‹ Dictionnaire raisonné des onomatopées françoisesChapitre 133 sur 169 · V. 10 At saa vox nulii jure placere potest · texte numérisé non relu

V. 10 At saa vox nulii jure placere potest

Sua vox. — Pour ejus^ ce mot est du dernier âge de la latinité mourante. On lit chez Burmann ^ "VOX ejus nulli. Ce n'est là ni une leçon authentique y ni une émendation : c'est une substitution de mots y c' est-a-dire un artifice, dont l'objet est de vieillir le texte.

ai .

SIXIÈME REMARQUE, y. 1 1 . Dulce Palara sonat, quam dîcunt nomine Drostam.

Palara. — Bserius écrit Palare contre l'autorité unanime , et je n'ai aucun droit pour adopter sur son seul témoignage une leçon qu'il n'a probablement pas comprise, car il donne à ce mot la capitale initiale qu'il n'accorde qu'aux noms d'oiseaux. Je suis cependant bien porté k croire qu'il a mieux rencontré dans cette faute d'impression que tous les éditeurs réunis dans leurs leçons arbitraires et inexpliquées. Il est vraî que Robert Etienne, qui a \\i Palara, regarde cô mot comme le nom d'un oiseau, mais c'est sur la seule autorité de la Philomèle. D'autres écrivent Pelora ou Parala qui ne sont dans aucun lexique. Quant à Drostam que Schott a cru lire Droscam, il n'appartient à aucune langue, ni sous l'une ni sous l'autre de ces orthographes. J'avois pensé d'abord que ce dernier mot pouvoit venir de ipoaoç {drosos)j la rosée , quoique le t n'entre point en construction de ce mot au génitif. Les chasseurs de nos provinces désignent certaines espèces sons le nom d'oiseaux de rosée, et cela se rencontroit assez bien avec le sens ; mais Goldast et Leyser * m'ont presque entièrement fixé sur cette leçon, quoique

* Historia poetarum et poematum meéUi œui. Halae Magdeb. i72i,in-8V

ni l'un ni l'autre ne soit arrivé a la mienne. Goldast pense que l'auteur de la Philomèle est né dans un pays placé sous l'influence de la vieille langue germainC; et il le conclut de ce mot Drosta qu'il rapporte à l'allemand drostel. Leyser accepte cette hypothèse, mais il la rectifie ; et, comme les Allemands disant aujourd'hui drossel, il aimeroit k' dire Droslam, Je conserve Drostam dont la priorité est bien consacrée par Goldast, antérieur de plus d'un siècle à Leyser; qui tient par sa construction aux archaïsmes de cette belle langue , et qui est le seul des deux mots qui ait pu se latiniser , ma mémoire ne me présentant du moins aucun exemple de la lettre s placée au-devant de la lettre l^ en composition latine.

Il me reste à expliquer , en cette hypothèse , le sens de ce vers si peu ou si mal compris par nos philologues , et qui est a la vérité le plus difficile de la Philomèle ; mais il faut presque une préface a cette note , car j'ai besoin de redire que je n'ai pas assez de titres pour hasarder une leçon nouvelle sur un vieux texte que je ne lis pas sans peine.

Le drostel et le drossel que je viens de citer, et qui pourroient bien appartenir a la même racine que le trutilare du vers 17, signifient en allemand, la grive. Turdus , si analogue à Drosta j car il n'y a entre l'un et l'autre qu'un déplace^ ment de touche, est, à la vérité, employé quelques vers plus loin ; mais tous les lexicographes

s^acoordent a reconnoltre dans Turdus une espèce voisine de la grive, et le poète lui-même me semble avoir parfaitement caractérisé cette variante d'ac^ ception, par un tour très-intelligible^ {auis) qucun dicunt nomine Drostam, comme s'il aveit voulu indiquer le congénère le plus prochain d'un oiseau qu il nomme ailleurs, et qu'à dé&ut de synonymie latine , il n eût pu le Satire qu'en le désignant sous une dénomination vulgaire dans le pays où il

écrit*

Palar ou palans , latin d'Ulpien, signifie,

comme palus j cette espèce de pal ou de pieu auquel se lie le cep de la vigne , un échalas ; et Tépithète , car dulce n'est peut-être pas autre chose, exprimeroit asssez poétiquement la qualité de l'arbuste que Téchalas soutient. Cette manière de lire pourvoiront à toutes les difEcultés : elle justifieroit l'auteur de la stérile redondance de ces deux noms, Palara exDrostam^ qui, loin de s'expliquer, s' obscurcissent l'un par l'autre; elle s' approprîeroit trèsbien aux mœurs de la grive, hôte accoutumé des vignes à l'époque dé la maturité du raisin ; elle éclaireroit la méthode presque systématique du poète, qui, s' efforçant de rapprocher les oiseaux selon l'ordre de leurs familles , passe immédiatement de la grive au merle , comme un peu plus loin de la tourde à l'étourneau ; enfin, beaucoup plus naturelle quant au fond, je ne pense pas qu'elle soit plus hasardée quant à la forme et a la fiicture. Palara seroit alors un mot à retrancher des Die-

tionnaires latins, et M. Noél s'en est douté, car il ne l'a pas admis dans le sien, on les capricieux vocables de la Philomèle ont été si largement accueillis.

Il est bien plus difEicile de trouver une explication pour Palara , qui est toutefois bien moins arbitraire. Ne seroit-ce pas une contraction d'eupbonie , une licence rhy thmique pour Paleana^ la motacilla, la bergeronette, le paille-en-queue? Le nom de Drostaj, ou d'oiseau de rosée, conviendroit à merveille à celui-ci qui* fréquente volontiers les bas prés et les bords des eaux, et que cette habitude spéciale a fait appeler aussi lavandière^

Page 1