Tome I
£. CL'/LÙML'VOr,
de poser ces barils à terre, on les mit sur des crédences, puis sur des supports, pour, faciliter le service, et Ton fabriqua ces objets avec des matières plus ou moins précieuses.
On donnait aussi le nom de barisiaux ou barillets à de petites boites cylindriques avec couvercle, fermant à clef, faites d'ivoire ou de bois précieux, montées en argent. Ces boîtes servaient à renfermer des psfffums, des épices rares. On en trouve encore quelquesunes dans nos musées, d'une époque assez ancienne. Ces objets paraissent avoir été, dans l'origine, fabriqués en Orient, car il en existe quelques-uns qui sont évidemment dus à des artisans d'outremer. Le trésor de la cathédrale de Narbonne possède un de ces barillets d'ivoire avec une inscription arabe, qui parait dater du XIII* siècle.
Voici (fig. 3) un barillet de fabrication française du commencement du XIII* siècle *. Les cylindres de la boîte et du couvercle sont tournés; le fond et le dessus rapportés, ainsi que l'indique le détail (profil A). Les montures sont d'argent. La boite de la serrure à moraillon est faite de même métal et très-finement gravée (voy. le détail B). En D est donné le détail de l'attache de la charnière. Ce barillet a 0",105 de hauteur sur O",!! de diamètre. Il porte sur trois pieds d'argent maintenus au fond par des rivets.
BASSIN, s. m. (bacifiy bachin). Il y avait plusieurs sortes de bassins : les bassins d laver avant et après le repas ; les bassins de toilette; les bassins à barbe; les bassins des offrandes^ à l'église, ou de mariage; les bassins à puiser de Veau; les bassins magiques et les bassins à lampes. La forme de ces diverses sortes de bassins se rapproche toujours de celle d'une large capsule.
Les bassins à laver sont habituellement doubles ou accompagnés de leur aiguière (voyez ce mot), et ces ustensiles apparaissent dès la plus haute antiquité. Les sculptures et peintures de l'Egypte montrent des bassins à laver avec leur vase propre à contenir de l'eau. On en voit figurés sur les bas-reliefs de l'antiquité grecque et sur les peintures de leurs poteries. Les vignettes des manuscrits grecs des premiers siècles du christianisme indiquent la continuité de l'emploi de cet ustensile. Le beau psautier de la Bibliothèque impériale, qui date de la fin du ix* siècle *, dans la vignette qui représente la maladie d'Ezéchias, reproduit un de ces bassins à aiguière d'une
> De la eollectioa de M. Àrondel.
> Comment, des Pères de l'Église grecque sur les Psaumes, n« 189.
composition remarquable (fig. 1). Cet objet paraît être de terre cuite, le bassin à laver est muni d'un goulot qui sert en même temps de manche, de manière à pouvoir vider le contenu dans un évier, sans avoir à craindre les éclaboussures. Ces goulots (biberons) se retrou-
vent adaptés à des bassins destinés à cet usage, pendant toute la période du moyen âge. En effet, on voit encore dans nos musées * des bassins doubles (gémillons) qui datent des xii* etxiii' siècles, dont l'un est muni d'un orifice latéral. Tel est le célèbre bassin trouvé près de Soissons, et qui fait partie de la collection de la Bibliothèque impériale (fig. 2). Ce bassin est de cuivre rouge avec émaux champlevés. Les fonds sont bleus et les figures, qui représentent des joueurs d'instruments, se détachent en or sur ces fonds. Le goulot de vidange est en forme de tête de dragon^. Les inventaires des trésors
^ Notamment au musée du Louvre^ au musée de Cluny.
' Notre fij^e est au quart de l'exécution. Ce bassin devait avoir son double, sans orifice, ainsi que la plupart des bassins à laver, désignés souvent, dans les inventaires, tous le nom de gémillons. Nous engageons nos lecteurs à recourir à Tarticle de M. Daroel. sur les bassins émaiilés, inséré dans les Annales archéoL de Dîdron (t. XXI, p. 190), qui donne la copie exacte d'un de ces bassins émaiilés, avec écus armoyés, provenant du trésor de Tabbaye de Conques. Ce même article reproduit une vignette d'un manuscrit du xui* siècle, de la Bibliothèque impériale (fonds Saint-Germain, latin, n^ 37), fui représente Pilate se lavant les mains; un serviteur se sert des deux plats. Nous rendons compte plus loin de cet usage.
des princes mentionnent un grand nombre de ces bassins d'argent et même d'or. DomVaissette rapporte* que Sisenand, l'un des principaux chefs des Wisigoths, demandant des secours à Dagobert, lui offirit, au prix de ce service, un riche bassin d'or qui était conservé
dans le trésor de la couronne. Plus tard les Wisigoths, n'ayant pas voulu souffrir que cet objet passât en des mains étrangères, le rachetèrent 200 000 sols d'or, et ce serait avec cette somme que Dagobert aurait fait élever l'église de Saint-Denis. Si l'histoire est vraie, ce bassin était un cratère de plusieurs mètres de circonférence. Aussi ne garantissons-nous pas le fait, malgré tout ce que l'on sait de la richesse du trésor des souverains wisigoths.
Dans l'inventaire du duc d'Anjou, dressé vers 1365, on ne compte pas moins de soixante grands bassins d'argent et de vermeil, parmi lesquels plusieurs sont émaillés et munis de biberons^ c'est-à-dire de goulots. Ces bassins sont généralement désignés sous le titre de bassins à laver sur table, c Deux bacins d'argent, dorez dedenz et € dehors, ensizelez les hors de menuz feuillages, et ou fons de chas- € cun a un esmail ront d'azur sur lequel a .ii. papegaux (perroquets) € vers, qui s'entreregardent, et tient chascun en son bec une longue
> Hist. du Languedoc, 1. 1, p. 252.
« feuille vert, et dessure leur testes a un serpent volant. Et en Tun « d'iceux bacins a un biberon qui est d'une teste, et poisent en tout « XI mars*. »
Nos musées possèdent un grand nombre de bassins de vermeil, d'argent blanc ou d'étain, qui datent du xvi* siècle. Plusieurs sont d'un travail excellent et habituellement accompagnés de leur aiguière. Voici un de ces objets, datant de la fin du xv* siècle (f.g.3)«.
A l'occasion de certaines cérémonies, ou pour donner à laver à table à de grands personnî^es, on devait donc se servir de deux bassins, Tùn couvrant l'autre. Celui de dessous était seul muni d'un goulot et contenait l'eau à laver, dans laquelle on jetait des essences, de l'eau de rose, etc. Au moment du lavement des mains, « le maîstre « d'hostel appelle l'eschanson et abandonne la table et va au buffet « et treuve les bacins couverts que le sommelier a apportés et « apprestés, il les prend et baille l'essay de l'eauë au sommelier i (c'est-à-dire fait reconnaître par le sommelier, dont c'est la charge, si l'eau est préparée comme il convient), € et s'agenouille devant a le prince, et lève le bacin qu'il tient de là main senestre, et verse
* Inventaire du duc d* Anjou, S Tapisserie de Nancy.
c dé Teau de l'autre bacin sur le bord d'iceluy, et en fait créance et « essay, donne à laver de Tun des bacins et reçoit Teauë en Tautre € bacin, et sans recouvrir les dits bacins, les rend au sommelier' . »
Cette description explique clairement l'usage de ces bassins doubles si fréquemment relatés dans les inventaires. Dans ce cas, il n'était pas besoin d'aiguière. L'eau aromatisée était préparée dans l'un des
' Olmer de la Marche, État de la maison de Charles le Hardy. (Coll. des mémoires, Miehaad^ Povgoulat, U HI^ p. 588)
bassins muni d'un goulot, l'autre bassin était placé sur celui-ci. L'échanson prenait de sa main droite le bassin du dessous, contenant l'eau, de la gauche il enlevait le bassin du dessus et versait l'eau du premier bassin dans le second par le goulot, sur les mains du personnage auquel on donnait à laver; l'opération achevée, il passait au sommelier les deux bassins (fig. A). Ainsi peut-on se rendre un compte exact de l'utilité de ces goulots (biberons) dont étaient munis certains bassins.
Ce cérémonial n'était adopté que pour les princes. L'officier donnait à laver aux autres personnes en versant de l'eau d'une aiguière qu'il tenait de la main droite, sur leurs doigts; cette eau tombait dans le bassin qu'il soutenait de la main gauche.
Dans les inventaires, d'autres bassins sont mentionnés « pour chaul'ouère » . Ils sont plats et servaient de réchauds, au moyen d'un double fond que l'on remplissait de cendre chaude.
Les bassins de toilette « à laver la teste » étaient plus creux que ceux à laver sur table: ils étaient grands, fabriqués en argent ou en
cuivre, et munis d'un goulot. Lisses par dedans pour pouvoir être facilement rincés et ne pas retenir le savon, leur dehors était parfois orné de gravures ; mais leur dimension ne permettait pas de les
émailler. Ces bassins étaient posés à terre sur des nattes, et l'on se lavait à genoux, non-seulement la tête, mais le haut du corps (fig. 5) * . « Un bacin crois (creux), d'argent tout blanc (uni) à laver la teste, et poise XI mars vu onces*. »
Les bassins à puiser étaient quelquefois munis d'anses ou d'oreilles (voy. ÉcuELLE, Puisette). Quant aux bassins à lampes, ils étaient placés sous les petites lampes qui garnissaient les lustres, pour que Thuile ne pût tomber sur le sol en cas de fuite (voy. Lampe). On en voit encore attachés à quelques couronnes de lumières.
Les bassins magiques sei'vaient aux sorciers à prédire l'avenir, comme aujourd'hui encore un vase rempli d'eau sert aux charlatans qui courent les campagnes, à faire retrouver les objets perdus.
BÉNITIER, s. m. {orzuel^ ourcely benoisliery embenoistier). Vase habituellement de métal, avec anse, propre à contenir l'eau bénite.
Un goupillon est toujours joint au bénitier. Les plus anciens bénitiers sont façonnés en forme de seau :
r Le guipellon avant porta
I Que en l'orzuel primes molla ^. a
« Ourcel avec l'esperget (goupillon)*. »
« Pour refaire l'aspergés d'un embenoistier d'argent ^ »
La figure 1 montre un de ces bénitiers qui ne sont que des seaux
' Ménagier de Paris.
^ Invent, du duc d'Anjou.
* Roman du mont Saint-'Michel, xiii* siècle.
* Invent, d* Artois, iZiZ.
* Invent, de r argent, des rois de France, xiv* siècle.
[ BÉNITIER j — 3à —
en cône tronqué* ; la figure 2, un autre bénitier qui ne pouvait être posé que sur un trépied lorsqu'on ne le tenait pas à la main*.
Cette forme de bénitiers persista longtemps ; ils étaient souvent fabriqués en métaux précieux repoussés, ou même creusés dans des pierres dures ou dans un tronçon d'ivoire. Le trésor de la cathédrale de Milan conserve un de ces derniers bénitiers, qui date du
XI® siècle et qui est d'un beau style. Ce seau d'ivoire porte O^jlO de hauteur sur 0'",12 de diamètre au bord supérieur et 0'",09 à la base. Les figures de la Vierge et des quatre évangélistes décorent son pourtour en plat relief; une anse de métal richement ciselée et maintenue par deux muiles de lion sert à porter ce vase, très-bien reproduit dans les tomes XVI et XVII des Annales archéologiques de Didron. Le trésor de la cathédrale de Lyon possède également un bénitier d'ivoire dû à l'art itahen. Mais le plus ancien de ces seaux se trouve dans le trésor d'Aix-la-Chapelle; on croit qu'il date du ix' siècle, et cela est possible. Taillé de même dans un morceau d'ivoire, il est décoré de cabochons et d'arcatures que remplissent des personnages armés, des princes et des évêques * .
Le trésor de Saint-Marc de Venise possède encore un bénitier d'une époq^ue très-ancienne, taillé dans un grenat. Il est donc certain que l'Eglise considérait ces vases comme très-précieux dès les premiers siècles, et qu'ils étaient, relativement à ceux en usage depuis le XV* siècle, de petite dimension. Voici (fig. 3) un bénitier de cuivre repoussé*, d'un très-beau style, et qui nous paraît dater, si l'on tient compte des procédés de fabrication, de la fin du xV siècle.
' Manuscr. Biblioth. impér., anc. fonds Saint-Germain, n** 37^ xnx^ siècle.
* Manuscr. Biblia sacra, Bibliolh. impér., anc. fonds Saint-Germain, latin, n° 1191, xm« siècle.
* VoyeZj dans les Annales nrchéol.y t. XVII, p. 139, rarlicle de M. DarceU
* Du cabinet de Tautenr.
Celte forme se retrouve assez fréquemment dans les vignettes, les
peintures et les vitraux de cette époque; le pied est soudé à Tétain
au-dessous de la bague perlée inférieure. Quant au collet d'oves
supérieur, il est pris sous l'orle retourné et battu de la gorge. Les attaches de Tanse sont rivées et cette anse est fondue. Le goupillon G est copié sur un de ces objets sculpté sur un bas-relief du portail nord de la cathédrale de Reims.
Un de ces bas-reliefs, qui représente le baptême de Clovis, montre un bénitier en forme de seau, mais à galbe courbé avec ceintures (fig. A), d'un profil gracieux. Ce bas-relief date de 1230 environ.
€.caiLL/y.A,'Ci.
Voici (fig. 5) un de ces bénitiers en forme de seau , coulé en bronze, et qui date duxv* siècle. La ceinture supérieure est décorée d'une inscription. La hauteur de ce vase est de O^jlO.
Au xiv* siècle, on fabriquait des bénitiers fort riches par la matière et le travail :
« Pour i. eaubenoitier avec Vespergès de cristal assiz sur 3 pieds d'argent dorez, pesant 6 mars 5 esterlins.... ' »
> Invent, de V argent, des rois de France dressé en 1353, publ. par la Soc. de VHist. de France, Douël D*Arcq.