II
[ GRAISLE ] — 274 —
corps de Tinslrunient, comme celles des guitares ou guilernes, du luth, de la mandore, et non à un cordier, comme celles de la viéle, et sans chevalet. Le manche de la gigue n'est point détaché comme celui de la viéle, mais bien le prolongement de la table d'harmonie percée de deux ouïes, de telle sorte — comme le dit M. de Coussemaker * — que le manche et le corps sonore ne semblaient former qu'une seule et même chose. Vn des personnages du chapiteau de Saint-Georges de Boscherville (xii*' siècle) joue de la gigue appuyée sur l'épaule, ainsi qu'on joue du violon aujourd'hui. Cette gigue a ses trois cordes attachées à un cordier, ce (jui fait exception. La gigue donnée dans la figure 1 de notre article Coh.nk n'a pas de cordier, et elle est d'une date antérieure à celle de Saint-Georgos de Boscherville.
Voici (fig. 1) la copie d'une vignette d'un manuscrit de la Bibliothèque impériale*, datant de lâlO environ, représentant la véritable gigue sans cordier et sans chevalet. Le cheviller est renversé comme celui du luth.
La gigue était un instrument moins perfectionné que n'était la vielle, et qui, pour être joué passablement, demandait moins d'habileté ; aussi était-il entre les mains des ménestrels et jongleurs les plus ordinaires.
« Toz les dedufas li font oïr i< Par com puet home resjoïr ; « Gigues et harpes et vieles '. u
GRAISLE, S. m. {graille ^ grelle), espèce de cornet employé dans
1 Essai sur les inHruments de musique au moyeu âje {Annales archéologiques^ l. Vn,p. 327).
*^ Ijb Livre des merveilles du monde, 1404 à 1417. ' Extrait^ de Dolopathos,
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les combats ou pour donner des signaux, qui, par conséquent, avait un son éclatant, et qui ne donnait peut-être qu'une note comme le cornet à bouquetin.
u Vos êtes tuit prodome vos qui ci renianez ^ ; « Et je vos pri, par Deu qui maint anlernitc, (( Se vos oiez le graille an cel palais soner, « A donc sachez de voir je me serai meslez '^.., »
dit Clarambaux aux barons, lorsqu'il s'en va avec quatorze chevaliers sommer le duc de Saint-Gilles de lui rendre raison; et, en effet, la démarche n'ayant eu aucun succès, dégénérant en rixe,
M Et Glarembauz li vieuz a le graille soné. »
Dans la Bataille d* Aleschans * ;
« Tant i soiierenl grelles à la boudie, « Cors et boisines meinent tel taborie, (( La noise ot Ten d'une Hue et demie *. »
Quelques auteurs ont prétendu que le graisle était une sorte de hautbois. Les textes ne permettent pas cette hypothèse, puisqu'il est toujours question de graisles lorsqu'il s'agit d'appeler des troupes au combat. Le graisle devait donner un son aigu et retentissant. Du Gange dit que le graisle est une sorte de corne ou de trompette qui rend un son aigu et grêle.
Dans le Roman de Garm leLoherainy on lit ce vers :
« Charles Martiaus fait ses gresles soner ^. »
El dans le Roman de Raoul de Cambrai :
« Il a soné .1. graile menuier ^. »
Le graille memiier était un cornet que les chevaliers portaient suspendu à l'arçon pour appeler leurs écuyers et varlets. C'était un
t «c Restez s .
s ca Je serai dans la mêlée. » Li Romans de Partse la Duchesse (xiu' siècle), édition Tech e lier, p. 193.
* Guillaume (TOranye.
^ Vers A62 et suiv.
^ Chap. XIV.
« £dit. Techener, p. 200.
[ r.UITERNE ] — 276 —
diminutif de Volifanl^ une trompe dont le son était moins prave. (Voy. Corne.)
6U1TERNE, s. f. {gxmterne^ quiterne). Cet instrument à cordes pincées est un dérivé de la cithare et de la rote. Le mot guilerne ne parait pas d'ailleurs avoir été employé avant le xiV siècle :
« Si r*a guiternes et léus ^ « Par soi de porter es léus 2, »
Cet instrument était particulièrement employé pour accompagner les voix, ainsi que le fait connaître Eustache Deschamps dans son chapitre De musique : « Et ainsi puet estre entendu des autres « instrumens des voix comme rebebes, guiternes, vielles et psal- « terions, par la diversité des tailles, la nature des cordes et le (( touchement des doiz...'. »
La guiterne était pincée volontiers par les femmes, tandis que la vièle, comme aujourd'hui le violon, était plus spécialement réservée aux hommes :
« La rue Gervese Lorens
(( Où maintes daines ygnorens
(( Y maingnent * qui de leur quiterne
« Enprés rue de la Lanterne *. »
1 Létis, luths.
2 Roman de la rose, partie de J. de Meung, vers 21286.
3 Eust. Deschamps, édil. de Crapelet, p. 265.
* « Demeurent » .
* Le Dict des rues de Paris, xiv« siècle (voy. Fabl. et Contes, Barbazan, t. II, p. 251),
Los vignettes des manuscrits, les sculptures sur ivoire, nous donnent, en effet, de nombreux exemples de ces rotes ou {guitares dont la forme se rapproche habituellement de celle de la mandoline. Les unes sont jouées à Taide d'un plectrum, les autres sont pincées. Le manuscrit de Tristan et Yseult * nous montre, ligure sur l'un de ses entourages, un ménestrel jouant de la guiterne, debout, avec un plectrum, pendant qu'un jongleur exécute un pas (fig. 1). Cette guiterne est montée de trois cordes sans cordier, mais avec chevalet. La table d'harmonie est percée d'une ouïe et échancrée, ce qui est rare.
Dans le Roman de Troie, composé par Benoist de Sainte-More, et qui date du xiii* siècle 2, on voit un autre ménestrel jouant de la gruiterne, debout. Cet instrument se rapproche de la forme du luth ; son cheviller est renversé, et les six cordes pincées paraissent mon lées sur une sorte de cordier relevé en façon de hausse. La table d'harmonie est percée d'une ouïe circulaire très-large (fig. 2).
Un charmant ivoire faisant partie d'un coffre du musée de Cluny*,
* Bibliothèque impér. (environ 1260).
> Manuscr. de la Biblioth. impériale. Les miniatures de ce manuscrit, exécutées assez loardement, paraissent être d'une main italienne. 3 N^* 1985 du Catalogue.
el qui date du commencement du xiv* siècle, nous montre deux jeunes gens assis pinçant de la guiterne ou <lu luth (fig. 3). L'un de ces instruments, en forme de mandoline montée de quatre cordes, a son cheviller renversé ; l'autre a le corps plus allongé, et possède un cheviller très-singulièrement détourné et qui parait porter sept chevilles.
Nous avons trouvé, dans les fragments des sculptures qui autrefois décoraient les tombeaux du chœur de l'église abbatiale d'Eu ', une guiterne touchée avec un plectrum, montée de sept cordes, avec cheviller renversé et creux (fig. 4).
Le nom de rote était donné à cet instrument jusqu'au xiif siècle, et la rote n'était originairement qu'une variété de la cithare (voyez Cithare).
1 Ma^^asins du chanlier.
Les cordes de la rôle, qui alteif^nent parfois le nombre dix sepl, étaient pincées ou touchées à Taide du plectrum, et la rote, comme la guilerne, accompagnait souvent les voix.
MJiLUJUiMOJ:.
Quand le roi Richard Cœur-de-Lion est prisonnier, la désolation est grande en Normandie.
« Mult aveit par la terre plors è dementoisons,
« N'a vieles ne rotes, rotuenges ne sons
tf Néis * H enfec plorent par plusors des mesons '. »
Le mot rotuenyes signifie une sorte de chanson avec accompagnement de rote. Voici encore un texte qui prouve comment la rote accompagnait les chansons et lais.
« La nuit, après souper, le roi s'assit devant le dais, sur un tapis, poui* se divertir avec ses barons et son fils :
« Le lais escoutent d'Aielis
u Que uns Yrois ' doucement note
« Meut le sonne ens sa rote,
« A priés celi d'autre commeache,
« Nus d'iaus ni noise ne ni tenche ;
' « Même M .
2 Le Homan de Hou^ vers 3093 et suiv. (fin du xii° siècle). — On lit aussi, dans /i Homans de Brut, ces vers :
n Mult poi!<siés uir chanrous, u Rotniangt>s et noviax soni*. »
(Vers 10825.)
3 « Irlandais » .
< Lai de CEspine, vers 280 et suiv., Poé^iics de Marie de France (xm« siècle).
L'un des personnages des chapiteaux de Saint-Georçes de Boscliervillc ' tient une rote sur son {çiron, et cet instrument n'est qu'une cilliare dont la partie supérieure est arrondie, et dont les cordes s'attachent à la partie inférieure, sur une boîte sonore (lig. 5). A la droite du personnage, un autre musicien tient sur ses genoux un
autre instrument qui semble être déjà un intermédiaire entre la rote et la guiternc (lig. (>). Cet instrument, composé d'une table d'harmonie percée d'ouïes, posée sur un fond bombé comme le dos de la mandore, esl dépourvu de manche.
11 semble que les cordes sont éloignées de la table par un chevalet placé plus près du cheviller que du cordier. M. Fétis considère la rote comme une cithare^, et il n'admet pas que la rote ait jamais été jouée «ivec l'archet. Il est certain que tous les monuments figurés indiquent des instruments assez semblables à la cithare primitive du moyen âge, mais ayant une partie circulaire, et dont les cordes, tendues sur un corps sonore, sont pincées ou touchées par les exécutants ; que ces instruments, d'abord posés sur les genoux, et dont les cordes prennent la position verticale, s'allongent peu à peu et Unissent par être garnis d'un manche; qu'alors ils sont joués, les cordes ayant la position horizontale. Ainsi que le monlrenl les figures précédentes, il semble que la rote est appelée guiterne h dater de cette modification importante.
Le /w//>, ou leil. Ion, luz^ est signalé déjà par les auteurs du xw"" siècle. Le luth n'était qu'une des formes des rotes et guiternes, et il se confond souvent avec ces derniers instruments. A la lin du XV* siècle, les luths semblent être définitivement fabriqués sur un type admis. Il y avait alors deux sortes de luths de dimensions diflé-
» xir siècle.
'^ ih'itjinc et transformations des instruments à archet.
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rentes, mais semblables quant aux proportions et au nombre de cordes. Le luth (lîg. 7) se compose d'un corps conore volumineux, très-bombé, recouvert d'une table d'harmonie percée d'une ouïe. Son manche est assez court, et le cheviller est renversé en potence.
à angle droit; ce manche n'est que la prolongation de la table d'harmonie. Les cordes sont attachées, à la base de la table, à des boutons avec sillet. La partie courbe du corps sonore est faite de feuillets de bois collés, et forme ainsi, en section transversale, un demi-polygone ^
Les mandores, mandolines, appartiennent à la même série d'instruments; leurs formes sont très-variées dès la fin du xV siècle. Nous donnons, planche LI,le dessin de l'un de ces jolis instruments faisant partie de la collection de M. Fau. Bien que cette guiterne si fine de tracé appartienne à la fin du xvr siècle, elle présente, avec quelques-unes de celles représentées sur des vignettes du xv*" siècle, une si parfaite analogie, que nous croyons utile de la reproduire ici. Les touches sont d'argent, ainsi que le cordier, fixé sur l'épaisseur de la base du corps sonore. Le manche est, au revers, garni d'une baguette servant à conduire le pouce de la main gauche. La section A de ce manche fait voir ce renfort directeur. Le cheviller, légèrement renversé, porte neuf chevilles, et les neuf cordes passent sur un chevalet B peu élevé et droit. En C, est tracé le revers du cheviller, et en D l'instrument vu géométralement de côté. Le corps sonore, inégal en épaisseur, a 0'",045 près du manche et 0'",024 au cordier.
I Voyez la collection du Oonsi rvatoirc de musique de Paris; voyez aussi le Triomphe de fetnpereur MaximUien,
L'ouïe est garnie d'une jolie découpure, et la table d'harmonie est, sur les bords, incrustée de filets avec alternances d'un charmant effet. On observera que le cordier ne porte que quatre crochets et un bouton pour attacher les neuf cordes (voy. en E).
HARPE, s. f. Instrument à cordes, inégales de longueur, tendues entre deux pièces de bois formant un angle plus ou moins ouvert. Les anciens connaissaient la harpe : on en voit de fort belles, et d'une grande dimension, dans les peintures et sculptures égyptiennes •. La harpe, chez les Grecs, n'est autre que la cithare. Les Romains l'appelaient cinara^ et les Celtes sambtique, harp^ harpa.
Les harpes antiques n'étaient montées que de treize cordes, accordées selon l'ordre de la gamme diatonique.
La harpe égyptienne se compose seulement du bras supérieur (la console) et du corps sonore (table d'harmonie) ; elle ne possède pas de colonne : de telle sorte que la tension des cordes pouvait avoir
* Voyez les deux joueurs de harpe de Ramsès III (xx" dynastie), dans YHist, de tart égyptien, par M. Prisse d'Avennes (peintures). L'une de ces harpes a près de 2 mètres de hauteur et est montée de onze cordes ; l'autre^ moins haute, est montée de treize cordes.
une influence sur Touverture de l*angle formé par ce bras supérieur et la table d'harmonie. On voit une harpe ainsi disposée, mais de petite dimension, figurée dans une Bible du x* siècle (fig. i)'. Cette harpe est garnie de quinze cordes, en admettant que le dessinateur se soit piqué d'exactitude. Le bras supérieur horizontal est puissant et le corps sonore d'une grande capacité.
L'abbé Gerbert donne, d'après le manuscrit de Saint-Biaise, qui date de la même époque, une harpe montée de douze cordes et qui possède une colonne*. La colonne est la pièce de bois qui réunit l'extrémité de la console à la base du corps sonore, et qui empêche les cordes, par leur tirage, d'influer sur l'ouverture de l'angle.
Les cordes de la harpe sont pincées des deux mains, la partie supérieure du corps sonore étant appuyée sur la poitrine de l'exécutant. A dater du XII* siècle, les harpes sont souvent de petites dimensions, et peuvent être jouées la base du corps sonore posée sur les
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genoux. On voit dans le musée de Toulouse, sur un bas-relief du xii* siècle, une très-petite harpe, ou plutôt une cithare sans colonne, et dont le bras supérieur horizontal paraît être muni de huit touches (fig. 2). Cette harpe est montée d'un grand nombre de cordes (vingt-quatre au moins), qui paraissent répondre par groupes de trois à chacune des touclies, lesquelles, peut-être par un ren-
< Maouscr. de la Biblioth. impériale, fonds Saint-Germain, latin : musiciens jouant devant la statue de Nabuchodonosor.
^ Voyez Martin Gerbert, De cnntu et musica^ lib. III, cap. m. M. de Coussemaker a reproduit cette gravure dans \tt Annales archéolog.y t. III, p. iUS,
voi à bascule, appuyaient sur les cordes comme le font les pédales. Mais cette sculpture n'est point détaillée d'une manière assez précise pour qu'il soit possible de se rendre un compte exact de ce mécanisme et de son utilité. Nous laissons aux personnes plus compétentes que nous en ces matières à discuter cette question.
Au XIII* siècle, la harpe est habituellement de petite dimension, et jouée souvent debout. Elle était alors saspendue au cou (fig. 3) *. Ces harpes sont dès lors toujours munies de la colonne; mais celle-ci est courbée de manière à donner aux mains plus d'aisance et à s'assembler plus solidement à la base du corps sonore. La table d'harmonie est percée d'ouïes latéralement. L'exemple que nous donnons ici n'est monté que de neuf cordes.
Les sculptures du portail occidental de la cathédrale de Chartres (milieu du xir siècle) nous montrent de très-belles harpes de dimension médiocre, et dont les cordes sont disposées avec adresse pour faciliter le jeu. On voit une de ces sortes de harpes, jouée par un ménestrel, sur la façade de la maison des Musiciens à Reims*. Les harpes des sculptures du portail de Notre-Dame de Chartres, bien que de petite dimension, — puisque la console, étant à la hauteur de l'épaule, le pied du corps sonore descend à peine aux genoux, — sont montées de dix et de quinze cordes; leur corps sonore est volumineux, et, comme son épaisseur près du bras supérieur serait gênante pour la main gauche qui pince les cordes les plus hautes, ce bras supérieur ou console n'est pas dans le plan de la table d'har-
1 Manuscrit de la Biblioth. impériale.
* Voyez la copie de cette statue dans lo tome VU! du Didionn, (rnrchU,^ à ParUele Sculpture, fig. 22 (xiir siècle).
mooie (fîg. â). Cette disposition est expliquée par la projection horizontale de l'instrument, tracée en A. Ainsi la main gauche touchait avec Tacilité les cordes courtes se rapprochant du sommet de
E.CfiLUU.'MUr.
l'angle, ce qu'elle n'aurait pu faire si ces cordes eussent été tendues dans l'axe de la table d'harmonie. On voit parfaitement, sur l'instrument de la maison des Musiciens de Reims, que les cordes étaient
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tendues à l'aide de clefs ou de leviers qui agissaient sur des carrés fixés à la console. Ce dernier instrument est d'ailleurs plus grand que ceux donnés ici : le pied du corps sonore touche à terre, l'exécutant est assis la harpe entre ses jambes, et le bras supérieur est à la hauteur de la tête.
Nous n'avons pas de représentation de la saquebule^ qui était, disent quelques auteurs, une sorte de harpe de très-grande dimension, puisqu'elle atteignait quatorze pieds* ; à moins d'admettre que cet instrument n'était autre que le monocorde, dans le corps sonore duquel étaient tendues des cordes métalliques dont la vibration produisait un accord lorsqu'on pinçait l'unique corde tendue devant la table d'harmonie. (Voy. Monocorde.)
Les jongleurs ne se servaient guère que de petites harpes, et les suspendaient au cou. A l'aide de cet instrument, ils exécutaient des morceaux d'ensemble (fig. 5)2. On observera que la partie supérieure des tables d'harmonie de ces harpes est munie d'une poignée ou anse, qui permettait de les suspendre au cou si l'on voulait pincer les cordes des deux mains. Dans cet exemple, les exécutants paraissent ne toucher les cordes que d'une seule main.
1 Dictionnaire de Furelière.
' Manuscr. de la fin du xiii* siècle, Apocalypse^ coll. de M. B. Delessert.