FOURCHETTE
Tou reconnaissait, du temps de Périclès, sous Auguste, comme sous saint Louis, une personne bien élevée à la façon dont elle portait les mets à sa bouche.
Dans le Roman de la Rose * , le poëte décrit avec délicatesse la contenance d'une femme bien élevée à table.
Elle doit s'asseoir la dernière,
« Et se face ung petit alendrc » ,
afin de s'assurer de la place occupée par chacun des convives ; à tous elle doit se rendre utile, découpant les viandes et distribuant le pain autour d'elle ; elle doit, avec grâce, servir celui qui doit manger en son plat (on avait alors une assiette pour deux personnes) :
(f Et bien se gart qu'ele ne moille
« Ses dois es broez jusqu'as jointes,
« Ne qu*el n'ait pas ses lèvres ointes
« De sopes, d'aulx^ ne de cbar grasse,
« Ne que trop de morsiaus n'entasse,
« Ne trop gros nés mete en sa bouche,
« Du bout des dois le morsel touche •
« Qu'el devra moiller en la sauce,
« Soit vert, ou cameline, ou jauce,
« Et sagement port sa bouchée,
« Que sus son pis (sa poitrine) goûte n'en chée
« De sope^ de savor, de poivre. »
Aujourd'hui on peut, dans tout l'Orient, voir avec quelle adresse et quelle élégance même les gens de distinction savent se servir de leurs doigts en guise de fourchette.
On ne voit apparaître les fourchettes, pour la première fois, pendant le moyen âge, que dans les inventaires des dernières années du XIII* siècle*, encore sont-elles rares. Pendant le xiv* siècle, les inventaires en mentionnent quelques-unes; mais ces ustensiles semblent destinés seulement à manger certains fruits :
c Trois furchestes d'argent pur mangier poires *. »
Ces fourchettes sont souvent pour « mangçr mures », probablement parce que ce fruit laisse sur les doigts des taches difficiles à enlever : c Une bien petite fourchette d'or, à manche tortillé, pour « mangier meures *. > f
> Partie de Jehan de Meung, fin du xui^ siècle, vers 13596 et sulv«
^ Invent d'Edouard t^' d'Angleterre^ i297,
S Invent de P. Gaveston, 1313.
* fnvenf, des ducs de Bourgogne, 1420.
[ FOUMHBTTE ] HO
Ces fourchettes, grandes ou petites, n'ont que deux fourcherons. Elles sont habituellement emmanchées de cristal, de pierre dure ou
d'ivoire, ce qui indique un ustensile de luxe. Si Ton trouve une grande quantité de cuillers de l'époque du moyen âge, les collections ne conservent qu'un très-petit nombre de fourchelfes. Nous en don-
— m — [ FOURCHETTE ]
nons ici deux exemples : une grande (fig. 1), emmanchée d'ivoire, avec virole et clous d'argent. Quant à la fourchette, elle est de métal d'alliage (argent et cuivre) *. Cette fourchette paraît appartenir au XIV* siècle. Le manche est fendu à la scie (voyez le profil A), pour loger \A soie de métal, qui prend ainsi toute la largeur de ce manche.
LrJ
La ligure 2 donne une petite fourchette de cuivre doré, grandeur d'exécution, « à manger meures » probablement •. En A, est un fragment d'une autre fourchette dont les fourcherons sont très-délicatement reliés à la tige *.
> CoUecUon des deMîns de Tauleur, provenant de la coliect. Garneray. ^ Idem.
^ Idem.