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pleines et épaisses se détachent des tigelles, des ornements d'une extrême ténuilé. En pareil cas, il arrive que les parties délicates refroidissant beaucoup plus vite que les parties épaisses , il y a des retraits inégaux, et, par suite, des solutions de continuité dans la fonte. Le chandelier du Mans, que notre insouciance pour les objets qui ont une importance sérieuse et pratique a laissé passer en Angleterre, lors de la vente du prince Soltykoff, est, sous le rapport des procédés matériels, indépendamment de sa valeur comme art, une œuvre prodigieuse. La ciselure ajoute, il est vrai, de la finesse à la fonte; mais celle-ci, visible cependant partout, est d'une déliciitesse dont rien ne peut donaer l'idée : et cette pièce n'est pas la seule. Nous avons vu des fragments de chandeliers, des bagues de crusse, des chaufferettes à mains, des débris de fines clôtures, qui sont, comme fonte, supérieurs à ce que l'Occident a pu produire depuis lors, malgré les ressources apportées par les perfectionnements modernes. Il est évident que les artistes mettaient à ces ouvrages le temps nécessaire, et qu'aujourd hui c'est sur le temps qu'on cherche à économiser.
Nos musées, à défaut de grandes pièces qui, toutes, ont été fondues à la fin du siècle der-
nier, et même avant cette époque (car les chapitres et les abbayes ont détruit bon nombre de ces objets pour faire faire des ornements nouveaux *), possèdent une assez grande quantité de pièces de fonte arrachées à des châsses ou des meubles.
Ces fragments suffisent à donner l'idée de l'art du fondeur appliqué à l'orfèvrerie pendant le moyen âge. Nous allons en présenter <|uelques-uns.
La (igure 12 est une des pièces de fonte qui décorent les coins de la couverture de la Bible de Souvigny*. La ciselure est venue ajouter
' On met sur le comple de la révolulion toutes les destructions. Certes on détruisit, à celte énoque, bon nombre d'objets inestimables ; mais ce n'est pas la révolution qui eommença rœuvre du vandalisme, elle était fort avancée à la fin du dernier siècle.
' Musée de la ville de Moulins.
quelques (inesses à cette pièce délicate, notamment pour figurer las poils et la ceinture de la Chimère. Les écoinçons sont gravés avec une rare précision. Notre dessin est de la grandeur de la plaque, dont le profil est tracé en A. Cet objet date du xii*" siècle. La figure 13 est une des trois parties du pied de la croix orientale qui apparlienl
aux religieuses de Nulre-Daine, à Naniur, et «jui provient de l'ancienne abbaye d'Ognics, située près de cette ville. La croix de vermeil est évidemment do Tabrication orientale ; elle fut montée à la fin du xii'' siècle, ou au commencement du xiii'' siècle, sur un pied fondu d'un beau travail, dont notre gravure donne un fragment *. La ciselure lie fait ici que raviver les détails ; elle est plutôt un burinage (ju'une relouche de la fonte. Or, il faut une main sûre et du goûl pour pouvoir ainsi retoucher de la fonte : c'est là un travail d'artislc que les ouvriers de celte époque exécutaient avec autant d'adresse que de sentiment '^, Le nmsée de Cluny conserve quelques beaux morceaux de fonte d'orfèvrerie. Celui que nous donnons ici (fig. 14)*, et qui représente la création d'Adam, est d'une légèreté de fonte peu commune et d'un assez beau style.. Le burin est inter-
ï Voyez, pour l'ensemble de cet objet, les Annales archéologiques, t. V, p. 318.
'^ La gravure est aux deux tiers de Texécution.
3 Grandeur d'exécution, iV* 977 du CnUaloguc (commencement du xiil^ siècle).
venu sur quelques points, notamment pour tracer les détails des arbres et Tinseription: postea factus homo qui dominetur eis. Ces trois derniers objets étaient dorés. Le premier et le dernier seulement appartiennent à la fabrication de Limoges ^ ; quant à celui provenant de l'abbaye d'Ognies, il appartient évidemment à la fabrica-
tion rhénane. Ces trois pièces sont d'ailleurs fondues sur cire perdue, et ne présentent, bien entendu, aucune trace de soudure. Mais les orfèvres ne se bornaient pas à la fabrication de ces objets plats, ne présentant qu'une face vue. Sur cire perdue, ils obtenaient des fontes ronde bosse et très-ouvragées. Sans parler du chandelier du Mans, qui, comme œuvre de fonte, est une merveille, il y avait à Limoges, à Arras, à Dinant, des fondeurs très-habiles, même lorsqu'il ne s'agissait pas de pièces exceptionnelles. Les dinanderîes , c'est-à-dire les objets de cuivre fabriqués à Dinant, étaient fort estimées, notamment comme fontes. Nous donnons comme exemple de cette fabrication du Nord le pied d'un chandelier pascal (fig. 15) qui appartient à l'église de Postel et qui date de la fin du xif siècle. Cette fonte est remarquablement pure et n'est que très-peu burinée. Ce pied est
1 Les yeux des deux personnages de la figure iH sont incrustés. Ce sont de petites boules de verre noir.