TRENTE-NEUVIÈME REMARQUE
"V. 53. Et Barras barrît, Cervi clocitant et Onagrî.
Barrit. — Bochart doute que ce mot soit une
onomatopée ; les Grecs exprimoient en effet le cri de l'éléphant par leur vague rpiç/ixoç (trismos)j et les Latins (Tite-Lîve, Hirtius, Pline, Florus, Ammien) par leur vague stridor. Cependant les sons les plus graves, les plus retentissants, ceux qui désignent les modes et les instruments les plus sévères de la mélopée et de la musique , en paroissent empruntés. Blaterare et blatire sont congénères de barrire^ comme bramer. En François , braire n'en est que l'anagramme ou la métathèse.
Schott a.oomplétemjent bouleversé ce vers et le suivant. Il écrit :
Et Barrus barrit^ Cervi clocitant, Equus hinnii ; j4st Taurus mugit j et mugilant Onagri.
Je n'adopte de cette leçon que le mot clocitant^ qui s'éloigne un peu plus du glaucitat du vers 60 que le glocitant des vieilles copies. On a vu , dans le Dictionnaire des Onomatopées françoises , que closser et glousser^ leurs parfeits équivalents , n'étoient que de &ux homonymes y distingués seulement par la différence de la touche foible à la touche forte. Il a dû en être de même chez les Latins.
QUARANTIl^E REMARQUE.
V. 54. Ast Taurus mugit, cum celer hinnit Equas. . Mugit. — Schott et Burmann écrivent :
Ast TauruB raug^t^ et mugilant Onagri,
leçon tout-k-£aiit dans le goût du moyen âge , où l'on faisoit volontiers contraster les mots avec leurs analogues et leurs dérivés ; mais il est surprenant que de si savants hommes aient pu admettre cette dérivation anti - grammaticale de mugire en mugilare. Personne ne savoit mieux , que les verbes en ire^ comme crocire, dormire^ hinnire, vagire, qui font très-bien crocitare^ dormitare, hinnititare^ "vagitare, ne peuvent avoir leur désinence en larcj sans violation ouverte des premières règles de la composition verbale chez les Latins. Ils ne sont cependant pas sans autorité dans cette leçon , mais on peut juger de la valeur de celle qu'ils ont suivie par le nombre de celles qui en diffèrent. Contre le glossaire unique qui leur a fourni mugilare, il y en a deux qui donnent magillare, deux qui donnent "vagillare, et aucun de ces trois mots ne se trouve dans les anciennes copies et dans les anciennes éditions.
Ibid. HiNNiT. — Haute et Cicéron ont dit aussi adhinnitj mais ces variantes de construction , qu une variante de préposition modifie , méritent à peine une place dans les Dictionnaires , quoiqu'elles ne soient pas sans valeur dans le style.
Hinnitus equi, est une belle expression souvent employée dans les classiques. Il est plus rare d'y
trouver sibilatio, pour une sorte de soufflement strident qui est particulier aux chevaux j comme dans ce passage de Cicéron pro Sextio : Qui quo tempore conspéctus erat, non modo gladiatores, sed equi ipsi gladiatorum repenti^îs sibilis extimescebant,