‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la renaissance (volume 2)Chapitre 123 sur 165 · QUINTAINE · texte numérisé non relu

QUINTAINE

coupé carrément par derrière. Elle n'est percée de chaque côté que de quatre trous pour l'ouïe, et postérieurement de âeux paires de trous pour la ventilation. La bavière, vissée au plastron, est munie d'une doublure devant le menton, qui porte un crochet et une bille de fer sur un axe. Un ressort, semblable à celui tracé figure 20, faisait sauter le panneau de cuir sur lequel était posé le voile, lorsque le rochet le frappait au milieu de la poitrine. Par l'effet de ce ressort, ce panneau se décrochait du haut, et la bille a, roulant sur son axe, empêchait l'étoffe de s'arrêter au menton de la baviére.

Ces sortes d'armures de joute ne sont plus usitées en France à dater de la lin du xv* siècle ; on ne les voit alors employées qu'en Allemagne jusque vers 1520. Les joutes françaises, à partir du XVI* siècle, se font avec des armures qui ne diffèrent de celles de guerre que par certaines doublures ajoutées à l'armet et à la cuirasse. Cette dernicre pièce est appelée manteau de joute. Elle consiste en une targe fixe de fer souvent treillissée en losanges sur la face externe concave au moyen de bandes de fer, afin d'arrêter le rochet et de faire briser le bois de la lance.

QUINTAINE. Exercice à la lance et à cheval, appelé aussi cuitainc, et qui consistait à frapper en plein écu un mannequin armé de toutes pièces. Ce mannequin était posé sur un pivot. Si le cavalier, courant à toute bride, louchait le milieu de la targe, cette sorte de trophée tournait sur lui-même ; mais si le jouteur adressait mal son coup, les pièces du mannequin tombaient ou venaient frapper le cavalier maladroit.

Du Cange prétend que ce mannequin tenait un bâton ou une épée qui, si le coup était mal adressé, venait frapper le cavalier qui l'avait porté ^ Quoi qu'il en soit,. la quintaine était un des exercices adoptés pendant le moyen âge, non-seulement par la noblesse, mais par la roture.

Les seigneurs faisaient courir la quintaine k leurs hommes liges pour les habituer aux combats à la lance. Les enfants couraient la quintaine et se préparaient ainsi à la joute ; car il est à observer que les collections d'armes possèdent des armures de joute pour des enfants de douze à quinze ans ^.

* Du Gange, Disseri, VU sur l'hisi, de saint Louis.

^ Le musée des armes de Pierrefonds possède deux de ces armures qui datent du xv« ?iftcîe, de fabrication allemande.

L'exercice de la quinlaiiie remonte à rantiquilé. Nos romans de chevalerie du ^u* et du xiii* siècle en font mention :

« Quintaine font drecier en un bel pré fleuri, « Dux Naymes et li autre chascuns d'eis y fcri ; « Des noviaus chevaliers nus ne s'en alenti ^

BEHOURT. Le behourt ou bohonrd était un simulacre d'attaque d'un fort ou tout au moins d'un ouvrage palissade. C'était une des variantes du tournoi. Au milieu d'un champ clos, on dressait un fort de bois que des chevaliers divisés en deux partis attaquaient et défendaient. Ces sortes de sièges simulés n'avaient pas toutefois les conséquences dangereuses des tournois ou des joutes, et pouvaient passer pour un spectacle ou un de ces exercices tels que nos petites guerres. D'avance on convenait de quelle part seraient les vainqueurs.

Une couverture de coffret d'os qui fait partie du musée de Boulogne, et qui date de la seconde moitié du xiv* siècle, nous montre une joute à la lance courtoise et l'attaque d'un château par des chevaliers couverts de leurs armures. Le château est défendu par des damoiselles qui jettent des fleurs sur les assaillants montant aux échelles. Au bas du petit bas-relief est un homme d'armes qui remplit la cuiller d'un mangonneau de paquels de fleurs. Du Gange donne sur ces behourts des explications complètes que nous ne croyons pas nécessaire de reproduire ici ^. Pendant les banquets, parmi les entremets les plus prisés, figuraient ces behourts. On roulait un château plein d'hommes d'armes entre les tables, et une troupe le venait attaquer et prendre,, le tout entremêlé de vers en l'honneur des dames et de moralités.

CHASSE. Il est entendu que nous ne nous occupons de cet exercice favori de la noblesse féodale qu'au point de vue de l'habillement, des armes, des engins et des usages adoptés par les chasseurs. Nous ne prétendons pas faire un traité historique sur la matière, ce qui nous entraînerait en dehors des limites de cet ouvrage.

Beaucoup de sarcophages chrétiens des premiers siècles figurent en bas-reliefs, sur leur paroi antérieure, des sujets de chasse, à l'imitation d'un usage adopté pendant l'empire païen. Cette habilude

* Li Homans de Berle nus gratis pics, chap. CVUi. 2 Du Gange, Dissert, VII sur Phisf. de suiuf Ijouis,

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persista même assez lard pendanl le moyen âge, principalement dans les provinces du Midi et de TOuest. On sait le goût des Mérovingiens pour la chasse ; c'était leur passe-temps favori. Nous ne possédons pas toutefois de renseignements précis sur les vêtements et armes que les chefs francs portaient lorsqu'ils se livraient à cet

exercice, et si ces armes et véLements avaient une forme spéciale. Pour les armes, les Mérovingiens se servaient de la javeline, de répieu, sorte de lance courte et forte, et de Tare. Quant à la chasse au panneau, au collet, à la fosse, à la haie, on peut en faire remonter l'origine dans les Gaules, comme dans toutes les contrées couvertes de forêts, à la plus haute antiquité.

La chasse à courre a toujours été le privilège des classes élevées.

puisque, pour la suivre, il est besoin de chevaux, de valets, de chiens et de tout un attirail d'un entretien dispendieux. La féodalité s'arrogea le droit de chasse, et le maintint, mieux que tout autre, jusqu'à la fin du dernier siècle.

La chasse au vol, qui persista parmi la petite noblesse de province jusque sous le règne de Louis XV, bien qu'elle ne fût plus guère en usage chez les grands seigneurs, remonte, en France, à une époque assez reculée. Ce genre de chasse, fort goûté chez les Orientaux, dut être introduit en France lorsque l'Occident se mit en communication fréquente avec l'empire d'Orient. Il parait avoir été connu dans la Germanie dès le iv' siècle. Nous en trouvons la trace évidente chez nous, sur des monuments, dès le xi*" siècle.

La tapisserie de Bayeux nous montre Guillaume et Uarold chevauchant l'oiseau sur le poing.

Nous parlerons d abord de X adoubement^ des armes et engins des chasseurs à courre. Un des monuments les plus anciens du moyen âge, représentant des veneurs à courre vêtus d'une manière spéciale, est le tympan de la porte de Saint-Ursin à Bourges (1140 environ) . Ce bas-relief montre des veneurs à cheval et à pied, forçant un cerf et un sanglier. Hommes de pied et de cheval sont vctus de la même manière, savoir : d'une cotte ne descendant qu'au-dessus des genoux, avec ceinture, manches justes et camail (fîg. 1) serré au cou. Un seul de ces veneurs porte un capuchon, lous les autres ont la tête nue. Les jambes, des genoux aux chevilles, sont couvertes de jambières qui paraissent être faites de cordelettes cousues ou de peau piquée. Une corne de petite dimension pend sur la hanche. Tous

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