‹ Dictionnaire raisonné des onomatopées françoisesChapitre 97 sur 169 · RUG · texte numérisé non relu

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Le mot rouge et ses dérivés sont donc, selon moi , des onomatopées construites par extension du son radical du Toulement. En vieux francois . ro s'est dit pour rouge , et roe pour roue. Toutes les langues fourniroient de pareils rapports.

M. Bernardin de Saint-Pierre a reconnu Tharmonie damouvement circulaire ^ de la forme ronde, et de la couleur rouge. Il se plait même à étayer ce rapprochement ingénieux des observar tions les plus agréables ; et s*il a négligé de prouver que les mots qui désignent cbez la plupart des peuples ce mouvement , cette forme et cette couleur, ont une racine commune , c'est sans doute parce que cette espèce de démonstration , empruntée des froides études de la grammaire , lui a paru trop sèche pour une matière si élégante et si poétique.

RUGIR , RUGISSEMENT. « Le rugissement « du lion est si fort, dit M. de Buffon , que quand f< il se fait entendre par échos la nuit dans les fc déserts , il ressemble au bruit du tonnerre : ce flc rugissement est sa voix ordinaire ; car, quand il « est en colère , il a un autre cri qui est court et « réitéré subitement , au lieu que le rugissement « est un cri prolongé , une espèce de grondement > €< d'un ton grave , mêlé d'un frémissement plus ce aigu. Il rugit cinq ou six fois par jour, et plus ft souvent lorsqu'il doit tomber de la pluie. »

Ce passage de M. de Buffon m'en rappelle ua

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antre qui a rapport au rugissement du tigre , et où ce grand écrivain hasarde , pour exprimer ce cri , une onomatopée que l'usage n'a pas consacrée depuis. « Le tigre , dit-il , feit mouvoir la c< peau de sa face , grince les dents ^ frémit ^ rugit « comme fait le lion , mais son rugissement est « difiërent. Quelques voyageurs l'ont- comparé <c au cri de certains oiseaux. Tigrides indomiUe ft rancantj rugiuntque leones, ( Autor Philo^ « melœ. ) Ce mot rancant n'a point d'équivalent ce en françois ; ne pourrions-nous pas lui en donce ner un , et dire, les tigres rauquent, et les lions ce rugissent; car le son de la voix du tigre est en ce effet très-rauque. »

Je suis bien aise de faire remarquer ici que ce verbe factice , dont M. de Buffon ne connoit pas l'équivalent en françois, en a un très-exactement construit sur la même racine , dans mon patois de Franche -Comté. Rancôt, c'est le dernier soupir, le dernier râle du moribond ; rancoier, c'est expirer, rendre Tame, pousser le sanglot convulsif qui annonce la mort.

On a dit autrefois miment pour rugissement , comme dans ce passage des grandes Chronicjues de France , dédiées à Charles VIII. ce Sembloit ce que ce fassent urlements de loups et ruiments ce de lions. » Cela donne quelque probabilité k l'opinion de M. de Casenenve, ({ui fait dériver rut, anciennement ruit^ du rugitus des Latins,

et qui regarde ndre ou réer comme une contraction de rugire. Il auroit pu citer ce passage de Job , qui dit , en parlant des biches , à qui l'action de réer est particulière : incur\fantur ad fœtum, et pariunt, et rugitus emittunt. Maroc dit dans sa traduction des Psaumes :

Ainsi qu'on oit le oerf bruire.

Pourchassant le froid des eaux , Ainsi mon ame soupire , Seigneur, après tes ruisseaux.

Foyez RAlIRE ou RÉER.

RUISSEAU, RUISSELER. Nicod dérive ces mots du grec peca (réd)jJluo. Le grec attique péoq {réos)j signifioit ruisseau. Les Latins ont dit rii^us, rit^ulus; les Italiens, rii/o, rucello; les Espagnols, rio; les Anglais , rii^uleU Dour redj en celtique, signifie une eau courante et rapide. Dom Lepelletier nomme rigola et Davies , rhigol y un ruisseau tracé dans un cbamp ; cette expression s'est conservée dans le François, rigole. Lebriganda employé quelque part , comme celtique , le mot ruzelen ; mais il paroit que ce n'est que le françois ruisselet qui s'est glissé , comme beaucoup d'autres, dans le celto-breton, par le contact des François avec les peuples de l' Armorique. Bu se dit, en géorgien , d'un grand écoulement d'eau. Arou exprime la même idée en arménien et en malabare , et rud en arabe et en persan. Plusieurs

étymolo{;istes assurent que rit indiquoit, dans les langues gothiques, un passage ou un gué.Les mots par lesquels nous désignions un ruiseau , en vieux langage , se rapprochoient assez du son typique. Reu et ru se trouvent dans Nicod. Ru s'emploie encore pour désigner le lit ou canal d'un petit ruisseau. Ruel et rui sont communs dans nos vieux romanciers. Ruit est employé pour rive dans un passage de Perceval. En remontant la vallée de la Romanche par la nouvelle route de Grenoble en Italie, on voit, avant le hameau des Roberts , un torrent que le peuple appelle riou-peirou y c' est-a-dire , ruisseau périlleux.

Notre mot n/ij^eau peint parfaitement à l'esprit le petit murmure doux et modulé d'une eau viv« qui roule entre les cailloux.

S'il est vrai , ainsi que le prétend M. Court de Gébelin , que rat soit un terme de marine qui sert à désigner un endroit de mer où il y a quelque courant rapide et dangereux , on peut faire remonter ce mot à la même racine , soit, comme lui , par le gallois rhydd, qui signifie gué ou basfond; soit, mieux encore, par l'allemand, ritJia, qui signifioit autrefois torrent , ou par le dour red des Celtes , et par le celto-breton rodo qui se dit d'un passage de rivière ; mais cette asseï^ tion est contestée.

c< Rat n'est point un terme de marine pour dé- « signer un courant rapide et dangereux dans la

«mer, m'écrivoit mon savant ami M. de Rou- « joux, c est un nom de lieu ; le JRaz est un vaste « écueil situé en face de File de Sein , et qui a « donné son nom au passage compris entre cette ce ile et lui. Le passage du Raz ou JRatz est ce- « lèbre , parce qu un grand nombre de vaisseaux a qui entrent k Brest , ou qui en sortent , sont ft forcés d'y donner. Il est fertile en naufrages , et « la baie dont il forme une des pointes , s'appelle ce la baie des Trépassés. Je ne crois point que ce « mot ait de signification connue ; il ressemble « k une foule de termes auxquels on veut trouver ce des étymologies , quoiqu'ils n'en aient pas de c( sensibles. »

Rouir , est très-judicieusement dérivé du vieux françois ru , par Ménage. Nicod même écrit ruir, et rend en latin chambre roui, par cannabis Jluuiata.

SÂ6ETTE. En latin , sagiWi ; zagaie des langues nomades.

Sàg ou Zàg est le nom factice du bruit de la flèche lancée qui brise Tair en sifflant.

Comme il étoit de mon intention de donner, dans le cours de cet ouvrage, quelques exemples de Textension des sons radicaux et des racines imitatiyes dans la désignation des êtres qui , conmie je Tai dit, n^ont point de formes pi^opres et de bruits particuliers , et de prouver qu aucune expression n'a été formée sans motif, et que les termes qui ont caractérisé les sensations premières , ont dû devenir allusivement le signe des sensations analogues ; comme le son radical sàg^ qui est une des anciennes onomatopées du bruit àtX^ifièche, est d'ailleurs un des plus curieux que

je connoisse dans les modes qu il a subis, je vais suivre ses différentes dérivations dans la langue latine seulement , pour ne pas charger cet article d*un appareil inutile d* érudition.

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