‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 436 sur 453 · TOM · texte numérisé non relu

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lant, on ne devrait pas dire que la pluie est toinbée; car quand l'eau du ciel est sur la terre, ce n'est plus de la pluie, c'est de l'eau de pluie. Ainsi la pluie qui peut être ou avoir été dans un état de chose tombante, ne jieut ètrf dans un état de chose tombée. On peut donc dire la pluie tombe, la pluie a tombé; mais on ne devrait pas dire la pluie est tombée. Cependant on le dit, en parlant d'unepériodequi n'est pas encore écoulée; la pluie est tombée ce malin à verse. Mais il serait ridicule de dire, la pluie est tombée à verse il y a six jours; il faut dire a tombé. On peut appliquer les mêmes observations aux mots foudre et t07tnerre : L'année dernière le tonnerre a tombé sur plusieurs édifices; le tonnerre est tomb ""e matin, OU a tombé ce matin dans la Seine.

Vouloir absolument que l'on emploie également l'auxiliaire être pour signifier et l'action et l'état qui résulte de l'action, c'est confondre dans une seule expression deux choses réellement distinctes, c'est bannir de la langue une locution nécessaire pour exprimer une vue particulière de l'esprit, c'est appauvrir la langue.

On m'objectera peul-êtrc(iue les verbes arriver et ve?iir prennent toujours l'auxiliaire être, quoiqu'on puisse y distinguer une action, et un état qui résulte de celte action. Mais être arrivé, être venu, ne signifient pas l'action d'arriver, de venir, mais être parvenu à un lieu, à un point. Ces participes, n'exprunent donc qu'un état, et un état constant; quand un enfant esi tombé, on peut le relever, et il n'est plus tombé, ce qui offre deux points de vue différents, et exige deux expressions différentes. Mais quand im homme est venu, quand il est arrivé, on ne peut pas faire qu'il ne soit plus venu, qu'il ne soit plus arrivé; c'est un état invariable, il ne faut qu'une expression. On dit qu'une femme a accouche et qu'e//e est accouché, que la procession a passé, et qu'elle est passée; rien n'emi)êche donc de dire qu'M?t enfant a tombé et qu'il est tombé, l)uisque les besoins de renonciation sont les mêmes. L'expression est bonne, et même nécessaire et indispensable dans les cas que j'ai indiqués. — Vol'.aire a dit {Orphelin de la Chine, act. n, se. m, 31) :

Où serais -je, grand Dieu ! si ma crédulité EAt tombé dans le piège à mes pas présenté?

et La Harpe dans son Cours de littérature, III* part., ch. m, section S, t. viii^ p. 343 :

Jamais f^oltairc n'avait été plus brillant que dans Alzire, et Von a peine à concevoir qu'il ait tombé de si haut jusqu'à Zulime. Enfin l'Académie, dans la dernière édition de son Dictionnaire, donne les exemples suivants : Les poètes disent que yulcain a tombé du ciel pendant un jour entier ; ce nrand ouvrage a tombé tout à coup.

\n'K\ quelques exemples de l'emploi que les poêles font de ce verbe :

Je croyais ma Tcrtu moins prompte i succomber, El j'ai honte du trouble où je la Tois tomber.

[Rac, Birén., act. V, se. VI, H.)

Je vois mes honneurs croître, et tomber mon créa'.t (Rac, Brttan., act. I, 5r. i. Ou <

Des courtisan» sur nous les inquiets regards Avec avidité tombent de foules parts.

(Volt., OEd., act. III, se. i, îa.j

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