‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 438 sur 453 · TOR · texte numérisé non relu

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sessif mon, peut s'appliquer à l'adjectif possessif ton. Voyez Mon.

Ton. Suhst. m. Terme de littérature. Couleurs, nuances du style, hingii^e propre à chaque ouvrage.

Il y a: 1° le ton du genre, comme du genre comique ou du genre Iragitiuc; .2" le ton du sujet dans le genre , le sujet, dans le comique, peut être plus ou moins comique ; 3" le ton des parties : chaque partie du sujet a, outre le ton général, son ton particulier ; une scène est plus forte et plus vigoureuse qu'une autre; celle-ci est plus molle, plus douce; 4° le ton de chaque pensée, de chaque idée : toutes les parties, quelque petites qu'elles soient, ont un caractère de propriété qu'il faut faire sentir, et c'est ce qui fait le pocle. Voyez Style, Propriété.

Tonnant, Tonnante. Adj. verbal tiré du y. tonner. Au propre, yMpt<<?r tonnant; au figuré, voix tonnante. Il ne se met qu'ajirès son subst.

Tonner. V. n. de la 1'" conj. Tonner contre quelquun, OU conltc quelque chose. Tonner sur quelqu'un. L'Académie ne dit point le dernier

Ainsi contre Juda, du haut de Samarie, Des prophètes menteurs tonnait la bouche impie, etc (Volt., Uenr., V, 253.)

Dans ce moment encor le lils de Jupiter,

A fait sur moi tonner l'ordre suprême...

(Delil., Enéide, IV, 505.)

Tonnerre. Subst. m. Les grammairiens disent qu'il n'a point de pluriel; les poêles ont bienfait de s'affranchir de cette règle.

Sous un ciel noir et pluvieux.

Où les (onn«r;-e« orageux Sont portés sur d'épaisses nues.

(Volt., ÉpUre XXVI, 3.)

Voyez Foudre.

TopoGRAPHiQUE. Adj. dcs dcux genres qui se met toujours après son subst. : Description topographiqne, carte topographique.

Torrent. Subs. m. Les poètes emploient souvent ce mot au figuré, ou pour des comparaisons.

Le bonheur des méchants comme un torrent s'écoule» (Ric, Ath., act. II, se. yii, 72.)

Mais qui peut, dans sa course, arrêter ce torrent ? Achille va combattre et triomphe en courant.

(Rac, Iphig., act.I, se. l, 107.')

ToRRiDE. Adj. des deux genres qui ne se met qu'après son substantif, et n'est employé que dans cette phrase : [.a zone torride.

Tors, Torse. Adj. qui suit toujours son subst. : Cou tors, colonne turse; de lu soie torse, du fil tors.

Tort. Subst. m. Le i final ne se prononce point. On dit sans article, avoir tort, donner tort à quelqu'un, faire tort à quelqu'un, et avoir de.'! torts, faire du tort à quelqu'un.

Tortionnaire. Adj. des deux genres. Cet adjectif suit toujours son subst. : Emprisùnnewent tortionnaire, saisie tortioîinaire,

TouTU, Tortde. Adj. Il suit toujours son subst. : Un arbre tnrtu, un bâton tortu, jambes tortues, chemin tortu — Esprit tortu, iaisonneme$its tortus.

Tortdedsement. Adv. Il ne se dit qu'au figuré,

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et ne se met qu'après le verbe : On l'a interrogé tortueusement.

Tortueux, Tor.TUEcsE. Adj. II ne se met guère qu'a|>rès son subst. : Chemin turiueux, replis tortueux.

ladomplablc taureiu, dragon impélaeni, S» croupe se recourbe en replis tortueux.

(Rac, Phii., ad. V, se. ri, 32.)

Sous leur voûte funèbre un torrent tortueux, Roule, etc.

iDelil., Enéide, YII, 776.)

Ce mot s'emploie au figuré; on dit les replis tortueux de la conscience, les replis tortueux du cœur humain.

îosTE. Subst. m. On écrit aussi toast, dont on ne pronon<e pas l'a. — L'Académie écrit <oas<, nwis elle (oiêre t'>stc.

TosTER. \. a. de la l''''conj. Tester quelqu'un, tosCer quelque chose, toster le roi, toster la paix, tùster la destruction des abus.

TÔT. Adv. de icuips. On ne prononce le t que devant une voyelle ou un h non aspiré. Il est susceptible de degrés do comparaison, plus tôt, aussitôt; il est urriic plus tôt, aussitôt que vous. Il n'a point de superlatif absolu , on ne dit pas très-tôt; mais il a le superlatif relatif, le plus tôt fuevous le pourrez. — Tôt ne se dit guère au jtositif que quand il est joint avec tard ; il viendra tôt eu lard. On ne dit pas, vous êtes venu tôt, comme on dit vous êtes venu tard. L'Académie met, allez tôt, revenez tôt ; maiselle observe que ce s jnt des locutions populaires. — Tôt ne s'unit guère qu'avec les adverbes trop, assez, bien, si, aussi: Il s'est déclaré trop tôt, vous êtes verni assez tôt, vous les verrez bientôt, il ne fallait pas venir sitôt, aussitôt çit'tï fut arrivé. — Féraud prétend qu'on ne dit pas de sitôt; cependant l'Académie dit, il narrivera pas sitôt, de sitôt ; et cette expression est usitée. — Sitôt que n'est pas du style noble ; on dit dès que, aussitôt que. — Tôt ou tard, de même que liie)^tôt, se met devant ou après le verbe, et, dans leàjlcmps composés, entre l'auxiliaire et le J)ar(i'-ipe : Bientôt il aura fini, il finira bientôt, il aura bientôt fini, tôt ou tard il finira, il finira tôt <'U tard, il sera tôt ou tard obligé de finir. Avec avoir, tôt ou tard ne se met point enlre l'auxiliaire et le participe. On ne dit pas il aura tôt ou tard fini, mai> il aura fini tôt ou tard, ou tôt ou tard il aura fini. Yoycz Plus tôt.

Total, Totale. Adj. Tl n'a point de pluriel au masculin, et se met toujours après son subst. : Ruine totale, somme totale, les sommes totales, nombre total. — Il s'emploie substantivement ; et en style de comptes, on dit, au pluriel masculin, les totaux.

Totalement. Adv. On .e met ordinairement entre l'auxiliaire et le parli.ipe : Il est t'ttalemenl changé. lia totalement renoncé à tes prétentions, ou il a renoncé totalement à ses jirétentions.

Touchant, Touchante. Adj. On peut souvent le mcllre avant son subst., en consultant l'ureille et l'iiiialogic : Un discours touchant, un touchant discours; un spectacle touchant, un touchant tpec la de ; une harmonie touchante, une touchante harmonie. Voyez Adjectif.

Touchant. Préposition : Touchant vos affaires, tauctiunt vos intérêts.

Toccmi:r. V. a. de la l'*COnj. : Toucher quel-

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que chose, toucher à queîque chose, cela mt touche, me regarde, me concerne.

Laissez-le s'expliquer sur tout ce qui le touche.

(Rac, Âlh., acl. Il, se. m, 15.)

Les charmes d'un empire ont paru le toucher.

(Ric, Phid , acl. III, se. 1, 59.)

C'est-à-dire faire impression sur son cœur. C'est dans le même sens que, lidQsBritannicus, Junie dit en parlant de ce prince (act. II, se. ju, 111) :

r. a su me toucher.

ToDCHEK. Subst.m. Ce mot n'a point de pluriel.

ToDFFELR. Subst. f. Exbalaisoii chaude qui saisit en entrant dans un lieu où la chaleur est exlrème. C'est, dit Féraud, un barbarisme usité dans quelques provinces; et l'Académie n'a eu garde de le mettre d.ms son Dictionnaire. — Féraud veut parler de l'Académie de 1762, car celle lie 1798 l'a recueilli. Je no crois pas qu'on puisse le lui reprocher. Ce mol exprime bien 1 idée qu'on lui fait signilier, et il n'y en a point d'autre dans la langue qui signifie la même chose.

TocFFD, ToiFFiE. Adj. On ne le met qu'après son subst. : Un arbre touffu, une branche touffue. — U/ic barbe touffue.

TocjocRS. Ailv. de temps. On peut le mettre avant le verbe, après le verbe, et entre l'auxiliaire et le participe : Toujours je le dis, je le dis toujours, je Vai toujours dit, et non pas, je l'ai dit toujours. — Dans le sens de au moins, il faut mettre après le verbe qui le suit, le pronom sujet de ce verbe : Si je n'ai pas réussi, toujours ai-je fuit mon devoir.

TocR. Subst. m. Terme de Grammaire. On ne se contente pas, dans un discours, de parcourir rapidement la suite des idées principales ; on s'arrête au contraire plus ou moins sur chacune; on tourne pour ainsi dire autour, pour saisir les points de vue sous lesquels elles se développent el se lient les unes aux autres. Voilà pourquoi on appelle tours les différentes expressions dont on se sert pour les rendre. Voici en quoi consistent ces tours. Tantôt on substitue à un nom une périphrase; d'aulresfois on compare deux idées, et on en faitsentir l'opposition ou la ressemblance; quelquefois, au lieu du nom de la chose, on emploie un terme figuré; dans d'autres occasions, on change l'affirmation en interrogation, en doute, et réciproquement; souvent nous donnons un corps et une âme aux êtres insensibles, aux idées les plus abstraites, et nous personnifions tout; enfin nous renversons l'ordre des mots. Telles sont en général les différentes espèces de tours dont on se sert pour rendre les pensées. Nous les avons fait connaître aux mots Périphrase, Comparaison, Antithèse, Trope, Figure, Inversion, etc. Nous allons examiner m:iinienant quels sont les tours propres à chaiiuc espèce de pensée, et indi()ucr les fautes dans lestiuelles on peut tomber en employant les diverses espèces de tours.

I II y a des tours propres aux maximes et aux principes, d'autres jjropres aux sentiments, d'au- , très enfin qui peignent mieux les objets qui s'offrent à notre imagination. II y a des tours ^ ingénieux, des tours précieux ou recherchés. Il , y a des tours irréguiiers qui sont permis, parce

qu'ils donnent dGl'clôgance au di^cou^s.

I Des tours propres aux maximes et aux prin-

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cipes. — Il semble que dans le langage on ne fait que substituer les expressions les unes aux autres. Si l'on met les idées sensibles à la place des idées abstraites, on met aussi les idées abstraites à la place des idées sensibles; et chacun de ces tours a sa beauté s'il est employé à [iropos. — Les idées abstraites ne sont souvent que le résultat de [)lusieurs choses sensibles : ce sont des extraits qui représentent iilusiours idées à la fois. Elles ont ravuiitai;c de la précision, et il n'y manque rien si elles y joignent la lumière. Les principes et les maximes ne se forment que de ces sortes d'idées. — Une maxime ou un principe est un jugement dont la vérité est fondée sur le raisonnement ou sur l'expérience. Au lieu de dire que nous l'.ous laissons toujours séduire par les objets (pie nous désirons avec passion, que nous nous en exagérons la bonté et la beauté , que nous nous en dissimulons les défauts, et que nous ne nous doutons point des erreurs où ils nous font tomlier, on dira en deux mots avec La llochefoucauld, l'esprit est la dupe du cœur. — Les maximes sont d'un grand usage en morale et en politique; elles expriment la profondeur de celui qui écrit, p ;rce ([u'elies supposent souvent beaucoup d'expérience, des réflexions fines, et de grandes lectures. Elles plaisent au lecteui-, parce qu'elles le font penser : c'est une lumière qui éclaire tout à coup un grand espace. — Principe et maxime sont deux mots synonymes ; ils signifient l'un et l'autre une vérité qui est le précis do plusieurs autres; mais celui-là s'applique plus particulièrement aux connaissances théoriques, et celui-ci aux connaissances pratiques. Toutes nos con?iaissances viennent des sens, voilà un principe; il éclaire notre csjjrit, mais il ne nous instruit point de ce que nous devons faire. Une maxime, au contraire, nous montre nos devoirs, et voici la plus générale : Nous ne devons faire aux autres que ce que nous voudrions qui nous fût fait. La théorie et la pratique tiennent si fort -l'une à l'autre, que l'on trouve des vérités qu'on peut mettre indifféremment parmi les maximes ou parmi les principes. C'est pourquoi ces deux mots se confondent souvent ; la différence néanmoins est sensible. — Les maximes, quoique régies de conduite, ne montrent pas toujours ce qu'on doit faire ; ce n'est souvent qu'une observation sur la manière générale de sentir et d'agir. Telle est celle que nous avons donnée pour premier exemple. L'esprit est la dupe du cœur; telle est encore celle-ci : On a besoin d'être averti pour bien voir. Ce nc sont Jjms là des règles de ce que l'on doit faire; ce sont cependant des leçons de conduite, car la première nous apprend comment nous nous trompons; et la seconde, comment nous pouvons sortir de l'ignorance. Toute observ;ition qui tient plus a la pratique est une maxime; toute observation qui tient plus à la théorie est un principe.

Quand on établit des principes ou des maximes, on s'exprime en si peu de mots, et on considère les choses d'une vue si générale, que souvent les mêmes jugements paraissent vrais et faux tout à la fois. 1-a Rochefoucauld a dit : Qu'on n'est jamais si heureux ni si malheureux qu'on s'imagine. La Rochefoucauld n'a égard qu'aux causes antérieures de notre bonheur ou de notre malheur; et sa pensée est, qu'il n'y en a jamais autant que nous l'imaginons. Je considère, au contraire, le bonheur ou le malheur dans le sentiment; et dans ce sens, il est évident que nous en avons autant que nous nous imaginons en

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avoir. — Ce serait là le plus petit défaut de» principes et des maximes, s'il était toujours aussi facile d'en saisir le vrai sens; mais ce défaut est la source d'une infinité d'abus que l'on connaît lorsqu'on étudie ''histoire de l'esprit humain. Cejjendant on no saurait se passer de ces expressions abrégées. Sans elles, les facultés de l'entendement se divelupperaient difficilement, et auraient beaucoup moins d'exercice ; et on reconnaît davantage leur utilité à mesure que l'on acquiert lilus de connaissances. — Dés qu'on connaît la nature des [)rincipes et des maximes, on voit combien l'exiiression en doit être simple. Il ne s'agit pas de peindre ni d'exprimer aucun sentiment, il ne faut que de la lumière : // est dangereux d'écouter les louange.';, est une maxime : voici les vers où elle est renfermée, mais elle y prend un autre tour:

Que c'est un dangereux poison Qu'une délicate louange !

Hélas 1 cju' aisément il dérange Le peu que l'on a de raison !

(CnAULiEU, 2e épttre à M. Dangeau, 18.)

Ce n'est pas là le tour d'une maxime ; c'est le sentiment d'un homme qui réfléchit sur une maxime. — 11 faut se garder dans une maxime de jouer sur les mots, comme La Bruyère dans celle-ci : Un caractère bien fade, est de n'en, avoir aucun. Pourquoi nc pas dire simplement : C'est vne chose bien fade que de n'avoir point de caractère^

Des tours propres aux sentiments. — Il y a pour chaque sentiment un mot propre à en réveiller l'idée; tels sont aimer, haïr. Quand je dis donc, j'aime, jehuis, j'exprime un sentiment; mais c'est l'expression la plus faible. En changeant la forme du discours, on modifie le sentiment, et on le rend avec plus de vivacité : Si je l'aimel si je le hais! exprime combien on aime, combien on hait. Moi, je ne l'aimerais pas.' moi, je ne le haïrais pas ! fait sentir combien on croit avoir de raisons d'aimer ou de ha'ir.

Une âme qui sent ne cherche pas la précision ; elle analyse au contraire jusque dans le moindre détail; elle saisit les idées qui échapperaient à tout autre, et elle aime à s'y arrêter. C'est ainsi que madame de Sévigné développe tout ce que l'amour qu'elle avait ])0ursa fille lui faisait éprouver. En voici quebiues exemples :

Ah! mon enfant, que je voudrais bien vous voir un peu, vous entendre., vous embrasser, vous voir passer, si c'est trop que le reste.

Hélas! c'est ma foUe que de vous voir, de vous parler, de vous entendre; je vio dévore de cette envie, et du déplaisir de ne vous avoir pas assez écoutée, pas assez regardée.

Je vous cherche toujours, et je trouve que tout me manque, parce que vous me manquez. Mes yeux, qui vous ont tant rencontrée, depuis quatorze mois, ne vous trouvent plus... Il vie semble que. je ne vous ai pas assez embrassée 671 partant. Quavais-je à ménager'^ Je ne vous ai point assez dit combien je suis contente de votre tendresse; je ne vous aipoint assez recornviandée à M. de Grignan.

Je nai pas encore cessé de penser à vous depuis que je suis arrivée; et, ne pouvant contenir tous mes sentiments, je me suis mise à vous écrire au bout de celle petite allée sombre que vous aimiez, assise sur ce siège de mousse oîi je vous ai vue quelquefois couchée. MiZio,

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6 vimi Dieu ! où ne vnus ai-je pnint rue ici?

Si l'on considère soparOmonl les morceaux (lui sont nissemblés ici, on jugera (juo le langage en est sinijilc, et qu'il exprime le senlimenl par dos idées qui ne peuvent se trouver que dans une àme qui sent. Aussi ces morceaux sont-iis opars dans plusieurs lettres de madame de Sovigné. Mais lorsqu'on les rapproche, et qu'on les lit de suite, on y remarque une profusion trop recherchée ; et cette alfeclation, qui parait rendre suspect l'amour de madame de Scvigné pour sîi fille, affaiblit l'expression de ses sentiments. Cette profusion serait donc im défaut, si on la trouvait dans quelqu'une de ses lettres. — Madame de Sévignc ferait une plus grande faute, si elle s'arrêtait sur des circonstances qui doivent échapper à une âme qui sent, et qui demanderaient, pour être remarquées, une àme qui réfléchit. En voici un exemple :

Je cours toute éviue ; je trovve cette paiœre tante toute froide, et couchée si à son aise, que je lie crois pas que depuis six mois elle ait eu un moment si doux que celui de sa mort; elle n'était quasi point changée, à force de l'avoir été auparavant. Je me mis à genoux, et vous pouvez penser si je pleurai abondamment en voyant ce triste spectacle. Le spectacle d'une mort qui fait répandre des larmes permet-il cette remarque: Couchée si d son aise, que je ne crois pas que depiiis six mois elle ait eu vn moment si doux que celui de la wort?

Un sentiment est mieux expriiTié quand nous appuyons avec force sur les raisons qui le produisetil eu nous. I.orque Abner représente les entreprises dontMathan et Alhalie sont capables, Joad pouvait répondre : Je les méprise et ne les crains point. Il pouvait employer des formes plus propres au sentiment, et se récrier : M(jiJ je les craindrais? moi! je svccomherais sous les coups de Alathaji ou d'Athalie ! Enfui il pouvait dii'e : Je crains Dieu, et je nui pas d'autre crainte. Mais, avant d'exprimer ce sentiment, il expose les raisons qu'il a de mettre sa confiance en Dieu :

Celai qui mel an frein à la fureur des (lois. Sait aussi des méchants arrêter les complots ; Soumis avec respect à sa Tclonté sainte. Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte. (Rac, Ath., acl. I, se. I, 64.)

Le dernier vers estlrés-simple. Il est beau par lui-même; il l'est encore, parce que sasimphcité contraste avec le tour figuré des deux premiers; enfin, il reçoit des vers qui le précèdent une force qu'il n'aurait pas s'il était seul, parce qu'alors on ne verrait pas si sensiblement combien la confiance de Joad est fondée.

Les détails de tous les effets d'une passion sont encore l'expression du sentiment. Hermione dit à Pyrrhus (Rac. , Andromaque, acl. IV, se. v, 82) :

Je ne t'ai point aimé, crnel! qu'ai-je donc fait! J'ai ilédaigné pour toi les vœux de tous nos princes ; Je t'ai cherché moi-même au fond de tes provinces ; J'y suis cncor malgré tes inlidélilés, El malgré tous les Grecs, honteux de mes bontés. Je leur ai commandé de cacher mon injure; J'attendais en secret le retour d'un parjure; l'ai cru que, tôt nu tard, \ ton de%oir rendu, Tb roa rapporterais an cœur qui m'était dû.

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Je t'aimait inconstant, qu'aurais-je lai .idilef Et même en ce moment, où ta bouche cruelle Vient si tranquillement m'annoncer le trépas, Ingrat! je doute encor si je ne t'aime pas.

L'interrogation contribue encore à l'expression des sentiments; elle parait être le tour le plus propre aux reproches. C'est aussi celui que Racine met dans la bouche de Clytemnestre, lorsqu'elle s'exhale on reproches contre Agamemnon {Iphigénie, act. IV, se. iv, 88) :

Quoi ! l'horreur de souscrire à cet ordre inhumain N'a pas, en le traçant, arrêté votre main ! Pourquoi feindre à nos yeux une fausse tristesse ? Pensei-vous par des pleurs prouver votre lendresseT Où sont-ils ces comlats que vous avez rendus? Quels flots de san; pour elle avez-vous répandus? Quel débris parle ici de votre résistance? Quel camp couvert de morts me condamne au silence? Voilà par quels témoins il fallait me prouver. Cruel, que votre amour a voulu la sauver. Un oracle fatal ordonne qu'elle expire!

Un oracle dit-il tout ce qu'il semble dire? Le ciel, le juste ciel, par le meurtre honoré, Du sang de l'innocence est-il donc altéré ?

L'ironie donne encore plus de force aux reproches. Hcrmionedità Pyrrhus (Rac, yindromajuf, act. IV, se. V, 35) :

Seigneur, dans cet aveu dépouillé d'artifice. J'aime à voir que du moins vous vous rendiez justice. Et que voulant bien rompre un nœud si solennel. Vous vous abandonniez au crime en criminel. Est-il jnste, après tout, qu'un conquérant s'abaisse Sous la servile loi de garder sa promesse? Non, non; la perfidie a de quoi vous tenter. Et vous ne me cherchez que pour vous en vanter. Quoi! sans que ni serment, ni devoir vous retienne, Rechercher une Grecque, amant d'une Troyenne? Me quitter, me reprendre, et retourner encor De la fille d'Hélène à la veuve d'Hector? Couronner tour à tour l'esclave et la princesse? Immoler Troie aux Grecs, au fils d'tlector la Grèce? Tout cela part d'un C(cur toujours maître de soi. D'un héros qui n'est point esclave de sa foi.

Quelquefois le langage du sentiment est rapide : c'est une exclamation qui tient lieu d'une phrase entière. OEnone, au lieu de dire, 7ious sommes aîi désespoir; ce crime est horrible: cette race est déplorable, s'écrie (Rac, Phèdre, act. I, se m, 114) :

0 désespoir! o crime ! à déplorable race !

O vanité! dit Bossuet. O néant, ô mortels ignorants de leurs destinées .' Il ne dit pas, tout n'est que vanité, tout nest que néant; les mortels sont ignorants de leurs destinées.

Des tours propres à peindre les choses telles qu'elles s'offi-ent à Vimagination. — Nous ne saurions réllcchir sans former des idéesabstraites En les formant, nous séparons les qualités des objets auxquels elles aiipartiennent , nous les coiisidérnns comme si elles existaient par ellesmêmes, et nous leur donnons une sorte de réalité. C'est pouri]uoi notre langage parait leur attribuer les sentiments et les actions des êtres animés Nous disons, la loi nous ordonne, la vertu nous prescrit, lu vérité nous guide, etc.

Nous allons plus loin; nous leur donnons un corps et une àme. Aussitôt elles agissent comme nous; ellesonl nos vues, nosdésirs, nos passions. Les êtres se multiplient sous nos yeux; ils se répandent dans la nature, nous les apostrophons, et nous semblons attendre leur réponse.

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Nous sommes bien plus fondés à tenir celle conduite par rapport aux objets sensibles. Aussi tous les corps s'animent. Tous, jusqu'aux plus bruis, ont leurs desseins; et nos discours ne porleiil plus que sur des fictions.

Ce lant'age doit être lié à la situation de l'écrivain. Il ne sa\rrail s'associer avec le sang-l'roid d"un hoiiiuie qui raisonne ou qui analyse; il ne convient qu'a une imagination qui est vivement frappée d'une idée, et qui veut la peindre. — Fléchicr pouvait dire, Les villes que ?ios ennemis t'ttaient déjà partagées sont encore dans le sein de notre empire; les provinces qu ils devaient ravager ont recueilli leurs moissons, etc. Mais cet orateur, ayant l'imagination remplie du tableau dos peuples ligués contre la Fr;;nce, et des succès de 'i'urcnne qui dissipe toutes les années ennemies, l'ait une apostrophe qui convient parfailemenl à la situation de son àme :

failles que nos ennemis s'étaient déjà partagées, vous êtes encore dans le sein de notre empire. Provinces qu'ils avaient dijà ravagées dans le désir et dans la pensée, vous avez encore recueilli vos moissons, f^uus durez encore, places que Vart et la nature ont fortifiées, et qu'ils avaient dessein de démolir ; etv<nts n'avez tremblé que sous les projets frivules d'un vainqueur en idée, qui comptait le nombre de nos soldats, et qui ne songeait pas d la sagesse de leur capitaine. [Oraison fun. de Turenne, p. 117.)

Lorsqu'on personnifie les êtres moraux, il faut avoir ég;ird aux idées qu'on s'en l'ait couimunémenl, et aux actions qu'on leur attribue; c'est à ces deux choses que tout ce qu'on dit doit être Mé,

La victoire , dit un orateur en parlant de iLouis XIV, la victoire asservie et inséparablement attachée au char de notre conquérant, lui doit encore plus que le tribut qu'elle paie, et ne peut être assez reconnaissante. Son trophée est formé des armes des ennemis de Louis le Grand; son front n'est couronné que des lauriers qu'il a lui-même cueillis ; ses mains sont pleines de nos palmes; lu France seule empêche la proscription de sa gloire, oubliée dans les autres nations. Le vainqueur a plus fait pour la victoire qu'il a rendue constante , que la victoire n'a fait pour le vainqueur qu elle rend heureux. — Ces pensées, s'écrie un grammairien, sont neuves et bien maniées. Il est vrai qu'elles sont neuves, car on n'a jamais rien imaginé de semblable. Mais est-il vrai cjue la victoire doive de la reconnaissance à un conquérant, parce qu'elle est attachée à son char, parce quelle ne se couronne que de lauriers qu il a cueillis , etc.? Est-il vrai que la gloire de la victoire dépende des succès de la France'^ (Juand Louis XIV eut été battu, y aurait-il eu lieu à la proscription de cette gloire 7 et n'est-il pas indifférent a la victoire que ses lauriers soient cueillis chez nous ou chez nos ennemis, que ses trophées soient formés de nos armes ou des leurs? Enfin, Louis fait-il quelque chose pour la victoire, lorsqu'il la rend constante? Et, n'est-ce pas la victoire qui fait tout pour lui lorsqu'elle veut l'être?

Les êtres moraux qu'on fait agir ou parler appartiennent plus particulièrement à la poésie. La règle est de les caractériser relativement aux idées reçues et aux actions qu'on leur attribue.

Des tours ingénieux. — On entend ici par tours ingénieux les bons mots, les traits, les sail-

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Iles, 106 pensées fines et délicates. Leur caractère est la gaieté. Tantùt ils expriment des vérités agréables aux persoimes à (jui l'on parle, tantôt ils répandent le ridicule. — La gaielé ne pl^t qu'autant qu'elle est naturelle. C'est pourquoi l'expression en doit être fort simple. Celui qui travaille pour badiner, ne badine pas; il est froid du moins, s'il n'est ridicule.

Souvent un tour ingénieux n'est qu'une métaphore. A la mort du maréchal de Turenne, Louis XlVayanl fait une jiromoiion de plusieurs maréchaux de France, ([ucliiu'un dit : // croit nous donner la monnaie de AI. de Turenne. — Un tour ingénieux peut être un tableau agréable : Madame deBrissuc avait avjourd'huila colique ; elle était au Ut, belle et coiffée à coiffer tout le monde. Je voudrais que vous eussiez vu ce quelle faisait de ses douleurs, et de ses yeux, et des cris, et des bras et des inains qui traînaient sur sa couverture ; et les situations et lu compassion qu'elle voulait qu'on eût... En vérité, vous êtes une vraie pilaude, quand Je songe avec quelle simplicité vous êtes malade. (Sévigné, 21 mai 1676.) — On ne relève pas les négligences que madame de Sévigné s'est permises dans ce morceau ; il suffit que ce tableau soit ingénieux; peut-être plus de correction l'eût gale.

Un mot peut être ingénieux par une allusion, lorsque ce qu'on dit fait entendre ce ([u'on ne dit pas. Madame de Sévigné en rapporte un du comte de Grammont. « Vous connaissez, dit-elle, l'Anglée, il est fier et familier au possible. 11 jouait l'autre jour au brelan avec le comte de Grammont, qui lui dit, sur quelques manières un ])eu libres : Monsieur de l'Anglée, gardez ces familiarités-là pour quand vous jouerez avec le roi. «

Un bon mot n'est quelciuefois qu'une réponse fort simple, mais à laquelle on ne s'attendait pas. Le cardinal de Richelieu, ayant rétabli la pension de Vaugelas, lui dit : f^ous n'oublierez pas dans le Di''tionnaire le mot do pension. — Non, monseigneur, dit Vaugelas, et encore moins celui de reconnaissance. — Un tour ingénieux peut n'être qu'une réflexion plaisante. Telle est colle-ci de madame do Sévigné : Il n'y a rien qui ruine comme de n'avoir point d'argent. Il peut même i;e se trouver (jue dans une expression qui surprend par sa nouveauté, et (ju'on approuve pour sa justesse. lAIadame de Sévigné dit à sa fille: La bise de Grignan me fuit mal à votre poitrine . (29 décembre 1688.)

Des tours précieux ou recherchés. — Il y a des écrivains qui paraissent craindre de dire ce que tout le monde pense, et surtout de le dire avec des expressions qui sont dans la bouche de tout le monde. Ils aiment ces tours précieux qui no sont que l'art d'embrasser une pensée commune, pour lui donner un air de nouveauté et de finesse.

Ce qui nous environne nous fait ombre. Voilà un tour assez obscur. L'expression est-elle au propre ou au figiu-é? Veut-on dire (juc ce qui nous environne nous couvre de son ombre, ou s'il est à notre égard ce que les ombres sont aux figures d'un tableau? En paraissons-nous plus, ou en iiaraissons-nous moins? Est-ce à notrt avantage ou à notre dé-avantage? Il n'est pas douteux qu'il ne faille une espèce de finesse pour démêler le sens de cette expression. Coatinuez donc, et dites :

Les grands mérites qui sont éloignés ne nous découvrent pas notre petitesse. Au lieu d'expH-

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quer tout uniment l'offel des mérites qui sont

S roches de nous, vous le donnez ii deviner, on isanl ce que ne font pas les mérites éloit'nes. Voire pensée commence a devenir moins obscure. Achevez donc, et dites: Celui qui la joint la mesure et la mctilre. — On ne voit pas beaucoup Je rapport entre ces deux propositions ; Ce qui nnus environne nous fuit ombre, et Us mérites ifui nviis environnent montrent notre 'petitesse ; mais moins un aperçoit ce rapport, plus on suppose de finesse. Si vous vous étiez contenté de dire, le mérite de ceux qui nous approchent fait voir combien nous en avons peu, le tour eût été aussi commun que la pensée.

On pourrait parler ainsi à une femme : Il y a longtemps, madame, que j'aurais pris la liberté de vous déclarer mon amour, si vous aviez le loisir de m'entendrc ; 7nais vous êtes occupée par je ne sais combien d'autres soupirants, et j'ai jugé à propos de me taire : il pourra arriver UTi moment plus favorable, où je hasarderai de parler. Mais un peu d'obscurité et de contradiction dans les termes donnerait a ce langage un faux air d'esprit et de finesse. On dira donc :

Il y a longtemps que j'aurais pris la liberté de vous aimer, si vous aviez le loisir d'être uimée de moi; mais vous êtes occupée par je ne sais combien d'autres soupiraiits. J'ai jugé à propos de vous garder mon amour; il pourra arriver quelque moment plus favorable où je le placerai.

Ce n'est pas prendre une liberté que d'aimer une jiersonne aimable, mais c'est en prendre une que de lui déclarer son amour. En confondant ces deux choses, vous mêlez le vrai et le faux, voilà l'art. — Supposer qu'une personne n'a pas le loisir d'être ain.ce, c'est encore supposer faux ; et il faut une sorte de finesse pour comprendre que cela veut dire qu'une fcunnc n'a pas le temps ^'écouter un amant. — Enfin, garder un amour jour un autre temps, c'est proprement n'avoir point d'amour. On se sait dune «ré de deviner que cela signifie qu'on réserve sa déclaration lour un autre temps.

Voilà tout le secret de ces lours recherchés. ,enez une pensée commune, exprimez-la d'abord îvec obscurité, devenez ensuite votre commentateur, vous avez le mot de l'énigme; mais ne vous hâtez pas de le prononcer; faites-le deviner, cl vous paraîtrez penser d'une manière fort neuve et fort fine.

Souvent le précieux n'est qu'un seul mol; et cela a lieu lorsqu'une mélai»horc réveille des .ccessoires qui ub-^curcisseiil une pensée. On dira fort bien, les réflexions sont la nourriture de Vâme ; mais on paraîtra recherché si l'un dit, les réflexions sont les mets friands de l'âme. On entend par mets fiionds, des ragoûts (jui sont moins faits i)Our nourrir, et surtout pour nourrir sainement, (jue pour fiatier le goût. L'abbé Girard, qui emploie cette métaphore, veut faire entendre que l'àmc aime les réflexions; et c'est un accessoire qu'il serait bon d'exprimer; mais le tour qu'il choisit est précieux, jiarcc qu'il abandonne une métaphore reçue, pour chercher cet accessoire dans une figure ou l'idée de nourriture se montre à peine.

La Mothc dit qu'ujie haie est le suisse d'un jardin, et il veut dire ([u'elle en défend l'entrée. — Quelqu'un a dit encore, donner une utlitwle meiurée à son style, pour dire, écrire sensément, avec réflexion; se promener dans les siècles passés, pour apprendre l'histoire.

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H y a des écrivains (]ui veulent toujours ôtrej énergiques et ingénieux. Ils croiraient ne pas bien' écrire s'ils ne terminaient pas chaciue article par un trait ou par une maxime; et, dés la première ligne, un voit (pi'ils préparent le mut par lequel ils veulent finir. Ils font continuellement violence à la liaison des idées; leur style est monotone, contraint, embarrassé. Toutes leurs phrases, toutes leurs périodes paraissent jetées au même moule, ils n'ont absolument (ju'une maniéie. Quehjue ingénieux que soient les traits, (pielque précision ([u'aieiit les maximes, il ne faut les employer qu'autant (|iie la liaison des idées les amène : ils doivent naitrc du fond du sujet.

Il y a des écrivains (jui aiment à prodiguer l'ironie. Celte figure a fait le succès des lettres de Voilure qu'on ne lit plus. On se lasse enfin de ce qui est recherché; et rien ne l'est plus que de dire toujours le contraire de ce qu'on veut faire entendre. L'ironie est froide, si elle est déplacée.

Sans multiplier davantage les exemples , il suffit de remarquer qu'il l'aut distinguer trois sortes de langages : celui des traits d'esprit, celui des maximes, et celui du sentiment. Le premier parle à l'imagination, le second a la réflexion, et le troisième à une àme qui n'est que sensible, à une àme qui, pour le moment, en quelque sorte sans imagination, sans réflexion, est incapable du plus petit raisonnement. 11 faut donc éviter d'expriiner le sentiment par un tour [)ropre aux traits et aux maximes ; c'est ce que Fontenelle n'a pas fait dans ces vers :

Je ne crains rien pour moi, vous êtes immortelle... Il ne faut pas aimer quand on a le cœur tendre.

Le premier est un trait à la place du sentiment; le second est le tour d'une maxime qui veut être ingénieuse.

Remarquez qu'on ne prononce pas de la même manière un trait, une maxime, un sentiment. On ne [irend pas le même ton pour dire, il ne faut pas pleurer celui qui meurt pour sa patrie; et pour dire :

Quoi! vous me pleureriez, mourant pour mon pays! (Corn., Uor., act. II, se. i, 52.)

Il y a plus, c'est que l'attitude du corps ne sera pas la même dans l'un et dans l'autre cas; on ne fera pas les mêmes gestes. Voulez-vous donc vous assurer d'avoir parlé le langage du sentiment? considérez si votre discours rend les accessoires qu'on devrait lire sur votre visage, dans vos yeux et dans tous vos mouvements; vous verrez que les lours fins supposent un visage qui ne change que pour sourire à ic (ju'il dit, cl que les tours de maximes supl)osenl un visage tranciuille et froid. Chaque passion a son geste, son regard, son altitude; elle a ses craintes, ses espérances, ses i)eines, ses plaisirs. Tout cela varie môme suivant les circonstances, et doit avoir un caractère dans le discours comme dans l'action du corps. Si votre âme est sensible , la langue vous fournira toujours les tours propies aux sentiments. (Extrait de V^rl d'Écrire de Condillacl

Tours irréguliers élégants. — Les tours sont réguliers (juand ils sont conformes aux règles de la construction, cl aux usages de la langue; ils sont iriéguliers ([uand ils s'ecarlent de ces règles et de ces usages. Cependant il y a des

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lours irréguliers non-seulement que l'on tolère, mais même que l'on regarde comme des beautés. Il y a un tour irrcgulicr élégant qui l'onsisle a mettre le régime direct avant le verbe. On s'en sert souvent avec beaucoup de grâce dans le style élevé.

Ces moissons de lauriers, ces honneurs, ces conquêtes, Ma main, en vous serrant, les IrouTe toutes prêles. (RiC, Jphig., act. V, se. Il, S3.)

La construction régulière serait, ma maiti trouve toutes prêtes ces moissons de lauriers, etc.

Il y a un autre tour irrégulier qui consiste à mettre le sujet après son verbe. Ce renversement, bien loin d'être vicieux, a de la grandeur, et est même quelquefois absolument nécessaire. Voyez-en des exemples ;'.u mot Inversion. (Extrait de X Encyclopédie.) Voyez aussi les articles Expression, Propriété.

TounMEMAM, i'ocii.UEMANTE. Adj. vcrhal tiré du V. tourmenter : Un désir tourmentant, une pensée tourmentante. On peut le mettre avant son subst., lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent : Ces tourmentantes pensées.

TounjiE.MER. V. a. de la V^ conj. Voltaire a dit dans V Enfant Prodigue (acl. III, se. m, 28) :

Oui, je suis las de tourmenter ma vie ;

et Racine dans Tphigénie (act. II, se. i, 111) :

Triste effet des fureurs dont je suis tourmente'.'

Se tourmenter de quelque chose, pour quelque chose.

Pourquoi nous tourmentsr de leurs ordres suprêmes? (Rac, Ipliig., acl. I, se. Il, 101.)

Vous vous tourmentes pour peu de chose.

Tournant, Tûirxame. Adj. verbal tiré du v. tourner. On ne le met qu'ajircs son subst. ; Un pont tournant, des rames tournantes.

Tourner. V. a. etn. de la 1" conj. : Tourner une roue, une broche; tourner les yeux, les regards sur, vers. — Tourner son cœur à Dieu, \ers Dieu.

Je ne yeux point ici vous rappeler ces temps Où nous tournions sur nous nos armes criminelles. (Volt., Joncr., act. I,sc. i, 5b.)

T'^i-ncr une chose de tous les sens. — Se tourner sur le côté. — Tourner quelqu'un en ridicule.

Tournesol. Subst. m. Quoique le s soit ici entre deux voyelles, il conserve le son qui lui est propre, parce que ce mot est composé des deux mots tourne et sol, et qu'on prononce le s du dernier comme si celte lettre était initiale.

Tournevis. Subst. m. On prononce le s final.

Tout, Toute. Adj. Il fait au pluriel tous et toxUes. Il précède ordinairement son subst. : Tout le peuple, toute la ville, tous les animaux, toutes les plantes. On voit par ces excm[)les qu'il n'exclut pas toujours l'arlicle, et qu'il le précède. — Quand tout est joint aux adjectifs possessifs mon, ton, son, votre, notre, etc., il précède ces adjectifs : De tout mon cœur, de tout votre pouvoir, etc. — Quand il est accompagné des pronoms nous, vous, eux, il les suit toujours : Nous tous, vous tous, eux tous. — Quand il est accompagné des adjectifs démon-

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siraiifs ce, celui, ceci, cela, etc., il les précède: Tout ce que vous avez dit, tout ceci, tout cela, etc. — Les, employé comme régime direct, ne veut tout ni avant ni après lui; il le renvoie après le verbe dans les temps siuqiles, et entre l'auxiliaire el Icparlicipedanslcs icmpscomposés: Je les vois tous, je les ai tous vus.

On répète tout devant chaiiuc substantif qu'il modifie, quoiqu'ils signifient des choses de même genre. Ainsi, l'on doit dire, il a perdu toute l'affection et toute l'inclination qu'il avait pntir moi, et non pas il a perdu toute l'affection et Vinclination, etc. — Il faut surtout rei)éter tout devant deux substantifs de genre différent. Ne dites donc pas. Je suis avec toute l'ardeur et le respect possible ; mais auec toute l'ardeur et tout le respect, etc.

Tout. Adv. Il signifie tout à fait, entièrement, quoique , sans exception , sans réserve. Il- est assujetti à quelques règles parliculières.

Souvent tout n'est qu'un mot explétif qui rend plus énergiques les expressions auxquelles il est joint, comme devant les adverbes : Parler tout haut, parler tout bas: tout franc, tout bonnement, tout aussi bon, tout aussi mauvais ; tout en riant , tout en yrondant. Alors il est invariable.

Tout est aussi invariable lorsqu'il est joint à un adjectif masculin jiluriel : Ils sont tout étonnés, tout interdits. (Marmontel.) Ces enfants sont tout pleins d'esprit. (Académie.) Les hommes, tout ingrats qu'ils sont, s'intéressent toujours à une femme tendre. {\ij\\.'MVC.) Les jours que j'ai passés tout entiers avec moi seul, (J.-J. Rousseau.) Ils sont tout autres que vous ne les avez vus. (Vaugelas.)

Sont-ils morts tout entiers avec leurs grands desseins? (Conx., Cin., act. II, se. m, 126.)

Tout est invariable devant un adjectif féminin singulier ou plurielqui commence par une voyelle ou un h non aspiré. Elle est tout éblouie, tout enchantée ; des femmes tout éplorées; elle est tout abattue de sa disgrâce. La compagnie était tout attentive et tout émue. (Voltaire.) Une constance tout héroïque ; elles so7itlijul auti-es ; elle est tout autre. Avant autre, il est quelquefois dilTuile de ilisiinguer si tout est adverbe ou adjectif , et par conséquent s'il est invariable ou variable. Dans cette maisonest tout autre qu'elle n'était, tout est évidemment adverbe, car il n'a point de substantif exprimé ou sous-cntendu auquel il puisse se rapporter; il signifie tout à fuit, entièrcmenl. ]\Iais quand on dit, toute autre se serait rendue à leurs discours, toute est un adjectif qui se rapporte au substantif sous-entendu/)er5o/(«e; c'est-à-dire, toute au/re personne se serait rendue à leurs discours. Il en est de même dans cette phrase de Voltaire : Cette liberté a ses bornes, comme \.o\]\C autre espèce de liberté. (Préface des remarques sur le comte d'Essex.)

Tout, adverbe, devant un adjectif féminin qui commence par une consonne ou un h aspiré, prend le genre et le nombre de cet adjectif. Alors l'adverbe se convertit en adjectif, sans perdre néanmoins sa significati(ni adverbiale, et sans prendre celle de l'adjectif, dont il ne revêt que la fo.rme : Une femme ioMlc pénétrée de douhur ; de /'('fli/-ie-tu'e toute pure; elles sont toutes déconcertées ; elle es<, toute consolée ; eUes sont toutes rêveuses, toutes languissantes. L'espérance f

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toute trompeuse qu'elle est, sert au iiiums à nous mener à hi fin de la rie par vn chemin agriuhle. — 11 faut remar(]uer (juc, dans ces exemples, <ou< peut qiiclilucfoisoCLasionnerdcs équivoques. Par exemple, elles sont toutes consalées peut siguiQer ou que toutes les personnes dont ou parle sont coi-.solées, sans en excepter aucune, ou qu'elles sont entièrement, tout a fait consolées. Féraud est d'avis que, si l'on jirend imit dans le sens adverbial, on peut éviter ré<iuivoque, en disant : ell^s sont tout consulécs; mais celle locution, contraire à celle que nous venons de donner, ne serait pas supiwrldble. Nous pensons tju'on iiourrait éviier l'équivoque en disant, par cxemjtle, toutes sunt consolées, poni signifier que toutes les personnes dont on parle sonl consolées.

Tout, adverbe, joint à un substantif masculin ou féminin, est invariable : Il est tout feu, il est tout oreilles.

Tout à fait. Expression adverbiale :

Je suis dirélien, Néarque, elle suis tout à fait. (Corn., Pol., act. Il, se. ti, 31.)

Tout à fait, dit Voltaire, ne doit jamais entrer dans la poésie noble. ( Remarques sur Corneille.)

Tout beau. Expression familière que l'on employait autrefois dans le style noble, et qui en est bannie aujourd'hui.

... T'eut beau, ma passion, deviens un peu muins forte. (Corn., Cin., act. I, se. ii, 73.)

Tout 2i:'au, Pauline, il entend vos paroles.

(Corn., Pol., act. IV, se. ni, ^o.)

Tout beau, dit Voltaire, revient au pian piano des Italiens. Ce mot familier est bar-ni du discours sérieux, à plus forle raison île la pt^'Sic. Il ne peut jamais être ennobli, parce qu'il ne peut être accompagné de rien qui le relève. [lie- ■marqiies sur Corneille.)

Tout de suite. Voyez Suite.

Toutefois. Adv. On le met tantôt au commencement de la i)hrase, tantôt après et, ou après quelque autre conjonction, laniôl dans le corps de la phrase, et quelquefois a la fin : Toutefois il viendra ; et toutefois il y consent ; si toutefois la chose est possible; je ne laisserai pas toutefois de le servir ; il en est venu à bnut toutefois. — Quand il est joint à quoique, bien que, parce que, et autres ciinjonclions dont le que est inséparable, il se met après ces conjonctions, et ordinairement entre la conjonction et le que : Pourvu toutefois qu'il le veuille; afin toutefois qu il puisse le faire; à condition toutefois qu'il y consentira.

TR.iCASSEr., TRACASSicaiE, Tracassif.r. Ces trois mots sont exclus du style noble.

Tr.ACF.. Subst. f. L'Académie le définit, vestige qu'un homme ou queliiue animal laisse à l'endroit où il a passé. On a donc eu raison de critiiiuer ce vers de Racine {Frères ennemis, act. I, se. 111,3) :

Quelles traci^s de sang voi>-je sur vos habits?

Il fallait dire des taches de sang. Trace est mieux employé dansle vers suivant (ïiac.,/'/(è(ire, act. V, se. VI, G9) :

TRA

Oe son génércui sang la (race nous cjndait.

Traces, au ligure, dit Féraud, ne se dit guère au singulier : Il marche sur les traces de ses ancêtres. — Les poètes s'affranchissent quelquefois de cet usage.

La discorde civile est partout sur ta trace.

(A'OLT., J/a/iom., act. II, se. v, 13.)

Ce n'est pas là une heureuse licence, et ta trace n'est |)oint du tout harmonieux.

Tracer. V. a. de la J"conj. : Tracer une ligne, tracer une alite. — Tigurément, tracer le chemin, la route à quelqu'un.

... .11 est des vertus que je lui puis tracer.

(Rac, Britan., act. I, se. Il, 38.)

C'est-à-dire, dont je puis lui donner l'exemple, que je puis lui apprendre à pratiquer. Voltaire a dit au propre, tracer une lettre.

Je la vois celte lettre à jamais effrayante.

Que, prèle à se glacer, traça sa main mourante.

(Volt., Sémir., act. I, se. m, 21.)

L'expression est bonne, mais traça sa est bien dur.

Traditionnel, Traditionnelle. Adj. qui ne se met (ju'apvès son subst. : Lois traditionnelles ^ opinion traditionnelle .

Traducteur. Subst. m. L'Académie ne lui donne point de féminin. Voltaire dit à madame Dacier : f^ous êtes la seule traductrice et comwentatiice. {Dictionnaire Philosophique, article Scoliaste^

Traduction. Subst. f. Il ne faut pas confondre les deux mots traduction et version. Ces deux mots différent entre eux par quelques idées accessoires; car on emploie l'un en bien des cas où l'on ne pourrait yva se servir de l'autre. On dit en parlant des saintes écritures, la version des Septante, la ver.non vulgale , et l'on ne (lirait pas de même la traduction des Septante, la traduction rulgate. On dit au contraire que ^'augelas a h'xiuwa traduction de Quinle-Curce, et l'on ne pourrait pas dire qu'il en a fait une version. Il semble que la version est plus littérale, plus attachée aux procédés propres de la langue originale, et plus asservie dans ses moyens aux vues de la construction analytique ; et que la traduction est plus occupée du fond des pensées, plus attentive à les présenter sous la forme qui iicut leur convenir dans la langue nouvelle, et plus assujettie dans les expressions aux tours et aux idiomes de cette langue. L'art de la traduction suppose nécessairement celui de la version; de là vient (pic les translations que l'on fait faire à nos jeunes gens dans nos collèges, du grec ou du latin en français, sont très-bien nommées des versions. (Beauzée.)

Tiîaduisible. Adj. des deux genres qui ne se met qu'après son subst., et ne s'emploie guère (ju'avec la négation : Ce poème n'est pas traduisible.

Trafiqcer. V. n. cl a. de la d'" conj, : Trafiquer en laines, en soieries. — Trafiquer une lettre de change. — Au figuré, trafiquer de quelque chose.

Britaimicus se plaint, dans la tragédie de ce nom, des témoins assidus

TRA

Qui, choisis par Néron ponr ce eornmercc infime, Trafiquent avec lui de» secrets de mon âme.

(Acl. I, se. IT, 27.)

'fBAGÉDiE.Subst. f. C'est la représentation d'une action héroïtiiic. Elle est héroïque si elle est l'effet lie l'àme portée à un degré extraordinaire jusqu'à un rerlain point. L'héroïsme est un courage, une valeur, une générosité, qui est audessus des ànios vulgaires.

Les vices entrent dans l'idée de cet héroïsme. Un poëte i)eut peindre Néron, sinon comme un héros, du moins comme uu hommed'une cruauté extraordinaire, el, s'il est permis do le dire, en (piclque sorte homïiiue, parce qu'en général les vices sont lioroïques quand ils ont pour principe quelque qualité qui suppose une hardiesse et une fermeté peu communes.

L'action est héroïque par elle-même, ou par le caractère de ceux qui la font. Elle est héroïque par elle-même quand elle a un grand objet, comme l'acquisition d'un trône, la punition d'un tyran. Elle est héroïque par le caractère de ceux qui la font, quand ce sont des rois, des princes (jui agissent, ou contre qui on agit. Quand l'entreprise est d'un roi, elle s'élève, s'ennoblit par la grandeur de la personne qui agit. (Juand elle estcontre un roi, elle s'ennoblit par la grandeur de celui qu'on attaque.

La première qualité de l'action tragique est donc qu'elle soit héroïque. Mais ce n'est point assez. Elle doit être encore de nature à exciter la terreur et la pilié, c'est ce qui fait la différence et la rend [iroprement tragicpic. — L'épopée traite une action héroïqiie aussi bien que la tragédie; mais son principal but étant d'exciter la terreur et l'admiration, elle ne remue l'àme que pour l'élever peu à peu. Elle ne connaît point ces ressources violentes et ces frémissements du théâtre qui forment le vrai tragique. Le but de la tragédie étant d'exiler la terreur et la compassion, il faut d'abord que le poëte tragique nous fasse voir des personnages également aimables et estimables, et qu'ensuite il nous les représente dans un état malheureux. Commencez par faire estimer ceux pour lesquels vous voulez m'intéresser. Inspirez de la vénération pour les personnages destinés à faire couler mes larmes.

Il est ^ionc nécessaire que les personnages de la tragédie ne méritent point d'être malheureux, ou du moins d'être aussi malheureux qu'ils le sont. Il ne faut pas néanmoins défendre d'introduire des i)crsiinnages scélérats dans la tragédie, pourvu que le principal intérêt de la pièce ne retombe pas- sur eux. Les poètes dramatiques dignes d'éciiie pour le théâtre ont toujours regardé l'obligation d'inspirer la haine du vice et l'amour de la vertu comme la première obligation de leur art. Non-seulement il faut que le caractère des principaux persoiuiagcs suit intéressant, mais il est nécessaire que les accidents qui leui' arrivent soient telsqu'ils puissent affliger des personnes raisonnables , et jeter dans la crainte un homme courageux. (Extrait de \ Encyclopédie.)

Le double intérêt de la terreur et de la pitié doit être l'àme de la tragédie. Pour cela, il est de l'esseme de ce spectacle, 1» de nous présenter nos semblables dans le péril et dans le malheur; 2" de nous les présenter dans un péril qui nous effraie, et dans un malheur qui nous touche; 3" de donner à cette imitation une

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apparence do vérité qui nous séduise et nous persuade assez pour être émus, comme nous nous plaisons de l'être, jusqu'à la douleur exclusivement. De la toutes les régies sur le choix du sujet, sur les mœurs et les caractères, sur la composition de la fable, et sur toutes les vraisemblances du langage et de l'action. Nous ne donnerons point ici toutes ces règles; elles sont étrangères à noire plan.

Tragique. Âdj. des deux genres. Au propre, il ne se met qu'après son subst. : Pnëme tragique, poète tragique, genre tragique, incident tragique, style tragique. — Au liguré on peut le mettre avant son substantif, en consullanl l'oreille el l'analogie : Un événement tragique, ce tragique éi-énement; une histoire tragique, cette tragique histoire.

Tragiquement. Adv. Il ne se met qu'après le verbe : Il a fini tragiquement, et non pas, il a tragiquement fini.

Tbahir. V. a. de la 2« conj. : Trahir sa patrie, trahir son ami. Voici (juclques exemples où ce mot est pris dans des acceptions (pii ne sont point indiquées dans le Dictionnaire de l'Académie, ou qui du moins le sont imparfaitement :

Ne me déguise rien; mes feux sonl-ils trahis?

(Volt., Zaïre, act. III, se. vu, 19.)

Lams vous était cher, et Totre négligence De ses mines sacrés a trahi la vengeance.

(Volt., OEd., acl. I, se. m, 23. J

La rougeur de son front trahissait sa pensée —

(Volt., Sdmir., act. II, se. i, 88.)

Un seul mol, un soupir, un coup d'œil nous trahit. (Volt., OEd., act. I, se. m, 23.)

De sa postérité pourquoi trahir l'espoir?

(Delil., Enéide, IV, 59S.)

Traînant, Traînante. Adj. verbal tiré du v. traîner. Il ne se met qu'après son subsl. : Une robe traînante, une queue traînante. — Des drapeaux traînants.

Traîner. V. a. et n. de lal''e conj. L'Académie dit traîner une vie malheureuse. Voltaire a dit dans le même sens [Henriade, II, 88) :

Mon père malheureux, à la cour enchaîné,

Trop faible, et malgré lui servant toujours la reine,

Traîna dans les affronts sa fortune incertaine.

Delille a dit traîner sa voix [Enéid., IV, 693)(,:

Tantôt l'affreux hibou, seul au sommet des toits, Tràtne en accents plaintifs son effrayante voix.

*Traînerie. Subst. L Action de traîner. Moi inusité que J.-J. Rousseau a appliqué à la musique française de son temps. Quelque temps, dit-il, avant qu'on donnât le Devin du vdlagc, il était arrivé à Paris des bouffons italiens qu'on fit jouer sur le théâtre de. l'Opéra, sans prévoir l'effet qu'ils y allaient faire. La comparaisoîi de ces deux musiques entendues le même jour, sur le même théâtre, débouchâtes oreilles françaises. Il n'y eut personne qui pût endurer la trainerie de leur musique, après l'accent vif et marqué de Vitalienne. (Confessions, IP part., liv. VIII, t. XV, p. 143.)

Traire. V. a., irrégulier et défectueux de la 4' conj. Il se conjugue aiosi qu'il suit :

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Indicalif.—Prtseiit. Je Irais, tu Irais, il Irait; nous travoiis, vous trayez, ils Iraient. — Imjiarfa,t. Je trayais, lu trayais, il trayait; iiuus trayions, vous trayiez, IN trayaient. — Le passé simple manque. — Futur. Je trairai, lu Haïras, il traira; nous trairons, vous Irairez, ils trairont.

Conditionnel. — Présent. Je trairais, lu trairais, il trairait; nous trairions, vous trairiez, ils trairaient.

Ihipéralif. —Présent. Trais, qu'il traie ; trayons, trayez, qu'ils traient.

Subjonctif. — Présent. Que je traie, que tu traies, qu'il traie ; que nous trayions, (jue vous trayiez, qu'ils iraient. — L'imparfail manque.

Parlicipe. — Présent. Trayant. — Passé.

Trait, Iraile.

Les temps composes se forment avec l'auxiliaire «rot»-.

Trait. Subst. m. En parlant des ouvrages d'esprit, on appelle trait, trait d'esprit, une pensée ingénieuse et c.Mraordinaire qui surprend par sa nouveauté, et frappe l'imaginalion par sa vivacité. Toyez Tour.

Trait, dans le sens d'action.

Âh '. c'est le dernier trait à mon âme éperdue.

(Volt., Sémir., act. V, se. yiii, 57.)

Celte phrase est vicieuse, dit La Harpe. On ne peut pas dire proprement c'est le dernier trait à. 11 est impossible de supporter cette phrase ellipli(juc; car on ne dit pas porter un trait, comme on dit porter un coup. [Cours de Littérature.)

Avoir trait. Voyez Langue française.

Traité. Subst. in. Terme de littérature. Discours étendu écrit sur quelque sujet. Le traité est plus positif, plus formel et plus méthodique que Vessai; mais il est moins profond qu'un système. La dissertation eslonlinairement moins longue que le traité. D'ailleurs, le traité renferme toutes les questions générales cl parliculiores de son objet ; au lieu que la dissertation n'en comprend (jue quelques questions générales ou particulières. Ainsi, un traité d'arithmétique est composé de tout ce (jui appartient à l'arithmétique; uac dissertation sur l'arithmétique n'envisage l'art de compter ([uc sous quelques-unes de ses faces générales ou parliculiéres. Si l'un compose sur une matière autant de dissertations qu'il y a de différents points de vue i)rincipaux sous lcs(iuels l'esprit peut la considérer, si chacune de ces dissertations est d'une étendue proportionnée à son objet particulier, et si elles sont toutes enchaînées par quelque ordre méthodique, vous aurez un traité complet sur celle matière.

Traiter. V. a. de la J^oconj. Traiter une matière, un sujet. — Traiter la paix, un mariage. — Traiter avec les ennemis. — Traiter tin malade . — Traiter quclqiiun de fripon, de voleur. — Traiter quelqu'un d'ami; traiter quelqu'un en ami. La première de ces exjircssions signifie donner à quelqu'un le nom d'ami ; la seconde en agir à l'égard de quelqu'un comme on le fait avec un ami.

On dit traiter une matière, un sujet, une question. Dans tous ces exeinjiles, la matière, le sujet, la quesliou, ne sont pas sjtécifiés. Quand ils le sont, il faut dire traiter de : Dans son ouvrage il traite des plantes, des métaux, etc. — On dit traiter une affaire, et traiter d'une

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affaire ; mais il me semble que traiter une affaire, c'est l'examiner à fond; cl traiter d'une affaire, c'est la discuter : Le rapporteur a lirn traité l'affaire; les juges ont traité de cette affaire pendant deux heures. — Traiter, dans le sens de négocier une aciiuisilion, est toujours suivi de la préposition de : Il traite do cette terre.

TraIthe, Thaîtresse. Adj. qui se prend substantivement. Il ne se met guère «ju'aprés son subst. : Un homme traître, une femme traîtresse. — Un cœur traître, un esprit traître. — Un procédé bien traître.

TRAiTREUSE.vENT. Adv. On ne le met guère qu'après le verbe : Il lui donna traîtreusement un coup de poignard.

Tramail. Subst. m. On mouille le Z final.

Trame. Subst. f. Les poètes emploient trèsfréquemment ce mot au figuré.

, . . .Les cruels, dont les coupables mains Du plus juste des roi» ont privé les liuraains, Ont de leur trahiîon caché la trame impi».

(Volt., Sémir., act. I, se. m, 39.)

Apprenez, infidèles, A former contre moi des tramet criminelles.

(Volt., Mahom., ad. V, se. iv, 29.1

Tramer. V. a. de la J" conj. Au propre, tramer une étoffe; au figuré tramer une intrigue, une conspiration ; tramer quelque cliose contre quelqu'un.

Tranchant, Tranchante. Adj. verbal tiré du v. trancher. Il ne se met qu'après son subst. : Couteau tranchant, épée tranchante. — Argument tranchant, raisons tranchantes. — Des couleurs tranchantes. — On dit aussi un homme tranchant, pour designer un homme qui décide de tout avec une affectation de supériorité; et un ton tranchant, pour désigner le ton qui marque cette affectation : Un esprit tranchant.

Trancher. V. a. et n. de la \"^ conj. On dit trancher la tête, mais on ne dit pas trancher les pieds, les mains; il faut dire cov/ier.

L'Académie dit trancher court, pour dire terminer en peu de mots une conversation, un discours.

llacine a dit :

Songez— vous, pour trancher d'inutilet discours. Que lo bonheur d'Achille est fondé sur vos joursT (Rac, Iphig., act. V, se. Ii, 19.)

Du plus grand des mortels j'ai vu trancher le sort. (Corn., Pompée, ad. II, se. li, 5.)

On tranche la vie, dit Voltaire, on tranche la tête; on ne tranche point un so)'t. (Remarques sur Corneille.)

Voltaire a dit trancher les jours {Mort de César, act. III, se. viii, 60) :

Un llche assassinai Vient de trancher ici les jours de ce grand homme.

On dit familièrement trancher du grand seigneur, du bol esprit, etc. ; et Corneille a di* (Polyeucte, act. V, se. i, 11) :

Tranchant du généreux.

Voltaire dit de celte expression qu'elle est familière et du style comique. {Remarques sur Corneille .) Tranquille. Adj. des deux genres. On no

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mouille pas les l. Il se dit Jes personnes et des choses, et on peut le mettre avant son subst., en consuh;int l'ureille et l'analogie : Un liommc tranquille, une femme tranquille, vneâme tranquille, un esprit tranquille, une vie tranquille. Il ne lui laissa voir qu'une tranquille recunnaissancc. (Marmonlel.)

0 paix, tranquille paix, sccourable immortelle.

(RODSSEAD, liv, IV, ode VIII, 1.)

Les sincères nmours, peu connus dans nos villes. Sous mis tranquilles toits ont choisi des asiles.

(Ghbssbt, Églogue 11,49.)

Racine lui a fait régir la préposition à [Andromaque, act. ^', se. i, 9) :

Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes.

Fcraud prétend qu'on ne peut lui faire prendre ce roçiuio (jue dans le haut style. Si, par le haut style," FérauJ entend la haute poésie, nous ne sommes pas de son avis, et nous croyons que l'on peut ircs-bien employer celle (;x[)rossion en prose. Tranquille à mes alarmes est une phrase ellijjtique qui peut se traduire par, tranquille à la vue de mes alarmes; l'ellipse est naturelle, îesens est clair; il n'y a rien là cpie la prose doive rejeter, même dans le style épistolairc.

Tranquillement. .\dv. On ne mouille pas les l. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe : Il a reçu tranquillement cette mauvaise nouvelle., ou il a tranquillement reçu cette mauvaise nouvelle.

Tranquillisant, Tranquillisante. Adj, verbal tiré du V. tranquilliser. Il' y a longtemps que l'usage l'a adopté; et r.\cadémie aurait pu, dès 1798, le recueillir dans son Dictionnaire, mais elle ne l'a admis qu'en 1835. Il ne se met qu'après son subst. : Une nouvelle tranquillisante, une déclaration tranquillisante. Cela est tranquillisant pour vous.

Tr.ANQuiLLisER. V. 3. dc la Ire conj. On ne mouille pas les /. Il se dit au propre des humeurs du corps humain : Un remède propre à tranquilliser les humeurs. Peut-être dirait-on mieux, à calmer les humeurs. Au figuré, il ne se dit que des personnes, relativement au troulde et à l'inquiétude de l'àme. — // était inquiet, et je l'ai tranquillisé. J'ai tranquillisé son esprit. Il ne parviendra pas à tranquilliser sa conscience.— On ne dit pas tranquilliser un royaume, un Etat, une province. — Se tranquilliser, se tranquilliser sur quelque chns'' qui donne de V inquiétude.

Tranquillité. Subst. f. On ne mouille pas les l : La tranquillité du cœur, de l'esprit, de la C'msciencc. Quoiqu'on ne dise pas tranquilliser un royaume, un État, on dit la tranquillité du royaume, de l'Etat.

Transaction. Subst. f. Quoique dans ce mot, le 5 ne soit pas entre deux voyelles, il prend la prononciation du z, et on prononce tranzactinn. f.a raison en est que ce mot étant composé de deux mots, traiis et action, on considère le * de la préposition trans comme un s final qui doit se lier avec la voyelle initiale du mot suivant.

Transcendant, Tr.ANSCENDAiiTE. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Esprit transcendant, mérite transcendant, vertu transcendante.

Tkanschire. V. a. et irrégulier de la 4^ conj. Il se conjugue comme écrire. Voyez ce mot.

Transférer. V.a. delà Ir^conj. : Transférer un tribunal d'une rille dans 7tne autre. Con- I

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stantin transféra le siège de Vempire dc Borne à Cnnstantinople.

Transformer. V. a. de la 1" conj. : Circé transforma les compagnons d'Ulysse en pourceaux.

Transgresseur. Subst. m. Il ne se dit point au féminin. Racine l'a employé au mascuMn {Athalie, ad. IV, se. m, 71) ;

Si quelque tranagreneur enfreint celle promesse, Qu'il éprouve, grand Dieu, ta fureur vengeresse.

Transiger. V. n. de lai" conj. Quoique 5 ne soit pas ici entre deux voyelles, il n'en prend pas moins le son du z. La raison en est que ce mot, dérivé du latin transigere, est coniposé de la préposition latine trans où le s est considéré comme final, et devant se lier au mot suivant.

Transir. V. a. de la 2' conj. Dans ce mot le s ne prend pas le son du z, comme dans transiger, transaction, etc. ; la raison en est que la préposition latine trans n'entre point dans sa composition comme dans celle de ces derniers; et qu'étant dérivé du latin barbare strinxire, il n'est pas considéré comme un mot composé. — Il en est de même de transissement.

Racine a employé ce verbe dans le sens neutre {Phèdre, act. I, se. m, 124) :

Je sentis tout mon corps et transir et brûler

Tbansit. Subst. m. On prononce le s comme un z, parce qu'on considère ce s de la préposition trans qui entre dans la composition du mot, comme un s final qui se lie avec la voyelle initiale du mot suivant. On prononce le t final.

Transitif, Transitive. Adj. On prononce iranzitif, parce qu'on considère le s delà préposition trans qui entre dans la composition du mot, comme un s final qui doit se lier avec la voyelle initiale du mot suivant. Terme de grammaire qui se dit des verbes qui marquent une action qui passe d'un sujet qui la fait, dans un autre qui la reçoit. Il ne se met qu'après son subst. : Les verbes transitifs. Voyez Actif.

Transition. Subst. f. Dans ce mot le s se prononce comme un z, quoiqu'il ne soit pas entre deux vovelles, tranzition :^ ce mot étant composé de "la préposition latine trans et du substantif inusité ition, on reirardc ces deux mots comme séparés, et on joint le premier au second, selon la rède ordinaire.

On' entend par ce mot, en littérature, la liaison d'un sujet à un autre dans le même discours. Tous les préceptes qu'on donne pour former les transitions, pour les placer à propos, pour les varier avec goût, sont autant de préceptes frivoles. Il faut que toutes les parties d^un discours soient unies comme le sont celles d'un tout naturel; c'est la vraie liaison et presque la seule qui doit v être. Tout ce (lui n'y tient que prir insertion artificielle y est étranger. Ce qui rend si difficile la prati(pie des transitions à la plupart des auteurs, c'est qu'ils n'ont pas assez médité leurs sujets pour en connaître tout 1 enchaînement; et faute d'avoir saisi une partie médiante qui servait de liaison, ils font aboutir les unes aux autres, des parties qui ne sont point taillées pour se joindre. Dc là les transitions ariificielles et les tours gauches employés pour couvrir un vide, et tromper ceux qui jugent de la solidité dc l'édifice par le plâtre dont il est revêtu.

Qu'on parcoure les ouvrages des célèbres

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écrivains, on n'y verra point de ces tours de souplesse, si j'ose in'cxprimer ainsi; le sujet se deveU)|ipe de lui-même, cl s'explique francliement. Tout se suit, et quand ils ont dit sur un chef tout ce qu'il y avait à dire, ils passent à un autre siuiplcmenl, et avec un air de bonne fui beaucoup plus agréable pour le lecteur ipie ces subtilités qui manpient la petitesse de 1 esprit, ou au moins un auteur trop oisif. [Principes de Littérature.)

TRASsiTOinE. Adj. des deux genres. On prononce tranzitnire, parce qu'on considère le s de la prc[)osilion <;•««* qui entre dans la composition de ce mot, comme un s final qui ddil se lier avcf la voyelle initiale du mot suivant ; Les choses de ce monde sont transitoires.

TRANSLATF.n. V. a. de la 4" conj. L'Académie dit qu'il est vieux; mais il s'emploie encore en parlant de la version servile que l'on fait d'une langue dans une autre. Celui qui s'éloigne de l'original, jiour en rendre les beautés par des tours analogues, traduit; celui qui rend son original mot à mot, translate.

Tra^slathcr. Subsl. m. L'Académie dit qu'il est vieux. On s'en sert encore pour signifier un traducteur qui , sans se soucier de rendre les beautés de son original, le traduit servilement et mot à mot. Il n'a point de féminin. Il me semble qu'on pourrait dire translatrice.

Transmettre. V. a. et irrégulier de la 4» conj. Il se conjugue comme mettre. Voyez ce mot. // lui a transmis la propriété de cette ferme. — Figurément, transmettre son nom à la postérité.

Le droit de commander n'est pins un avantagi> Transmis parla nature ainsi qu'un liérilage. ..

(Volt., iTér., act. I, se. m, 61.)

... Ce fait remonta ac berceaa de l'histoire; Mais le temps, d'âge en âge, en transmit la mémoire. (Delil., Éndid., IX, 109.)

Tbansmissible. Adj. des deux genres qui ne se met qu'après son subst. : Des droiig trans- Tnissiblcs.

Transparent, Transparente. Adj. qui ne se met qu'aijrès son subst. : Corps transparent.

Transport. Subst. m. Ce mot au figuré se dit jilutôt du cœur que de l'esprit, surtout quand il est question de sentiments et de passion. Androinaquc dit à Pyrrhus (act. I, se. iv, i\) :

Vinilei-vous qu'un dessein si beau, si généreux, Passe pour le transport d'un esprit amoureux?

On peut croire que le poëte aurait dit, le transport d'un cœur amoureux, si la mesure du vers l'eût permis.

TRAr<sposiTiON. Subst. f. Terme de littérature. C'est le renversement de l'ordre dans lequel les mots ont accoutumé d'être rangés, comme quand le verbe précède le sujet ou que le régime se jilace devant le verbe. Il y a des transpositions élégantes. — I,a jioésic admet plusieurs transpositions (pji n'ont pas lieu dans la prose. Par exemple, on dit très-bien en vers

Jamais de la nature il ne Taut s'écarter.

(Boir.., À. P., Itl, 4t4.)

Pour '".s cœur» corrompus l'amitié n'est point faite. (Voltaire.)

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Le bonheur des méchants comme un torrent t'éconli. (lUc, Ath., ail. II, se. VII. 72.)

Mais en prose on dirait, yrtmat.î il ne faut s'écarter de la nature, Vamitié n'est point faite pour les cœurs corrompus, le bonheur des méchants s'écoule comme un torrent. Voyez Inversion.

Transversal, Transversale. Adj. qui suit toujours son subst. : Ligne transversale, section transversale.

L'Académie n'indique point son masculin au ])luriel. Buffou a dit, des muscles transversaux.

Transversalement. Adv. Il se met toujours après le verbe : Cette ligne coupe transversaXe- 7nent ce carré.

Trapo, Trapue. Adj. qui suit toujours son subst. : Un homme trapu, une femme trapue, un cheval trapu.

Travail. Subst. m. Il f;iil au pluriel travails, lorsqu'il signifieune machine de boisdanslaquelle les maréchaux attachent les chevaux fougueux pour les ferrer; ou bien encore en parlant des comptes que les ministres rendent des affaires de leur département, ou des rapports que les commis font aux ministres des affaires qui leur ont été renvoyées. Dans tous les autres sens, on dit travaux an pluriel.

Travailler. V. n. de la 1" conj. : Travailler à vn ouvrage, travailler à purifier son «œnr; travailler pour quelqu'un, travailler pour sa fortune, travailler à su fortune, travailler àt son métier, travailler de corps, d'esprit. — Il se prend aussi activement : Travailler son style; travailler le bois, le fer. — Se travailler. Il se travaille en vain.

Travailleur. Subst. m. On mouille les L — En parlant d'une femme, on dit travailleuse.

Travers. Subst. m. — On dit au travers et à travers. Ce sont des phrases employées comme prépositions, mais qui ont des sens différents. A travers est toujours suivi d'un régime simple: A travers les bois. Au travers est toujours suivi de la préposition de : Il lui passa son épée au travers du corps. — Il faut remarcpier cependant avec Buniface que si le complément des mots o travers est pris dans un sens partitif, on fera nécessairement usage de l'arlicle contracté c?H,rfe5; mais ce n'est pas là une dérogation à la règle : // porta ses armes redoutées a travers des espaces immenses de terre et de mer. (Bossuct.} (A. Lemaire, Grammaire des Grammaires, p. 814.) A travers marque purement et simplement l'action de passer par un milieu, et d'aller par delà ou d'un bout à l'autre ; au travers marque proprement ou particulièrement l'action et l'effet de pénétrer dans un milieu, et de le percer de part en part, ou d'outre en outre. "N'ous passez à travers le milieu qui vous laisse un passage, une ouverture, un jour; vous jjassezww travers d'un milieu dans lequel il faut vous faire un passage, faire une ouverture, vous faire jour pour passer. Là vous avez la liberté de passer, rien ne s'y ojiposc ; ici vous trouvez de la résistance, il faut la forcer. Le jour qui passe entre les nuages passe à iravers ; celui (|ui passe dans le corps d'un nuage passe au. travers. Cette différence est assez bien ot/scrvce dans les exemples suivants :

.... Quel chemin a pu jusqu'en ces lieux Vous conduire au travers d'un camp qui vous ailiégt? (RaC, Mh., sd. V, »C. 12, l,)

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