‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la renaissance (volume 2)Chapitre 80 sur 165 · II · texte numérisé non relu

II

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d'une pièce jusqu'à la bague A. Les rinceaux sont ajourés et d'un travail gras, quoique fin. Les ornements, sur les dos des dragons, sont venus à la fonte. Mais bientôt les orfèvres renoncèrent à ces

pièces coulées, qui, pour venir d'un jet, demandaient beaucoup de soins et de temps, et employèrent les soudures avec beaucoup d'intelligence et d'adresse, de manière à masquer la soudure dans la

composition. Ainsi on voit au musée de Gluny une colonnette de cuivre doré, provenant d'une châsse probablement, qui, sous le

e.cmLPCMor.

rapport de la fabrication, est un des objets les plus intéressants qu'on puisse étudier. Le chapiteau de cette colonnette (fig. 16) » se

1 La gravure est de la grandeur de Toriginal.

compose d'une corbeille fondue, dont le galbe est donné en A. Sur cette corbeille sont soudés des crochets fondus séparément. Les crochets du rang inférieur cachent l'extrémité soudée de ceux du rang supérieur, et des folioles, sur Tastragale, soudées par derrière, cachent l'extrémité soudée de ces crochets inférieurs. Quant au fut de la colonne, il est obtenu au moyen d'une feuille très-mince de cuivre étampée, appliquée sur une àme tabulaire de cuivre et soudée par derrièi*e (voy. en B), là où cette colonnette s'appliquait au fond de la châsse. Ainsi la soudure n'apparaissait-elle sur aucun point, et la dorure pouvait être franche et égale. Chaque crochet feuillu de ce chapiteau est fondu à part, sans retouches et d'une extrême pureté. On ne comprend guère — ces crochets n'éttinl pas de dépouille — comment on aurait pu battre des pièces pour les obtenir sur un modèle : aussi pensons-nous qu'ils ont, chacun, été fondus sur cire perdue. En G, est figuré un des crochets supérieurs détaché; en D, l'ornement étampé du fût, au double de- l'exécution. Celle colonnette date du milieu du xiii'' siècle.

On se tromperait si Ton pensait que la fabrication de l'orfèvrerie ait perfectionné ses moyens à dater de cette époque : c'est le contraire qui se voit. Certes, on trouve des pièces d'orfèvrerie des XIV* et XV' siècles qui présentent plus de régularité dans rcxéculion que celles d'une époque antérieure; mais, de fait, cette exécution est moins belle, moins empreinte d'originalité. Le métier se substitue au travail de l'artiste, la richesse au goût.

Revenons aux pièces d'orfèvrerie composées de pièces rapportées.

Nous avons vu comment on décorait, au xii' siècle, des parties unies de métal, or ou cuivre, au moyen de fih'granes soudés, de filets granulés. Ce procédé fut perfectionné encore au coramencemenl du xiif siècle. Au lieu de souder en plein, ou de poser sur un fond plat des enroulements composés de fils de métal, se détachant à peine de ces dessous unis , les orfèvres chercliaient à donner à ce genre d'ornementation plus de vie et d'éclat, en posant sur des fonds des enroulements très-modelés et saillants, composés de plusieurs fils granulés soudés ensemble. La belle croix du musée de Cluny \ à double branche, est un des plus précieux spécimens de ce genre de fabrication usité au commencement du xiii'' siècle. La figure 17 donne le milieu de cette croix qui sert de reliquaire ^. Les enroulements ne sont soudés au fond qu'à leur souche, s'en détachent en

1 N<^ 3120 du Calalogue, provenant de la cqllecUon SoltykoflT. * Grandeur d'exécution.

manière de spirales pour s'élever jusqu'à 7 ou 8 miilimèlres audessus de ce fond. Des pierres embâtées sont semées au milieu (le ces légers ornements formés de .deux ou trois fils métalliques granulés, avec gouttelettes aux extrémités. On ne saurait trouver une décoration plus riche et de meilleur goût. En A, est tracé le profil de

cet ornement. On faisait ainsi des bijoux, des agrafes, des plaques de ceinture et de baudrier, qui s'alliaient merveilleusement avec les reflets de la soie, du velours et des étoffes brochées. On ne croyait pas, en eflet, que tous les bijoux pussent être portés indifféremment avec tel ou tel habit. Les bijoux émaillés étaient plus spécialement destinés aux vêtements sacerdotaux ou aux grands habits de cérémonie : manteaux et chapes. Ces bijoux émaillés cloisonnés étaient nécessairement d'une assez grande dimension, étaient plats, prenaient par conséquent de larges reflets qui eussent produit un mauvais effet avec des habits de soie ou d'étoffes fines. Il fallait sur ces vêtements des bijoux d'un travail délicat, multipliant les surfaces brillantes, rappelant les broderies. Malheureusement il ne nous reste qu'un très-petit nombre de ces charmants bijoux de toilette. Il en existe plusieurs au Musée Britannique et dans quelques collections particulières de l'Angleterre. Le musée de Cluny n'en possède pas ijui s jient antérieurs à la fin du xv*" siècle. Nous en avons eu quel-

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ques-uns entre les mains dans des ventes, à une époque où ces bijoux n'avaient pas acquis la valeur qu'on leur accorde aujourd'hui * ; ainsi nous avons pu en conserver des dessins trop rares, mais qui donnent des spécimens de cette fabrication de la fine orfèvrerie du xiii'' siècle. Parmi cos bijoux, nous citerons une ap^rafe ou aficlie

d'or, d'un travail analogue à celui de la croix du musée de Gluny, mais beaucoup plus fin. Cette agrafe est circulaire, se compose d'unorle, avec enroulements granulés, dans lesquels passent des figures représentant une chasse. Au centre est un saphir entouré de spirales terminées par une fleurette. La figure 18 donne la copie de ce bijou, grandeur d'exécution *. Le Musée. Britannique possède une agrafe analogue à celle-ci, et qui date également de la première moitié du xiii" siècle.

Vers le milieu de ce siècle, on fabriqua un grand nombre de châsses, de coiTrets et menus meubles par le procédé des lames d'or, d'argent ou do cuivre, étampées et gravées. Ce procédé était

1 n est peu d'objets du moyen âge ayant quelque valeur qui aujourd'hui ne sment connus et catalogués. On les voit paraître dans des ventes célèbres, et Ton sait où Os sont placés. Mais, il y a vingt-cinq à trente ans, le nombre des amateurs n'était pas assez nombreux pour que l'attention suivit ainsi ces objets précieux. A cetle époque, beaucoup passèrent en Russie, où il existe quelques collections remarquables, connues seulement de quelques voyageurs occidentaux.

^ Dessin faisant pallie du cabinet de l'auteur. Ce bijou fut vendu en 1835 coaune provenant du cabinet de la duchesse de Berry.

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rapide et perinetlait d'obtenir une richesse apparente de travail à peu de frais. Alors le goût nouveau exigeait la réfection des objets servant au culte, et plus encore de ceux destinés aux usages civils. Beaucoup de ces lourdes châsses romanes des premiers siècles furent refaites, et l'on ne conserva guère dans les trésors des églises que celles dont le travail était hors ligne ou qui étaient en trop grande vénération pour qu'on osât y toucher. En orfèvrerie, comine en architecture, il y eut, entre les années 1210 et 1240, une rénovation des anciennes formes. Toutefois les procédés de fabrication usités au xir siècle ne changèrent pas; mais, voulant obtenir une exécution plus rapide, parmi ces procédés, on choisit les plus simples. L'étampage au moyen de matrices, la fonte et la gravure, permettaient en effet de façonner rapidement de grandes pièces. Il faut dire que ces fontçs , ces étampages et gravures sont d'une admirable pureté d'exécution ; et si hâtive ou économique que fût la fabrication, jamais elle ne s'abaissa au degré de banalité et de grossièreté où on la vit descendre à dater du xvr siècle. L'organisation des maîtrises ne permettait pas l'aviUssement de la main-d'œuvre, et il fallait que les objets sortis des ateliers des maîtres remplissent certaines conditions d'exécution dont il n'était pas permis de s'affranchir. Ces ateliers possédaient d'ailleurs des matrices d'un style excellent, gravées avec le plus grand soin, et il n'en coûtait pas davantage de frapper des feuilles de métal à l'aide de ces matrices. Si bien que les objets les plus ordinaires reproduisaient des types charmants, qui, loin de fausser le goût du public, ne lui montraient au contraire que des formes d'art parfaites. Depuis lexvii* siècle; depuis que, par suite dû plus funeste de tous les systèmes en fait d'art, on a inauguré en France l'art des classes élevées, de l'aristocratie, à côté de la fabrication de luxe il n'y a plus eu que barbarie et grossièreté. Ce qui nous charme dans les objets meubles laissés par le moyen âge, c'est qu'ils sont faits, comme ceux de l'antiquité grecque, non pour une classe privilégiée , mais pour tout le monde , qu'ils élèvent l'esprit du pauvre comme ils charment les yeux du riche. Et si, aujourd'hui , on veut sérieusement instruire les classes inférieures, trop oubliées pendant les trois derniers siècles , il faudrait commencer par ne leur montrer que des objets bien conçus et d'une forme belle. Nos démocrates aujourd'hui songent, il est vrai, à bien autre chose ; ils dédaignent habituellement les choses d'art, ou ne pensent pas qu'elles soient faites pour le peuple: ce sont toujours pour eux des objets de luxe, car ils ne croient pas que lart puisse se loger ailleurs que dans les palais. L'art, au contraire, est une des

consolations du pauvre , c'est pour cela qu'il est bon de lui en donner le goût. Dans les journées de nos révolutions populaires, nous avons fait celte triste observation, que la multitude n'avait qu'un moyen de jouir des choses d'art, c'est de les détruire. N'étant pas faites pour elle, un secret instinct d'envie la pousse à les briser. C'est encore là une des conséquences de l'héritage laissé à la France par le grand siècle. Le grand siècle a fait de l'art un aristocrate : or, le peuple voit en lui un ennemi. Ce n'était pas ainsi que le moyen âge, ce moyen âge barbare et oppresseur, considérait l'art. Il ne lavait pas relégué dans des Académies ; il vivait dans la cité, il circulait dans les ateliers des corporations, appartenait à tous, et pouvait à tous procurer des satisfactions élevées. Les cathédrales n'étaient-elles pas une page d'art pour la multitude? n'étaient-elles pas la glorification de toutes les branches de l'art ?

Tous ne peuvent posséder de la vaisselle plate, des bijoux d'or ornés de pierreries, des meubles de bois précieux et des vêtements de velours, mais tous peuvent avoir, si modeste que soit la fortune, des objets revêtus d'une forme distinguée, dans la fabrication desquels l'art a pris une place. Il n'en coûte pas plus de donner au vase de teri^e une belle forme, au meuble de bois commun, une structure convenable en raison de son usage, au pot d'étain ou de cuivre, des ornements d'un goût aussi pur qu'au pot d'argent ou de venneil. L'art est indépendant du luxe ; il n'en est pas l'esclave, mais plutôt le maître. Si de nos jours les classes qui ne peuvent se donner les jouissances que procure le luxe, n'ont qu'une idée très-peu développée de la valeur réelle de l'art, les personnes riches ont si bien fait de l'art et du luxe une seule et même chose, elles ont si bien confondu dans leur esprit ces deux jouissances, qu'elles demeurent insensibles aux expressions de l'art en dehors du luxe. Nous disions que nous avions vu détruire des objets d'art par des malheureux qui ne voyaient dans ces objets qu'une manifestation de la richesse ; aussi avons-nous vu plus souvent encore des personnes du monde entièrement insensibles à des formes d'art recouvrant des matières communes. Tel amateur. qui se pâmera d'aise en face d'un vase de cristal de roche monté en or, d'une forme disgracieuse, passera devant un vase athénien de terre cuite, sans y prêter attention, à moins toutefois qu'on ne lui dise que ce vase a été payé 20 000 fr.

Nos orfèvres du xiii" siècle tenaient donc, même lorsqu'ils fabriquaient des objets ordinaires par des moyens économiques, à décorer ces objets de telle façon qu'on y trouvât autant d'art que dans le plus riche joyau. Les moules, les matrices qu'ils possédaient dans

leurs ateliers servaient à fabriquer les ustensiles du pauvre comme ceux du riche, à façonner le cuivre aussi bien que l'or et TargentrOn

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pourrait présenter une intéressante collection de ces plaques étampées à l'aide de matrices gravées avec un goût parfait. Nous nous bornons à en donner quelques exemples, ligure Î9 *.

1 L'ornement A provient de la châsse de saint Taurin d'Évreux (milieu du xiii* siècle) ;

Mais les matrices ne servaient pas seulement à étampcr des plaques courantes. Avec ces poinçons, les orfèvres frappaient de menus ornements, des feuilles, des fleurs ; puis le compositeur disposait ces pièces séparées pour en former des rinceaux, des bouquets, des crêtes, des tympans, au moyen de la soudure. C'est à dater de 1230 environ, que ce mode de fabrication prend un grand développement; jusqu'alors les poinçons ne frappaient guère que des objets très-délicats et petits, employés dans la bijouterie ou dans l'orfèvrerie la plus fine; des fleurettes, des folioles de quelques millimètres de longueur. Au milieu du xiir siècle, les artisans appliquent ce procédé à la grande orfèvrerie. On comprendra aisément quelle variété d'ornements permettait ce mode de fabrication. Avec une demi-douzaine de feuilles et de fleurs on pouvait composer un nombre infini de frises, de chapiteaux, de rinceaux, de crêtes. La figure 20 donne un certain nombre de ces ornements obtenus par l'arrangement de feuilles, de tigelles, de fleurs frappées séparément et soudées *. Encore fallait-il que les ouvriers orfèvres sussent composer, ou tout au moins interpréter un dessin d'ensembb ; qu'ils fussent eux-mêmes dessinateurs assez exercés pour donner le tour convenable à ces réunions de pièces frappées séparément. Ils y mettaient évidemment du leur, car on ne leur donnait pas le dessin de toute une frise, les tracés de toutes les parties d'une châsse, d'un meuble; or, jamais l'ornementation ne se répète exactement. S'il y a dix tympans, dix chapiteaux dans une chasse, chacun de ces ornements donne un dessin qui diflere par les détails. Un thème donné, l'ouvrier le variait suivant son goût, et ce goût est délicat. Nous avons la preuve du mérite individuel de ces artisans dans les nombreuses gravures sur métal que nous montre l'ancienne orfèvrerie.

La gravure était un des moyens économiques de décorer les feuilles de métal entrant dans la composition des pièces d'orfèvrerie. Mais la gravure n'est pas, comme l'étampage, un procédé mécanique.

l'ornement B, de la châsse de sainl Julien de Jouarre (première moitié du xni* siècle) ; rornementCi d'un reliquaire du milieu du xiu° siècle; l'ornement D^ du musée deCluny (xiv* siècle) ; rornement E, d'une croix du xv" siècle (cabinet de rauteur). Tous ces ornements sont frappés sur feuilles de cuivre très-minces.

> L'ornement  provient de la châsse de saint Taurin d'Êvreux ; l*ornemont B^ de la châsse de saint Babolein, au Coudray : ces deux ornements sont gravés grandeur de l'exécution. L'ornement G, d'un fragment servant de support à une statuette de saint Jean, dépendant d'un crucifix \ la gravure est augmentée d'un tiers (cabinet de l'auteur). Cas trois détails datent du milieu du xiu® siècle.

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Pour qu'elle soil [passable, elle exigée une main déjà exercée; pour

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qu'elle soit belle et franche, avec l'habileté de la main, le talent et le sentiment vrai du dessinateur. Or, dans les objets les plus ordinaires, la gravure, si rude qu'elle paraisse, est l'expression d'un dessin vif et vrai. Énergique et souple, elle montre la puissance de ces écoles du moyen âge qui, même dans leurs œuvres les plus vulgaires, ne tombent jamais dans la mollesse et la platitude. Avonsnous fait, depuis le xvi'' siècle, des progrès en ce sens? Ce n'est pas notre avis; et, sauf de rares exceptions, la gravure sur métal, appliquée à l'orfèvrerie, a décliné. Pour compenser la pauvreté de style, la gravure a-t-elle du moins acquis une sûreté de main, une fermeté de burin qui suppléent à la beauté du dessin? Non. Depuis le xvi"^ siècle, l'exécution est devenue indécise et froide. Qu'on veuille examiner les exemples que nous possédons, sans parti pris, et l'on reconnaîtra bientôt que nos meilleures productions manquent de la qualité essentielle qui distingue les gravures sur métal les plus ordinaires du moyen âge. C'est qu'en effet nous n'avons plus d'école de dessin applicable aux objets industriels. On croit qu*on fait beaucoup pour l'industrie en enseignant le dessin à l'aide de modèles plus moins parfaits, modèles donnés sans méthode et sans un principe vivifiant. Les résultats démontrent malheureusement qu'on fait fausse route. C'est la nature qu'il faudrait apprendre à voir aux jeunes gens qui se destinent aux branches de l'industrie côloyant l'art; c'est la grâce, la structure toujours logique de la faune et de la flore qu'il serait, avant tout, nécessaire de leur inculquer; c'est le sentiment individuel qu'il faudrait développer chez eux, et c'est ce qu'on se garde bien de faire.

Le dessin n'est pas seulement le résultat d'une aptitude ou d'une habileté particulière de la main et de l'œil; c'est encore une affaire de l'intelligence- Les objets extérieurs se peignent dans les yeux de tous de la même manière ; mais combien y a-t-il de personnes qui sachent voir, qui sachent déduire de l'image qui se produit sur la rétine une conséquence, une suite d'idées? Bien peu assurément. Des milliers de gens passent, pendant des siècles, devant un phénomène naturel, en apprécient l'apparence ; un jour, un homme, qui certes n'a pas des yeux faits autrement que ceux de ses prédécesseurs, voit le même phénomène, en analyse les causes, en déduit les résultats, et découvre la loi générale qui le produit. 11 y a, ou plutôt il doit y avoir de cela dans le dessinateur. Et pour ne pas sortir de notre sujet, l'artiste ou l'artisan qui copie une plante pour en déduire des compositions d'ornements n'a pas seulement à copier matériellement l'apparence que présente cette plante ; s'il est bien doué, ou si

son esprit n'est pas détourné par un enseignement plat, il examinera,

loMr. en laisanl son dessin, commenl les feuilles s'altaclienf aux tijres; comment elles sont sorties du bourp^eon, pourquoi elles se présentent de telle ou telle façon ; comment les tigres se ramifient, quelle est la puissance qui les maintient. Il fera, en un mot, pendant que sa main reproduit machinalement une apparence sur le papier, un travail intellectuel d'analyse. Alors, le jour où il composera un ornement avec une plante, il ne la reproduira pas matériellement dans la frise, le rinceau ou le cliapileau qu'il veut créer ; mais en la soumettant aux formes qui conviennent à sa composition, il lui donnera Tallure particulière qui la distingue, il lui laissera son caractère individuel, vivant, original, et laissera de côté \e^ poncifs de l'école.

En jetant les yeux sur ces nombreux objets d'orfèvrerie que le moyen âge nous a laissés, on acquiert la certitude que les artistes et artisans de cette époque avaient, pour étudier la nature et en tirer les éléments de leurs compositions, des méthodes supérieures à celles adoptées aujourd'hui dans nos écoles. Voici (fig. 21) quelques exemples de gravures sur métal, qui montrent combien ces artisan? étaient non-seutemcnt habiles, mais encore intelligents dessinateurs. Ils n'allaient certes pas cliercher ces modèles * parmi des copies cent fois reproduites de quelques fragments antiques, ou des œuvres de leurs devanciers, mais dans la ilore et la faune des champs; modèles toujours neufs, vivants; enseignement inépuisable, avecLi condition expresse qu'on sait voir, que l'intelligence travaille en même temps que les yeux et la main. Les graveui^ employaient aussi le trait tremblé fait avec l'échoppe poussée sur la ligne en lui donnant un mouvement rapide d'oscillation. Ce trait tremblé prenait des points brillants très-r approchés, et h distance, un certain flou qui convenait à la grande orfèvrerie.

Pour des pièces uniques qu'on prétendait fabriquer avec un soin particulier, les orfèvres ne se servaient pas habituellement de matrices ; ils repoussaient à la main de petits ornements qui étaient rivés ou soudés sur des fonds. La collection précieuse de

i Le détail A provient d'une monstrance. Dans cette gravure, les fonJs sont faits ao moyen d'un treillis. Le détail B appartient au reliquaire de la sainte ChandeHe d'Arras. Cette gravure, très-fine, ^présente un double trait aulour de rornemenl pour arrêter le travaU du fond, qui se compose d*un smillé fait à l'échoppe. Le détail G provient d'un fragment de la collection Soltykoff ; les fonds sont obtenus au moyen d'un poinçonnage de cercles très-menus composant le travail que les graveurs appellent frisé. Les deux premiers exemples sont donnés grandeur d'exécution, et datent du \m^ siècle; le troisièffie est réduit d'un quart, et date de la fin du xn^ siècle. Ce qui est à remarquer dans ces gravures, c'est la netteté et la hardiesse du coup de burin, qui semble courir sur le métal comme le fait une plume exercée sur une feuille de papier.

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M. Louis Fould possédait un flambeau d'arjjent et de vermeil fabriqué d'après ce procédé, et qui est d'un excellent travail. La planche XXXVII donne ce flambeau moitié d'exécution. Le corps rlu chandelier est d'argent; les bagues, l'orle du pied, l'embase, le chapiteau et la bobèche sont dorés. En B, sont tracés les détails du chapiteau ; en G, les détails de la bague, et en D de l'embase; en E, un des lions du plateau inférieur, grandeur, d'exécution. Ces ornements, faits au repoussé, sont. simplement: rivés sur le corps du flambeau. Sur le pied est un écusson fascé d'or et de sinople. Cet objet date de la secondé moitié du xiv' siècle.

C'était avec raison que l'orfévrérie française était estimée dans toute l'Europe dès le commencement du xiii*' siècle.

Dans les inventaires des trésors étrangers, dressés à la lin de ce siècle, des pièces d'orfèvrerie française sont souvent mentionnées *. Les centres principaux de fabrication étaient : Limoges, Paris, Arras, Lyon, Avignon, Auxerre, Montpellier. Dans les Flandres, les villes de Gand, de Bruges, de Dinant, de Tournai, de Liège, étaient également renommées pour la fabrication des objets d'orfèvrerie *.

ËMAILLEIilE SUR MÉTAUX. Les émaux sur métaux sont, ou translucides, ou opaques, et sont posés de. différentes manières. Il y a : 1° les émaux cloisonnés ou dé plile; 2° les émaux en taille d'épargne ; 3° les émaux translucides recouvrant très-légèrement les reliefs du métal; â° les émaux peints. Pendant le moyen Age, jusqu'au XV* siècle, on n'a guère employé que les deux premiers procédés; cependant, dès le xu" siècle, apparaissent quelques objets émaillés sur relief, soit au moyen d'émaux translucides, soit au moyen d'émaux opaques. Quant au quatrième procédé, il ne se montra en France qu'à la fin dû xv* siècle.

Les émaux. cloisonnés sont les plus anciens, mais il faut distinguer. Il y a deux manières d'obtenir les émaux cloisonnés : la première consiste à sertir de petites tables de pâtes de verre coloré au moyen d'oxydes métalliques entre des lames minces de métal soudées de champ sur un fond : c'est une mosaïque dont les fragments vitreux sont maintenus a l'aidé de cloisons de métal ; la seconde, à remplii' chaque compartiment d'un émail fondant en poudre, et à mettre ces plaques ainsi préparées au four. La chaleur fait

* Notammenl dans l'inventaire du Irésor du saiiil-sicgc , dressé en 1295 par les ordres de Boniface VUI.

* Voyez VHùti. des arh itidiistrich au moyen ùye^ par J. Labarle, t. 11. Morel, édlleur, 48a4.

fondre l'émail, qui remplit exactement les cavités et y adhère. On polit le tout, et Ton obtient ainsi une surface lisse, brillante, composée de couleurs vitrifiées séparées par des filets métalliques.

Les émaux en taille d'épargne, ou champlevés, tiennent de ce dernier procédé. On enlève sur une plaque de cuivre rosette, ou d'or ou d'argent, d'une épaisseur de 0",002 ou 0"",003, toutes les parties qu'on veut remplir d'émail; on les creuse à une profondeur de 0'",001 environ; on remplit ces creux de poudre d'émail, et l'on met au four. Comme précédemment, l'émail, en fondant, remplit tous les vides et s'attache au métal. On poHt le tout, et l'on dore au feu, si bon semble, les surfaces restées visibles du cuivre ou de l'argent.

Il est évident qu'on ne peut considérer comme émail sur métal le premier de ces procédés. Sertir des morceaux de pâtes de verre, comme des gemmes, entre des cloisons de métal, ce n'esl pas émailler le métal, bien que le résultat apparent, si l'exécution est parfaite, soit celui de l'émaillage. Or, ce premier procédé a été employé dans l'antiquité par les Égyptiens, par les Grecs, par les peuples d'Orient et par les Gaulois dès avant l'invasion romaine. Les Égyptiens ont-ils connu le véritable émail cloisonné? M. le comte de Laborde, dans une excellente notice imprimée en tète du Glossaire et Répertoire des émaux et bijoux exposés au Louvre^ est pour la négative : le savant archéologue n'admet pas même que les Grecs de la haute antiquité aient connu et pratiqué l'émail cloisonné. Mais depuis l'impression de la notice en question, des découvertes sont venues confirmer l'opinion de ceux qui prétendaient que les émaux cloisonnés étaient connus des Égyptiens et des Grecs. Des bracelets égyptiens *, des bijoux grecs*, présentent des émaux cloisonnés. La question est donc vidée; toutefois il est à présumer que les procédés de fixation de l'émail entre des cloisons d'or, d'argent ou de cui\Te n'étaient pas très-répandus, puisque ces objets sont rares et qu'ils n'atteignent que de très-petites dimensions. Quant aux Gaulois pendant et après la domination romaine, ils pratiquaient l'art de fondre des émaux colorés dans des cases métalliques. Nous ne saurions dire si les Romains avaient déjà trouvé cet art, pratiqué dans les Gaules lorsqu'ils envahirent ces contrées, ou s'ils l'y apportèrent. On trouve bien des pâtes de ven'e coloré dont la date est

^ Entre autres, celui qui fait partie de la collection égyptienne des Vcreinigien Sammlungen de Munich.

' Collection Gampana, au Louvre.

DICTIONNAIRE RAISONNE DU MOBILIER Orfèvrerie. PL XXXVIII

Yiollfi-le-Dac . dri.

A. MOKEL, éditeur

BOICLE MEROVINGIENNE.

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T;p. C. SLNrwu. Slrastowi

anlérieure à la domination romaine, dans des tombes gauloises, mais jusqu'à ce jour il ne serait pas possible d'affirmer que ces pâtes de verre aient été fondues dans des cloisons métalliques, avant la conquête. Les émaux cloisonnés qu'on trouve encore assez fréquemment dans les sépultures gauloises sont-ils gaulois ou gallo-romains? Nous n'oserions décider la question, qui d'ailleurs n'entre pas dans le cadre de notre sujet * . Parmi les objets de menue orfèvrerie qui datent de, l'époque mérovingienne, ce qu'on trouve le plus fréquemment, ce sont des lamelles de pâtes de verre coloré serties par des cloisons métalliques à froid. Tels sont fabriqués les fragments des armes de Childéric, le vase dit de saint Martin, et enfin certaines parties des couronnes wisigothes de Receswinth et de Suintila, déposées au musée de Cluny, ainsi qu'un assez grand nombre d'objets qui datent des v'' au viir siècles \ L'art d'incruster de petites plaques de verre ou de grenat dans des alvéoles de métal était poussé assez loin par ces barbares qui envahirent les Gaules, el l'on ne saurait voir, dans la plupart de ces objets, une fabrication gallo-romaine, car ils afifectent des formes qui appartiennent bien évidemment à la race conquérante. Gomme spécimen de cette fabrication, nous donnons (planche XXXVUl) une des boucles mérovingiennes déposées au musée de Gluny *. Ge bijou est de cuivre plaqué d'or plutôt que doré ; des perles d'argent sont soudées sur son orle antérieur. Le corps de l'attache est incrusté de plaques de grenat clair affleurant la surface et posées sur paillon. Une feuille et quatre deim-cylindres d'hyacinthe (améthyste purpurine) sont solidement sertis dans le métal et sont taillés à la molette. La feuille palmettée et les demi-cylindres, ou boudins cannelés en travers, sont saillants sur le nu de la plaque d'attache et sur la souche de l'ardillon. Ge bijou indique une fabrication passablement avancée, mais il n'est pas ici question d'émail. Les remplissages des alvéoles sont, ainsi qu'il est dit, des tables de grenat posées à froid et retenues par un rabattement des bords du métal réservés. Ges bords ne sont point «les cloisons rapportées, comme dans beaucoup de bijoux mérovingiens, mais un filet laissé entre le champlevage des fonds. Quelques

> Yoyes, à ce propos, la notice de M. Ch. de Liaa3 : les (JEuvres de saint Eloi. Paris, Didron, 4866.

^ Parfois ces pâtes de verre sont remplacées par des grenats taillés en table. Plusieurs de ces objets sont déposés au musée des souverains au Louvre, au musée de Gluny, au cabiDet des médailles de la Bibliothèque impériale, aux musées d'Ârras, du château de Cefnpiègne, de Saint Germain.

' Grandeur d'exécution.

objets (bijoux) gallo-romains montrent cependant de Témail posé à chaud, soit dans les intervalles laissés entre des cloisons, soit dans les alvéoles champlevés. Le cabinet des médailles de la Bibliothèque impériale conserve une plaque de bronze coulé, champlevée, qui provient d'une agrafe de manteau. Cette plaque (pi. XXXIX) * paraîl appartenir à l'époque gallo-romaine et est une œuvre d'émaillerie des plus curieuses. L'orle, ainsi que le montre notre planche, se compose de vingt-six lobes alternativement. remplis d'émail rouge el bleu. Puis est creusée une zone dans laquelle sont juxtaposés, sans cloisonnages de métal, des carrés d'émail rouge entre d'autres carrés intercalés d'émail échiqueté bleu et blanc. Observons que l'émail, fondant au feu, ne pourrait, sans se mélanger jusqu'à un certain point, être posé ainsi que le montre cette zone. On a prétendu qu'un émail, le rouge par exemple, aurait été d'abord posé et fondu, puis qu'à la meule on aurait enlevé les carrés intercalés, qui auraient été remplis d'émail blanc, lequel aurait été fondu au four; puis, enfin, que cet émail blanc aurait à son tour été taillé i la meule de manière à pouvoir y loger l'émail bleu, de même fondu au four. Mais la chaleur nécessaire pour fondre l'émail blanc aurait remis en fusion l'émail rouge, et aurait, au point de rencontre des deux émaux, produit des mélanges. A plus forte raison, en eût-il été ainsi pour les petits carrés bleus de l' échiqueté. Le moyen supposé ne nous paraît pas praticable ; il semble plutôt que ces compartiments ont été disposés à froid, comme une mosaïque, au moyen de morceaux de pâtes de verre coloré, puis que la plaque a été soumise à une température assez élevée pour souder entre eux cy> morceaux juxtaposés, sans les amener à une fusion complète qui pût les mélanger. Même observation pour la bulle trouvée dans les fouilles de Sibertswold-Down (Angleterre). Cette bulle d'or, circulaire un peu ovale, a 0",029 sur 0"\03 de. diamètre. Or, elle cuntient vingt et un carrés d'émaux, qui chacun sont échiquelés de seize petits carrés blancs et verts, rouges et bleus, bleus et pourpres, lesquels petits caiTés ont chacun moins d'un millimètre de tôle. Peut-on admettre que ces infiniment petits carrés d'émail aient pu être fondus dans d'autres émaux sans s'y mélanger? Il est vrai qu'on avait cru voir dans la bulle de Sibertswold un ouvrage de mosaïque. Ouvrage de mosaïque, soit, mais soudé à chaud et non maintenu par un mastic à froid.

Ces exemples suflisent pour démontrer que l'art de l'éroaillerie

' Grandeur d'exécution.

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OrfëTTerie.

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