‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la renaissance (volume 2)Chapitre 109 sur 165 · OLIFANT · texte numérisé non relu

OLIFANT

Le héros tient à son olifant autant qu*à son épée ; lorsqu'il sent

la mort venir, ne pouvant briser Durandal, il met son cor en pièces :

« Ne Torrat hume ne t'en tienget pur fol. M Fendus en est mis olifans el gros, (( Ça juz en est li cristals et li ors K »

1 Chanson de Roland, CLXVii.

Puis se couche sous un pin pour mourir, et

« Desuz lui met s'espée c l'olifan en sHoiet,

« Turnal la teste vers la paiene gent^

« Pur ço l'at fait que il voelt veirement

« Que Caries diet e trestute sa gent

« Li gentils quens qu*il fut morl cunquerant i . n

L'olifant était alors une marque dislinctive de commandement, de dignité, que les grands, seuls, portaient à la guerre, et il était déshonorant de laisser prendre cet instrument considéré comme noble. Sur l'un des corbeaux d'une des portes de la façade de l'église abbatiale de Vézelay, un ange qui annonce la naissance du Sauveur, porte un olifant en bandoulière (fig. 1 *). Ce cor est façonné à pans.

Les olifants d'ivoire étaient souvent richement sculptés; nos collections publiques et privées en conservent un certain nombre d'une époque très-ancienne (x" au xii' siècle), sur lesquels sont iigurés en bas-reliefs, des chasses, des animaux réels ou fantastiques. La plupart de ces objets ont été plusieurs fois gravés * ; ils affectent tous la même forme, imposée d'ailleurs par la courbure de la dent d'éléphant.

ORGUE (de main), s. m. Instrument composé d'un jeu de tuyaux avec petite soufflerie. Nous ne nous occupons ici que des orgues de main. L'orgue primitif n'est autre chose que le sistre ou flûte de Pan, avec petit réservoir d'air comprimé et soupapes mues par des touches. Il est à croire que les premières orgues n'avaient que des tuyaux de roseau. Mais les anciens. Asiatiques, Grecs et Romains, connaissaient déjà les grandes orgues à tuyaux de métal, dont la soufflerie étint alimentée par des pompes hydrauliques. Toutefois ces instruments restèrent ignorés en Occident après l'invasion des barbares, jusqu'au viii* siècle, époque où l'empereur Constantin Copronyme envoya un orgue à Pépin le Bref. Cet orgue, ainsi que celui envoyé à Charlemagne par l'empereur Constantin Curopalate, celui de l'église de Vérone (viii* siècle), et celui que l'empereur Louis

• Chanson de Roland , CLXXi.

3 Premières années du xii« siècle.

3 Aibmn de du Sommerard. — Alex.Lenoir, Monuments fraw;ais, — Voyez le musée de Cluny. Voyez le bel olifant de la coUecl. de M. le duc de Luynes, cabinet des médaDles, Bîbliotli. impér. ; celui du musée de la ville de Puy en Velay.

Page 1