‹ Dictionnaire raisonné des onomatopées françoisesChapitre 45 sur 169 · CRO · texte numérisé non relu

CRO

par une extension très-naturelle ^ le n^m de cet

instrument, du croc et du crocA^^.

AcGRX>cà£n y c'est saisir avec un croc , ou fixer avec un crochet.

CROQUER. Du bruit que fait un aliment sec et difficile à broyer , en se rompant sous la dent.

Hh bien! manger moatonsa canaiDey sotte etfkotX £st-ee un péché? Nod, non; Yoas leur fîtes, seigneur, Ba les croquant, beaucoup d'honneur.

La Fontaine a aussi employé le mot de cro^ çueur que notre langue a rebuté :

Un vieux renard , mais des plus fins , Grand croqueur de poulets, un jour fut pris au piège.

Croquet , nom que Ton donne à une espèce de pâtisserie très-cassante , a la même origine que les mots précédents. Ils sont les uns et les autres du style le plus familier.

CROULEMENT, CROULER. Du retentissement sourd et profond des murailles qui s^aflaissent^ qui s'ébranlent, et qui tombent.

Ecroulement et s Ecrouler , qui ont un sens moins vif, sont cependant plus en usage.

Le mot croulement a été transporté très-énergiquement par Montaigne dans le style figuré.

CRO m

« Nos mœurs sont , dit-il, extrêmement coric rompues , et penchent d'une merveilleuse in- « clination vers Tempirement de nos lois et c( usages ; il y en a plusieurs barbares et mons- (( trueuses ; toutes fois pour la difficulté de nous « mettre en meilleur état , et le danger de ce (c croulement, si je pouvois planter une cheville « à nostre roue , et l'arrêter en ce poinct, je le fe- « rois de bon cœur. >i

DANDIN, DANDINER. Pasquier dérive ces mots du terme factice dindan qui exprime le bruit des cloches, parce que la marche d'un Jaradin j d'un homme hébété, d'un badaud qui chemine lentement et au hasard , en |ie s'occupant que de choses vaines et communes, représente assez bien le mouvement des cloches ébranlées.

Cette dénomination s'est retrouvée souvent dans le style satirique, témoins Thénot Dandin, Perrin Dandin , Georges Dctndin.

Cette racine se retrouve eh anglois pour désigner un homme a manières flatteuses et caressantes , dandler. Il faut peut-être y rapporter 'aussi dandy, un homme maniéré, qui se dandine en marchant.

DÉGRINGOLER. Terme bas qui. e»t pris du

iU DRE

brtdt d'an corps qui roule d'une cerlaîne hauteur.

Voltaire a dit >* « Si deux on trois personnes ne a soutenoient pas le bon goût dans Paris , nous ce dégringolerions dans la barbarie. »

• DRELIN. Mot factice qui représente le son d'une clochette violemment agitée , et que Molière a prodigué dans le long monologue d'Àrgan.

DRILLE. Toserois conjecturer que ce mot a été fait du bruit que produisoient les pièces d'une vieille armure , qui , mal unies et agitées au moindre mouvement , se choquaient les unes coutil les autres* Par une de ces extensions qui sont fixmiliètes k toutes les langues , e1 surtout k là nôtM^, M Mot a signifié depuis un habit militaire en laml^ttx , puis le soldat quî le portoit , eé finat^Bîiént de mauvais haillons. Les traces dé ctstté génération existent encore , puisqu'il est conservé sous toutes ses at^ceptions.

DfiONOS. Donner dronos sur les doigts est une expressloB fbrt triviale que je trouve daaé Rabelais. Lie Duchat la regarde eomioie une onomatopée du bruit qiue t^end un coup dur en reten*tissant | mais dans le ans où l'imagifiatîôki des lec^ teurs né vi^iidroit pas se prêter à l'explicatioil qu'il plaît au savant commentateur d'en donner ^ ils sont libres de la ranger parmi les mots sans DO^nbns que 1^ auteur a fermés sans autre règle

DRo as

que son caprice, véritables termes macaroniques^ dans la construction desquels il n'a cherché qu à être original et bizarre , et auxquels il s'est peu soucié d'attacher un sens. Voila pourquoi un commentaire dans le genre de celui de M. Le Duchat f où Ton prétend tout expliquer, est une des entreprises lés plus maladroites qu'on ait pu faire sur Rabelais»

ToRGNioLB , mot populaire pris au même sens, seroit tiré de la même racine sur une autre tou«> che.M» Johanneau fait remonter tout cela au grec tôpvoç {tomos), et cette hypothèse s'appuieroit sur une singulière analogie qui ne se reconunande pas par son atticisme , mais qu*il n'est pas permis de dédaigner quand on s'occupe de l'histoire des langues. Le peuple dit encore , donner le toun Or , il est vrai de dire que ce tomos est presque identiquement le dronos de Rabelais.

DROUÏNE. Ce mot, tout aussi dédaigné que les précédents, signifie le havresac dans lequel les chaudronniers mettent leurs outils , dont le choc sonore semble articuler dron ^ drirty ou drouin.

Chaudron , CHAUDROinYiER^ seroient donc des onomatopées tirées de cette racine.

En anglais , un drouïneur ou chaudronnier qm porte la drouïne^ s'appelle tinker, autre onomatopée aussi tirée du tintement des métaux dont il est chargé. Voyez Clinquant.

EBROUER. Onomatopée assez pittoresque, qui représente Taction d'un cheval ardent ^soufflant avec force pour chasser Fhumeur qui l'incommode ,. et pour reprendre &cilement haleine.

. . . Tum êi^fua somun procul arma dedére.

Store loco nescit, nùcat auribus, << tre^t arUu, Collectumque premens vplcit éub naribus ignem,

11 n'y auroit peutrétre rien de comparable a cet admirable passage des Géorgiques^ si on ne lisoit pas dans Job :

ce Est-ce vous qui avez donné au cheval sa (c force et sa beauté ? Le forez-vous bondir comme tt la sauterelle y lui , qui du souffle si fier de ses « narines inspire la terreur? Il se rit de la peur ; « il s'agite , il frémit , il frappe du pied la terre ,

H8 ÉCL

a et renfonce. Dés qu'il entend le son delà trom- (c pette y il dit : courage ! Il sent l'approche de « l'armée , et joint ses hennissements aux cria f( confus des soldats. »

On reconnoitra facilement dans les deux poètes les images dont le mot ébrouer est l'expression elliptique.

ÉCLAT, ÉCLATER. Dubruitd'un coi-ps dur c[ui se divise avec violence quand on le crève y quand on le fend, quand on le brise.

Il y a long-temps que les glossateurs et les étymologistes ont reconnu que ces mots étoient faits du son que rend le bois, par exemple, quand xnn le met en pièces ^ éommeeek s^ remârquoit au brisement des làÉices da=&s léS totitieioi'S. On Ut cm deuxièifieiivred^Aitiftdijd i <k Adonc baissèrent ft leurs lances, etdonnans des espérons a leurs « chevaux^ «couru w>nt l'un eoBtw l'atitre ^de si « grande roîdeur, que leilt* bois vola èû esclats. »

Les Grecs ont dit yàmù Çklao) -pouT Jrango^ et xkdjiia {klasmà) pour un éclat de bois, expression que les Latinsont employée quelquefois sans y rien changer. Clao signi&oit en celtique une espèce de ferrement , et le bruit qu'il rendoit sous le marléaii.^ l)e là , en latin clauus^ et en (rançois

Clou, i|ui est presque honvonym^e 4e ce oiot celtique.

Celte riekcii^e, pa^nvtliu %%^ikH (lar e^t^ekDèse

ou ei^iensio^ti aaricjaii no8(V0P9J>a}|iiref^ de beaucoup de termes. Ell^e a fourni aux l^^ues jfoihi- (jues le mot cla ou cala , crier, dont il est fiicile de suivre les nombreuses dérivations.

Clahaud , qui est composé de ce mot et du latin boare ou hauhare, a été dit ppur cl4<eQ| et figurément pour un parleur insupportable.

Clobauder j est eûcore pris quelquefois en ce sens dans un style très^bas :

Que d«vieB4pai-je , eatèndant ks Ubraites

]if9 clahtmder et crier de concert, . ,

J)e^, mfmieur , «cheiei Boisrobert !

Clamer , qui signifioit nommer à baute voi|: ^ appeler avec éclat, est totalement rejeté par notre langue , jqui a cependant conservé tous ses composés, n étoit toutefpis difficile k remplacer en certaines occasions.

G*est elle cfui a tant de pris Et tant «st digne d'estre amée Quîef doh cstre rose tiamée.

Cltwieufj Acclamation , et les autres exprèssfons de cette famille n'ont k*ien perdu dans Ttir isage. On dboit autrefois clameurs , comme dan^ ces vers de Marot ?

Tous pélerios doivent &iré requêtes , Offrandes, vçeox , prières et frfamovitt.

ISO ÉCL

Le mot écUsser, pour^ fiiire jaillir des éclats de boue y a cessé d'être françois.

. Éclabousser , onomatopée mixte ^ composée d! éclat et de boue, lui a été sobsûtué.

ÉGLOPPÉ. Je crois que c'est le seul mot qui .JDious reste de cette racine ^ qu'on peut croire formée par imitation du bruit inégal et lourd de la marche d'un boiteux.

Rabelais a dit cloper; et clopiner se trouve dans des auteurs d'un style assez pur. Tai lu clanpin dans des mémoires de la fin du dixseptième siècle ^ où l'on désignoit ainsi le duc du Maine.

C/audftcare^ qui signifioit boiter cbez les Latins, n'auroit-il pas la même origine; et de la n'auroît- ' on pas fait le nom de la cloche , parce que son mouvement ressemble a la marcbe des boiteux ? Ce qu'il y a de certain , c'est qu'on dit encore clo^ cher pour boiter,, et qu'on appelle vulgairement cloche, une espèce d'ampoule qui survient aux pieds d'un bomme fatigué, et qui le fisiit clocher.

Clopih, glopaitt, est un mot &ctice , construit par onomatopée du pas des boiteux. La Fontaine s*en est servi dans la &ble du Pot de terre et du Pot de fer.

Mes gens £ea vont à trois pieds Clapin clopiUU comme ik peuvent ^

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