‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 440 sur 453 · TRE · texte numérisé non relu

TRE

ne vienne. — Il régit aussi de avec l'infinitif : Je tremble de le voir; et quelquefois à : Je tremble à l'aborder.

Je tremble à vous nommer l'ennemi qui m'opprime. (Rac, mthr., act. I, se. il, 7.)

Féraud prétend que, si la mesure du vers l'eût permis, Racine aurait mis de vous nommer. Nous ne sommes point de cet avis. On dii je tremble de pour marquer un rapport de la chose que l'on craint avec le sujet du verbe trembler : Je tremble de laisser pénétrer mon secret; je tremble de me trahir ; je tremble de le voir, de l'entendre, et, comme dit l'Ai adémie, je tremble d'ariiuer, etc. El l'on d\lje tremble à pour marquer un rapi)ort de la chose que l'on craint avec la personne dont on parle : Je tremble à lui découvrir la conspiration qu'on a faite contre lui; je tremble à lui faire ce reproclie; et, comme a dit Racine, je tremble à lui découvrir l'ennemi qui m'opprime. La crainte de celui qui tremble de prend sa source dans l'action même qu'il fait ou qu'il doit faire; la crainte de celui qui tremble à prend sa source dans l'impression que fera cette action sur un autre.

Tre«bleur. Subst. m. En parlant d'une femme, on dit trembleuse.

Tremblotant, Tremblotante. Adj. verbal tiré du V. trembloter.

Lorsque tous conserviez un esprit toui romain, Le sien, irrésolu, tremblotant, incertain.

(Cous., Hor., act. I, se. i, 101.)

Tremblotant, dit Voltaire au sujet de ces vers, n'est pas du style noble. [Remarques sur Corneille.)

Tr.EMBLOTER. V. H. dc la l''e couj. Il est banni du style noble.

Tr.EHPER. V. a. de la 1" conj. Les poètes l'emploient souvent au figuré.

Vos mains n'ont point trempé dans le sang innocent. (Rac, Phid., act. I, se. m, 68.)

Rarement dans le sang il a trempé sa main.

(Volt., Henr., II, 500.)

Racine lui fait aussi régir la préposition à. [Phèdre, act. I, se. i, 52.)

Jamais l'aimable sœur des cruels Pallantides Trempa— t-elle aux complots de ses frères perfides?

C'est sans doute ici une licence ; le verbe tremper ne peut s'allier avec la préposition à.

Trente. Adj. des deux genres. Il se met avant son subsl. : Trente hommes, trente chevaux. — Quelquefois il se dit pour trentième, et alors on peut le mettre après sou subsl. : Chapitre trente. — Le trente du mois, c'est-à-dire le trentième jour du mois.

TiiENTiiiME. Adj. des deux genres. Nombre d'ordre. Il se met avant son subst. : Le trentième jour, la trentième année.

Trépas. Subst. m. Le s final ne se prononce pas. Ce mot est souvent employé par les poètes au lieu de mort.

1 Son Irèpaê n'a pas calmé la reine,

(Rac, Phid., act. V, se. y, »i.}

Je n'ai donc traversé tant de mers, tant d'États, Que pour venir si loin préparer son trépas,

Rac, Androm., a-t. Y, se. I, 55.)

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Ne reprochez jamais mon trépas à mon pcre.

iRiC, Iphig., act. V, se. m, 33.)

. , , Son trépai me coûte encor des larmes.

(Volt., Ali., ad. I, se. r, 32.)

Hélas ! trop jeune encor, mon bras, mon faible bras Ne put ni prévenir, ni venger son trépas.

(Volt., Jhnr., II, 103.)

Je vais chercher le trépas à l.i iiierre.

(Volt., Enf. prod., act. IV, se. m, 91.)

TnÉPASSER. V. n. de la 1" conj. Quoi(iue trépas soit un terme noble et consacré à la haute poésie, trépasser ne l'est point, et ne se dit guère qu'en style de sacristie ou en style marutique : Féraud iic veut pas qu'on dise il a trépassé, mais toujours il est trépassé. Cependant il y a une différence entre l'action de passer de celle vie dans l'autre et Vétat qui résulte de cette action. On dira donc, pour marquer cette action, il a tripassé à six he\ires du snir ; et, pour marquer l'état, il est trépassé depuis une heure.

Tnr.s. Particule qui se joint à un adjectif ou à un adverbe, pour en marquer le plus haut degré de qualité, c'est-à-dire le superlatif absolu. 11 se joint toujours par un tiret, disent les grammairiens, à cet adjectif ou à cet adverbe : Très-sage, très-sagement. Voyez Tiret.

Ce mot ne s'associe guère bien avec les participes, surtout avec ceux des verbes pronominaux. Il est vrai qu'on dit très-bien, il est trèsoccupé, elle est très-occupée ; il est très- fâché, elle est très- fâchée ; il est très-hutnilié, elle est très^luimiliée. Mais cela ne se dit que parce que le participe marque une action ou un état qui se rapporte absolument au sujet du verbe. Mais si le parliciiie indiquait un rapport marqué à une cause étrangère, très ferait un mauvais effet. Ainsi l'on ne dit pas la ville est irès-aitaquée, Uès-7iie?iacéc ; l'année a été \.Tès-batti/c, parce que les participes attaquée, yncnacée, battue, indiquent des rapports marqués à des causes étrangères, savoir, à ceux qui attaquent, qui menacent, qui ont battu.

Tressaillement. Subst. m. On mouille les l.

Tressaillir. V. n. et irrcgulier de la 2« conj. On mouille les l. 11 se conjugue comme assaillir. Voyez ce mot. — Féraud dit que ce verbe se trouve rarement dans de bons aiUeurs aux trois premières personnes du présent do l'indicatif. Je ne vois pas pourquoi l^s bons auleurs éviteraient ces trois personnes, qui n'ont rien de choquant dans la prononciation.

Enée à cet aspect tressaille d'allégresse.

(Delil., Énéid., VIII, 893.)

Triangdlaire. Adj. des deux genres qui suit t.îujours son subst. : Fi/^ure triavr,ulaire.

TiiiBtiT. Subst. m. L'Académie dit /jflyej- /ni?//, ei payer le tribut. Féraud préfère le dernier. Ils sont bons l'un et l'autre, selon les cas. On dit payer le tribut quand il s'agit de déterminer le sens du mot tribut; on dit payer tribut quand I on prend ce mol dans un sens indéterminé: Tous \ ces peuples paient tribut au Grand-Seigneur, i Chaque année ils paient le hibut. On dira, en '■ parlant de la douleur que doit causer a un père ' la mon d'un fils chéri, il faut payer tribut à la \ nature; \na\-. en parlant à un père qui a pleuré I pctjdant longtemps la mort de son fils, on lui i

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dira, dans le dessein de le consoler, vous ave» payé le tribut à la nature.

Tribltaire. Adj. des deux genres qui se met toujours après son subst. : Pays tributaire. Quelquefois il régit la préposition de : Ce royaume était tributaire de la Turquie.

Tricher. V. a. de la 1'" conj. Il est banni du style noble.

Trichkur. Subst. m. Au féminin on dit tricheuse. Ces mots ne sont point admis dans le style noble.

Triennal, Triennale. Adj. On fait sentir les deux 11, et on prononce Ve un peu ouvert, et non pas fermé, comme le marque Féraud. Il ne se met qu'apri'S son subst. : Charge triennale, offre triennal. On dit au pluriel masculin triennaux : Des administrateurs triennaux.

TfiiGAUD, Trigaude. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Il est triffavd; une mine trigaude. 11 n'est point admis dans le stylu noble.

Trio. Subst. m. Mot emprunté de l'italien, qui ne prend point de s au i)luricl. — L'Académie écrit au pluriel des trios.

Triolet. Subst. m. Terme de poésie française. C'est une pièce de huit vers sur deux rimes, l a bonté de la pièce consiste dans l'apidication heureuse qui se fait des deux premiers vers, qui sont comme un refrain. Le caractère de cette espèce de rondeau est d'être plaisant et naïf. En voici un exemple :

Que vous montrez de jugement.

De prévoyance et de courage !

Vous allez au feu rarement; Que vous montrez de jugement!

Mais on vous voit avidement Courir des premiers an pillage.

Que vous montrez de jugement.

De prévoyance et de courage !

[Encyclopédie .^

Triomphal, Triomphale. Adj. Il fait triomphaux au i)luriel masculin.

Le peuple rassemblé sous ses arcs triomphaux.

(Volt., Brut., act. II, se. m, 15.)

Triomphant, Triomphante. Adj. verbal tiré du V. triompher. On peut le mettre avant son subst., lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent : // est triomphant. — Armes triomphantes , ses triumphantes armes ; ses mains triomphantes, ses triomphantes mains.

De ses triomphantes années Le temps respectera le cours.

(Rousseau, liv. I, ode v, 71.)

Triomphateur. L'Académie ne le donne que comme un substantif; cependant il est souvent pris adjectivement dans le style élevé :

Là siège auprès de m.ii ce dieu triomphateur.

(Dklil., Énéid., VIII, 492.)

Sa prière Paie un juste tribut à Minerve guerrière, Qui dai;;na la première accueillir nos vaisseaux. Heureux triomphateurs et des vents el des eaux.

{Idem, III, 740.)

L'Académie ne lui donne point de féminin. Voltaire a écrit à Calh farine II : f^os cmemis ne seront parvenus qu'à faire graver sur vos médailles : Triomphatrice de l'empire ottoman. (27 mai 476!).)

Triompher. V. n. delà l'' conj Dans leseM

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de vaincre, il régit la préposilion de : Triovipher de ses ennemis.

Tel enfin, triomphant de sa digue impuissante,

Un fier torrent s'échappe

(Delil., Èniid., II, 669.)

Que j'aime à triompher de ce tendre embarras!

(Volt., Zaire, act. III, se. vi, IS.)

Un ne peut s'ein[)écher de remarquer que ce <ers tient un peu de la comédie.

Tripaillk. Sulist. f. On mouille les l.

TRiPHTHONGnE. Subst. f. Tcrmc do fframmairc. Assembhiïe de trois sonscpii ne font qu'une syllabe. 11 n'y a pas de tiiplilhongue dans notre langue, c'esi-à-<iire qu'il n'y a aucun assemblage de voyelles qui, se prononçant en une seule syllabe, fassent entendre un triple son. Lieus , yeux, ne sont ([uc des diplilhongues, parce que, quoiqu'il y ait trois voyelles dans chacun de ces mots, on n'y entend cependant que deux sons simples, ipii sont i et u ; le premier exprime par une voyelle simple, et le second par deux voyelles combinées. 11 en est de même de iai, tau, iou, DUO, oui, qui ne frappent l'oreille que de deux sons, et qui par conséquent ne sont que des diphlhongues. — M. Lemaire observe que le mot foiiailler présente trois sons réunis, ou, a, i, c'est-à-dire une Iriphthongue.

Triple. Adj. des deux genres. Il se met ordinairement avant son subst. : Des souliers à triple semelle, un bâtiment à triple étage, un menton à triple étage.

Triplement. Adv. On peut quelquefois le mettre entre l'auxiliaire et le participe : Il est triplevieiit trompé.

Tripot. Subst. m. Le t Gual ne se prononce point.

Trissïllabe. .\dj. des deux genres. Terme de grammaire. Il suit toujours son subst. : Un mot trissyllabe. — On dit aussi dans le même sens, Irissyllahique : Un pied trissylluhique, jin vers trissyllabique.

Triste. Adj. dos deux genres. On peut le mettre avant son subst., en consultant l'oreille et l'analogie : Un homme triste, une femme triste. — Un air triste, une mine triste. — Des lieux tristes, un jardin triste. — Une triste mine, ces tristes lieux. — Un triste souvenir, un triste accident, un triste spectacle, une vie triste, une triste vie.

Ce destructeur fatal des tristes Lesbiens.

(Rac, Iphig., ad. II, se. 1, 77.)

Triste effet des fureurs dont je suis tourmentée ! [Idem, Ul.l

Voilà ce qui m'amène, et non l'impatience D'apprendre à qui je dois une triste naissance.

{Idem, 127.)

"Voyez Adjecti*".

Tristement Adv. On peut quelquefois le mel- '.re entre l'auxiliaire et le participe : Il a vécu tristement, ou il a tristement vécu.

Trivial, Tr.iviALE. Adj. qui suit toujours son subst. L'Académie de 1798 nous fait remarquer qu'on dit triviaux au pluriel masculin. En effet, quelques auteurs l'ont dit; cl il n'y a pas d'inconvénient a les imiter : Des compliments triviaux. — En 1835, l'Académie continue à indiquer ;e pluriel, mais elle observe qu'il est peu usité.

TRO

Trivialement. Adv. 11 ne se met guère qu'après le verbe : Cet ouvrage est écrit trivialement, et non pas trivialement écrit.

Troc. Subst. m. On prononce le c.

Trois. Adj. numéral des deux genres. Il se met ordinairement avant son subst.: Trriis hommes, trois femmes, trois chevaux. — lise dit quelquefois pour tioisième : Henri trois, cli"pitre trois. — Le trois du- 7uois, c'est-à-dire le troisième jour du mois.

Tnoisii;ME. Adj. des deux genres. Nombre d'ordre. Quand ce mot est précédé de l'article, il suit ou précède son subst. : L'article troisième., le troisième article.

Troisièmf.ment. Adv. Il se met an commencement de la phrase, ou après le verbe : Troisièmement, je vous dirai; OU je vous dirai troisièmement.

Tromper. V. a. de la 1''^ conj. Voici des exemples où ce verbe est employé dans des acceptions que l'Académie n'indique point :

Quelques-uns, il est vrai, dans la foule des morts. Du fer des assassins trompèrent les efforts.

(Volt., Uenr., II, 305.)

Mais on ne peut tromptr l'œil vigilant des dieux. (Volt., Sémir., act. I, se. m, 49.)

Mais la reine... Ali! qui peut tromper l'œil d'uneamante? (Delil., Énéid., IV, 423.)

Soiilfrcz, Iris, que ma muse aujourd'hui Cherche à tromper un moment votre ennui.

(Volt., Épftre XLI, 7.)

Trompeur, Trompeuse. Adj. Il se dit des personnes et des choses. On peut le mettre avant son subst., lorsque l'analogie et l'harmonie le perluetlent : Un homme trompeur, une femme trompeuse, 7171 valet trompeur. — Un visage trompeur, une mine trompeuse, undiscours trompeur, des promesses trompeuses, de trompeuses promesses ; des espérances trompeuses, de trompeuses espérances. Voyez Adjectif.

Tronc. Subst. m. Le c ne se prononce point.

Trop. Adv. Le p ne se prononce que devi.ni une voyelle ou un h non aspiré; il modifie les adjectifs, les adverbes et les verbes : Trop ambitieux ; il va trop vite; il va trop lentement ; il mange trop. Il sc joint aux substantifs au moyen de la préposilion de : Trop de pain, trop de vin, trop d'argent. — Il se met ajués le verbe dans les temps simples, il boit trop. Dans les temps composés, on le met entre l'auxiliaire et le participe lorsqu'il est sans régime, il a trop bu; et après le participe, lorsqu'il est suivi d'un régime il. a bu trop de vin, et non pas, il a trop bu de vin. — L'Acauéraie admet les doux expressions.

Voltaire s'est affranchi de celle régie dans k^^ vers suivants :

J'ai tardé trop ; il est temps de parlir.

(.Yon., act. III, sc. I, 2.)

J'ai trop tardé, il est temps de partir, aurait été dur à cause du rapprochement des deux voyelles. — Quelquefois de précède trop, comme dans cela est de trop.

On ne trouve pas dans Féraud, won trop, son trop, ton trop. Cependant on les trouve dans les meilleurs poêles :

J'abuse, cher ami, de ton trop d'amitié.

(Uac, ^ndrom., act. III, sc. I, SJ.j

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