‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la renaissance (volume 2)Chapitre 81 sur 165 · PI. XXXIX · texte numérisé non relu

PI. XXXIX

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A. MOBEL éditenr.

AGRAFE MÉROVIXGIENNE

ËMAILLÉE.

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était pratiqué dans les Gaules au commencement de l'invasion des barbares, et pratiqué avec une certaine perfection. Nous ne possé-^ dons toutefois que de petites pièces de cette émaillerie primitive, et il ne semble pas qu'on fabriquât, à l'aide de ces procédés, autre chose que des bijoux très-menus, tandis que l'art de sertir des plaques de verre ou des gemmes en petites tables entre des cloisons de métal était usuellement pratiqué sous les premiers Mérovingiens. Les exemples de ce mode de fabrication abondent * . Ils ont été souvent mentionnés comme des ouvrages d' émaillerie dans les inventaires et même par des archéologues, mais il ne faut pas une grande habitude de l'art de l'émailleur pour distinguer ces matières cloisonnées de l'émail ou silicate alcalin fondu à chaud dans des alvéoles métalliques. On fabriquait à Byzance et dans tout l'Orient une grande quantité de ces objets composés de gemmes ou de plaques de verre coloré et transparent, serties par des lamelles métalliques. Les barbares qui occupaient les Gaules, dès le v° siècle, en portaient avec eux; les Wisigoths ont laissé un assez grand nombre de bijoux ainsi fabriqués, et, depuis l'excellente dissertation de M. de Linas sur ce sujet, on ne peut mettre en doute que les célèbres joyaux foisonnes par saint Éloi, et mentionnés parfois dans des inventaires comme des ouvrages émaillés, ne lussent simplement des pâtes de verre ou des gemmes encloisonnées et serties dans de l'or, de l'argent ou du cuivre. Ce mode de fabrication, dont notre planche XXXVIII donne un échantillon, mais avec champlevage du métal pour poser les tables de gemmes ou de verre coloré, consistait plus habituellement en un réseau de lames métalliques de champ, soit laissé à jour, soit posé sur un fond, qui maintenait les lames translucides. C'est ainsi qu'est ornée la plaque pectorale mérovingienne du cabinet des médailles de la Bibliothèque impériale *. Mais il est temps d'arriver aux émaux du moyen âge qui font l'objet de notre sujet. Si les gallo-romains émaillaient les métaux, il semblerait que cet art fut perdu après les invasions germaniques, et Ton ne voit plus apparaître les émaux cloisonnés et champlevés dans les Gaules que beaucoup plus tard. A Byzance, dès le x* siècle',

< n est utile de consulter, à ce sujet, l'excellente notice de M. Ch. de Linas : Orférrerie mérovingienne^ les Œuvres de saint Èloi^ et la Verroterie cloisonnée (Didron, 1864).

^ Vojes les exemples donnés par M. de Linas dans Touvrage déjà cité.

S Voyex la plaque d'émail cloisonné de la collection de feu M. le comte Puurtalès- Gorg^ier, reproduite par M. J. Labarte dans son ouvrage : Hist. des arts industriels au moyen âge (voy. la Pala iforo de Téglise de Saint-Marc de Venise) .

on fabriquait des émaux cloisonnés; mais nous ne connaissons aucune pièce de cette époque qu'on puisse admettre comme appartenant à rémailierie occidentale. Toutefois les orfèvres occidentaux enchâssiiient souvent des plaques d'émaux cloisonnés el champlevés byzantins dans les objets qu'ils livraient à leurs clients, et nos collections possèdent des exemples très-curieux de l'emploi de ces émaux orientaux *. C'est au xi*' siècle qu'on voit apparaître quelques rares émaux cloisonnés de fabrication occidentale, et ces émaux sont, relativement à ceux de Byzance, assez grossiers. Il semblerait que l'art de l'émaillerie en Occident ait d'abord été pratiqué par l'école rhénane, si brillante déjà au commencement du xn* siècle, école qui s'était évidemment instruite auprès d'artistes byzantins. Verdun était un des centres de l'orfèvrerie émaillée. On peut citer, parmi les émaux occidentaux cloisonnés les plus anciens , ceux qui décorent le calice d'or de saint Rémi, déposé aujourd'hui dans le trésor de Notre-Dame de Reims. M. Labarte incline à croire que ces émaux, qui datent du milieu du xii^ siècle, sont fabriqués par des artistes grecs ; mais le style de l'ornementation est occidental, aussi bien pour l'ornementation d'or du vase que pour les fdigranes ^ el pour les émaux translucides. Nous ne connaissons pas d'émaux byzantins cloisonnés dont le dessin et la coloration se rapprochenl autant de l'ornementation des vitraux et de celle des manuscrits occidentaux de cette époque. M. Labarte fait observer d'ailleurs, avec raison, que les émaux cloisonnés byzantins affectent une certaine liberté et une irrégulaité dans le dessin des cloisons, qui n'existent pas dans les émaux translucides cloisonnés du calice de Reims ; le dessin est ici très-régulier. La planche XL donne en A trois des compartiments émaillés du calice de Reims, et en B deux des compartiments byzantins de la boîte évangéliaire du Musée du Louvre, au double de l'exécution, afin de mieux indiquer le travail. Le caractère de la coloration et de la composition de ces émaux diffère essentiellement. Les émaux cloisonnés byzantins ont une coloration claire et lumineuse qui ne se retrouve pas dans ceux du calice de Reims, vigoureux de ton et d'un dessin tout occidental.

Le procédé de fabrication de ces émaux enfermés dans des cases d'or serties est exactement celui indiqué par le moine Théophile. Ainsi , on observera que les petites plaques d'émaux cloisonnés

I Voyez, entre autres objets, la boîte évangéliaire d'or du Musée du Louvre, qui date du XI* siècle, et sur laquelle des émaux byzantins ont été fixés. Cette boîte a été réparée au XI 11^ siècle. (M. J. Labarte, Hist» des arts tndustn'eis.) .

'^ Voyez les détails de ce calice fignre à.

Orf.5vreric. PI. XL.

ÉMAUX Dl CALICE DE REIMS

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