‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la renaissance (volume 2)Chapitre 7 sur 165 · BALANCES · texte numérisé non relu

BALANCES

BALANCES, s. f. On voit des balances figurées dés les premiers siècles de notre ère. Les Grecs et les Romains de l'antiquité n'employaient, pour peser, que la tige (levier) armée d'ua plateau à Tune

de ses extrémités, avec poids mobile à l'autre bout, que l'on appelle romaine. Mais, parmi les peintures récemment découvertes dans l'ancienne [basilique de Saint-Clément, à Rome, sont figurées des balances avec leurs deux plateaux.

Des manuscrits du ix'' siècle montrent des balances dans leurs vignettes, munies, comme les nôtres, de deux plateaux suspendus à trois chaînes, d'un fléau, d'un style et d'une bielle. Ces représen-

talions sont fréquentes. Au xiii' siècle, les plateaux sont souvent orlés d'un bord horizontal (fig. 1) *.

On fabriquait aussi des balances avec fléau pliant que l'on pouvait mettre dans la poche. Voici (fig. 2) une de ces balances, qui paraît dater du xiv' siècle *. Notre dessin est à moitié de l'exécution. En A est tracée la bielle, et en B le fléau, dont l'un des bras C est relevé contre le style; en D, un plateau avec bord plat. Cet objet de bronze est finement travaillé, d'un joli caractère et bien à la main. On voit encore dans les marchés des villes du Midi des balances à fléau pliant, que les femmes mettent dans leur poche après avoir décroché les deux plateaux.

BARIL, s. m. {barris ^ barisiaux). Petits tonneaux faits habituellement de bois précieux : t Barisiaux de ciprès • » . Les barilliers formaient une corporation à Paris, et ne pouvaient employer que certaines qualités de bois, savoir : le cœur de chêne, le poirier, l'alisier et l'érable; ils façonnaient aussi les barils en bois de senteur*.

On faisait encore des barillets d'ivoire : t Quatre barils de ivoir gamy de laton • » ; d'argent, que l'on plaçait sur les buffets et dressoirs pendant les repas, et qui contenaient des liqueurs, des eaux de senteur, de la moutarde : « A Guillaume Arode, orfèvre, pour avoir € rappareillé et mis à point un baril d'argent à mettre moustarde, € pour le Roy, pour ce — xii s. p. * »; des sauces froides, condiments : — € Deux barils d'argent blanc, à mettre saulces, fermant € à clef, pesant xvii marcs '. » Ces barils de buffets étaient parfois richement ornés et portés par des figurines : « Un baril de bois, € tout à œuvre de Damas, ouvré d'argent doré, dont les deux fons c sont d'yvoire à ymaiges enlevées, séant sur quatre angelz d'yvoire € chacun tenant un doublet, et y a une ceinture azurée clouée de « doux de semblable œuvre— xxiv liv. t. *. » — Ces sortes de barils s'ouvraient par l'un des bouts ou étaient munis d'un petit robinet. Il y avait aussi des barils que l'on transportait au moyen d'une courroie, sur les épaules ou sous le bras. Les rehgieux quêteurs

1 Mu. Apocalypiey Biblioth. impér., n? 7013, fonds français. ^ youflies du château impérial dB Pierrefonds, musée du château. ' Invent. (T Artois, 1313.

* Uvre des mestiers d'Etienne Boiieau.

5 Invent, de Pierre Gaveston.

* Comptes royaux.

' Idem.

* Invent, du duc de Bernj, xiv® siècle.

s'en allaient avec des barils sur l'épaule, demander du vin ou de l'huile (fig. !)•.

Chez les grands, la charge de barillier était importante. Le duc de Bourgogne (Charles le Hardi), écrit Olivier de la Marche, « a deux € barilliers, lesquels doivent livrer l'eaue au sommelier pour la

« bouche du prince, et avoir le soing des barils que l'on porte en « la salle pour la grande despense. » (Il y avait beaucoup d'ordre dans la maison des ducs de Bourgogne.) « Et aussi doivent-ils € mettre en escript les quarts de vin (barils) qui se donnent par «jour et despensent, noter ceux lesquels sont hors d'ordonnance « (qui ne sont pas de mesure), les crues (fournitures) qui se font, € à quoy, qui et comment, et aussi combien, pour les bailler au « sommelier, afin d'en rendre compte au bureau, et dessoubs eux « (les deux barilliers) a (il y a) deux porte-barils, qui doivent porter « les barils du commun de l'eschansonnerie en la salle. Et en la cave « doit avoir un portier, afin que nul homme n'entre où est le vin « du prince, sans estre cognu, ou par congé'. » Les barils de table, de bois, posés pendant les repas, sur les crédences et buffets, étaient maintenus par des supports de cuivre, d'argent ou de vermeil, et ceux des princes étaient fermés par un cadenas. L'officier (échanson) chargé de faire l'essai avait la clef de ce cadenas. La figure 2 présente un de ces barils avec son support', consistant en deux figurines de hoiteux portant deux crochets A sur lesquels

1 Manuscr. anc. fonds Saint-Germain, n<* 37, Biblioth. impér.

2 Olivier de la Marche, État de la maison du duc de Bourgogne {Coll. des mémoires), * Inveni, de Charles V,

le sommelier dépose le baril. Le moraillon B du oadenas fermait la bonde ; il a été ouvert, et un robinet a remplacé cette bonde. Les figurines sont fixées sur un plateau à rebord, afin (Jue le liquide ne puisse égoutter sur la table de la crédence. Un gobelet est placé sous le robinet, prêt à être rempli. Ce n'est qu'au xvf siècle que l'on a commencé à placer sur les tables à manger des flacons con-

tenant les boissons; jusqu'alors, chez les personnes riches et les grands, les convives passaient leurs gobelets aux échansons, valets ou pages, qui étaient chargés de les rapporter pleins (voyez Coupe, Gobelet, Hanap). A l'article Table du Dictionnaire du mobilier ^ on voit un repas pendant lequel les convives, suivant l'antique usage des Germains, boivent en dehors de la table. Ce n'étaient donc pas des bouteilles que Ton apportait pour les repas, mais des tonneaux, pendant l'époque primitive de la conquête des peuples du Nord, et plus tard, quand les mœurs s'adoucirent, des barils. Au lieu

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