CRÉMAILLÈRE
24 marcs 6 onces avec les grîls et le trépied. On voit des crémaillères figurées dans des vignettes de manuscrits du xiii siècle, qui se composent d'une tige de fer avec un anneau oblong, k travers lequel passe une lame de fer dentelée se terminant en crochet à son extrémité inférieure. Mais nous ne connaissons pas de crémaillères perfectionnées avant le xiv* siècle. Celle que nous donnons ici (fig. 1) date de cette époque ; elle est de fer forgé et très-complète *. Elle se compose d'une double tringle de fer A que l'on suspendait à un crochet tenant à une chaîne scellée dans le tuyau de la cheminée, au-dessus de l'âtre. A l'extrémité inférieure de ces tringles jumelles et terminées en boucle (voy. en B), passe un boulon libre, muni d'une large rondelle C sur le devant, et d'un morceau de fer plié DE qui se croise; il est traversé par un goujon F qu'on engage dans les dents de la crémaillère. Un guide G, fixé au sommet de celle-ci, coule sur l'une des tiges (voy. la section a). Lorsqu'on veut hausser ou baisser la crémaillère, on prend d'une main l'extrémité E, de l'autre la fleur de lis, en soulevant la lame dentelée, le goujon F échappe l'engrenage, et on le fait entrer dans le cran convenable, suivant le niveau qu'on veut donner au crochet inférieur I. Quand le guide G vient toucher la rondelle G, le crochet I est aussi bas que possible ; quand le goujon F entre dans la dernière entaille K, le crochet I est au point le plus élevé. En H, est présentée la crémaillère de profil. Mais il fallait pouvoir suspendre à cette crémaillère une ou plusieurs marmites. A cet effet, était disposée la suspension L. L'anneau b entrait dans le crochet I de la crémaillère. A cet anneau, par un boulon, était attachée la tige plate M, terminée par une traverse N, munie de crochets n (voy. le profil n'). Deux tringles T, attachées librement à un piton p, étaient terminées par deux boucles avec crochets s. Suivant que les marmites étaient d'un diamètre plus ou moins grand, on arrêtait les tringles T aux deux premiers ou aux deux seconds crochets n. Si Ton ne mettait qu'une marmite au feu, on la suspendait à la tringle centrale R. Tous ces objets sont tracés au dixième de l'exécution. Le musée de Gluny conserve de belles crémaillères du xv' siècle, de fer forgé. Ces objets, très-communs encore dans les petites villes et dans les campagnes, il y a quelques années, sont devenus fort rares; la plupart ont été vendus comme vieille ferraille ; plusieurs ont été achetés par les brocanteurs et font aujourd'hui partie de collections particulières.
> CoHect. des dessins de Tauteur, pro venant de Tabbaye de Flavigny (Cdte-d'Or).
CROSSE, s. f. {bdUm pastoral). Après les notices étendues et savantes données sur les crosses épiscopales par M. l'abbé Barraud et le Rév. P. Artnr Martin \ nous ne pourrions fournir sur cet ustensile symbolique, appartenant aux évéques, de nouveaux renseignements. Nous renvoyons nos lecteurs à ces articles et aux nombreuses planches qui les accompagnent. Nos musées sont très-riches en crosses épiscopales de matières variées : le bois, l'ivoire, le cristal de roche, le cuivre doré et l'or même, ont été employés dans la confection de ces objets, presque toujours d'un riche travail et parfois d'un beau style *. (Voyez la partie de TOrfévrerie.)
CRUCHE, s. f, — Voy. Buire.
CUILLER, s. f. (coillierSy cuilliers). Capsule de bois, de métal ou d'os avec manche, faite pour porter les mets liquides à la bouche :
(I Cil prist li coilliers è bailla»
« Ea sa maDche une en buta.
■ Cil ki ottt li coilliers livrées^ 0 Al recoillir les ad cuntées, a Li coilliers par nombre coilli, « Et quant il a une failli, « Ases la quist (chercha) è demanda, ff E cil ki Toust, mot ne suna 3, »
La cuiller se trouve mentionnée dans les plus anciens manuscrits du moyen âge; on la voit figurée dans les vignettes dès le ix* siècle. Cet ustensile ne changea guère de forme depuis l'antiquité romaine jusqu'au xvi* siècle. On se servait, pendant le moyen âge, de cuillers destinées à divers usages. Il y avait les cuillers propres à servir les mets liquides, les cuillers-passoires, les cuillers à manger. Sur des bas-reliefs du xii* siècle, sont figurées des cuillers à pot absolument semblables aux nôtres *.
Les cuillers les plus anciennes, à l'usage de la table, sont à manche court et à capsule circulaire peu profonde. Ces objets étaient fabriqués en argent, pour les personnes riches; le vulgaire se servait de cuillers de cuivre ou d'étain, et souvent chacun portait sa
^ Mélanges <f archéologie^ t. IV.
* Yoyea aussi les Annales archéologiques et VHist, des arts industriels de M. Labarte.
* Le Ronian de Rou, vers 7036 et suiv.
< Chapiteaux de l'église abbatiale de Vézelay.
cuiller sar lui, comme on porte de nos jours un couteau de poche. Les cuillers de métal précieux sont devenues très*rares, mais il en existe beaucoup de laiton et d'étain, ou même de cuivre doré.
Les cuillers de cuisine étaient de fer, grandes et pesantes. Dans le Baman de Garin^ Bègues appelle le cuisinier et ses aides, et tous s'arment de broches, de crochets, de cuillers, pour combattre Fromoni, Isoré et les comtes de leur parti :
tt La véiuies lant graofc pestel (pilon) saisir, tf Tantes cuîUiers et tant crochet tenir, « Que il vouront desor Fromont férir *. »
La cuiller que nous donnons ici (fig. 4) a 18 centimètres de Ion-
gueur et est d'élain ; elle est de forme ancienne, c'est-à-dire sem-
> Li Romans de Garin le Loherat'n, t. II, p, 19, édit. de M. Paulin Paris, Techener,
hlable à celle des cuillers figurées dans les vignettes du xir siècle K La capsule est parfaitement circulaire et très-peu conc<ive. Voici (lîg. 2) la forme des cuillers usitées pendant le xiii* siècle ; Texemplf que nous présentons ici * est de cuivre fondu et retouché au marteau et au burin. Cet objet a 165 millimètres de longueur. En A', est tracée la section du manche sur ab. Vers le xiv* siècle, les cuillers sont garnies de manches plus courts; le cuilleron s'allonge, et le manche est façonné : l'exemple (fig. 3) • présente une de ces
cuillers dont la longueur est de ISA millimètres. Elle est de cui\Te jaune fondu, martelé et ciselé. Ces cuillers étant portées habituellement dans la poche, on en fabriqua à manche pliant. Voici (fig. 4) une de ces cuillers, qui date du xv' siècle et qui provient du musée de Cluny : elle a 126 millimètres de longueur; le manche se replie dans le cuilleron, et, quand il est développé, l'arrêt a empêche ce manche de se renverser.
< Du musée des fouilles du château de Pierrefonds. ' Idem.
3 Idem.
Chez les princes, on avait des cuillers de cuisine d'argent : c Pour rappareiller et ressouder une cuiller d'argent de cuisine... < Pour faire et forger tout de neuf une cuiller de cuisine, d'un autre € viex, dont le cuUeron estoit fendu à moitié... * » Il est fait mention
aussi, dans les inventaires, de cuillers à biberon ^ c'est-à-dire à goulot, pour verser les sauces, de cuillers-passoires, de cuillers de drageoirs ; de cuillers d'argent à trous pour passer le vin de la messe ', dont le manche est muni d'un grand anneau ; on façonnait aussi des cuillers à ymaiges, c'est-à-dire dont les manches étaient ciselés et Qguraient des animaux ou des personnages. A la fin du xv* siècle, on fabriquait beaucoup de cuillers à manches d'ivoire ou d'ébène sculptés, avec viroles et agréments d'argent. Nos musées possèdent quelques-uns de ces objets.
' Comptes d'Etienne de la Fontaine: Argent, des rots de France au xiv**ièc/e. ^ Trésor de la cathédrale de Laon, invent.