‹ Dictionnaire raisonné des onomatopées françoisesChapitre 160 sur 169 · QUARANTE-UNIÈME REMARQUE · texte numérisé non relu

QUARANTE-UNIÈME REMARQUE

y. 55. Quirritat Verres; tardus rudit, oncat, Aselius.

QuiRRiTAT. — C'est ainsi que ce mot s'écrit suivant toutes les anciennes copies. On n a faussé, depuis, son orthographe, que pour en appuyer une étymologie ridicule. Quirritare doit être une onomatopée antique du cri du porc y dont le nom est formé dans toutes les langues, depuis le "/olpoç (choïros) des Grecs, sur cette racine imitadve; et les lecteurs, qui s'occupent du mécanisme du langage , savent bien que verres même est presque homonyme de goret j qui touche de si près à yplpoq et à quirrito. Cette dernière expression étoit donc nécessairement connue des vieux Latins , dans le sens de gémir ^ de se plaindre , de grogner ejAn y acception que ce mot formé de la même manière a conservée chez nous. iLtrange méprise des lexicographes^ qui définissent quirito ou quiritor (sic), clamare ^ romanorum cwium seu quîritum cii^ium auxilium insfocareyjidem implorare. Il me paroît clair que dans ce passage de Pline le jeune.

par exemple : Audires olulatus^miizdEruin^ ifrfantium quiritatus, clamores virorum^ les petits eatBûat&apxgrognentne^ réclament pas la foi romaine; cela conviendroit mienx aax hommes qui crient j ou aux femmes qui gémissent; et tout le monde sait que Pline le jeune étoit trop adroit , trop exercé au bon style ^ pour se tromper k ce point sur la signification originelle d'un mot, surtout dans une phrase périodique et composée , où j'imagine qu'il a fait entrer la valeur relative des mots en grande considération.

Concluons que le rapport inopiné de ces mots quirites et quiritare ou quirritare^ avoit dû produire nombre de ces calembours^ plus communs encore chez les Romains que chez nous ; on avoit dit , quirites quirritant^ et on avoit lieu de le dire souvent y mais Tétymologie des Dictionnaires est fondée sur une équivoque. Presque tous les noms nationaux fournissent de pareils jeux de mots y et il seroit superflu d'en rapporter ici un grand nombre qui sont propres a nos provinces , et qui traînent dans tous les livres. Cette méprise d'idées m'en rappelle une dont j'ai déjà fait mention ailleurs y le haro normand expliqué par un appel à Raoul. C'est absolument la quirritatio quiritum ad quirites.

Au reste, quirritare est fort évidemment analogue au gridare des Italiens , au grittar des Espagnols, au grit des Écossois , au kriiten des Flamands, qui ne sont pas composés, selon toute

SUR LA PHILOMÉLE. 36^

apparence, d'après le nom des citoyens romains, et qae tout le monde reconnolt pour des onomatopées.

Ibid, Rtjdit , Okcat. — La leçon de Schott est bien éloignée de celle-ci :

Quiritat Pierres setosus^ et oncat Aselbis.

Il est évident qu'elle est suggérée par une réminiscëhce de Phèdre, sus setosa; mais je suis cette fois de r opinion de Wernsdorf qui aime mieux suivre la leçon d'Aide ^ de Colines et de Goldast, ut duo verba asinis propria JungarUurj sicut in glossario Leid. : asini oncant vel rudiunt. Schott n'a &it que mettre d'ailleurs une illustration à la place d'une autre, car asellus tardas est du latin des Géorgiques. Oncare^ beaucoup moins vulgaire que rudere ^ est bien le cri propre de l'âne que les Grecs appeloient cvoç {onos), et c'étoit pour l'exprimer qu'ils avoient fait oyKaoïiai {onkaomai)j braire , oyxnO(jièç (onkéthmos) , l'action de l'Âne qui brait. Ces analogies sont incontestables , et la leçon rapportée par Bersmann , où ce mots'écrituTzcaf^ ne mérite aucune considération.

L'auteur de la Philomèle n'est pas le seul écrivain qui ait usé de cette expression, oncat asellus. On la trouve dans Apulée.

La rare leçon de Schott est cependant fondée sur quelques éditions très-anciennes, car celle de i\iQ% donne ainsi ce vers :

Quiritat verres setosusy et orcat asellus.

Si orcat, que Schott n'a pas adopté , n étoît pas ici une faute d'impression , il se rapporteroit k ïorcando du vers 5i ; mais il n'y a rien de moins probable.

QDARANTE-DEUXIÈME REMARQUE.

y. 56. Blaterathinc Aries^ et pîa balat Ovîs.

Blateeat. — Duret, Baerius^ Bersmann, Goldast écrivent blacterat, d'après la plupart des anciennes copies ; Schott, bracterat, qui est la plus mauvaise de ces leçons ; et Burmann, blatterat ou blaterat^ entre lesquelles il faut chercher la meilleure. Cette dernière orthographe est celle qui se rapporte le mieux aux analogues latins du mot. Voyez ci-après a latrat, sur le vers 59,

Festus emploie blaterare, en parlant des chameaux, et Horace, avec une toute autre extension, pour brailler, parler en vain, jeter au vent des paroles inutiles :

Ecquis

Audit ? cum magno blateras clamoreyfugisque.

Salyr, vu, Ub. Il, v. 35.

De cette racine blat , qui a dû exprimer une espèce d'aboiement, commun à divers animaux , les Latins avoient aussi fait blatire : nugas blatis.

Plaut., Amph. II, I, -jg, littéralement, dans le langage du peuple , tu blagues. Cest, suivant Nonnius , inconditer et inaniter loquù Notre verbe déblatérer vient si visiblement de blaterare que c'est tout au plus la peine de le dire.

Le cri du bélier est exprimé aussi dans quelques glossaires par craterare et crissitare.

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