SERPENT
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SAQUEBUTE, s. f. Sorte de trompette dont l'embouchure et le pavillon étaient tournés du même côté, et dont les tubes recourbés pouvaient s'allonger comme dans nos trombones. Le manuscrit de Boulogne représente en effet une sambuca qui indique ce mécanisme. Le trombone, ou Irombon, est déjà représenté dans des peintures et sculptures de la fin du w^ siècle et du commencement du xvi' *.
SERPENT, s. m. Trompe façonnée en cuir bouilli, avec embouchure d'ivoire et pipe (le métal, donnant la basse des flûtes de diverses tailles, et notamment des flûtes bruyantes, qui tenaient lieu de nos grandes clarinettes. On voit le serpent figuré sur des vignettes de manuscrits du XV' siècle. M. Fau possède dans sa belle collection un serpent d'une conservation parfaite, et qui appartient aux dernières années du xv'' siècle (fig. 1). La main gauche de Texéculant tenait Tinstrumenl à sa première révolution, en A ; la droite agissait sur les trois trous percés en B.
La longueur développée du tube, y compris la pipe , est de 2"", 50. Les sons obtenus par cet instrument sont pleins et d'une
* Voyez le Triomphe de l* empereur Maximilien, On a donné aussi, suivant qu^ques auteurs, le nom de saquebuie ou iympanon. (Voj. Harpe, Monocorde).
grande puissance. La fabrication en est remarquablement belle. On employait encore le serpent, il y a une trentaine d'années, pour accompagner le plain-chant dans les églises; mais au xv*' siècle, et même beaucoup plus tard, cet instrument avait sa place dans les concerts. Nous l'avons encore vu adopté dans les musiques des régiments.
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TAMBOUR, s. m. (laboVy tabour^ labours sarrasinois^tabonrins).
11 n'est pas de civilisation, si peu développée qu'on la suppose, qui n'ait trouvé l'instrument à percussion qu'on nomme tambour. Une peau tendue sur un vase de terre, à l'extrémité d'un tronçon de bambou, compose un tambour. Cependant, et bien que les Égyptiens, les Asiatiques, les Grecs et les Romains aient connu le tambour, il ne paraît pas qu'on se soit beaucoup servi de cet instrument pendant les premiers siècles du moyen âge. C'est à dater des croisades qu'on voit les tambours prendre une grande place dans la musique instrumentale. Tambours allongés, tambours doubles comme nos timbales, tambourins, tambours de basque, se trouvent représentés sur nos monuments et dans les miniatures de nos manuscrits, à dater du xiT siècle.
Instrument de guerre et de plaisir, le tambour était en grand honneur à la fin du xii'' siècle. Posé sous le bras gaucbe, le musicien frappait sur la peau sonore qui recouvrait l'extrémité du cylindre avec un bâton garni d'une boule. Attaché sur l'épaule gauche, le
joueur de ilùto frappait une sorte de tambour plat avec sa tête*, ou bien, tenant cet instrument d'une main, le jongleur frappait de l'autre le vélin tendu sur un cercle. On voit au musée de Toulouse (fig. 4) un de ces tambours composé de deux cercles de bois entrant Tun dans l'autre ; celui sur lequel la peau est tendue est biseauté (voyez en a-), et le vélin est fixé au moyen de petits clous. On voit des tambours doubles ou timbales dans des peintures ou sculptures du xiii'' siècle. L'exemple que nous donnons ici (fig. 9), est tiré d'une des sculptures qui décoraient autrefois le tour du cliœur de Téfflise abbatiale d'Eu'
Au xiif siècle, les trouvères, qui prétendaient conserver les traditions du grand art, se plaignaient du goût exagéré que le public manifestait pour les jongleurs, qui abandonnaient des instruments plus nobles, le psaltérion, la rubèbe, la rote, la vièle, et remplaçaient leurs cbansons par un tambourinage. On appelait ces jongleurs des taboureurs^ et l'on possède une satire de cette époque, écrite en vers, sur ces taboureurs:
i< Malemeiil sont labour par puis assambié,
« El bon menesterel sont par aus refusé.
« Ce font aucunes genz qui sont si avuglé
(• Que il ne voient goûte el plus biau jor d'eslé *.
Le poëte se plaint de ce que des vachers peuvent ainsi passer pour des jongleurs ; il voit la foule entourer les taboureurs et leur
« Voy. Flûte, tig. 3 (xiii« siècle).
2 Seconde moitié du xii® siècle.
• 3 Commencement du xv® siècle.
* Des taboureurs {voy. Jongleurs et Trouvères^ f^hoix de pièces des xill' et XW^ sièc/es^ A. Jubinal, 1835, 1 vol).
donner son argent. Le succès est pour le plus gros tambour. Quand les jeunes gens reviennent des champs, s'ils peuvent trouver le cercle d'un boisseau, ils font un tambour et se donnent comme
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ménestrels. < Jamais, ajoute le poète, la mère de Dieu, la Vierge honorée, n'aima les tambours et il n'y avait nul tambour à son mariage, mais bien desvièles! Tout homme bien né doit fuir
les tambours et se faire dire les chansons de Girart de Viane, de Thierry TArdenois ! >
Les femmes jouaient du tambour circulaire ou carre pour accompagner la danse, et en signe de réjouissance. Ces tambours étaienl tenus d'une main, comme on tient le tambour de basque, et frappés de l'autre, ou bien suspendus au cou devant la poitrine, et frappés avec une sorte de plectrum et la main.
On voit, dans le manuscrit de Herrade de Landsberg*, les Hébreux se réjouissant après avoir heureusement traversé la mer Rouge. Derrière Moïse, des femmes jouent du tambour (fig. 3) et de la harpe ; les hommes armés les suivent.
Les jongleurs, au xiii* siècle, portaient leur tambour pendu au cou. Il s'agit du jongleur d'Ely :
(( Li vint de sa Londres, en un prée^ (( Encontra le rot et sa meisnée ; « Entour son col porta soun labour « Depeynt de or e riche atour '. »
Le tambour sarrasinois était le tambour double (timbales), qu'on pouvait poser des deux côtés de Tarcon de la selle en guerre, et qui était fort prisé chez les Orientaux. Pendant les xiV et xv* siècles, on fabriqua en France de petits tambours de ce genre, qui prenaient place dans les concerts (voy. fig. 2).
TROMPE, s. f. {trompette y araine).
« Tabours, trompes et anacaires, « En tant de lieus çà et là sonnent « Que toute la contrée estonnent '. »
La trompe, l'araine, sont les instruments de musique guerrière par excellence. A l'article Busine, on a présenté quelques-unes de ces longues trompes qui servaient à rallier les troupes, à exciter les milices au combat. La trompe ou trompette est de plus petite dimension que la busine, c'est Xaraine^ le tube de métal terminé en pavillon. On n'emploie guère les mots trompette y clairon que vers la fin du xv*' siècle : « Quand vint le lendemain au plus « matin, Gérart, qui avoit ses gens tous prestz, fist sonner ses
* Riblioth. de Strasbourg (xn<^ siècle;.
^ Ije Flahel du jongleur d*Ély e (Je mons, le roy d*Engl terre^ vers 5 et suif.
5 Branche des roj/auj: lignngea^ vers 6740 etsuiv.
€ trompettes et clerons par telle force qu'il semblait que toute la
€ terre tremblast* »
Dès le XIII* siècle, la trompette droite à large pavillon est en usage
dans les armées (fig. 1 '). Vers la tin du xiv'' siècle, la trompette militaire, au lieu d'être droite, est parfois doublement coudée
(fig. 2*). Le tube est décoré d'un morceau d'étoffe armoyé. On voit
1 Gérard de Roussilion^ en prose, édit. de Lyon, commencement du xvi*' siècle.
2 Manuscr. de VApaca/ypse, xni® siècle, anc. coUect. B. Delessert. ' Manuscr. de la biblioth. de Troyes.
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cependant des Irompettes de guerre droites pendant le cours du XV* siècle (lig. 3*). Vers la seconde moitié de ce siècle apparaissent les véritables clairons de guerre (iig. à "). Bien avant cette époque, vers le milieu du \W siècle, la trompette sert à donner des ordres aux gens de gueire à cheval. Quelques heures avant la bataille de Cassel, c'est ainsi que les dispositions de la gendarmerie
sont réglées : « Enssi lut ordineit et cascon alleis à sonlogiche pour « soppeir Icrnpre, et desist cascon à ses compagnons que ausitoist « que ons oroit la trompette, que cascon metist ses selles, et quant « ons Toroit la seconde fois, (pie cascon s'armast, et la tierche fois « que cascon monlast et s'en allast vers sa banire; et laiassent la « endroit tous liarnois et charois, et prist ung pain sens plus por « magnier, car ons se combateroit le lendemain a quel meschief que « chu fust'. )) Des trompettes étaient données aux mmétriet^s de trompes, qui annonçaient l'ouverture des joutes et tournois et qui accompagnaient les parlementaires, ou qui, dans certaines occasions, étaient eux-mêmes chargés de faire des ouvertures aux troupes ennemies, a Sur la journée vinrent trois menestreisde trompes qui î dessent as Engles que les Escots en astoient alleis des à meenuit, « et astoient ja bien dix liews loing. Si furent pris \m dits menes-
» Manuscr. des Passuye^ (l*(mfre-mt'i\ Bibliolh. impér. (xiv*^ siècle). 2 Voypz le manuscr. du Traité sur les tournois par le roi René. * Chroniques de Jehan le Hel, Biblioth. roy. de Belgique.
« Ireis et les mist-ons en prison ; puis passont jrens d'armes à grant ï faison por veoir si elie asloit voirs*. » Déjà, au xiv^ siècle, on donnait le nom de trompet à ces ménétriers de trompes :
« Bruges quidierenl abauber (( Qui tanlost firent sonner « Par boiu avis leur trompet.
« Le trompet Triient desour cheval <( De Bruges et les moût gaberent ^. >
Pendant les guerres du xv*" siècle, les corps d*armée avaient leur
musique, u Et se loga le dit conte d'Arondel et son ost sur icelle
A Chron. de Jehan le Bel, Biblioth. roy. de Belgique.
* Chron, Hmée des troubles de Flandres, ch. xxi et xxii.