OUTILS, OUTILLAGES
AUGE, s. f. (auyei). Vaisseau de bois servant aux maçons et propre à contenir du mortier ou du plâtre gâché. Les plus anciens monuments du moyen âge montrent des maçons portant Taugée de mortier ou de plâtre sur leur tête, /
ainsi que cela se pratique encore aujourd'hui dans les bâtiments en construction. Les auges les plus anciennes paraissent être évidées dans un demitronçon de tronc d'arbre. Cette forme persiste jusqu'au xv"" siècle (flg. 1 *). Dans cette auge est posée la truelle, dont la forme ne difTère pas de celle en usage de notre temps. On voit aussi figurées parfois des auges en forme de boites évasées par le haut et façonnées au moyen d'ais cloués. Il ne faut pas confondre l'auge avec \ oiseau (voyez ce mot).
BALAI, s. m. {escouhé). Les balais employés pendant le moyen âge sont, comme forme, exactement semblables à ceux qu'on em-
> Manuscr. Bibliolh. nationale, //{V/orm/ //^//^rarf^ provenant delà bibliothèque du duc Charles 1*' de Bourbon, mort en 1406.
ploie encore dans la plupart de nos provinces, c'esl-à-dire faits de brindilles de bouleau assemblées en paquet et emmanchées à Textrémité d'un bâton; ou de boites de joncs réunies en façon d'éventail avec un manche. Les balais de crin ne paraissent pas remonter au delà du xvii' siècle.
BATON, s. m. {hastoncelj houhours^ escoper, fût^ escoberye, fust, U
^ti././jjâ rae
tvaroqueaUy locque^ santon^ salon, vaule; — bâton ferré: bedail, couffouri, gaffe ^ y^y^^, panclwn, princhon, pieuchou, stippc, tiveul, tournoi, thorte). La quantité de mots pour désigner un même
objet indique les usages divers auxquels le bâlon était destiné. Parmi les gens de guerre on désignait même par le mot général de bdlon loute arme d'hast (voyez la partie des Armes). Tout paysan était muni d'un bâton; c'était la seule arme qu'il pût porter, et s'en servait habilement. Les bergers, jusqu'au xiv' siècle, portaient un bâton terminé par un gros bout ou une crosse, afin de pouvoir lancer des moites de terre aux brebis qui s'écartaient du troupeau. La fip:ure 0 montre un de ces bergers * du xr siècle. Il est vêtu de
braies, avec souliers attachés, d'une cotte ou tunique à manches courtes et larges sous lesquelles apparaissent les manches justes de la tunique- chemise. Sur ses épaules est un camail de peau de bête, le poil en dessus, et son chaperon, qui semble fait d'une étoffe feutrée roide, est attaché à son cou par une cordelette. La houlette avec cuiller de fer ne date guère que du xv'' siècle. Quand les combat* judiciaires étaient autorisés entre vilains, ils devaient se servir de bâtons de mesure et d'un bouclier ou targe carrée tenue de la main gauche (fig. \ *). Froissart raconte ainsi le soulèvement des paysans du Beauvaisis, de la Brie, du Valois Laonnais et Soissonnais, en 1358 :
1 Manuscr. Biblioth. nationale, Evangile festiv. (xi® siècle).
^ Des bas-reliefs de hi façaOede la catliédrale de Lyon (co:nmencement du xiv® siècle).
[ BATON ] — 48â —
« Aucuns gens des villes champestres, sans chef, s'assemblèrent en « Beauvoisis, et en furent mie cent hommes les premiers, et dirent « que tous les nobles du royaume de France, chevaliers et escuyers, « honnissoient et trahissoient le royaume, et que ce seroit grand < bien qui tous les détruiroit. Et chacun d'eux dit : — Il dit voir! il
« dit voir ! Honni soit celui par qui il demeurera que tous les gen- € tilshommes ne soient détruits! Lors se assemblèrent et s'en ai- « lérent, sans autre conseil et sans nulles armures, fors que basions f ferrés et de couteaux, en la maison d'un chevalier qui près de là
« demeuroit * » Ces Jacques, qui dévastèrent toutes les provinces
au nord de Paris, et qui, rassemblés au nombre de dix mille environ, finirent par être détruits à Meaux par le comte de Foix, le captai de Buch, le duc d'Orléans et leurs lances, ne se servirent pendant leurs expéditions que de ces bâtons et de leurs couteaux.
• Chron, de Froissart , Hv. I, chap. LX?.
Ils étaient hideux à voir, disent les contemporains; ce que nous n'avons pas de peine à croire. A cette triste époque de notre histoire, les paysans de ces provinces dévastées par les partis anglais et français, par les gens du roi de Navarre, étaient réduits à la dernière misère et n'étaient vêtus que d'une chemise de grosse toile. La figure 2*, qui représente un vilain de ce temps, donne assez l'aspect de ces terribles Jacques de 1358.
Les seigneurs terriens faisaient exercer leurs vassaux, qui devaient le service de piétons, au jeu du bâton long de six pieds, et, pendant les xiv^ et xV' siècles, les gentilshommes eux-mêmes apprenaient à jouer du bâton, c'est-â-dire de la lance courte (voyez la partie des Armes) .
Les pèlerins étaient munis d'un bâton {bourdon, bordon) (voyez, dans la partie des Vêtements, l'article Esclavine).
Le tineul était un gros bâton qui pouvait servir au besoin de levier ou de support horizontal. Les porteurs d'eau se servaient du tineul ou tournoi pour transporter les vases de terre ou de métal contenant un liquide (fig. 3 *). Ce porteur n'est vêtu que d'une jupe.
' Manuscr. Bibliolh. nationale, Histor. Hierosoiymit., latin (xiv* siècle). ^ Manuscr. Biblioth. nationale, Lanceioi du LaCj français (1340 environ).