ROS
k un petit chien importun , et qui aboie sans cesse. Je le crois formé du son rauçue de son jappement.
ROSSIGNOL. En latin lusciniaj onjucinia; en italien usignuoloj lusignuolo^ rusignuolo j en espagnol rujsénor,
Castelvetro a pensé que le nom italien de cet oiseau étoit &itpar onomatopée. Belon et Ménage rapportent des étymologîes plus vraisemblables , et M. de Brosse tranche , suivant moi , la difficulté. De luco canens ^lucinia y luciniolaj lusi* gnuoloj rusignuolo y ruysénor^ rosssignol; il reste a déterminer si l'imitation du son n'est pas entrée pour quelque chose dans la construction de ces différents dérivés, et c'est ce qui me paroît incontestable.
ROUCOULEMENT, ROUCOULER. Onoma^ topées du chant des tourterelles, qui est aussi très-bien exprimé par le to coo des Anglois. Nous avons dit autrefois rocouler.
Roucoulement est un mot harmonieux et utile , fort bon à admettre dans la langue. M. de Buffbn, si heureux dans le choix des expressions, et M. de Chateaubriand , si sévère dans Temploi des mots nouveaux, en ont fait souvent usage.
ROUE. Ce mot est dérivé du bruit de la roiiCj^
et en général du bruit d'un<^orps rond qui roule avec rapidité sur une surface retentissante.
C'est le tpox^^ (trochos) des Grecs, le rota des Latins et des Italiens, le rueda des Espagnols, le rabc des Anglois, le rot ou rod des Celtes, et le rad de l'ancien Teuton.
Rodellec signifioit en celtique une voiture a plusieurs roues , un vestige , une ligne , comme celle qui est décrite par la roue.
Comme le son caractéristique de cette exprès* sion est un des plus communs et des plus intéressants de la nature, puisqu'il sert à exprimer le bruit des corps dans leur mode de déplacement le plus ordinaire , je le prendrai pour exemple de ces grandes générations de mots que je n*ai &it qu'indiquer à d'autres articles, et qui auroient surchargé cet ouvrage de trop de détails inutiles. C'est M. Court de Gébelin qui me fournira Je tableau des termes dont celui-ci est le type.
Rouage, Rouer.
Rouet, instrument a roue.
. Rouelle, trancbe coupée en rond.
Rotule, en latin rotuluj os cartilagineux, large et rond , qui forme le mouvement du genou.
Rotateur , muscle circulaire qui sert à mouvoir l'œiL
RoTB-, en latin rota, tribunal de la cour de
Rome y dont la salle est pavée de carreaux qui représentent des roues ^ .
Roder , aller cà et la en faisant des tours et des détours. ,
Rôdeur.
Rouler y l® se mouvoir en rond; 2® plier en rond ; au figuré , considérer , méditer.
Roulant.
Rouleau^ chose faite ou tournée en rond.
RouLEHEivTy bruit d'une chose qui roule, mouvement en rond.
Roulade, roulement de la voix.
Roulage, action de rouler, facilité de rouler.
RouLiER, voiturier de marchandises.
Roulette, petite roue.
Roulis , agitation d'un vaisseau que le vent fait rouler sur les flots.
^ n falloit ajouter Idjunta ou rounta espagnole dont la salle n'a peut-être jamais été pavée de carreaux qui représentent des roues. Ces singulières extensions sont inappréciables dans rhistoire du langage. Il y a bien loin, il faut en convenir, de l'onomatopée du bruit d'un corps roulant, au nom d'une assemblée canonique, ou d'une assemblée législative ; mais la désignation de roue, de cercle, de cjrcle ou èîorbe, s'est toujours rattachée aux nombreuses réunions d'hommes, de quelque espèce qu'elles fussent.
KouLON , pièce de bois travaillée en rond.
RÔLE y autrefois Roole, du latin barbare rotulum, 1o registre qu'on roule en long^ comme les anciens manuscrits ; 2^ ce que chaque acteur doit faire ou réciter dans la représentation d'une pièce de tbéâtre : chaque acteur a son rouleau , son rôle à part pour l'apprendre et pour le jouer ; 3<> manière dont chaque homme représente dans le monde ; 40 feuille d'écriture en terme dé pratique.
RÔLER , écrire des rôles.
EluRÔLEE ; en Anjou , Enrotuler ^ coucher sur les registres y enregistrer dans le catalogue de ceux qui forment le corps où l'on se réunit.
Enrôlement^ Enrôleur.
Rotonde , bâtiment en rond.
Rotondité , qualité d'un corps rond.
Rond y en latin rotondus^ tout ce qui est en cercle; au figuré, qui va rondement.
Rondeur, figure ronde.
RoNDSLET, un peu ronde
Rondin , bâton rond.
RoNDiNER, en vieux françois, donner des coups de rondin^ de bâton.
RoNDÀcHE, Rondelle, en vieux françois , boucliers ronds.
ROU jtà9
Ro»dea:u^ petit poème composé de couplets finissant par les mêmes mots qui commencent le poème.
Ronde y inspection qu'on &it en parcourant une enceinte.
A LA RONDE y tout autour.
Rondement ^ en tond ; au figuré , franchement.
ARRONDIR, donner une forme ronde.
Arrondissement..
Route, chemin.
Routier, 1^ qui connolt les routes, expérimenté ; 2® livre de routes.
Routine, habitude, connoissance acquise par la pratique seule , chemin battu.
Routinier , qui n'a que la routine.
Dîêrouter , faire perdre a quelqu'un la route , etc.
Cette racine me suggère d'ailleurs une réflexion qui vient à l'appui de ma théorie de l'extension des sons naturels , dans la qualification des êtres insonores. Nous avons vu se composer d'un son radical qui est le signe du mouvement, et qui s'opère lui-même par le roulement de la langue 4ur le palais, deux familles de mots distincts, dont l'une appartient a une idée de mouvement.^
et Tautre à une idée de forme. II n'étoit pas difficile dé reconnoltre le point de contact de ces deux familles , et nous avons compris que le signe des bruits qui résultent d^ un mouvement circulaire, avoit dû devenir^ dans le langage ^ l'indicateur des formes rondes. Mais si le rapport des mouvements et des formes semble d'abord assez naturel pour expliquer la ressemblance des expressions qui les caractérisent , il est également vrai que la nature a établi de frappantes harmonies entre ces deux premières sortes de sensations et celles des couleurs. Le langage figuré nous en of&e assez de preuves. Nous avons dit, entr autres exemples, de sombres gémissements , et des lueurs éclatantes. La première de ces tournures présente une idée de bruit, spécifiée par une circonstance tirée de Tordre des couleurs , et la seconde , une idée de couleur déterminée par une épithète qui appartient a ridée du bruit. Le fameux aveugle-né Saunderson , après avoir cherché long-temps à se faire un sentiment juste des couleurs , finit par comparer la couleur rouge au son de la trompette ; et il y a peu d^années que l'intéressant sourdmuet Massieu , interrogé sur l'opinion qu'il se formoit des bruits , et de celui de la trompette en particulier , le compara sans hésiter a la couleur rouge.
S'il y a de l'harmonie entre ces effets , pourquoi ces effets n'auroient-ils pas été exprimés par des sons de la même espèce ?