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le Débonnaire fit placer dans Téglise d'Aix-la-Chapelle, étaient. des instruments stables et à soufflets'. Nous ne voyons apparaître, en
France, les orgues à main que sur les monuments figurés du x'^ siècle. Ces instruments se composent d'un coffre sur lequel sont
plantés les tuyaux, d'un petit clavier et d'un soufflet; on jouait sur le clavier de la main droite, et de la gauche on faisait mouvoir le
* Voyez, dans la Irad. du liationale de (juiliaiime Durand, par M. G. Barthélémy, une bonne Notice histor. sur les grandes orgues (t. Il, p. /iS9).
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soufflet en tenant le coffre appuyé sur le bras et contre la poitrine. Voici (fig. 1) un de ces petits orgues portatifs possédant deux rangs de huit tuyaux chacun, avec quatre tuyaux plus forts aux deux extrémités du sommier. Le clavier ne se compose que de huit touches. Ces touches auraient donc fait parler deux tuyaux à la fois, tandis que les quatre gros tuyaux auraient composé un bourdon continu '. Tout cela est fort hypothétique. Une autre miniature d'une époque plus récente (lîg. 2*) nous montre un joueur d'orgue à main composé seulement de six tuyaux avec clavier. L'instrument est monté sur
è.L\.iLL:iCy.DL.
une caisse plate, avec deux montants, dont l'un, très-élevé, est appuyé sur l'épaule gauche de l'exécutant. Pendant les xiii" et xiv" siècles, ces petits jeux d'orgues diffèrent assez peu dans la forme, et le nombre des tuyaux est variable. Ce n'est guère qu'au xv" siècle que ces instruments paraissent être perfectionnés. Un joli tableau de
t Ancien fonds Saint-Germain, Bibliolh. impér. fxiii*' siècle).
2 Hisi. du saint Graal, manuscr. Bibliolh. impér. (fin du xiii« siède).
l'école allemande, déposé à la Pinacothèque de Munich et attribué à Wohlgemuth', représente une sainte Cécile jouant d'un orgue à main composé de deux rangs de douze tuyaux chacun, avec clavier de douze touches, qualité registres et un soufflet (fig. 3). L'instrument pouvait être suspendu en bandoulière au moyen d'une courroie retenue aux montants par deux petites poignées de métal. Le soufflet est posé sur deux potences également de métal flxées au sommier. Ces petits instruments devaient avoir à peu près la sonorité des orgues dites de Barbarie. Leurs tuyaux sont toujours indiqués comme étant fabriqués de métal.
Ces orgues de main étaient fort prisées dans les fêtes civiles , car il ne paraît guère qu'on les ait admises dans les églises, où l'on se servait de grandes orgues pneumatiques :
« Orgues i r'a bien maniables, « A une sole main portables, « Où il meismes soufle et touche, » Et chante avec à plaine bouche u Motés, ou treble ou teneure ^. >'
Les orgues de main accompagnaient donc au besoin la voix de la personne qui touchait de l'instrument.
Dans les chapelles de châteaux, on avait au xiV siècle des orgues stables, mais de très-petite dimension, puisque dans le Journal de la dépense du roi Jean en Angleterre on lit cet article : « Clément, « clerc de la chapelle, pour faire porter les orgues de Herthford « à Londres par 2 valez, et pour cordes à les lier, 7 d. 3 d. *. »
Pour que deux hommes pussent transporter cet instrument, il fallait qu'il ne fût guère pesant. Christine de Pisan nous apprend que pendant les repas, à la cour du roi Charles V, on jouait de l'orgue. Sur des estrades, aux entrées des souverains, dans les carrefours, étaient montées de petites orgues qui accompagnaient les voix des chanteurs. Cet usage se perpétua jusqu'au xvr siècle.
A l'entrée de la reine Isabeau de Bavière à Paris, devant la chapelle Saint-Jacques, était dressé un « escharfaut faict et ordonné « très richement, séant au dexlre, ainsy comme ils y alloient el « estoient, ledit escharfaut couvert de drap de haute lice et encour- (( liné à la manière d'une chambre; et dedans cette chambre avoieni « hommes qui sonnoient une orgue moult doucement*... »
1 N** 39 dû GatalofTue.
3 Le Homan de la rose, partie de J. de Meung^, vers 21292 et suiv.
^ Comptes de r argenterie des rots de France, publ. par L. Douët>d'Ârcq, p. 214(1349).
* F-oUsart, Chroniques, Ht. IV.
PSALTÉRION, s. m. (saltérion). Le psaltérion antique est coni-
x:.. Ci^l'-lL^VfOr.
posé d'un châssis triangiilaire avec une table d'harmonie, les cordes
étant tendues sur cette table percée d'ouïes. La forme triangulaire parait avoir été adoptée pendant les premiers temps du moyen âge pour le psaltérion, concurremment avec la forme carrée.
Voici (fig. 1) un de ces instruments, parfaitement reproduit sur une vignette du manuscrit de Herrade de Landsberg*. Il se compose d'un châssis triangulaire monté sur une table et garni de vingt et une cordes (trois octaves)*. Le personnage qui représente le roi David, et qui passait, au moyen âge, pour être l'inventeur du psaltérion, maintient l'instrument verticalement sur ses genoux, au moyen d'une petite poignée fixée à l'angle supérieur, et fait vibrer les cordes à l'aide d'un plectrum, qui semble n'être autre chose qu'un bec de plume. Souvent les cordes du psaltérion sont doubles, montées à l'unisson. Il y a aussi le nable (nabulum)^ qui peut passer pour une
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sorte de psaltérion ; mais dans ce dernier instrument, les cordes sont posées perpendiculairement à la base du triangle, « Nabulum est « quod grcce dicit psalterium quod a psalendo dicitur ad similitudi- « nem del A id est modum del A litière ad simililudinem cythare '. • Le manuscrit de Saint-Biaise (ix' siècle) donne la figure d'un psaltérion carré (fig. 2) garni de dix cordes seulement'. Il ressort des documents recueillis sur les instruments à cordes pincées ou frappées pendant le moyen âge, que ces instruments étaient très-nombreux, et que leur forme n'était pas fixe comme l'est aujourd'hui celle de nos instruments de même nature.
I Biblioth. de Strasbourg^.
'2 Engelbert (viii« siècle) dit, en effet, que la cithare ou le psaltérion doivent être garnis de vingt et une cordes très-fines et bien tendues.
3 Manuscr. du British Muséum, Tiherius, c. vi.
* Martin Gerbert, De cantu et musica^ lib. III, cap. m; De organis aliisque initrum»» etc.
On voit, dans les voussures du portail occidental de la cathédrale
de Cliarlres, des personnages qui touchent du psaltérion. Ces instru-
menls sont garnis de doubles cordes, sur des tables creuses percées
d'ouïes avec chevalet continu (fig. 3*). Ces doubles cordes métalliques, montées à l'unisson étaient destinées à donner plus d'intensité au son, et c'est encore ce qui se pratique dans la construction des psaltérions dont on se sert à Vienne et dans le Tyrol. Au xiii* siècle, le psaltérion se développe en surface, et on le touche habituellement posé à plat sur les genoux (fig. 4 '). L'un de ces psaltérions est garni de huit cordes, l'autre de douze.
Au portail occidental de la cathédrale de Reims, on voit un petil personnage sculpté qui touche d'un instrument à peu près semblable à ceux-ci, mais posé verticalement sur les genoux et garni
ih dix-neul' cordes. L'une des mains de Texécutiml appuie sur les cordes, l'autre les touche avec un plectrum. Cet exemple date du commencement de la seconde moitié du xiu* siècle (fig. 5). Ici les cordes sont simples. Sur un des corbeaux de la gi^and'salle basse du château de Piorrcfonds, on voit une femme assise touchant du psaltérion. L'instrument est d'une grande dimension et n'est garni que de huit cordes doubles; il est posé verticalement, la pointe en bas, et la table d'harmonie est percée de trois ouïes (fig. (>*).
A peu près oublié pendant le xvi'' siècle, le psaltérion fut remplacé par le clavecin. Ainsi que nous le disions tout à Theure, cet instrument, encore usité en Allemagne et perfectionné, produit entre les mains d'un exécutant habile des effets sonores et harmoniques
1 xii" siècle. Une partie de rinstrument est cachée sous une draperie. '^ L'exemple A est tiré du inanuscr. de la bibltolh.impér., Psalm., anc. fonds Saint- Germain. L'exemple B^ de la Bible française de la biblioth. du Corps législatif (xiii« siècle). ' 1400 environ.
extraordinaires, à la fois doux et pleins. En taisant glisser les doigts sur les doubles cordes, on obtient des sons chromatiques, par la réduction des vibrations, que le clavecin ne peut donner.
Tous les auteurs de chansons de geste, les conteurs, les poètes, citent souvent le psaltérion à dater du xii*' siècle. Cet instrument était évidemment très-commun, et il n'y avait pas que les ménestrels qui en jouaient. Les femmes, dans les châteaux, touchaient du psaltérion :
« Et mult sot de lais et de note^ « De viele sot et de rote, t De lire et de salterion *• »
« Psaltérion prent et viele '^, »
Dans la Boinance de la bataille de Roncevaux^ , les cent dames qui accompagnent la belle Aida jouent des instruments, et c'est au son de ces instruments que s'endort la jeune femme :
•( Al son de los instrumentos «■ Dona Aida adormido se ha ^. »
< Li Romans de Brut, vers 3765 et suiv. (xii* siècle).
« Roman de la rose, partie de J. de Meung (xiV siècle).
3 Texte espagnol (anonyme).
* Appendices à la Chanson de Roland, publ. par Fr. Michel, p. 252
[ RUBÈBE ]
ROTE, s. f. — Voy. Cithare.
RUBÈBE, s. r. (rebèhe, d'oii rcbec). Instrument à cordes et à archet avec nïanchc. La rubèbe primitive n'eut qu'une seule corde ou deux, a comme le rcbah populaire des Arabes* b. L'abbé (îerbert repro-
^i. sïii^/V.Vi/r.
duit, d'après le manuscrit de Saint-Biaise (î\* siècle), un de ces instruments monté d'une seule corde, ayant à peu près la forme du luth, avec cordier allongé. Aux xii" et xui' siècles, la rubèbe était montée de deux cordes, et Jérôme de Moravie la donne comme un
* Voyez Félis, Oriyine et transf. des iustrum, à archet, Vuillauine^ édit., 1856.
— 307 ^ [ RUBÈBE ]
instrument gi^ave dont la gigue était le dessus. A dater du xiv* siècle, on donne le nom de rubèbe à divers instruments à deux cordes et à archet, qui sdnt graves : ainsi le diacorde est une sorte de rubèbe ou de rebec basse. Le nom de rebec est encore donné, au commencement du XVI* siècle, à des violes de gambe^ qui étaient des instruments analogues aux violoncelles. « La rubèbe, la gigue, les quatre « classes enfin du genre rebec^ dit M. Fétis*, qu'on trouve déjà € établies dès le xv*" siècle, à savoir : dessus, alto, ténor et basse, € sont des intruments populaires placés entre les mains des méné- « triers» et qui servent en général pour la danse et pour les chanteurs «( des rues. Leur forme était invariablement celle-ci (fig. 1 *). Souc vent la basse de ce genre d'instrument était jouée par le mono- « corde ou par la trompette marine, dont le corps était une pyramide « pentagone très-allongée, sur laquelle était appliquée une table
«[ d'harmonie de sapin (Voyez Monocorde.) »
La rubèbe était évidemment employée dans les concerts d'instruments :
« Car je vis là tout en un cerne (cercle;, « Viole, rubèbe, guiterne, « L*enmorache, le micamon, « Citole et le psaUérion *. »
Cependant cet instrument, — au moins jusqu'au xV" siècle, — n'était pas estimé à l'égal de la vièle, et paraît avoir été laissé aux artistes les plus vulgaires. Il est difficile de bien préciser d'ailleurs l'emploi de la rubèbe. Si Jérôme de Moravie prétend que cet instrument rendait des sons graves, (Jerson dit que la rubèbe était d'une dimension inférieure à celle de la vièlc, et Aymeric de Peyrac, que le rebec rendait des sons aigus imitant la voix (le femme*. Ces conlrailîctions ne peuvent s'expliquer que par les modifications que subit cet instrument du xiv'' au xvf siècle. Toutefois nous pensons qu'il faut s'en tenir à la forme primitive, et que les noms de rubèbe^ de rehèbe et de rebec furent donnés successivement à des instruments qui se rapprochaient plus ou moins de la vièle (voyez ce mot).
« Origine et traits f. des instrum. à arehet, 1856.
2 l>u manuscrit de Saint- Biaise (ix'' siècle). Martin Gerbert, De cantu et musica^ lîb. lU, cap. III.
3 Guillaume de Macliaut (xiv* siècle).
< Voyez, à ce propos, l'article de M. de Coussemaker, Annales archéoL, t. VIH, p. 242.