‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 372 sur 453 · RIE · texte numérisé non relu

RIE

qui/ a 7nis tout son espoir dans ses riclusMs.. l'ar la preimére expres-<:o:i , richesse s'entend dans un sens collectif, cl par la seconde, dans un sens distributif.

Rideau. Subst. m. On dit ligurément, tirer le rideau, p<jur dire, découvrir ce (pii est caché; et tirer le rideau sur, poiw dire, couvrir ce qui devrait être caché et qui ne 1 est pas. Celle expression, tirer le rideau, dit ^ ollaire, est un peu triviale, et ne peut être employée dans le style noble. [Bemarques sur Bodog., acl. 11, se. 111,

Rider. V. a. de la 1" conj. Il se dit proprement des plis qui se font sur le front, surle visage et les mains, effet naturel de l'âge, des chagrins, des maladies. Les poêles le disent au figuré des légères élévations (|ue forme le vent sur la surface de l'eau :

Le moindre veut qui d'aTenturo A ridé ta face de l'eau,

(Li. Font., liv. I, fabl. xxu, 4.)

Il faut au moins, pour .«^e mirer dans l'oode, Laisser calmer la tempête qui gronde, £t que l'orage et les vents en repos Ne rident plus la surface des eaux.

(YOLT., Enf. prod., act. II, se. I, 51.)

Ridicule. Adj. des deux genres. On le met souvent avant son subsl. : Un homme ridicule, une fevane ridicule, un auteur ridicule, un ridicule auteur ; une action ridicule, une ridicule action; un ouvrage ridicule, tin ridicule ouvrage. Voyez Adjectif.

Ridiculement. Adv. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe : // a chanté ridiculement, ou il a ridiculement chanté.

* RiDicuLissiME. ïrès-ridicule. Expression de circonstance que Voltaire a employée dans le passage suivant : Les évoques n'ont aucun droit de s'arroger la qualification de monseigneur, qui ciiiiiiedit l'humilité dont ils doivent donner l'exemple. Ils ont eu l'humilité de changer en monseigneur le titre de révérendissime père on Dieu, qu'ils avaient porté douze centsans. Pour Jean-George (évéque du Puy), il n'est assurément que ridiculissime.

RiDicuLiTÉ. Subst. f. Il ne faut pas confondre ce mot, dit Mercier, avec celui de ridicule. Ou (lit fort bien qu'un homme a des ridicules ;ïd.^\s il fait des ridiculités. Ce mol est peu en usage, mais on doit s'en servir à l'exemple de Voltaire: Les ridiculités des sots et des gens d'esprit viennent de ce que les uns veulent toujours passer pour ce qu'ils ne sont pas, et les autres toujours pour ce qu'ils sont.

Rien. Les grammairiens mettent ordinairement ce mot au nombre des pronoms indéfinis. C'est un nom distributif comme /?e)-5'««e, mais qui ne se dit que des choses. Vo^'ez pour sa prononciation l'article iV.

Bien vient du mot latin rem, qui signifie chose. 11 conserve celle signification en français quand on le met sans négation; et c'est ce qui arrive dans les phrases (jui nianiuent le doute, l'incertitude ou i'interrogalion, et où ce mol est jMis dans un sens indéterminé: Je doute que rien vous soit plus agréablr que sa société, c'est-à-dire qu'il y ait quelque chose, qu'il y ait une chose qui voua soit plus agr-able. V a-t-il rien de plus rare qu'un véritable ami? c'est-à-dire y a-t-il que^

UlE

<jue chose , y a-t-il vue chose qui soit plus rare? etc. iMais (inaïul on ;ijoulc une iiogatiou à ficn pris eu ce sens, ou lui t';iit sii;ui(icr la uégarion de loulc chose. // n'y a rien de plus eitiviahle que lu rertu , c'cst-à-ilii'C il n^y a point de choseplus estimable, etc. Il n'a -^ien, c'esl-à-ilire ■i n'a aucune chose.

11 faut ilcmc nocpssairement ajouter /le à rien , pour exprimer une idée négative. Cependant il semble (jue l'usage autorise a supprimer la néga- Uon dans le sens de nulle cliose, (juand il est employé avec le verbe compter. On dit, je compte cela pour rien, et Kacine a dit dans Alhulie (acl. I, se. II, 62) :

Eh ttfnftez-vous pour rien Dieu ijui combat pour nous?

Mais je pense, comme Ménage et quelques autres grammairlci^s, qu'il serait mieux de dire ; Eh! ne comptezvuus pour lien....? — L'Académie, au mot compter, donne les exemples suivants de cette locution : // compte pour rien tous les services qu'on lui rend. Pensez— vous qu'il se compte pour rien? Et au mol rien elle admet quelques phrases dans lesquelles il serait impossible d'introduire la négative. Il u eu cette maison pour rien, il rit de rien, il se fâche de rien. Au reste, l'Académie remarque que dans ces locutions, rie/i signitie par exagération peu de chose, ce qui peut servir à expliquer pourquoi l'on retranche la négative.

La langue ne pi rmet pas, dit Domergue, qu'on dise faire rien, rien faire ; elle exigc la négation : Ne faire rien, ne rien faire.

La Fontaine a dit dans son épitaphe :

Quant à son temps, bien !e isul dispenser ; Deux parts en lit dont il soûlait passer L'une à dormir, et l'autre à no n'en faire.

Mais Boileau ne l'a pas imité dans les deux vers suivants (Sut. II, 61) :

Passer tranquillement, sans soucif , sans affaire, La nuit à bien dormir, et le jour à rien faire.

il fallait à ne rien faire.

Bien s'emploie quelquefois après plusieurs substantifs pris négativement. Alors il semble les réunir en un seul mot, ce qui autorise à mettre le verbe au singulier.

Remords, crainte, périU, rien ne m'a retenu.

^Rac, l>n(an.,acl. IV, se. ii, 165.)

Bien se joint, parla préposition de, à l'adjectif qui le suit : Il n'y a rien de si beau, de si louable, de si laid, de si délesluble. Il iiy a rien de si ieau que de modérer ses passions. Jamais l'amour ne fit rien tic tel.

Du temps de Boileau, on croyait qu'en employant il n'est rien, au lieu de il n'y arien, on pourrait, pour la douceur de la prononciation, supprimer le de, et dire, par exemple, il n'est rien tel que la richesse, il n'est rien tel que d'être vivant. Le temps n'a pas confirmé celte exception, et l'on trouverait dinicileinent aujourd'hui, dans nos bons écrivains, des exemples de cette façon de parier, à moins peut-être que ce ne fût dans le langage familier.

Quand rien est employé dans le sens négatif, il exclut ;9«x et point. Voila pourquoi on a critiqué ce vers de Racine, dans les Plaideurs (act. II, se. VI, 13) :

On ce veut fat rien faire ici qui tous déplaise.

Page 1