante, vertu prédomin'inlc.

Pr.i';ÉMiNENT, Préémiseste. Adj. qui ne se met .;;i'aprcs son subst. : f^ertu prééminente, dignité nrééminenie. La charité est la vertu préémi- ! rnte.

PRÉFÉRABt.E. Adj. dcsdcux gcurcs. Il ne se met qu'après son subst. : Lu vertu est préférable à liius les avtres biens.

Préfkrablkmf.nt. Adv. Comme il est toujours «uivi de la préjiosiiion à, on ne peut le mettre qu'après le verbe : Il a aimé cette fille préfé-

PRÉ

rablement à tous ses autres enfants. Il faut aimer Dieu préférablement à tout.

PKÉFÉr.ER. V. a. delà i" conj Doit-on dire, il préfère mourir, sans préposition; ou, avec la préposition de, il préfère de mourir* Féraud est pour le second, et il se fonde sur ces deux phrases de Buffon : On préfère û'élerer des aig'es viûlcs pour la chasse, et il préfère de périr avec eux plutôt que de les ahandimner.

Pour décider cette question, il faut observer que l'infinitif d'un verbe peut être considéré ou comme un verbe, ou simplnment comme un nom, abstraction faite de toutes les propriétés qui le rangent d;insla classe des verbes. Ti\\\\^ je préfère mourir, vmvrir est présenté comme un pur nom, parce qu'il n'est point ai-compagne d'accessoires qui rappellent sa nature de verbe; c'est comme si l'on (lisait, je préfère la mort. Mais quand on dit, je préfère de rnnurir arec vous, mourir n'est pas présenté connue un pur nom, parce que les mois arec vous, dont il est accompagné, le ramènent a la nature du verbe. Dans ce dernier cas, il faut employer la préposition </? ; dans le premier, il faut la 'supprimer. Les deux exemples de Buffon ne prouvent donc rien en faveur de l'opinion de Féiaud Dansb' premier, oh /^je/'ère d'élever des aigles mâles pour la chasse; ces mois, des aigles viâles pour la chasse, qui sont le complément du verbe ékrer, indi(iuent que cet infinitif est pris dans le sens d'un verbe, et non absolument dans le sens d'un nom. Il fallait donc metlie de. Dans le second, je préfère de périr avec eux, avec eux rappelle aussi l'infinitif périr à la nature du verbe, et empêche qu'on ne puisse le considérer comme un nom ; il fallait donc aussi employer la préposition. Il faut donc dire, je préfère mourir plutôt que de vivre dans ^ignominie, et je préfère de mourir avec vous, plutôt que de vous trahir ; je préfère périr plutôt que de m'avouer coupable, Cl je pré f ère de périr dans les tourments , plutôt que de m'avouer coupable. — S'il est simplement question de manger, on dira, je préfère manger; mais s'il s'agit de décider entre deux sortes de mets, et que le verbe manger so\\. présenté avec un régime, il faudra dire, je préfère de manger du poulet, et non pas, je préfère manger du poulet, sans préposition. — Fn un mol, toutes les fois que l'infinitif est présenté conune un nom pur, il est complément direct du verbe, comme tout autre nom. On ne dit pas je préfère de la mort; on ne doit pas dire davantage je préfère de mourir, quand mourir est un nom comme la mort en est un.

Préfix, Préfixe. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Jour préfix, terme préfix, somme préfixe.

l'RÉjnDiciAniE. Adj. des deux genres. Il est toujours suivi de la préposition à, et ne pcMt être placé avant son subst. : Chose préjudiciable à la santé, à l'honneur.

Préjcgfr. V. a. de la 1" conj. Dans ce verbe, le g doit toujours se prononcer comme un j ; et pour lui conserver cette prononciation, lorsqu'il est suivi d'un a ou d'un o, on met un e muet avanl cet a ou cet o : Je préjugeai, préjugeons; et non pas, je préjugai, préjvgons.

Préliminaire. Adj. des deux genres. Il suit toujours son subst. : Discours préliminaire , question préliminaire. — Articles préliminaires.

Préuminairement. Adv. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe : Il a exigé pré-

PRE

Uminaireineiit que..., ou il a préliminairement exigé que...

Pf.ÉMATur.K, PRÉMATonKE. Adj. 11 nc se met iju'apics son subsl. : FruU prémuluré. — Esprit prématuré, sagesse prématurée. — Entreprise prématurée , démarche prématurée.

PnÉMAïuniiMEiNT. Adv. Il uc se inel qu'après le verbe: f^ous avez fait préinalurétnent toulesces démarches, et non pas, vous avez prématurément fait.

Pkémices. Subst. f. i>lur. Ce mot désigne les premiers fruits de la terre ou du bciail, et ligurémenl les preinièies productions de l'esprit, les premiers mouvements du cœur, les premiers iruits d'une entreprise, d'un iégi;c, etc. :

Toujours la tyrannie a d'heureuses prémices.

(Rac, Britan., act. I, se. l, 33.)

Cependant Rome entière, en ce même moment. Fait des vœux pour Titus, el, )u; des sacrilices. Do son règne naissant célèbre les prémices.

(lUc, Bcrén., act. I, se. T, 3ô.)

Féraud a dit, à l'occasion de ce vers : On dit les préj/iices de mon travail; on peut donc dire aussi les prémices d'un règne, c'est-à-dire ses commencements.

Ma main de cette coups cpanctie les prtmicee.

(RkC, Britan., act. V, se. v, 9.)

Déjà coulait le sang, premiers du carnage.

(RaC, Jphig.. act. V, sc.vi, 23.)

De la Tengeance au moins j'ai goûté les/ire'mîefs. (Volt., Oreste, act. III, se. Vlll, 2i.)

La mort de Coligny, prémices des horreurs, N'ittait qu'un faible essai de toutes leurs fureurs.

(Volt., Ilenr., II, 247.)

...EupUémon qui, malgré tous ses vices.

De Tolre cœur eut les tendres prémices. (Volt., Enf. prod., act. III, se. ii, 45.)

Premier, Premii^re. Adj. En prose, il se met ordinairement avant son subst. : Le premier homme, le premier du mois; en vers, il le suit quelquefois :

De ces chagrins mortels son esprit dégagé Souvent reprend sa foi ce et sa splendeur première. (Volt., Sémir., act. I, se. i, 52.)

Premièresiekt. Adv. 11 n'est guère employé que suivi des mots secundemc/tt, en second lieu, ensuite, OU autres expressions semblables. Ou le met ou au comuicnecnient de la i)lirase, ou après le verbe, ou entre l'auxiliaire et le participe ; Premièrement, je vous parlerai de ce qui est arrivé; en second lieu, je vous en expliquerai les causes. Il a parle premièrement de su situation, il a premièrement parlé de su sitvation.

Prémisses. Subst. f. plur. 11 se prononce comme prémices, mais il s'écrit avec deux s. Il signifie, en terme de logiipie, les deux premières propositions d'un syllogisme.

Pr.EivABLi;. Adj. des deux genres. 11 suit toujours son subsl. : Cette place est prenable. On l'emploie ordinairement avec la négative : Celte ville n'était prenable que par cet endroit. Cette place n'est prenable que pur la faim. Cet homme n'est prenable ni par or ni par urgent.

PRE

Prenant, Prename. Adj. verbal tiré du v. prendre. Il n'est d'usagequ'cn termes de finances, partie prenante, et en termes d'bistoirc naturelle, où il se dit de la queue de certains anintaux, qui s'en servent pour s'aitaclier, pour se suspendre : Cet animal a la queue prenante. — Ou dit aussi iwpulairement, carêine-prenant, pour dire le mardi gras.

Prendre. V, a. et irrègulicr de la 4° conj. Voici comment il se conjugue :

Indicatif. — Présent. Je prends, tu prends, il prend ; nous prenons, vous prenez, ils prennent. — Imparfait. Je prenais, tu prenais, il i)ienait; nous prenions, vous preniez, ils prenaient. — Passé simple. Je pris, lu pris, il prit; nous primes, vous prîtes, ils prirent. — Futur. Je prendrai, tu prendras, il prendra ; nous prendrons vous prendrez, ils prendront.

Conditionnel. — Présent. Je prendrais, tu prendrais, il prendrait; nous prendrions, vous prendriez, ils prendraient.

Impératif. — Présent. Prends, qu'il preime; prenons, qu'ils prennent.

Subjonctif. — Présent. Que je prenne, ipie tu prennes, (]u'il prenne; que nous prenions, (jue vous |)icniez, (|u'ils prennent. — Imparfait. Que je prisses, que lu prisses, qu'il prit; que nous prissions, que vous prissiez, qu'ils prissent.

Participe. — Présent. Prenant. — Passé.

Pris, prise.

Il forme ses temps composés avec le verbe auxiliaire avoir.

Voici quelques exemples de la manière dont les poêles emploient ce verbe :

Si tu venais d'entendre Quel funeste dessein Roxane vient de prendre,

(Rac, Baj., act. I, se. ir, 4.)

J'ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur. (Rac, Phèd., act. I, se. m, 156.)

Ne rougis point de prendre xine voix supptiantr. (Idem, act. 111, se i, 74.)

Si ce front est malpropre ù m'acqnérir le votre, Quand j'en aurai dessein, j'en saurai prendre un autre. CoiiN-, I\'icom., act. I, se. Il, 5.)

Voltaire dit, au sujet de ces vers : Prendre un front es[ un barbarisme. On dit bien, il prit un visai/e sévère, un visa(je serein; mais, en général, on ne peut pas dire prendre un front, parce qu'on ne iieut pas prendre ce qu'on a. 11 faut ajouter une épilhéle qui marque le sentiment (ju'ou prend sur son front, sur son visage. [Remarques sur Corneille.)

Se prendre, s'en prendre. Voyez En.

Prendre parti, toul seul, signifie s'enrôler pour servir a la guerre : Il a pris parti; il api-is parti dans mon régiment. — Prendre parti signifie aussi s'attacher au service de ijuelqu'un; mais alors on marque toujours avec qui on s'engage : Il a pris parti avec M. le duc. — Prendre son parti veut dire se résoudre: J'ai pris mon parti; elle prit son parti sur-le-champ . — Prendre le parti de quelqu'un, c'est se mettre de son côté, le défendre : // faut prendre le parti des malheureux, des gens qu'on opprime, qu'on calomnie, qu'on per.iécute ; c'est un devoir de l'humanité. Voyez Parti.

On dit prendre confiance en quelqu'un, en parlant de l'assurance qu'on a de la probité, de la discrétion de quelqu'un ; et on dit aussi prendre

PRE

xonfuince en quelque chose , quoi (|U en disciil Bouliours cl Wailly, qui veuleiil qu'en parlanl des clioscs on ein|iloic la prépiisiliuii à, cl qu'on iiie prendre confiance il u /te affaire. Celle |ilirase n'ihdiquanl point un but auquel lend l'ailion du verlie, mais une chose prise dans la cliose uicme, In proposition à ne peut cire employée a exprimer ce rapport. 11 fauldirc connue l'enseigne Marniunlel dans sa granunaire, prendre confiance en /(/ prt'biié de quelquvn. — En IS35, l'A'jadémic donne pour exemple : Prendre confiance dans l'avenir.

Prendre garde exige le subjonctif dans la proposition subordonnée:

Prend» garde que jamais l'aslre qui nous éclaire Ne le Toie en ces lieux mettre un pied téméraire.

iRic, P/i«d.,acl. IV, se. ii, 27.;

Dans ce cas, on supprime /)a.y on point.

Préparatio>. Aoyez Protose.

Préparatoire. Adj. des deux genres qui ne se mel qu'après son subsl. : Procédures préparatoires, sentences préparatoires.

PRÉP0.^t)ÉRA^•T, Prépondêrame. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : f^oix prépondérante.

Prépositif, Prépositive. Adj. Terme de grammaire, qui s'emploie aussi substantivement. On appelle particules prépositives, ou prépositioiis inséparables, des parties élémentaires qui entrent dans la composition df^s mois , comme ad dans adjoint, in dans infini, etc. "\'oyez Purticvle.

On appelle adjectifs prépositifs , ou, substanlivcnient, prépositifs , certains petits mots qui ne signifient rien de physique, qui sont identifiés avec ceux devant lesquels on les place, et les font prendre dans une acception particulière. Tels sont le, la, les, ce, cet, cette, ces, certain, quelque, tout, chaque, nul, aucun, mon, ma, mes. On appelle prépositif défini, le, la, les, soit qu'il soit simple, soit qu'il soit compose des j)répositions d ou de. Ainsi du, au, des, aux, sont des prépositifs définis, parce qu'ils ne se mettent que devant un nom pris dans un scnsprécis, circonscrit, déterminé et individuel. Ce, cet, celte, est aussi un prépositif défini. Les autres prépositifs, tels que tout, }iul, aucun., chaque, quelque, un, dans le sens de quidam, ont chacun leur service particulier. Voyez Adjectif et Irticle.

Préposition. Subst. f. Terme de grammaire. Les prépositions sont des mots qui expriment ou indiquent des rapports entre deux termes, dont l'un se noniinc rantécédcnt, et l'autre le conséquent. Quand je dis, le livre de Pierre, de exprime un rapport entre le livre cl Pierre. Le livre est l'antécédent, Pierre le conséquent, et d^ la préposition qui marque le rai)port entre l'un et l'antre.

Le terme antécédent est un mot dont le sens, général par lui-même, est susceptible de différents degrés de détermination et de restriction, et la préposition, avec le conséijuent qui en complète le sens, exprime cette déterminrilion ou cette restriction. Ce mot, le livre, a par lui-même un sens général susceptible de différents degrés de détermination et de restriction : il peut appartenir à Pierre ou à Paul, à Jean ou à Jacques; de Pierre restreint ce sens général.

Les mots susceptibles d'étrë les antécédents d'une préposilion sont les noms appellatifs, comme livre; les adjectifs, les verbes cl les adverbes. Quand je dis l'exercice est utile à la santé, le

PRE

sens général de l'adjectif utile est détermine par les mots à la santé, c'est-à-dire jcir la jjréposition d et le terme con^cMiucnt la santé. Il en est de même dans je travaille à un pué'ine ; le sens généraldu verljeje/z-aiv/iV/cest déterniiné para un poème ; de inèine aus>idans caurur/e:/ se ment sans témérité, où l'adverbe courageusement est déterminé par les mots sans témérité, c'est-à-dire par la préposition sans, et le terme conséquent témérité.

Le terme conséquent devant énoncer le terme du rapport dont la iiréposition est le signe, ne peut être qu'un mot qui présente à resjiril 1 idée d'un être déicnniné, et lels sont les noms, les pronoms et les infinitifs, qui sont une cs|>èce de noms.

Quand je dis le livre de, utile ci, je travaille à, courageusement sans, les rap|)ortsne sont qu'annoncés, les sens ne sont pas coinjjlcts ; il faut, pour les compléter, que les consé(iuents soient exprimés. Le conséquent sort donc à compléter l'idée totale du rajiport (|ue l'on se propose d'énoncer, et c'est pour cela que les grammairiens l'appellent le complfinenl de la préposition.

II suit de ce qu'on vient do dire, 1" que toute préposition a nécessairement pour complément un nom, un pronom, ou un infinitif; 2' que la préposition avec son complément forme un complément total délerminatif d'un nom appellatif, d'un adjectif, d'un verbe ou d'un adverbe qui est le terme antécédent du rajiport : Je travaille pour vous ; le pronom vous est le complément de la jiréposition pn?/r, et pour row* est le complément délerminatif du verbe travaille. La nécessité de 77J0!/7'ir,- l'infinitif j.iom;'î/- est le complément de la préposilion de, et de mourir est le complément doterminatif du nom appellatif nécessité. Utile à la santé; le nom appellatif Za santé df'l le complément de la préposition à, et à la santé est le complément délerminatif de l'adjectif utile. Prudemment sans anxiété, eourageusement sans témérité, noblement sa7is hauteur ; les noms appellatifs anxiété, témérité, hauteur, sont les compléments des trois prépositions saiis; et sans anxiété, sans témérité, sans hauteur, sont les complénaents déterminât ifs des ad verbcspr«(fe/rt.7ftcwï,coMra^eM.'fe7fte7j/, noblement.

Selon les grammairiens, il y a des prépositions simples, dans, pour; et des prépositions composées, à l'égard de, à la réserve de. Mais pourquoi appeler prépositions des substantifs qui sont précédés d'une préposition et suivis d'une autre? Si l'on ne veut jtas tout confondre, il faut toujours rapiielcr les expressions aux premiers éléments du discours.

Le rapport qui est entre deux mots n'est pas toujours le même. Ainsi, entre ces mots, je suis et l'iju, il peut y avoir une multitude de ra[>ports, comme, je suis dans l'eau, je suis sur Veau , je suis sous l'eau, je suis devant Veau, je suis derrière V eau, je suis contre Veau; et les mots dans, sur, sous, devajit, derrière, contre, sont des prépositions qui déterminent ces différents rajjports.

Quelipiefois on indique un rapport par la place seule que les mois occupent dans la jiroposition ; c'est ainsi, par exemple, ((u'esi exprimé un rapport entre un verbe actif cl son régime direct. Dans Pierre aime Paul, le rapport entre le verbe aime et le substantif Paul e^t suffisamment exprimé par la place de ce dernier après le verbe. Los prépositions sont indispensables toutes

PRÉ

les fois que le rapport ne peut pas être déterminé ainsi.

Les prépositions considérées seules ne sont que des signes généraux et indéterminés des rapports. Elles font abstraction de tout terme antécédent et consciiuent, et cette indélormination en rend l'usage plus généi'al, par la liberté d'a[)pliquer l'idée de chaque rapport à tel terme, soit antécédent, soit consoi]ucnt, ipii peut couvenir aux différentes vues de l'énoncialion. Mais nulle préposition ne peut clreemploycedans le discours sans ètrcappliiiuée actuellement a un terme antécédent dont elle restreint le sens général par l'idée dont l'Ile est le signe, et sans ètrcsuivicd'un terme consé(picnl qui achève d'individualiser le rapport indiqué d'une manière vague et indélinie dans la préposition.

II y a des propositions qui, en indiquant le terme conséquent d'un rap()ort, expriment en même temps ce rapport, et d'autres qui se bornent à indi(|uer le conséquent d'un rapport déjà exprimé. Quand on dit Pierre ressemble à son frère, le verbe ressemble exprime le rapport qui est entre Pierre et son frère, et la préposition à se borne à indiquer ao?» frère comme second terme de ce rapport. Mais aans le livre de Pierre, la préposition de, qui indique le second terme, explique encore le rapport d'appartenance du livre de Pierre. Elle modilie donc le premier terme le livre, auijuel elle ajoute la qualité d'appartenir.

Il aurait été à désirer, pour In clarté et la précision de notre langue, qu'une préposition ne marquât qu'un seul rapport. Mais il n'eu est pas ainsi, et les mêmes prépositions, loisqu'elles se bornent à indiquer le second terme d'un rapport, sont employées dans des cas différents. En effet, il y a bien de la différence entre aller à Paris et être à Purii, et cependant nous emj)loyons dans l'un et l'autre cas la même préposition à. C'est que cette préposition indique seulement losecond terme Paris, et que le rapport est exprimé par les verbes aller et cire. Mais parce qu'on a cru voir dans être dans le royaume, être m Italie, être à Rome, plus de ressemblance qu'il n'y en a, on a dit que des prépositions différentes sont employées dans des cas semblables; c'est une erreur.

Le premier emploi des prépositions a été de marquer des rapports entre les objets sensibles. Mais parce que les idées abstraites, exprimées par des noms substantifs, prennent dans notre imagination presque autant de réalité que les choses en ont au dehors, elles peuvent être considérées comme ayant entre elles des rapports à peu i)rès semblables à ceux qui sont entre les objets sensibles. C'est pourquoi on dit, de la vertu au vice, comme on dit, de la ville à la campagne ; on n'est pas dans la Jeuiicsse, comme ou est dans la maison; mais l'analogie qui est entre ces deux noms, comme substaïuifs, a fait employer la même préposition devant l'un et l'autre.

Par la une môme préposition est usitée dans des cas différents, et quelquefois les dernières acceptions ressemblent si peu aux premières, i]ue si on ne saisit pas le fil de l'aualogie, il ne sera pas possible de rendre raison de l'usage. En voici quelques exemples.

De la prêpositvJn à. — On dit je suis à Paris, je vais a Paris ; et cette préposition, dans l'une et l'autre phrase, se borne à indiquer un lieu comme terme d'un rapport. — Il y a beaucoup

PRÉ

d'analogie entre la manièru d'être dans un lieu et celle d'être dans le temps : on dira donc, à une heure, à midi, à l'afenir. — Il y en a encore entre les lieux et les circonstances où l'on se trouve, et l'on dira, a ce sujet, à cette occasion.

— Ce (lue nous appelons substance ne se montre à nous que par les manières d'être (pil jiaraissent rcnvelojiper: c'est une chose qui existe comme au milieu d'elles. Il y a donc de l'analogie entre être dans un lieu, et exister ou agird'une'cerlaine manière, être a pied, a cheval, prier Dieu à mains j'intes, recevoir à bras ouverts. — Dès lors on dira par analogie à ces derniers tours, peindre h l'huile, travailler à l'aiguille, j)arce que ce sont là des manières de peindre et de travailler. — Tout terme auquel une chose tend est analogue au lieu ou l'on va. Donner à son ami, àter a son ami, parler à son ami. S m ami est le terme des actions de donner, d'ôter et de parler. Celle analogie est encore plus sensible dans en venir à des injures, à des reproches. — Table à manger, maison à vendre, action à raconter, homme à 7iasardcs, parce que la fin, ainsi (pie l'usage qu'on fait d'une cliose, est conmie le terme auquel elle tend. — Par la même raison on emploiera cette préposition lors(pron parlera des dispositions d'une personne: Homme a réussir, à ne pas pardonjier. Ces exemples .suffisent pour faire comprendre (]ue les usages de celte préposition sont tous analogues, quoi(iu'ils paraissent d'abord avoir peu de rapport les uns aux autres. Voyez ^.

De la préposition de. — Cette préposition inaniue le lieu d'où l'on vient, et, par analogie, tout terme d'où une chose commence. Du mutin au soir, d'un bout à l'autre, du commencement à la fin, de Corneille d Racine. — On dit près, loin de Paris, parce que Paris est un terme sur lequel l'esprit se porte pour revenir de là à la chose dont on parle, et en marquer la situation.

— Il y a quelque analogie entre le rapport de situation et le rapport d'appartenance; car on est comme différemment situé, suivant les choses auxquelles on appartient : Le palais du roi, les mouvements du corps, les facultés de l'âme. — Les rapports de dépendance sont analogues au.x rapports d'appartenance, et il y en a de plusieurs espèces; l'effet à la cause, les tableaux de Raphaël; au moyen, saluer de la main; à la manière, parler à'nn ton bas; à la matière, vase d'or. — Nous dépendons des qualités dont nous sommes doués; homme d'esprit, de sens, de cœur; — des principes (jui nous changent ou ipii nous affectent : accablé de douleur, comblé de bonheur, mort de chagrin. — Le genre dépend de l'espèce qui le détermine : La faculté de lu vue, de l'ouïe, de l'odorat; car la significiilion du mot /àci/i^e est déterminée par les mots ri<c, ouïe, odorat, et par conséquent elle en dépend. — Les parties appartiennent à leur tout : Moitié de, quart de, c'est pourquoi l'on emploie cette préposition lorsqu'on ne veut parler que d'une partie, et on la retranche lorsqu'on parle du t(jut Perdre l'esprit, c'est perdre tout ce ((u'on eu a ; avoir de l'esprit, c'est avoir une partie de ce qu'on nomme esprit; et il y a ellipse, car le premier terme du rapport est sous-entendu. On dit également, y'at delà raison, \iO\xv j'ai, une partie de la raison; et j'ai raison, pour j'ai toute la raison qu on p^-ut avoir dans le cas dont il s'agit.

— Une chose peut être regardée comme appartenant a la collection d'où elfe est tirée. D'ailleurs il y a beaucoup d'analogie entre être tiré et venir

PRÉ

dt On tluit donc dire, c'est un des htmmes des vlus savants; car le sens est, cet homme esttur. ^'e„lre les phis savants. Au contraire, un dira . c'est l'pinion des Jwmmes les pins savants, Dane.i» alors /iom/«w n'est pas pris comme une Kirlie des plus savants, mais comme tous les plus Lvams ensemble. Voyez De. - U laul rcn.ar- (luer (lu'il y a ellipse toutes les fois (lue les picposilions à et de se construisent ensemble. Puismrelles indiiiueul des termes diflcrents, elles ne ireuvenl se réunir que lorstiu'on sous-cntend les mots »iui dcvraienl les séparer. Il s'est occupe a des nuvraç/es utiles, sijjninc donc à quelques-uns des ouvrages utiles.

Dans les exemples que nous venons de i.ipportcr l'analucic maniue sumsammciil les dilférenlcs acceptions de ces prépositions; mais dans d'autres le lil en devient si délié, (lu il cchappo tout à fait. C'est pourquoi il semble <iu'on puisse alors les employer indifféremment l'une pour l'autre (,;cpendaiit elles ne sont jamais synonymes; el il y a de la différence eutre continuer de palier, et continuer à parler. U en est de même des tours où nous croyons pouvoir, a notre choix, employer ou retrr.ncber la préposition Tel est, il espère de réussir, il espère réussir. Voyez Pre'/iirer.— Nous employons souvent la préposition de avec ellipse, d'où il arrive que nous apercevons moins facilement lespc e de rapport qu'elle exprime. Par exemple on ne verra lias que dans marcher de jour, de nuit. Je marque le rapport de la partie au tout, si on ne sait pas que celle expression revient a celleci : Marcher en temps de jour, marcher en temps de nuit.

Des prépositions dans e< en. — On dit, dans vue maison, dans ce temps, dans cette année; cl par analogie, dans le désordre, dans Ze p/«t5tr, dans la prospérité. — ^ désigne seulement le lieu où est une chose; dans le désigne avec un rapport du contenu au contenant. Je partirai dans le mois d'arrii, signifie avant la fin ou dans le courant du mois. Au contraire, je ferais entendre (lue je iiartirai dès le commencement, si je disais, je partirai au mois d'avril, ou, en supprimant' la préposition, je partirai le mois d'avril. Voyez Da7is.

De la préposition par. — Comme préposition de licu,;j(u- indi.iue l'endroit par où une chose passe : ailer par les rues, par monts et \y,\V vaux , passer \YM- la ville; et, par analogie, passer par l'élamine,\)i\Tde rudes épreuves, par le plaisir, par les peines. — L'n effet peut être en (pielque sorte considéré comme passant par la cause qu: le iirodiiit : tableau fait liar Bubens, tragédie faite par Rncuw. — Mais dés que pur induiue le rapport de l'effet à la cause, il indiquera encore les rappuiis <iui sont à peu prés dans la même analogie : celui de rcffet au moyen, élevé iiar .vtA intrigues, connaître \yav la raison; au motif, 5e refuser tout par avarice, agir par intérêt, [):n- ressentiment; à la manière, paWer par énigmes, se conduire \)-dT coutume, rire par intervalles. En voila assez pour faire connaître comment l'analogie a étendu chaque préposition à des usaces «liffércnls; on peut soi-même s ainuser à chercher d'autres exemples. Mais U laut commencer toujours par observer comment es préiKisiiioiis ont d'abord été employées avec des idées sensibles, el chercher ensuite par (piellc analogie on en a fait usage avec des idées abstraites.

On compte dans la langue française quaranle-

PRÉ

huit prépositions, c'est-à-dire celles seulement que les grammairiens appellent simples. ISou» avons expliipié, à chacune d'elles, les difficultés dont elles peuvent cire susceptibles.

Les grammairiens distinguent des prépositions de lieu, d'ordre, d'union, de séparation, d'opposition, de but, de cause, de moyen, de spécification. On pourrait étendre cette division beaucoup plus loin, car les rapports (lu'expriment les piéiiosilions sont très-variés el trés-nombi eux.

Passons à quelques régies générales (pie donnent les grammairiens sur les pi éiiosilions . et rapportons les observations qu'ils uni faites sur celte partie du discours.

lo 11 y a (pieliiues prépositions qui en régissent d'autres. Telles S' nt de, hors, excepté : Un tableau peint d\i\^yùs nature, distinguer ses anus d'avec ses ennemis, la partie d'en haut et lu partie dénias deux d'entre eî/^TjDe/j.vCHi ainsi, je viens de chez vous, de par le roi. — Il est hors de chez lui; excepté de le battre.

2" U en est du régime des prépositions comme de ceux des verbes.- Quand le régime de deux prépositions mises de suite tombe sur un même nom, il faut que ces deux prépositions deiiiandeiil le même régime, sinon le nom sur lequel tombent les différents régimes doit être répète, ou par lui-même, ou par un pronom, et accompagné du régime iiui convient à chacune des prépositions. On dira, vn homme qui écrit, selan les circonstances, pour ou contre un parti, est vn homme bien méprisable. La phrase est correcte, parce que les deux prépositions pour et contre souffrent le môme régime , c'esl-a-dire qu'on l^eut dire également pour un parti, et contre unpurti. Mais on ne pourrait pas dire, celui qui écrit selon les ciramstances, en faveur et contre un parti, etc., parce qu'ew faveur veut être suivi de la préposition de, ei que contre ne veut pas de prcpusilion a sa suite.

30 II y a des cas où il faut répéter les prépositions, el c'est surtout lorsque le sens est comparatif. Ainsi il faut dire, il n'y a point de capitaine parmi les Romains pour qui j'aie plus d'estime que pour Cé.wr, el non pas que César; il n'y a point de poète auquel je m'attuch» avec plus de plaisir qu'ix Horace, et non pas Qu'Horace; il n'y a point d homme sur qui je compte plus que sur lui; et ainsi d« toutes les autres prépositions. ...

En eénéral presque toutes les prépositions qui soni d'une seule syllabe veulent être répétées avant tous les noms en régime, toutes^ les fois qu'il y en a plusieurs : Dieu souffre qu'il y ait des malheureux pour exercer leur patience, el pour donner lieu aux riches de. pratiquer la libéralité. — La lecture sert a orner l esprit, a réqler les mœurs, et à former le juycmeni. — La patrie a des droits sur vos talents, sur vet vertus , sur vos sentiments et sur toutes vos actions.

L'Iiomme de bien, modeste avec courage,

El la beauté spirituelle et sage,

Sans biens, sanf nom, iani tous ces titres v»i«s.

Sont à mes jeux les premiers des humains.

(YoLT., Nan., acl. I, se. I, 115.)

-La conversation d'aujourd'hui est toute en saillies, en menus propos, en équivoques, en calembours, en jolis riens. rAn/.iPr les

Cependant on peut se dispenser de repeler les préixlsitions de el en loisciu'il y a une «numération a faire, couiinc dans ces vers ;

PRE

To'Jjoars lofés en de Irès-besi'x chdteauc De princes, ducs, comtes el cardinaux. . . Il voit partout de grands prédicateurs, Klclics prélats, casuistes. docteurs, Moines d'Espagne et nonnains d'Italie.

(VOLTAIHB.)

Eux, bien payés, consultèrent soudain, En grec, hébreu, syriaque, latin.

(Idem.)

Voyez Complément.

Près. Préposition. Elle veut être siiirie delà pféposition de : Près de vous, près de la maison, près de mourir. Cppcndant Wnilly remarque (]uc dans le discours familier, près "peut n'clre pas suivi de de, quand il a potu- roaime un substantif de plusieurs sylhibes : Près le Palais-Royal; mais qu'il régit toujours celte préposition quand le substantif est un monosyllabe : Près de lui, près de rous. — Près le Palais-Royal, près i'église, sont des expressions que l'usriîre a abusi-.'cincnt consacrées. Il est plus ngiilitM' dédire, près du Palais- lioyal, près de l'église. W n'y a que quelques expressions entièrement consacrées ou l'on puisse supprimer la préposilion de, comme ministre du roi près la cour d'Espagne, Passy près Paris, etc.

Cette préposition est susceptible de degrés de comparaison : Plus près, le plus près, très-près. — Quelquefois on la joint à un verbe, mais il la précède toujours : Fort près, très-prêt, extrêmejnciitprès. Racine a dit dans Esther (act. III ic. V, 16) : '

Seigneur, je clierchc, j'envisage Des monarques persans la conduite et l'usage. Mais âmes yeux en vain je les rappelle tous; Pour TOUS régler sur eux, que sont-ils près de vous?

Près de voue signifie ici à votre égard, en toviparaison de vous, au prix de ce que vous êtes. L'abbé d'Olivet doute que l'usage souffre celle manière de parler. L'abbé Desfontaines, au contraire, prétend que cette expression est d'usage, et qu'elle se trouve dans les bons auteurs. Vaugelas, ajouie l'abbé d'Olivet, dit que c'est un barbarisme. —Cela pouvait être de son temps; mais, comme l'a très-bien observé l'abbé Desfontaines, Vaugelas n'est plus un législateur, non plus que Patru, ni Ménage. Horace se moquait de ceux qui, de son temps, voulaient qu'on n'usât d aucun terme qui ne se trouvât pas dans les lois des Douze Tables. (Luneau de Boisiermain.)

Si près de Toir sur soi fondre de tels orages, L'ébranlement sied bien aux plus fermes courages. (Corn., Hor., act. I, se. i, 3.)

Si près de voir, dit ^'oltaire, n'est pas français ; Prts f/e veut un substantif: Près de la ruine, près d'être ruiné. [Remarques sur Corneille.) — Il faut que Voltaire ait rédigé cette remarque avec beaucoup de précipitation ; car il prouve lui-même la fausseté de son observation, en donnant pour exemide^jrèA- d'être ruiné. On trouve souvent dans ses ouvrases, et dans tous les bons auteurs, un verbe apré'sprè.? de :

Perce de coups lui-même, il est près de périr.

[Henr., VIII, 511.)

Je lui resUis encore, et tout près de périr Il n'avait plus que moi qui pût le secourir.

(/dem,III, 109.)

PRÉ 577

j Delille a dit aussi {Enéide, II, 79] :

I Sans cet aveuglement, sans le courroux des dieux,

IDans les flancs entr'ouverts du colosse odieux Nous aurions étoufTé les tléaux prés d'éclore.

On confond souvent près de ai prêt à; cepen- I dant ces deux locutions offrent un sens bien différent, el leur régime n'esl pas le même. Près de est une préposition qui signifie sur le point de, et prêt à est un adjectif qui signifie disposé à. — Près régit la préposition de, et prêt la préposition à : Il est près de mourir.

La mort ne surprend point le sage.

Il est toujours pr^t à partir.

(La Font., liv. VIII, fabl. i, 1.)

Près de mourir signifie sur le point de mourir; prêt à partir, veut dire disposé, ri-signé à partir. — Madame de Sévigné a dit : Elle est prête d'accoucher. C'est une faute ; il f;dl:iit près d'accoucher. — Rien n'est si commun dans les poêles que de prendre ces deux mots l'un pour l'autre.

. . . Ses rois, qui pouvaient vous disputer ce rang, Sont prêts, pour vous servir, de verser tout leur sang. (Rac, Iphig., act. I, se. m, 39.)

Loin de bliraer vos pleurs, je suis pr^t de pleurer {Idem, act. I, se. v, 12.)

Plus j'y pense et moins je puis douter

Que sur vous son courroux ne soil prêt d'éclater. {Idem, Àth., acl. I, se. I, 57.)

Je me sens prêt, s'il veut, do lui donner ma vie.

{Idem, act. lY, se. n, 10.)

. . . Sur eux quelque orage est tout prêt d'éclater. (Idem, act. II, se. viii, 5.)

Prêt d'imposer silence .i ce bruit imposteur.

{Idem, act. III, se. I, 9.)

Et les chefs de l'Etat tout prêt» de prononcer.

^YOLT., 3Iér., act. I, se. m, 3.)

Voyez Prêt; vous y trouverez tout autant d'exemples de prêt à. Je pense qu'il faut mettre la plupart de ces fautes sur le compte des imprimeurs.

Présager. V. a. de la 1'^ conj. Dans ce verbe, le ff doit toujours se prononcer comme /,• et, pour lui conserver celle prononciation lorsqu'il est suivi d'un « ou d'un o, on met un e muet avant cet a ou cet o: Je présageais, présageons, et non \)aiS je présagais, présagons.

Pr.ESBYTiiRAL, PnESBYTÉRALF.. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Maison preshytérale.

Prescrire. V. a., n. et irrég. de la 4' conj. Il se conjugue comme écrire. Voyez ce mot.

Préséance. Subst. f. On prononce ce mot comme si les deux mois dont il est composé étaient séparés, préséance. En conséquence, le s de séance est considéré comme une Iclire initiale, et conserve sa prononciation primitive se.

Présence. Subst. f. Racine a dit dans Phèdre (act. I, se. I, 29) :

Hé : depuis quand, seigneur, craignez-vous la présence De ces paisibles lieux, si chers à votre enfance?

Craignez-vous la présence de ces lieur^ iwur

578 PRE

dire craiçnc/.-vous d'ctrc présent à ces lieux? est une ilurdicsse poélitiiie contre laquelle on s'est élevé avec raison, parce que le mot présence ne s'applique point a un lieu, mais signilie seulement l'exislence d'une personne dans un liou.

A'« présence, régit ordinairement la préposition de : Cela s'est passé en présence de plusieurs personnes. En parlant des armées , on le met sans ré^'ime : Les deux armées étaient en présence. — Dans la langue ascétique, on l'emplaie avec l'arlide : Se mettre en h présence de Dieu. La Bruyère dit aussi, en la présence des mystères. ((!li. XV'. De la chaire, ]i. 392.) — En dS.iS, l'Académie l'emploie ainsi dans le langage ordinaire : Cela s'est passé en la présence, en présence de plusieurs personnes dignes de foi.

Piu'jsEKT, Pbésiiiste. Adj. Il se met ordinairement après sitn subsl. : Le temps présent, les affaires présentes. — Un homme présent, l'esprit présent. On dit familièrement, le présent porteur, le préseiit billet, la présente lettre.

Présent. Subst. m. On appelle ainsi , en grammaire, im temps dos verbes qui marque ((u'tme chose est ou se fait dans le moment de la parole. Quand je dis j'écris, c'est comme si je disais, j'écris actuellemejit.

On se sert aussi de ce temps pour exprimer une chose que l'on fait habituellement, ou l'élat habituel d'un sujet : Il aime la paix, il llâme tous les excès. Il se lève tous les jours à cinq heures. Il est sobre.

Les choses d'une vérité éternelle, étant toujours les mêmes, doivent être indiquées par le présent : Dicti est étemel. Deux et deux font quatre.

Quelquefois, pour donner plus de vivacité au discours, on emploie le présent au lieu du futur. Je pars demain, il revient ce soir. Mais dans ce cas on ne peut l'employer que relativement à un futur prochain. On ne dirait pas je pars dans quinze jours, il revient dans un an.

Le présent s'emploie aussi pour désigner le futur, (juand il est précédé du mot si exprimant une condition :

Si Titus a parlé, s'il l'épouse, je pars.

(Rac, Bérén., acl. I, se. m, 80.)

Enfin, on fait usage du présent pour exprimer un passé, afin de réveiller l'attention et de frapper forloinenl l'imagination , comme dans ces vers de Racine {Phèdre, acl. V, se. vi, 60) :

J'ai TU, s'jigneur, j'ai tu voire malheureux Cls Traîne par les chevaux que sa main a nourris. Il veut les rappeler, mais sa voix les effraie.

Ce dernier vers est un tableau que la forme du présent met sous les yeux. Si Racine eût dit : R a voulu les rappeler, mais sa voix les a effrciyés, ce n'eût été qu'un simple récit.

Toutefois, quand on emploie le présent pour marquer un passé, il faut que les verbes ([ui sont en rapport dans la même phrase soient aussi au présent. Racine aurait fait une faute en disant : // veut les rappeler, mais sa voix les a ef- Viyés. \ oyez Temps, Ferhe.

:»RÉSENT. Subst. m. Don. Voyez ce mot.

L'Académie, dans l'édition.de 1798, ne dit point les présents du ciel, expression que les poètes

mploient souvent :

S«s prcsflil» (du ciel) sunl souvent la peinj de nos crimes. (Ric, Phèd., act. V, se. m, ÎS.)

PRE

Détestables flatteurs, présent le plus funeste Que puisse faire aux rois la colore céleste.

{Idem, acl. IV, se. vi, 112. i

— Celte expression a trouvé iilace dans l'édilioa de -1835.

PnÉsENTABLic. Adj. des dcux genfcs quï nc sc met qu'a])rés son subst. : Un fruit , présentable, une personne présentable.

Présentement. Adv. 11 ne se met qu'après le verbe : Je le quitte présentement.

Présenter. V. a. de la i" conj. Ce mol ne signifie pas toujours olfrir quelque chose ; il signifie aussi montrer en menaçant: Il luiprésenta le poignard :

.... Présentant la foudre à mon esprit confus. Le bras déjà levé, menaçait mes refus.

(Rac, Jphig., act. I, se. I, 87.)

* Présenteur. Subsl. m. Mot nouveau employé par Voltaire : Je tâche surtout d'être estrêment court dans mes demandes, car il m'a paru que /«".y présenteurs de requêtes sont presque toujours d'une prolixité insupportable.

PnÉSEnVATiF, Préservativr. Adj. qui ne se met (ju'aprés son S'jhsl. : Remède préseieatif, 11 s'emploie plus souvent subslantivement.

Présidul. Adj. qui se met toujours après on subst. : Siège présidial , sentence présidiale , cas présidiaux.

Présomptif, Présomptive. Adj. qui ne se met (]u'aprés son subst. ; Héritier présomptif .

Présomptceusement. Adv. Il ne se met guère qu'après le verbe : // s'est engagé présomptueusement dans cette affaire.

Pr.ÉsoMPTDEox, Présojiptuecse. Adj. On peut le mettre avant son subst., lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent: Un Jwmme présomptueux, c'est un présomptueux mortel; une confiance présomptueuse, une présomptueuse confiance. Voyez Adjectif.

Presque. Adv. Il se met après le verbe dans les temps simples : Ce n'est presque rien, il ne pouvait presque pas parler. Dans les temps composés , on le |)lace entre l'auxiliaire et le participe .- Je ne l'ai presque pas vu. — On dit presque personne ne l'a vu, et non pas, personne presque ne l'a vu. Je sais que La Bruyère a dit personne presque n'est en état de se livrer au plaisir que donne la perfection d'un ouvrage. ( Ch. I. Des ouvrages de l'esprit, p. 257. ) Mais ce tour n'est plus usité aujourd'hui; il faut dire, presque personne, etc. 11 esl aisé d'en sonlir la raison. Il esl dans le caraclèrc de la langue française que les premiers mots d'une phrase soient déterminés le plus tôt qu'il est possible. Quand on dit personne presque, le mot personne indique une exclusion générale, puis le xao\. presque indique que cette exclusion n'est pas entière; de sorte que l'esprit, trompé sur l'idée qu'il s'est faite du sens du Vi\o\. personne, est obligé de revenir sur ses pas pour s'en faire une auire moins étendue. Au lieu que lorsqu'on dit presque personne, presque indicpie d'abord une restriction, et lorsqu'on lit ensuite personne, ce moïse présente avec la juste signification (pi'on a voulu lui donner. Massillon a dit aussi, chaque siècle presque en a vu de tristes exemples. 11 fallait dire, presque chaque siècle en a vu de tristes exemples,

La mauvaise construction de cet adverbe peut occasionner des contre-sens. M. Arnaud a dit: C'est une faute qui .te trouve presque daiis toutes les éditions de Cicéron. Dans celte

PRE

phrase, presque parait se rapporter à r/ui se trotivr. et dans le sens de l'auleiir, il se rapporte à Ifiulesles éditions. Il fallait dire, qui se trouve rfaw s presque toutes les éditions de Cicéron.

l.V final de ce mol ne s'elide que dans presqu'île. On écTJl sans aiiostruphe . un ouvrage presque achecé, presque aussi avancé, presque usé. Voyez Apostrophe.

Pr.ESQc'ii-E. Subst. f. Péninsule, terre presque entourée d'eau, et (]ui ne tient au continent que par '!n bout. Fcraud observe que péninsule est plus latin et plus savant; et que presqu'île est plus français cl jdusdu langage ordinaire. — Il me semble «lue l'usage met uneaulre différence entre ces deux expressions. Par presqu'île, on entend une pnrlie de terre joinie à une autre par une langue élroilc, c'esl-à-dire par un isthme. Maislorsijuc des jjarties de terre qui s'avancent dans la nier sont jointes au reste du continent par un large trajet, on les désigne ordinaireuient par le moF de péninsule. Ainsi l'on dit la presqu'île de Corinthe, et on appelle péninsules, l'Italie, l'Espagne, etc.

Press.xm.ment. Adv. Instamment, d'une manière pressante. C'est un ir.ot inusité que l'on trouve dans le Dictionnaire de l'Académie. Malgré celle autorité il faut se garder de s'en servir.

Pressant, Pressante. Adj. verbal tiré du v. presser. 11 ne se met qu'après son subst. : Un homme pressant, une femme pressante. — Une recommandation pressante, des prières pressantes, des rais 'lis pressantes. — Une douleur vressante, une affaire pressante, une occasion pressante.

PnEssE. Subsl. f. Foule. En ce sens, il est admis daus le style noble :

Dq peuple épouvanté j'ai traversé la presse.

(IIac., Anàrom., act. Y, se. m, -9.

Féraud prétend qu'on dit me foule, une multitude, et qu'on ne dit point une presse. C'est une erreur. On dit il y a une grande presse à la porte de ce spectacle, et la phrase suivante de Voltaire, que Féraud trouve exlraoïdinaire, est toute naturelle : Oui, j'ai vu Paris, c'est un chaos, c'est une presse oii tout le monde cherche le plaisir, et où personne ne le trouve. — On ne dit pas, comme le prétend Féraud, qu'wn ouvrage est «oms la/?rc*se, mais î\\x'ilest sous presse.

Pressentir. V. a. et irrég. de la 2' conj. Il se conjugue comme sentir. Voyez IrréguUer.

Presser. V. a. délai" con,. Voici quelques exemples de l'emploi que les poêles font de ce verbe :

Je lis dans tos regards la douleur qui tous prêtée. (Rac, Iphig., ad. III, se. ï, 45.)

Cruels, sauvez Alzir«, etpresseï mon supplice.

(Volt., AU., act. Y, se. tii, 1.)

Tmdis que sous le joug de ses maîtres avides Yalois pressait l'État du fardeau des subsides.

(Volt., Henr., III, 63.)

Tout est dans l'épouvante, et de leurs bras tremblants Les mères sur leur sein ont preité leurs enfants.

(Delil. , Éneïd., VII, 711.)

Presser, devant un infinitif, régit la préposition de: Pvecsez-lc do partir. Il me presse de

PRE

conclure ce marché. Racine fils a dit : X:pharès presse Monime à consentir à l'hymen de son père. Il hï\h\\i de consentir.

Preste. Adj. des deux genres. 11 ne se met qu'après son subst. : Un homme preste, un tour preste, un coup preste. — Une répunse preste.

Prestement. Adv. On peut quelquefois le mettre entre l'auxiliaire et le particijje : // « in-esie ment sauté sur son cheval.

Puésdmable. Adj. des deux genres. Féraud di; quel'usagecn cslau moinsdouieux. Cependant i' n'y a personne qui ne l'ail lu, ou entendu dire ■ Cela n'est pas présumable, le cas n'est pas présnmahle, il n'est pas présumable çwe... Il signifie (ju'on [leut ou qu'on doit présumer, et ne se met (|u'aprcs son subst. — En 1835 l'Académie l'admet.

Préscmk.r. V. a. de la 1" conj. Ce verbe régit l'indicatif quand la phrase est allirmalive, et le subjonctif quand elle est négative : Je présume qu'il est malade, je ne présume pas qxi'il soil malade.

Présupposer. V. a. de la 1" conj. Quoique le s de ce mot soit entre deux voyelles, on ne le prononce pas conuae un z. Co mot étant comjjosé des deux mots /)»•<;' et supposer, on les considère comme séparés, et par conséquent le s de supposer comme une lettre initiale qui conserve sa prononciation primitive. Il en est de même de présupposition.

Présdpposition. Subst. f. Voyez Présupposer.

Prêt, Prête. Adj. Il ne se met qu'a[)rcs so-' subst. Il régit à devant les noms et les verbes Il est prêt à tout, il est prêt à partir. Il faut £ carder de confondre prêt à, cl près de. Voye Près.

Déjà même Hippolyte est tout prêt à partir.

(Rac, Phèd., act. I, se. iv, 16.)

Je vois, malgré vos soins, vos pleurs prêts à couler. (Rac, Mithr., act. Il, se. iv, 55.)

Achille menaçant, tout prêt à l'accabler.

(Rac, Iphig., act. lY, se. 1,40

Tandis que de vos jours prilti à se consumer. Le flambeau dure encore et peut se rallumer.

(Rac, Phêd., act. I, se. m, 63.)

Ma rougeur ne fui pas.pr^[» a vous déceler. i (Rac, Bajaz., act. II, se. T, 10S.|

Ces lévites et moi prêts à vous secourir.

IRac, Ath., act. II, se. Vill, 5.)

Prêt» à vous recevoir, mes vaisseaux vous attendent. (Rac, Mithr., act. I, se. m, 17.)

Je croyais ma vertu moins prête à succomber.

(Rac, Bérên., act. Y, se. vi, 11."/

Vous voyez qu'au tombeau je suis prêt à descendre. (YOLT., Zaïre, act. II, se. iii, 45.)

Tu vois tous nos amis, ils s»nt prêts à nous suivre, A frapper, à mourir, à vivre s'il faut vivre; A servir le sénat dans l'un ou l'autre sort.

(YoLT., Slort de César, act. III, se. I, 9 )

Conjure leurs serpents prêts à te déchirer.

(Volt., OEcf., act. lY, se. i, 135.)

Je le hais, mais mon bras est prêt à le servir.

(Yolt., Bi^t., act. II, se. il, hii.)

PRE

Prêt à s'unir à vous d'un cicrnel lien, Totre fils aux autels va devenir le sien.

(Volt., lf<r., acl. III, se. v, 15.)

Les vaisseaux soDS leurs mains, fiers souverains des ondes, Etaient prêts à Toler sur les plaines prorondes.

(Volt., Henr., I, 161.)

L'affreux tranchant du glaive, et la pointe des dards, Pr<t$ à donner la mort, brillent de toutes parts.

(Dblil., Énéid., II, 443.)

Prétendre. V. a. et n. de la 4* conj. — Dans le sens d'aspirer, il résii la préposition à, et c'est une ré^'le qu'il ne faut jamais enfreindre en prose. Mais les poêles s'en affranchissent quand ils y trouvent leur commodité :

Il crut que sans prétendre une plus haute gloire. (lUc, mthr., act. I, se. 1, 51.)

Corneille a dit dans Héraclius (acl. I, se. n, 49) :

Mais connais Pulchérie, et cesse de prétendre.

Ce verbe prétendre, dit Voltaire au sujet de ce vers, exige absolument un régime; ce n'est point un verbe neutre; ainsi la phrase n'esl point achevée. On pourrait dire cesser d'aimer ou de haïr, quiiicjue ce soient des verbes actifs, parce qu'en pareil cas cela veut dire: Cessez d'avouées sentiments d'amour ou de haine; mais on ne peut dire, cessez de prétendre, de satisfaire, de secourir. [liemarqnesfsiir Corneille.)

Prétendre, dans le sens de croire, soutenir, se construit avec gne, ou même avec l'infinitif, et quelquefois avec le régime direct: Je prétends que mon droit est incontestable, je prétends faire ce voyage, je prétends mie moitié dans cette société. Il demande l'indicatif, parce qu'alors il exprime l'aflirmation d'une manière positive : Je prétends que j'ai raison. Dans le sens de vouloir, ordonner, il veut le subjonctif : // est naturel à lliomme de prétendre que sa volonté h?,^^ loi. (Marmontel.) Il prétend que tout vienne et dépende de lui. {XoXtaire.)

Prête-nom. Subst. m. On dit au pluriel des prête-nom, et non pas des prêtes-noms , parce qu'il ne s'agit pas de prêter des noms, mais de personnes qui prêtent leur nom. La pluralité tombe sur le mo\. persnniies , qui est sous-entendu. — L'Académie écrit des prête-noms.

Prêter. V. a. et n. de la !'« conj. Voici quelques exemples de l'cmplui que les poètes font de ce mol :

C'est moi qui prête ici ma voix aux malheureux.

(Rac, Ath., acl. II, se. r, H5.)

Prétex-mo'x l'un et l'autre une oreille attentive.

[Idim, act. II, se. v, 5.)

0 nnil, nuit effroyable, Peax-ta prêter ton voile à de pareils forfaits ?

(Volt., Zdire, acl. V, se. viii, 3.)

Veuillent les immortels, s'expliquant par ma bouche, Prêter à mon organe un pouvoir qui le louche. (Volt., Mort de César, âcl. III, se. n, 102.)

Dès que la nuit plus sombre Aux crimes des mortels viendra prêter son ombre. (Volt., Zdire, acl. IV, se. vu 24. i

PRE

On ne dit \a?, prêter des soins, dit Voltaire. On ne iirêle que les choses qu'on peut retirer. Quand les soins sont une fois donnés, on peut en refuser de nouveaux. Il n'en est pas de même du mut appui, secours : On prête son appui, soji secours, son bras, son armée, etc., parce qu'on |)eut les retirer, les reprendre. [Jiemarques sur Corneille.)

Pourquoi, dit Voltaire dans un autre endroit, pourquoi dit-on prêter l'oreille, et que prêter les yeux n'est |)as fiançais? rs'csl-ce pas parce (|u'on peut s'empêcher a toute force d'entendre, en détournant ailleurs son attention ; et qu'on ne peut s'empêcher de voir quand on a les yeux ouverts? {Remarques sur Corneille.)

Prétérit. Adj. employé souvent comme subslaniif. C'est un terme exclusivement propre au langage grammatical, pour y s\§n\{\p.r passé. Nous avons proféré dans cet ouvrage le mot passé. Voyez Temps. La Harpe dit, à l'occasion de ce vers de ^'ollaire {Sémiramis, act. II, se. i,7) :

Brisâtes mes liens, remplîtes ma vengeance.

Il faut éviter ces sortes de prétérits, dont la prononciation lourde et emphati(iue déplaît à l'oreille. Il faut surtout se garder d'en mettre deux de suite, l'un près de l'autre; c'est une négligence de style. [Cours de littérature.)

Prétérition. Subst. f. Figure lie rhétorique par laquelle on prolesle qu'on passe sous silence, qu'on ignore cerUiines choses (]u'on ne laisse pas de dire. Comme quand on dit je ne vous parlerai point de sa naissance, de sa valeur, etc. Cette ligure est très-propre à insinuer trèslégèrement dans un discours les choses sur lesquelles on ne doit pas appuyer, et à préparer l'auditeur à donner plus d'attention aux objets plus importants. On l'appelle autrement jsreVermissio7i.

Prétermission. Subst. f. Voyez Prétérition.

Prétexte. Subst. f. Racine fait régir à preiexte la préposition à devant l'infinitif [Britannicus, act. I, se. n, 437) :

Quoi ! de vos ennemis devenez-vous l'appui, Pdur trouver un prétexte à vous plaindre de lui?

En prose on dirait de vous plaindre : Il voulait trouver quelque prétexte de dire au roi que 710US étions Phéniciens. {Fénc\., Télétn.yWv. II, t. I, p. 98).

On dil sous le prétexte, et sous prétexte. Ces expressions adverbiales régissent de devant les noms et les verbes, ou que avec l'indicatif : Sons prétexte de maladie, sous prétexte de s'amuser, sous prétexte qu'ii en résulterait des inconvénients.

Predve. Subst. f. On appelle preuve, dans l'art oratoire, les raisons ou moyens dont se sert l'orateur pour démontrer la vérité d'une chose. L'orateur dans sa preuve a deux choses à faire: l'une, d'établir sa proiiosiiicm par tous les moyens que sa cause lui fournit; l'autre, de réfuter las moyens de son adversaire.

Lrkux. Adj. m. qui se met ordinairement avant son subst. : Un preux chevalier.

Prévaloir. V. n. et irrég. delà 3<^ ctmj II se conjugue comme valoir, si ce n'est qu'au pré.sent dn subjonctif on dit, CMC je ;D(v;rfl/e, que tu prévales, qu'il prévale, que nous prévalions, que vous prévaliez, qu'ils prévalent. S071 adversaire a prévalu. Il ne faut pas que lu coutume prévale sur la raison.

PIIJ

Sur mes justes projets les pleurs ont prévalu.

(Rac, Phéd., acl. III, se. m, lî.)

— Se prévaloir de quelque chose, il s^est prévalu de son crédit. En ce sens, il ne se prend ^u'en mauvaise jiart, et régit la préposition de.

Pbévenant, Prévenante. Adj. verbal tiré du V. prévenir. Il ne se met qu'après son subst. : Grèce prévenante. — Air prévenant, mine prévenante, physionomie prévenante.

PKiivKNiR (se), ou être prévenu, régissent jonur, en faveur OU contre : Se prévenir, être prévenu pour quelqu'un, en faveur de quelqu'un, contre quelqu'un.

Vi\v.\\m\. Y . a. et irrég. de la 3'= conj. Il se conjugue comme voir, si ce n'est (ju'il fait au futur simple de l'indicatif, Je prévoirai, et au présent du conditionnel, /<? prévoirais.

Prévôtal, Pr.KvÔTALE. Adj. 11 fait au masculiu [iluriel /irt'votaux : Des cas prévotaux.

Prévoyant, Prévoyante. Adj. verbal tiré du V. prévoir. 11 ne se met qu'après son subst. : Homme prévoyant, esprit prévoyant.

Prie-dieu. Subst. m. On disait autrefois un prié-Dieu, et Ménage condamne formclicmenl prie-Dieu. L'Académie veut qu'on préfère ce dernier. Ce substantif composé ne prend point le signe du pluriel : Des prie-Dieu.

Prier. V. a de la !"■ conj. On lit dans les grammaires que ce verbe, et tous ceux ([ui ont l'infinitif en icr, |)rennent deux i à la première et à la seconde personne plurielle de l'imparfait de l'indicatif et du présent du subjonctif ; Nous priions, priiez; que nous priions, que vou.i priiez. Ces formes ont quelque chose de dur à l'oreille, et il faut éviter de les employer.

1.3. Grammaire des Grammaires (p. 1230) dit que prier, suivi d'un verbe à l'infinitif, prend toujours de, e.xcepté dans une seule circonstance, qui est celle où il est employé avant l'infinîtif dîner.

Cette prétendue exception n'en est point une; car dîner dans cette piirase n'est point un infinitif, mais un nom; c"est comme si l'on disait prier à un dîner.

Du reste, on dit prier d dîner, et prier de dîner, et il doit y avoir quelque différence entre ces deux phrases. Pour sentir cette différence, il faut se rappeler que la préposition à indique luujouis un but, une tendance à un but. Si j'ai préparé un diner pour ([uelques personnes, ce diner est un but pour ceux (]ue je dois y inviter, et je les prie à dîner, c'està-dire à un repas (juc j'ai fait préparer pour eux. Mais si une personne vient me voir au moment où je suis près de me mettre à table avec ceux que j'ai priés à dîner, je la prie de dîner, parce ([uc ce diner n'avait pas été préparé pour elle. 11 en est de même si je rencontre quelqu'un dans la rue, que je n'avais pas inlcnlion d^: prier à dîner, et |)Our lecjuel je n'avais rien fait préparer, je le prie de diner. J'ai envoyéchez lui pour le prier ii. dîner. Il est venu me voir à l'heure de dîner, et je l'ai prié de dîner.

Primitif, Primitive. Adj. On peut le mettre avant son subst., en consultant l'oreille et l'analoL'ie : Titre primitif ; état primitif, primitif t'iat; église primitive, primitive église.

/';■/;« »<i/" est aussi un terme de grammaire. Ctî mot est dérivé du latin primus, mais i\ ajoute quelque ohose à la signification de son origine.

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